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licitement le recevoir en denrées ou choses estimables à prix d'argent. Mais cette conduite avait été condamnée depuis longtemps par le prophète Ezéchiel, qui leur reprochait de recevoir des présents, des usures et des choses surabondantes ou surajoutées à la somme prêtée (xxn, 12). Néanmoins, combien de Chrétiens aujourd'hui encore dissimulent l'usure et la simonie sous le voile spécieux de la charité ou de la reconnaissance ! — Il est trèsdangereux d'accepter des présents, parce que c'est engager sa liberté. Sénèque dit à ce propos : « Certaines choses qui paraissent nous être données gratuitement nous coûtent cependant très-cher ; pour elles nous nous dépensons nous-mêmes, et néanmoins nous ne voudrions pas les acheter si, pour les obtenir, il nous fallait céder notre maison ou quelque domaine productif et agréable. Nous sommes donc à nos yeux plus vils que tout le reste. Nous nous appartiendrions si tels dons ne nous appartenaient point. Quiconque désire mener une vie tranquille doit refuser ces présents intéressés qui nous séduisent misérablement. Dès qu'on lui offre de petits cadeaux, le sage quitte la scène, parce qu'il sait bien qu'on veut acheter de lui une chose précieuse à vil prix ; car accepter un présent, c'est vendre sa liberté, de sorte que souvent nous payons ainsi un léger profit par un grand sacrifice. » Telles sont les judicieuses réflexions de Senèque.
Écoutons comment saint Ghrysostôme rend raison de la première visite que fit Jésus-Christ lors de son entrée à Jérusalem (Hom. 37 Oper. imp.) : « Dès qu'il est arrivé dans sa ville natale, dit-il, un enfant bien élevé doit courir tout d'abord vers la maison paternelle, pour y présenter ses hommages affectueux à l'auteur de ses jours. Suivons à ce sujet l'exemple de Jésus-Christ ; et lorsque nous arrivons
en quelque ville, dirigeons avant tout nos pas empressés vers le lieu saint qui est la demeure terrestre de notre Père céleste. D'ailleurs, en commençant par aller au temple, le divin Sauveur agit comme un bon médecin qui, venant guérir toute une cité malade ou infectée, commence par remonter à la source de la contagion ou à l'origine de l'épidémie pour y remédier plus efficacement; car, si tout bien vient du temple ou de l'église, c'est aussi du temple ou de l'église que sortent tous les maux. Quand un médecin est introduit auprès d'un malade, il examine d'abord en quel état se trouve l'estomac afin de le réconforter avant tout, parce que si celui-ci est bien disposé tout le corps est en santé, tandis que s'il est débile tout le corps est en souffrance. De même si le clergé est pur, l'Eglise entière prospère ; et s'il est corrompu, la foi commune languit ; car le sacerdoce est comme le cœur et l'estomac des peuples auxquels il communique la nourriture et la vie spirituelles. En effet, le cœur est le siège de la sagesse et les prêtres sont les dépositaires de la grâce divine. L'estomac reçoit les aliments qu'il digère en lui-même pour les distribuer à tous les membres; ainsi, les prêtres puisent dans les saintes Ecritures les connaissances salutaires qu'ils élaborent dans leur intérieur par la réflexion et la méditation, pour les transmettre aux fidèles confiés à leurs soins. Appliquez-vous donc, ô prêtres, à régler convenablement toutes vos paroles et vos œuvres. Si un membre est infirme, l'estomac n'est pas pour cela entièrement débilité; mais si l'estomac souffre, tous les membres s'en ressentent. De même, si un simple laïc pècbe, les prêtres ne pèchent pas également pour cela ; mais si les prêtres se livrent au mal, tout le peuple y est entraîné par leur exemple. Aussi, devant le tribunal du souverain Juge, chaque Chrétien rendra compte de ses
propres péchés ; mais le prêtre répondra tant pour ceux des autres que pour les siens. L'agriculteur, remarquant un arbre dont les branches se dessèchent et dont les feuilles se flétrissent hors de saison, juge à coup sûr que les racines sont endommagées ; ainsi, quand vous verrez un peuple sans mœurs et saus religion, reconnaissez avec toute assurance que le clergé qui le dirige n'est pas comme il devrait être. » D'après ce langage de saint Chrysostôme, concluons que la chute des prêtres est surtout déplorable, parce qu'elle entraîne la ruine de beaucoup d'autres hommes. Aussi, suivant le témoignage formel du même saint Docteur (Hom. 40 Oper. imperf.), rien n'est plus funeste à l'Église de Dieu qu'un clergé qui vit dans le désordre.
