LA SERBIE AUTONOME
réussi à pénétrer en Serbie; Miloch ordonna de se débarrasser de lui à tout prix, et, dans la nuit du 24 juin 1817, le héros de Tindépendance et son secrétaire furent surpris et tués au milieu de leur sommeil. — « Les pleurs et les larmes des pauvres, écrivait Miloch à son délégué à Constantinople, se sont emparés de lui et m'ont envoyé sa tête à Belgrade {fie). La voici expédiée à Constantinople. Prenez donc courage et réclamez hardiment ce dont le peuple a besoin; car cet heureux événement nous fournit l'occasion la plus favorable de faire valoir nos revendications. » — Les assemblées ne résistent guère à de semblables arguments et, en novembre 1817, Miloch fut proclamé prince héréditaire de Serbie par les prélats et les knèzes.
Il est juste de reconnaître qu'il manœuvra habilement au milieu des difficultés dans lesquelles se débattait Mahmoud et qu'il améliora sérieusement la situation de la Serbie. La convention d'Akkermann (1826) et la paix d'Andrinople (1829) confirmèrent, en l'interprétant dans un sens favorable, l'article VIII du traité de Bucarest et préparèrent le Hatti-chérif du 29 août 1830, qui est la charte de l'indépendance serbe : Miloch était reconnu dans sa dignité de chef suprême héréditaire et le sultan renonçait à toute intervention dans l'administration intérieure et la justice ; défense aux musulmans qui n'appartenaient pas aux garnisons des forteresses d'habiter dans le pays. La Porte essaya du moins de resserrer les limites de la nouvelle principauté, mais la guerre avec Méhémet-Ali rendit Mahmoud plus traitable et le Hatti-chérif de 1833 restitua à Miloch les districts de Négotin, de Paratchine, d'Aleksinats, de Krouchévats et les territoires de l'Ibar qui avaient été occupés par les Turcs depuis leurs succès de 1813. La Serbie avait dès lors les frontières qu'elle
devait conserver jusqu'au traité de Berlin (1878).
La Serbie, — écrit M. Yaksitch, qui nous a donné le récit le plus complet et le plus exact de cette période, — n'était plus depuis le xv^ siècle qu'un simple pachalik ; elle ressuscitait à une vie nouvelle. Avec ses 2300 villages et ses 670 000 habitants, elle échappait à la barbarie orientale et entrait dans le courant de la civilisation européenne. Déjà, elle possédait des écoles, des imprimeries, des journaux.
Les destinées du pays demeuraient cependant incertaines tant que les troupes du sultan y étaient cantonnées et qu'à Belgrade même se maintenaient quelques milliers de Turcs faméliques qui étaient une cause perpétuelle d'inquiétudes et de troubles. Le 15 juin 1862, à la suite d'une rixe, le commandant de la citadelle ouvrit le feu sur Belgrade et bombarda la ville pendant cinq heures. La France et la Russie demandèrent la retraite immédiate des Turcs. L'Angleterre s'y opposa pour ne pas compromettre l'intégrité de l'empire ottoman, et l'Autriche, parce qu'elle craignait que le succès des Serbes ne frappât trop vivement l'imagination de ses sujets slaves. On finit par décider que la Porte ne conserverait plus que les places de Belgrade, Smédérévo, Chabats et Kladovo; le quartier turc de Belgrade dut être évacué, et les musulmans qui habitaient en dehors des fortifications quittèrent le pays. Cinq ans plus tard, le prince Michel, le fils de Miloch, profita de l'aflaiblissenieut de la puissance autrichienne après Kœniggraets et des embarras que créait à la Porte l'insurrection Cretoise, pour obtenir le départ définitif des garnisons turques. Le 6 mai 1867, le dernier soldat musulman quitta le sol de la principauté. La domination de l'Islam ne fut plus rappelée que par le drapeau vert qui continua à flotter à côté du tricolore slave.