LES RADICAUX SERBES
de réorganiser Tarraée et de compléter l'outillage miliiaire. Quelques années y suffirent, parce que le sol d'une bonne partie du royaume est riche, que le paysan est sobre, qu'il a peu de besoins, et aussi parce qu'il profita de la hausse qui se produisait à cette époque sur les produits agricoles, le blé, la volaille, la viande. L'administration des monopoles établit une comptabilité rigoureuse, supprima les malfaçons, accrut le rendement ; par le seul fait du relèvement de la prospérité générale, les revenus de l'État progressèrent dans une très sensible propor tion; le change s'améliora et le crédit se releva; quelques entreprises industrielles se fondèrent; on commença à étudier les richesses du sous-sol, qui sont énormes, et la prospérité fabuleuse de certaines mines attira l'attention des financiers européens et favorisa l'appel des capitaux étrangers.
La Serbie, redevenue ainsi une alliée désirable, fut bientôt recherchée par ses voisins, la Bulgarie surtout qui, pour occuper la Macédoine, jugeait nécessaire l'appui éventuel de Pierre contre la Turquie, à condition de ne pas le payer cher, ou même de ne pas le payer du tout. — Il semble qu'il ait fallu assez longtemps aux radicaux de Belgrade pour se rendre un compte exact du caractère de Ferdinand de Cobourg : chez eux, l'idée slave était très sincère et très forte; ils comptaient, non sans raison, sur la loyauté fraternelle du peuple bulgare; ils ne savaient pas que la nation était matée et muselée par quelques politiciens suspects et un monarque trop habile. Aux premières ouvertures qui leur arrivèrent de Sofia, ils répondirent avec un joyeux empressement de cœur et, heureux de renouer les traditions interrompues depuis l'assassinat de Michel, ils préparèrent en 1905 un traité de commerce qui supprimait la ligne de douanes entre la Serbie et la
Bulgarie : les deux pays formeraient ainsi un marché commun, ce qui leur permettrait de négocier avec plus d'avantage, puisqu'ils pourraient offrir à leurs contractants un débouché plus large. L'Autriche, qui n'avait certes rien à craindre de Ferdinand, tenait à maintenir dans leur isolement les divers États balkaniques, pour les exploiter et les dominer plus à Taise. Alin de punir les ministres imprudents qui osaient avoir une politique personnelle, comme son traité de commerce avec la Serbie venait à expiration, elle refusa de le renouveler, à moins que le cabinet de Belgrade ne renonçât à ses négociations avec Sofia et ne commandât aux usines Skoda le nouveau matériel d'artillerie qu'il avait l'intention d'acheter au Creusot; l'Union Bank, qui était sous le contrôle du Ballplatz, fournirait les fonds nécessaires. Au point de vue financier, militaire et commercial, la Serbie devenait ainsi une simple dépendance de Vienne, dont elle recevrait ses capitaux et ses munitions, et qui la tiendrait à merci par la menace de lui fermer ses débouchés.
Comme le ministère radical faisait mine de résister, au mois de juin 1906, l'Autriche interdit l'importation des marchandises serbes; en même lemps elle rassemblait à grand fracas des forces en Bosnie et le long de la Save. La condition géographique de la Serbie était fort mauvaise. L'annexion de la Bosnie à l'Autriche lui avait fermé sa route commerciale la plus fréquentée vers l'Adriatique; elle ne restait en communication, — très indirecte, — avec l'Europe que par le Danube où les bateaux payaient aux portes de fer des taxes très élevées, et par le chemin de fer de Vrania à Salonique, qui, fort éloigné des provinces occidentales, traversait une région infestée à ce moment par les comitadjis bulgares et était d'ailleurs dans les mains d'une com-