Voyant le trafic et le vol établis dans la maison de son Père céleste, Jésus fut ému d'une sainte colère : il prit des cordes dont il lit un fouet et chassa honteusement du temple les vendeurs et les acheteurs, avec tous leurs bestiaux ; il renversa les tables des banquiers et les sièges des marchands de colombes ; il ne permettait pas non plus qu'on transportât par le temple aucun mse(Marc. xi, 16). a Évidemment, dit à ce sujet le Vénérable Bède (in cap. xi Marc), l'Évangéliste parle des objets ou meubles que l'on portait au temple pour faire le commerce ; car le Seigneur ne pouvait rejeter ou proscrire du lieu saint les vases consacrés et dédiés au culte divin, mais seulement ceux qui étaient profanes et destinés à des usages communs. En cet acte il nous a donné un signe éclatant de ce qu'il accomplira au grand jour du jugement général ; alors non-seulement il culbutera et expulsera de son Église tous les réprouvés, mais encore, afin qu'ils ne puissent désormais y entrer pour la troubler, il les frappera de châtiments éternels avec le fouet de sa colère. Quant à présent l'âme des
fidèles est la véritable maison de Dieu que notre Sauveur ne cesse de purifier : car non-seulement il la délivre des anciennes souillures parles sentiments de componction dont il la touche, mais encore il la préserve de nouvelles taches par les secours de la grâce dont il l'assiste continuellement.
Nous voyons ici les vendeurs chassés du temple pour la seconde fois. Ces deux expulsions différentes signifiaient que les pécheurs obstinés devaient être chassés d'abord de l'Église militante par l'excommunication, puis de l'Eglise triomphante par la damnation étemelle. Au commencement de sa vie publique, dit saint Théophile, le Seigneur avait exercé déjà cet acte de zèle religieux ; et comme les Juifs ne s'étaient point amendés, il renouvela d'une manière plus rigoureuse encore ce premier avertissement, afin de les ramener à résipiscence. Mais, ajoute saint Chrysostôme (Hom. 68 in Matth.), ces insensés persistèrent dans leur funeste égarement, de sorte qu'après avoir reçu du Seigneur une double correction, ils en devinrent plus criminels et pins inexcusables. — Autrefois Jésus n'avait expntsé que les vendeurs et s'était contenté de les qualifier de marchands ; mais aujourd'hui avec plus de rigueur, il expulse également les acheteurs qui devaient être bien plus nombreux et il ne craignit pas de les traiter tous de larrons. Il voulait, par cet exemple, montrer aux supérieurs et aux pasteurs des âmes qu'ils doivent reprendre et punir avec plus de sévérité les récidives, parce que, toutes choses étant égales d'ailleurs, le second péché est plus grave que le premier, à cause de l'ingratitude qu'il y ajoute. — Dans ces deux circonstances plus qu'en toute autre, nous voyons le Seigneur manifester de la rigueur et de la sévérité. Saint Chrysostôme nous en donne la raison, en disant (Hom. 5 Oper. imp.) : Supporter
patiemment les injures faites à notre personne, c'est chose louable-, mais dissimuler les injures faites à Dieu même, c'est une impiété. Aussi Jésus-Christ ne manqua pas de souffrir en silence les insultes dont il fut chargé, mais il ne put tolérer sans indignation les outrages commis envers son Père. Le châtiment qu'il infligea aux profanateurs du temple avait été figuré autrefois par celui d'Héliodore. Ce général impie avait osé pénétrer à main armée dans le temple afin d'en piller les trésors ; mais deux messagers célestes vinrent le flageller cruellement, et après qu'ils l'eurent meurtri de coups, ils le laissèrent comme mort sur la place. Ainsi Héliodore fut frappé pour avoir voulu dépouiller le temple de ses richesses, et les Juifs furent expulsés de ce môme lieu saint pour l'avoir souillé par leur trafic usuraire.
