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LE CŒUR DE LA SERBIE

Dagh, s'est formée la nationalité serbe. Comme les rivières qui s'écoulent vers le Danube au nord, TÉgée au sud et l'Adriatique à l'ouest, elle ne s'est frayé sa route vers les plaines ouvertes de la Morava inférieure et vers le littoral qu'après des luttes obstinées et des efforts séculaires. Dans ce pays élevé et difficile, coupé de barrières escarpées, le climat rude et froid, les torrents furieux, les neiges qui couvrent le sol une longue partie de l'année, les forêts impénétrables qui obstruaient les chemins, avant qu'elles eussent été dévastées par l'incurie turque ou l'insouciance des bergers nomades, éloignaient les conquérants étrangers. En dehors de quelques plaines, d'une fécondité merveilleuse mais d'une médiocre étendue, le sol ne se prête guère qu'à l'élevage et favorise la vie errante des pasteurs transhumants, aux mœurs farouches et sauvages. Les attaques des Turcs s'y brisèrent longtemps à la résistance tenace des montagnards, et l'otïensive autrichienne s'y est toujours heurtée à d'insurmontables obstacles. Les vaincus trouvaient dans leurs rochers et leurs bois d'inviolables asiles, et, même après leur défaite, les races soumises y maintenaient leurs traditions et y cachaient leurs indestructibles espoirs.

L'histoire du peuple serbe s'explique en grande partie par la position qu'il occupe dans ce fouillis de montagnes et de hauts-fonds, à l'oritice de ces défilés qui commandent les grandes routes de la péninsule. 11 lui doit sa durée et il lui devra sa puissance. Mais par elle aussi s'expliquent les difficultés au milieu desquelles il s'est si longtemps débattu. Si, de tous les côtés, la route s'ouvre à ses ambitions, il est sans cesse assiégé par les conquérants de la plaine qui sentent le besoin d'affermir leur domination en occupant les hauteurs et qui s'élancent d'un assaut continu à l'attaque du donjon central qu'il garde.

Juchée en sentinelle au poste le plus menacé, entre les Turcs et les Allemands, la Serbie a joué parmi les Slaves du sud un rôle analogue à celui des Tchèques, jetés en grand'garde perdue au milieu de Tarmée germanique. Dans la bataille qu'elle livre tous les jours depuis des siècles, la race s'est affinée à la fois et trempée. A ses vertus héroïques et à son indomptable ténacité, il lui a fallu joindre une intelligence aiguisée et une souplesse attentive. L'œil {ixé sur des ennemis infiniment supérieurs en nombre, elle a appris à mépriser la mort et à déjouer par ses subtiles parades le complot permanent de ses adversaires; elle a trempé ses nerfs, et elle sait unir à la résignalion stoïque qui supporte sans défaillance et sans plaintes les plus dures souffrances, la prudence avisée qui déjoue les pièges et saisit les occasions. Ses héros sont aussi prudents dans le conseil qu'intrépides dans la bataille, et ses guerriers sont en même temps des diplomates. Les deux faces de lame populaire se personnifient au moment de la guerre de l'indépendance dans Kara-Georges et Miloch, de nos jours dans le général Poutnik etle ministre Pachitch.

Par ces qualités éminentes, la Serbie a mérité de devenir l'espoir suprême et comme le centre nerveux des Yougo-Slaves. Elle a été la phalange sacrée qui, dans la fumée du combat, maintient sur le dernier réduit de la défense le joyeux tricolore, symbole des futures revanches. C'est de là que sont arrivés en Dalmatie les Ouskoques qui, sur le littoral, ont conservé les traditions nationales et arrêté la marche envahissante des Vénitiens et de Tltalie. De là sont partis les rebelles qui, du Lovtchen au Dormitor, ont protesté par leur indépendance contre l'emprise des Habsbourgs. Les Croates et les Serbes de Hongrie, en dépit de leur civilisation plus avancée et de leur richesse supérieure, n'auraient pas résisté à la poussée

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