‹ La grande SerbieChapitre 10 sur 119 · LE VARDAR · texte numérisé non relu

LE VARDAR

rcxlraordinaire pyramide du Lioubotrien, à Toiiest du seuil de Katchanik, au delà du petit lac où, les jours de Saint-Élieet de Saint-Georges, les Serbes, rausulmnns ou chrétiens, viennent sacrifier une brebis, on aperçoit au nord les plaines de Kosovo et de la Métokia et, au delà de Novi Pazar et de Tlbar, la chaîne du Kopaonik que le Roudnik continue au nord de la Morava.

L'incomparable majesté du spectacle se rehausse des grands souvenirs historiques qui se rattachent à ce seuil de Katchanik. Nous touchons ici comme le centre vital de la péninsule. Tandis que, dans la partie occidentale de la presqu'île, les montagnes, dans leur direction générale, sont orientées du nord au sud, dans la moitié orientale, elles courent de l'ouest à l'est. La fissure entre les massifs dinariques de l'ouest et les chaînes orientales, le Rhodope et les Balkans, est marquée par les cours supérieurs de la Morava et du Vardar, qui semblent le prolongement naturel l'un de l'autre et qui forment une série de cuvettes étagées, séparées par des étranglements. A toutes les époques, ce fut un lieu de passage des: peuples et un carrefour des invasions.

Skoplié (Uskub), à l'endroit où le Vardar échappe à la plus haute montagne, n'est aujourd'hui qu'une ville de 30000 habitants, mais sa situation au point de rencontre des routes qui conduisent vers la Bosnie, la Serbie Danubienne, la Bulgarie, la Grèce et l'Adriatique, doivent en faire une place de commerce de premier ordre. Sur le chemin de fer déjà en exploitation qui rattache directement par Skoplié Salonique à Belgrade et au Danube par Nich, s'embranche la ligne qui, de Nich à Turn Severin, reliera la Serbie et la Roumanie par le Timok. Vers l'ouest, du tronc Skoplié-Mitrovitsa, un embranchement suivra le Drim blanc pour aboutir par Prizren vers

Saint-Jean-de Médoua et Sculari; à Test, il se prolongera vers Kioustendil et Sofia, et il rejoindra la grande ligne Vienne-Constantinople. Vers le nord, la ligne de Saloniquequi atteint déjà Mitrovitsa, s'avancera par la vallée de Tlbar, au pied du versant occidental du Kopaonik que la vallée de la Morava serbe sépare du Roudnik, vers Novi Pazar et la Rascie pour rejoindre par les bassins de l'Ouvatz et de la Drina le réseau bosniaque. Ce sera l'épine dorsale du nouveau royaume serbe, de Lioubliana (Laybach) à Bitolié (Monastir) par Zagreb et Sarajevo.

La construction de ces voies ferrées, dont l'ouverture, en mettant la Serbie en communication avec l'Europe occidentale, l'aurait alYranchie de la lourde tutelle autrichienne, a été le prétexte et le point de départ de la crise orientale actuelle, et, depuis 1908, elle n'a pas cessé d'être au premier plan des préoccupations de la diplomatie. Elle n'était que la forme moderne de la rivalité (jui. à partir des temps les plus reculés, a toujours mis aux prises sur ce môme point du globe les États et les races qui ont occupé la péninsule des Balkans et y ont poursuivi l'hégémonie. Tour à tour, Illyriens, Thraces ou Celtes, Romains et Grecs, Slaves et Turcs, Albanais, Serbes et Bulgares se sont rencontrés et heurtés à ce croisement de routes, et tous les maîtres qui y ont, pour une période plus ou moins longue, établi leur domination, y ont laissé des traces de leur passage et des témoins de leurs victoires momentanées. Dans le prolongement de ce défilé, au pied du Roudnik, l'éclatant triomphe des Serbes (3-13 décembre 1914) a brisé l'olTensive autrichienne, détruit l'armée du général Potiorek et fondé définitivement l'indépendance yougo-slave.

Ici, à l'axe de la pénmsule, au milieu de ce chaos de montagnes, dans les poliô qui se cachent entre le Dormitor, les Proklétié, la Char Planina et le Kara-

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