‹ La grande SerbieChapitre 101 sur 119 · LES CRUAUTES AUTRICHIENNES · texte numérisé non relu

LES CRUAUTES AUTRICHIENNES

d'épouvante à la vue de ces photographies et de ces statistiques d'où nous voyions à la lettre le sang dégoutter. Honte et malédiction éternelle sur les généraux qui ont enlevé à la guerre ce qu'elle pouvait avoir de sublime dans ses terreurs! Honte et malédiction sur les princes qui, plus sauvages que les Gengiskhan et les Tamerlan, prétendent caler leur trône chancelant avec les cadavres des femmes et des nouveau-nés! Honte et malédiction sur les races de haine et de proie, Allemands ou Magyars, qui ont sali de leur infamie l'aurore du xx^ siècle !

Il est nécessaire que tout le monde lise la brochure de M. le professeur Reiss. — Bombardement de villes ouvertes continué pendant des mois entiers, destruction réfléchie et volontaire des hôpitaux et des établissements scientifiques, massacre des prisonniers, mutilations et assassinats d'enfants et de jeunes filles, incendies systématiques des villages et des villes. Près de la gare de Lechnitsa, une fosse que M. Reiss a fait ouvrir, renfermait les corps de 108 paysans de huit à quatre-vingts ans. Ce sont des otages qu'on avait ramassés dans les environs : on les avait attachés ensemble, puis un feu de peloton les a abattus dans la fosse; on les y a ensevelis aussitôt : beaucoup avaient été seulement blessés; quelques-uns n'avaient pas été atteints.

Ces abominations sont ordonnées par les officiers Les officiers du 6* régiment d'artillerie prescrivent à leurs hommes de tuer tout, depuis les enfants de cinq ans. Le général Horstein (9" corps) écrit : « En cas de crime des habitants contre la force armée, les otages doivent être tués sur-le-champ et les villages serbes, incendiés; le général se réserve même d'incendier les villages sur le territoire autrichien. »

On a trouvé sur des soldats morts ou prisonniers des extraits d'une brochure du haut commandement : —

Directions pour la conduite vis-à-vis de la population en Serbie : en face d'une telle population, toute humanité et toute bonté d'âme seraient déplacées et même nuisibles. J'ordonne par conséquent qu'on observe envers tout le monde la plus grande sévérité, la plus grande dureté et la plus grande méfiance....

« On considérera chaque habitant rencontré en dehors des lieux habités, spécialement dans les bois, comme un membre d'une bande qui a caché quelque part ses armes. On exécutera ces gens-là, pour peu qu'ils paraissent suspects. »

Encore, n'est-il pas possible de tout écrire!

L'auteur d'une brochure très répandue, L'Allemagne au début du XX" siècle, traçait à l'Empire son plan de conduite, après la prochaine guerre. Son premier soin devait être de chasser les populations indigènes du territoire conquis pour y faire de la place aux colons germains :

« 11 nous faut de la place en Europe; c'est une conséquence de notre développement naturel, et nous aurions tort de reculer devant les conséquences extrêmes de cette nécessité. Il est vrai que nous créons ainsi un nouveau droit des gens et un nouveau code de la guerre. Mais aujourd'hui que l'on n'entreprend la guerre que tous les cinquante ans, on peut très bien chaque fois transformer le droit des gens, c'est-à-dire le développer dans le sens où cela vous est utile. En général, nous pensons qu'à l'avenir, quiconque commencera une guerre, devra se guider d'après ses propres intérêts, et non d'après un prétendu droit des gens. On fera bien d'agir sans se laisser arrêter par aucune considération et sans s'inquiéter le moins du monde de l'opinion.... Plus on appliqauer sans pitié le Vx victis, plus la paix conclue sera sure. Dans l'antiquité, un peuple vaincu était supprimé; aujourd'hui on ne peut plus le sup-

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