LA FORET DISPARAIT
CE QUI RESTE DE N GALA, EX-GRANDE VlI.t.E DU BORXOU.
empare et les réduit en poussière, puis le tronc meurt à son tour et disparaît.
D'autre part, les feux de brousse détruisent les pousses nouvelles, les jeunes arbres dépérissent, les géants eux-mêmes en souffrent beaucoup et leur feuillage diminue de vigueur; pour cette seconde raison, la forêt devient moins épaisse. La conséquence immédiate de ces actes de vandalisme est la diminution des pluies, car l'épaisseur des bois est insuffisante pour retenir les nuages au-dessus du pays, et par suite du manque d'eau, la végétation perd toute sa vigueur. C'est, comme on le voit, un cycle indéfini de destruction et de non-production qui caractérise bien la disparition de la forêt soudanaise; aussi le Sahara gagne-t-il progressivement vers le sud, en s'avançant vers la Bénoué. Si des mesures énergiques ne sont pas immédiatement prises, c'en sera fait du peu de fertilité qui reste au Centre africain, et le désert viendra le recouvrir avant qu'il soit longtemps. Le village d'Oulgo est un des plus beaux centres riverains du Tchad, il y règne de l'activité, la population est assez dense, les maisons sont spacieuses et bien bâties. En montant sur une
dune, on a devant soi la nappe du Tchad à perte de vue. C'est une plaine d'herbes avec des espaces d'eau libre et claire. Le regard est frappé par ce spectacle qui donne à l'âme l'impres-
LA DL'.M; BÙR.NÛUAMi A WASHAM, L L'.\ DIIS SEULS RICHES VILLAGES DE LA « TERRE CASSEE l).
sion de l'immensité, mais ce n'est pas, comme sur les plages marines, l'aspect d'un élément actif; au contraire, cette mer intérieure est une masse d'eau croupissante et dormante, elle semble plongée dans un sommeil léthargique, précurseur de la mort. En face d'Oulgo, sur la rive droite du Bahr-Boulou, se trouve un beau village ; les indigènes traversent la rivière sur une traille en osier; en outre ils pèchent avec des carrelets à main et se soutiennent au fîl de l'eau, grâce à deux grosses gourdes vides, placées sous leurs aisselles. D'autres, pour traverser, s'emboîtent le ventre sur une calebasse de dimension appropriée, l'abdomen fait adhérence avec cette embarcation d'un nouveau genre, ainsi empêchant l'eau de la remplir; nous les voyions se lancer en nageant sur l'élément liquide. Il y a beaucoup de hyènes à Oulgo, les alentours de cette cité sont parsemés de crânes déterrés par les fauves. Durant la nuit, ces animaux se promènent à travers les rues et viennent entonner un concert autour de nos lits que nous avions dressés au milieu des chemins pour avoir plus d'air. En somme, la ville d'Oulgo montre, une fois de plus,
par la densité de sa population, que les indigènes de la « terre cassée » rejoignent les abords du Tchad pour y trouver de l'eau; elle donne une idée très approchée de ce que devaient être autrefois N'Gala, Ourguc, Afadé, Renn et N'Dofou, lorsque le Tchad s'étalait sous leurs murs.
Nous quittons la dune bornouane àWashani pour entrer dans le delta du Chari, vaste région morne et solitaire, entrecoupée d'innombrables canaux d'écoulement, dont la plupart (le 15 décembre) sont déjà réduits à l'état de gouttières d'argile durcie. Makari ou INIafaté, grand centre kotoko, s'étend sur la rive droite du Bahr el-Obéïd. C'est encore un vestige de l'empire sâo; ses ruines et ses rues désertes, ses cases abandonnées lui donnent un aspect fort triste. Tout cela témoigne d'une splendeur passée, d'un présent difTicile, tout cela montre à nos yeux la stérilité du sol et l'exode à peu près constant de ses habitants.
Goulfeï est assurément la plus grande ville du Bas-Chari ; nous avons dû, pour l'atteindre, effectuer en forêt une étape de 40 kilomètres au sortir de Woulki, centre peu important, qui tombe en désuétude. Les Allemands ont établi à Goulféïun officier avec une trentaine de tirailleurs, dans le but de surveiller les mouvements des caravanes et d'apporter le calme parmi les populations indécises de la race kotoko. Mais les droits dont les Allemands frappent les produits d'exportation, l'hésitation que manifestel'indigène devant la présence de l'Européen interdicteur des convois d'esclaves, la diminution inévitable des marchés du Baguirmi et de leurs transactions avec le Ouadaï, tout cela porte à Goulfeï un coup funeste, ca-
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