AIR
Sommeil des consciences pures,
Descends, oh ! descends sur mes yeux !
Nuit calme, épanche tes murmures Sur mon front terne et soucieux.
J’ai le sang lourd et la peau moite...
Je sens des frissons tortueux
Sous mes mamelles gauche et droite...
Pourtant j’étais né vertueux !
Pendant que le sommeil qui calme et purifie Tombait des cieux cléments sur ce front enfiévré.
Qu’il allait entrevoir en rêve sa Sophie Et son petit dernier, lequel n’est pas sevré,
De rouges espions, aux nerveuses antennes,
Se jettent sur le lit, en foule, par centaines,
Ils tombent du plafond, ils grimpent l’escalier,
Ils sortent du bahut, du vieux fer qui se rouille,
Du coucou, du carreau, du suif, du chandelier,
Et cela court, cela trottine, cela grouille.
Regardez ! regardez ! ils vont toujours, encor,
Vers cet infortuné sans défense, qui dort Et commence à ronfler. . Eh quoi ! tu dors, pauvre homme, Et ton lit, malheureux, ton lit n’est pas de fer !
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Enfin, va, mon gaillard, va ! va ! pousse ton somme... Mais je te garantis un réveil bien amer.
Ils ont bientôt sondé les recoins de l’alcôve.
Des commères déjà, que réveille le bruit,
Ont passé prestement leur chemise de nuit.
Le chef des espions, vieillard à tête chauve,
Courbant l’échine en arc jusqu’au postérieur, S’adresse de la sorte à son supérieur :
— Nous avons parcouru la montagne et la plaine. Vers le nord, aux confins d’un couvre-pied de laine, Nous avons découvert d’abord un mufle humain,
Puis, vers le sud, un pied, et vers l’est, une main ;
Enfin, en descendant une ligne convexe .
Sur quoi le général, d’un geste puritain,
Interrompt :
— Il suffit, car nous avons du sexe.
TUNDER-TEN-TRONCKH.
GRAND AIR Vite
Sortez tous De vos trous Plèbe maudite !
Vite!
Dépêchons ! et prenez Les panaches de guerre,
Les cuissards damasquinés,
Le poignard et le cimeterre !
Formez les rangs ! formez les rangs ! puis entonnez Votre hymne de combat, d’une voix de tonnerre !
Et l’on sentait monter, des coins de chaque coin,
Un bizarre parfum — qui n’est pas le benjoin !
La clameur grossissait, rauque, sourde, étouffée...
C’est alors que parut un jeune coryphée :