QUATRE BEAUTES SIERRA-LEONIENNES
Free-Town, capitale de Sierra-Leone, est d'un aspect très pittoresque, mais on éprouve quelque désillusion en arrivant à terre. La ville est tout à fait de style nègre; l'indigène, arrogant et fier, appartient à une race des moins sympathiques. Les Anglais commencent à s'apercevoir que les droits et les prérogatives accordés à ces vaincus d'hier, à ces rebelles de demain, en ont fait des insoumis que le prochain vent de discorde peut pousser à la révolte. Aussi voit-on à Free-Tow^n une forte garnison qui souffre beaucoup sous les effluves d'un climat meurtrier.
Le 3 août nous touchions à Kotonou; j'y retrouvai le gouverneur du Dahomey, M. Liotard, qui fut si bon et amical pour nous les années précédentes et dont la remarquable compétence s'imprime tout entière sur cette colonie florissante.
Le 't août, le Paraguay mouillait en rivière de Forcados. Toutes les précaulions avaient été prises bien longtemps à l'avance pour que notre débarquement fût rapide. Dès que nous fûmes à l'ancre, M. Watts, agent général de la Niger Company, avec lequel j'entretiens depuis quatre ans les plus cordiales relations, vint à notre rencontre et nous apprit qu'un vapeur, le Liberty, celui-là même qui, déjà en 1901, nous avait conduits jusqu'à Djebba, nous emporterait sans retard vers la Bénoué.
Grâce à l'intelligente activité de M. Watts, le Paraguay fut rapidement allégé de notre matériel; le BenoU-Garnier, promptement mis à flot, vint prendre les remorques du Liberty; en quarante-huit heures, nous avions réglé toutes les formalités de douane, et après un accueil charmant de notre hôte qui montra, en la circonstance, ses qualités de directeur habile et de parfait homme de cœur, nous luttions déjà contre le courant du Niger.
Sur le Paraguay, nous avions fait la connaissance de tout le monde; ce fut donc une profusion d'adieux, de souhaits réciproques, et lorsque nous vîmes le pavillon tricolore se perdre dans l'infini, nous comprîmes une fois de plus qu'il emporte dans ses replis ces fibres infiniment sensibles, vibrantes de joie au retour, mais douloureuses au départ, qui rattachent le cœur à la patrie.
M. Delcassé, ministre des Affaires étrangères, nous avait chaudement recommandés à Londres et à Berlin; il en résulta de la part de tous les fonctionnaires étrangers un accueil particulièrement courtois. — Le Customs supervisor, chef des douanes de Forcados, nous laissa prendre avec nous toutes les caisses, tous les vivres, tous les appareils nécessaires pour notre voyage sur le Niger et la Bénoué.
Je ne décrirai pas, en détail, le développement pris depuis deux ans par les territoires de la Nigeria méridionale. Cependant, il est utile de faire connaître aux navigateurs les installations nouvelles du port de Bouroutou sur la rivière Forcados.