SECONDE FOIS
Matth. xxr, 12-16. — Marc, xi, 15-18. - Luc. xix, 45-46.
Arrivé à Jérusalem, Jésus se rendit directement au temple où il entra. Le mot temple, pris dans son acception
rigoureuse, désignait les deux parties principales de l'édifice consacré au Seigneur : l'une appelée le Saint {Sanctum) renfermait l'autel de l'encens ou des parfums qui était revêtu d'or, puis la table des douze pains de proposition et le candélabre à sept branches ; l'autre partie nommée le Saint des saints (Sanctum sanctorum) contenait l'arche d'alliance surmontée de deux chérubins. Les prêtres seuls entraient dans le Saint où ils offraient tous les jours l'encens ; mais le grand prêtre seul pénétrait jusque dans le Saint des saints, et encore ne le pouvait-il qu'une fois chaque année. — Dans un sens plus large, le mot temple comprenait aussi une vaste cour carrée, entourée de murs, dans laquelle se trouvait en plein air l'autel des holocaustes recouvert d'airain. C'était là le parvis dit vestibule des prêtres, parce qu'ils y exerçaient leur ministère ordinaire pour les différents sacrifices, avec le secours des lévites. L'entrée en était interdite au peuple qui amenait à la porte les animaux vivants pour les livrer aux prêtres assistés des lévites. Jésus n'entra point dans ces différentes parties^ du temple, parce qu'il n'était ni prêtre ni lévite. — Mais il y avait en outre deux autres parties découvertes où le peuple se tenait pour prier : l'une destinée aux hommes et l'autre réservée aux femmes. Ce double parvis était également compris sous le nom général de temple ; et c'est de ce dernier lieu que parle l'Evangéliste en disant: Jésus entra dans le temple de Dieu (Matth. xxi, 12). Or Jésus commença par visiter le temple pour trois motifs spéciaux : 1° C'était, selon le Vénérable Bède (in cap. xxi Marc), pour nous enseigner une pratique excellente de religieuse dévotion ; car, à son exemple, en arrivant quelque part, nous devons aller tout d'abord à la maison de la prière, pour y recommander à Dieu nos personnes et nos
affaires. 2° C'était pour montrer qu'il allait souffrir volontairement et non par force ; car on pouvait facilement le trouver au temple qui était un lieu .public. 3° C'était pour marquer que les prêtres, par leur mauvaise conduite, étaient la cause première de la ruine de Jérusalem sur laquelle il avait amèrement pleuré.
Après avoir énuméré les maux prêts à fondre sur la ville, Jésus alla donc aussitôt dans le temple pour en chasser les marchands et les acheteurs. Il signifiait par cette première action de zèle que les prêtres, à cause de leur indignité, seraient dépouillés de leur office et bannis de la maison de Dieu ; car ou trouvait la vie des prêtres reproduite dans celle du peuple, de même qu'on voyait le temple contenu dans la cité. Aussi, d'après la Glose, la simonie des prêtres entraîna la destruction des Juifs. Pour assouvir leur cupidité, ces ministres avares vendaient, sous les portiques et dans les parvis du temple, tous les objets qui pouvaient servir aux sacrifices, de peur que ceux qui venaient prier Dieu ne fissent aucune offrande, s'ils n'avaient sous la main les victimes nécessaires ; ainsi les prêtres recevaient comme offrande les choses mêmes qu'ils venaient de vendre. De plus, afin que les pauvres qui n'avaient ni victime, ni argent pour en acheter, n'alléguassent point comme excuse le manque de ressources, les prêtres avaient établi en ces mêmes lieux des banquiers qui prêtaient sous caution avec espoir d'obtenir quelque don des emprunteurs. Comme la Loi défendait aux Juifs de retirer quelque usure de leurs frères, ces banquiers ou prêteurs n'osaient pas exiger des intérêts au delà du capital, mais ils ne craignaient point de réclamer des cadeaux ou présents, tels que des légumes, des fruits, etc., comme si ce qu'ils ne pouvaient accepter en numéraire, ils pouvaient