‹ La grande route de TchadChapitre 10 sur 79 · M. AGA.\, L AIMABLE ET VAILLANT COMMANDANT DU « PARAGUAY · texte numérisé non relu

M. AGA.\, L AIMABLE ET VAILLANT COMMANDANT DU « PARAGUAY

NOS BRAVES SENEGALAIS.

mais tous les lapitots y en a moyen faire lé aroute avec toi. »

C'est bien là le véritable esprit, le trait essentiel du caractère

de nos populations du Soudan, des Saracolès et des Bambaras

^f. LU CAPITAINE VER.NAELDE, DES CHAUGEURS-RÉUNIS, l'uN DES PLUS SYMPATHIQUES AFRICAINS DE LA COTE.

principalemant. Marcher par « lé aroute » comme ils disent, qu'elle soit lluviale ou terrestre, dangereuse ou facile, peu leur importe! Voyager, suivre un blanc en qui, toutefois, il ait quel-

que confiance ; souffrir avec lui, pourvu que son estomac soit satisfait et bien garni, passer calme et pacifique au milieu de villages rebelles, s'il en a reçu l'ordre; se battre comme un tigre blessé aux heures du péril : tel est le lot du Sénégalais. Comme piroguier, il ne vaut pas le somono bambara du Niger qui l'égale comme soldat; son tempérament est assez délicat; le froid lui cause des pneumonies, la fièvre paludéenne l'immobilise assez souvent, mais son ardeur et son courage n'en subissent pas d'atteinte. C'est un homme de route; il lui faut de l'air, de l'espace, de l'imprévu. Chaque jour il peut effectuer des étapes de 30 à 40 kilomètres, il chemine sur le sentier, riant aux éclats avec son voisin, ou la tête basse s'il est seul; mais survienne un danger, dites-lui qu'en avant vous serez attaqué, le voici qui relève le chef, qui secoue son paquetage, allonge le pas..., l'étape lui paraîtra plus courte, et le nez au vent, les narines et les pupilles dilatées, comme un cheval qui rentre à l'écurie d'un trot plus rapide, vous pressentez son impatience à foncer sur l'ennemi.

Voilà nos auxiliaires, ils sont douze, et demain, le froid, la fièvre et la dysenterie les auront réduits à neuf. C'est nous qui les remplacerons pour faire avancer le Benoît-Garnier ; il n'y a pas de honte à prendre la perche de bambou des mains de tels auxiliaires. Le seul individu qui me choquât dans notre escorte était l'interprète Iba, sujet ouoloff, dont la physionomie ne m'était pas sympathique. Il venait d'être révoqué par suppression d'emploi dans son poste au Sénégal; on me prévint que c'était une mauvaise tête; nous verrons plus tard ce qu'il fallait penser de lui.

Nous visitons à nouveau les escales de la côte. Je no saurais passer sous silence les progrès considérables que notre empire de l'Afrique occidentale prend sans répit sous l'influence de la colonisation française. Dakar s'est accru de bâtiments très vastes; les travaux de sa rade et de sa défense ont pour but d'en faire un port confortable, un point d'appui solide. Konakry, capitale de la Guinée, est un des centres les plus intéressants

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