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LA DALMATIE

de blesser les populations yougo-slaves dans leurs sentiments les plus profonds et les plus naturels, la Bosnie, THerzégovine et le royaume triunilaire de Croatie, Slavonie et Dalmatie, doiventsans discussion possible être compris dans le nouveau royaume serbe.

En Dalmatie en particulier, sur moins de 600 000 habitants, il y a 570 000 Slaves et seulement moins de lo 000 Italiens. M. Virginio Gayda, qui essaye de faire revivre les anciens titres de Venise sur le littoral de TAdriatique, est bien obligé cependant d'admettre que seule la ville de Zara a conservé une municipalité italienne et que l'immense majorité de la population est slave. Il affirme, il est vrai, que la minorité « a pour elle la civilisation originale du pays, la culture, la supériorité économique, » et il rappelle qu'en 136 avant J.-C, les Romains ont commencé la conquête du pays. Ne craint-il pas lui-môme que ces arguments paraissent contestables et ces souvenirs, lointains? — Depuis le xv^ siècle, l'élément slave a peu à peu éliminé ou assimilé les étrangers, et la prépondérance qu'il avait lentement acquise, voilée seulement par la domination de Venise et des Habsbourgs, est nettement apparue dès que les habitants ont conquis une ombre de régime parlementaire. Aux élections de la Diète, les Italiens ont depuis longtemps renoncé à présenter des candidats. A Zadar (Zara) même, leur dernier bastion, ils ne se maintiennent plus qu'à grand'peine à l'hôtel de ville. — Les Serbes ont-ils vraiment besoin de posséder toute la Dalmatie? demande M. Gayda. — La question est étrange. L'Italie ne veut, écrit-il encore, que ramener à son caractère national originaire la côte orientale de l'Adriatique et la cristalliser définitivement dans son italianité. — Il est manifeste que Guillaume II pourrait avec les mêmes raisons réclamer la Lombardie,

et il n'aurait pas besoin de remonter avant J.-C. pour y retrouver des preuves de la domination germanique.

Nulle part peut-être le sentiment national slave n'est aussi intense et aussi unanime qu'en Dalmatie. La plus grande partie des habitants, affirment quelques Italiens, sont des paysans, inditTérents au mouvement slave. Comment expliquent-ils alors l'enthousiasme universel avec lequel ont été accueillies les victoires de Koumanovo et de Monastir? — En réalité, sur le littoral, le patriotisme slave est de date fort ancienne, puisque dès le xv' siècle, àRaguse, même les élèves de Pétrarque et les disciples des humanistes, tout en subissant, comme l'Europe entière, le charme capiteux de leur riche et noble voisine, demandent en partie leur inspiration aux légendes et à l'histoire des Croates et des Serbes. De Marko Maroulilch et de Loutsitch, qui unit à une ardente aflection pour l'Italie un attachement filial pour la race slave, jusqu'à Soundetchitch de nos jours, la lignée des poètes ne s'interrompt pas, qui écoutent en frissonnant d'amour et de joie « les désirs de leur peuple, ses appels et ses espoirs. Déjà la terre tremble sous nos pieds, les voix montent jusqu'aux nuages, et de tous les côtés les soulles de l'air nous murmurent des paroles mystérieuses qui réveillent nos cœurs et nos pensées. Elles prédisent l'heure fixée, l'heure qui nous apportera la délivrance. Dans la sombre carrière où il repose, déjà l'épée de notre Marko lance des ilammes. »

Le mouvement d'union serbo-croate est parti de la côte, et les journalistes elles députés dalraates ont été les hérauts de la réconciliation des Orthodoxes et des Catholiques. Il ne serait vraiment pas plus paradoxal de nier l'italianilé de la Toscane que le serbisme de Split ou de Chébénik

LES SLOVENES 301

\ La situation est moins claire pour la Hongrie du sud- %st. Si, de Bazias sur le Danube, on trace une ligne cli'oite vers Témesvar et Arad sur le Maroch, et de hv, vers l'ouest et le Danube, une ligne qui passe par Soubotitsa (Szabadka) et Pecs, la région ainsi délimilée est occupée par une population très bariolée où les Vlagyars, les Roumains et surtout les Allemands, qui forment ici des colonies anciennes, nombreuses et florissantes, se mêlent aux Slaves dans un inextricable désordre. Au milieu de ce chaos, il serait absolument vain de prétendre tracer une frontière rigoureusement ethnographique. Il est incontestable du moins que les Serbes qui peuplent en masse compacte la partie occidentale de ces plaines forment dans tout le reste du pays des îlots importants et ils y possèdent très pi-obablement la majorité relative. Ils sont 17 000 à Zombor (Sambor, 30 000 habit.), 35 000 à Souboiitsa (Szabadka, 72 000 habit.); à Versatch, il y a 8 000 Serbes et 14 000 Allemands. Témesvar est une ville allemande avec une forte minorité magyare, et Arad un centre magyar avec de nombreux Roumains.

Dans ces conditions, le traité devra évidemment s'inspirer des considérations géographiques et de la nécessité de couvrir Belgrade par une bande de territoire assez large pour la mettre au moins à l'abri du raid d'une grand'garde de cavalerie.

Nous ne connaissons pas encore exactement les prétentions roumaines et il n'y a pas, à ce qu'il m'a paru, entente complète entre M. Gantacuzène {Revue hebdomadaire, 20 mars), et M. de Martonne {Revue de Paris, 1" mai), qu'il est permis de considérer comme leurs porte-parole. M. Gantacuzène reconnaît que le Banat occidental est serbe et propose comme ligne de démarcation le Témech. Il est incontestable pourtant que les colonies serbes sont encore nombreuses et importantes au delà de cette limite. Si

l'on veut tenir compte à la fois des convenances stratégiques et de la répartition des races, la frontière pourrait, à l'est. de Bazias, sur le Danube, remonter dans la direction générale du nord jusqu'au Maro^h, en suivant les hauteurs qui dominent la région. Elle descendrait alors le cours inférieur du Maroch, et laissant en dehors Arad et Szégédin, couperait par Soubotitsa la plaine entre la Tisza et le Danube, atteindrait le fleuve vers Baïa, pour se diriger ensuite vers le confluent de la Mur et de la Drave. Il est certain que les Serbes seraient ainsi forcés de renoncer à leurs postes les plus avancés vers le nord et Test, en même temps qu'ils annexeraient des groupes de Roumains, de Magyars et d'Allemands. C'est un inconvénient qu'il est malheureusement impossible d'éviter. Dans l'ensemble, la solution serait aussi équitable qu'il est permis de l'espérer et rien ne s'opposerait à ce qu'il se nouât une amitié solide et durable entre les deux peuples voisins. Roumains et Serbes, qui ont eu si longtemps à souffrir de la tyrannie magyaro-germanique.

La question serbe ne serait pas ainsi en somme très difficile à résoudre, si elle ne se rattachait à la question de l'existence de l'Autriche et à l'avenir de la Slovénie.

Le nom de Carniole, Kraïna (frontière, limite), qui rappelle l'Ukraine, indique à lui seul la place qu'occupent les Slovènes à l'extrême avancée des Yougoslaves vers l'ouest. Arrivés vers le vi" siècle après J.-C, ils occupèrent dans leur premier élan les régions alpestres de l'Autriche occidentale, environ jusqu'à la frontière actuelle de la Bavière. Ces postes lointains étaient assez faiblement peuplés et les Slaves les perdirent rapidement devant le reflux germanique. Le gros de l'armée résista et, depuis le xiii" siècle, elle a conservé ses positions presque intactes, malgré

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