Cette action de notre divin Maître nous fournit la matière d'une instruction morale. Chaque jour Dieu entre dans son saint temple pour y remarquer la manière dont chacun s'y comporte ; il nous y voit, nous y entend, et sonde jusqu'à notre esprU^t notre cœur. Veillons donc attentivement sur nous-mêmes à l'intérieur et à l'extérieur ; gardons-nous soigneusement des rires inconvenants, des conversations inutiles, des pensées coupables et des regards indiscrets, de peur qu'au moment où nous y songerons le moins, il ne vienne nous frapper et nous punir, qu'il ne nous chasse et rejette de son Église ici-bas et enfin de son royaume éternel. Celui qui ajoute crime sur crime tresse pour ainsi dire des cordes destinées à le lier et à le flageller en ce monde ou en l'autre. Les fouets qui servent à chasser les méchants sont donc leurs actions perverses multipliées, parce que chacun est étroitement serré par les chaînes de ses péchés (Prov. v, 22). En conséquence, dit saint Augustin
(Tract. lOin Joan.), quand ceux qui font hypocritement le bien ou qui font le mal ouvertement dans l'Eglise souffrent quelque peine pour leurs péchés, ils doivent comprendre que le Seigneur se sert de leurs fautes comme d'un fouet pour les châtier, et qu'il les avertit de changer leur vie mauvaise et de cesser leur indigne commerce, afin de ne pas entendre un jour ces terribles paroles : Liez-leur les pieds et les mains, puis jetez-les dans les ténèbres extérieures (Matth. xxn).
En chassant du temple les brebis et les bœufs, en culbutant aussi les banquiers et les vendeurs de colombes, le divin Maître a voulu enseigner aux prélats et aux chefs de l'Église qu'ils doivent s'élever énergiquement contre les hypocrites qui se couvrent de la peau des brebis pour abuser les simples, contre les tyrans qui se servent de leur puissance comme les bœufs de leur corne pour se défaire des petits, contre les usuriers et contre les sirnoniaques qui vendent les dons du Saint-Esprit désignés par les colombes. Cette sainte colère du Seigneur nous manifeste spécialement la criminelle perversité de la simonie ; car nous ne lisons nulle part qu'il ait employé ses bras en d'autres circonstances pour expulser et repousser les Juifs. Afin de l'imiter aussi en ce point, nous devons chasser de l'Église les sirnoniaques, même par la violence, si nous ne pouvons le faire autrement et que nous soyons assez forts pour les contraindre sans exposer l'Église à quelque danger. Écoutez, sirnoniaques avares, entendez bien ceci, trafiquants abominables : Ou cessez votre indigne commerce, ou abandonnez le lieu saint ; c'est vous qui êtes des banquiers ; c'est vous qui vendez des colombes, les dons et les grâces du Saint- Esprit ; vous ne faites rien sans argent et salaire. Aussi, tous les sirnoniaques seront rejetés du temple de Dieu, soit
sensiblement aux yeux des hommes, soit du moins aux yeux du Seigneur qui les prive de ses biens célestes. De même, les clercs et les religieux, voués par état au service divin, doivent craindre à juste titre d'encourir l'indignation du Seigneur qui les bannira de sa sainte présence, s'ils s'embarrassent dans les affaires terrestres et séculières. Combien, hélas 1 ne voyons-nous pas dans l'Eglise d'abus indignes que Jésus-Christ aurait sévèrement réprimés, s'il les eût autrefois rencontrés dans le temple ? Le Vénérable Bède dit à ce sujet (in cap. xi Marc; : « Dans la maison de Dieu on ne devait vaquer qu'aux œuvres de piété, y offrir des prières et des sacrifices au Seigneur, y lire et entendre sa parole, y chanter ses louanges ; et voilà pourquoi Jésus proscrivit du temple le commerce des cboseshumaines.il est toutefois probable qu'on y vendait seulement les objets employés au culte religieux, comme les bœufs, les brebis et les colombes ; curies Juifs venus de loin n'achetaient sans doute ces animaux que pour les présenter à Dieu comme victimes dans sa propre maison. Or, si à cause de l'avarice et de l'injustice dont les marchands se rendent coupables d'ordinaire, Jésus ne voulut pas laisser vendre dans le temple les choses mômes qu'il voulait y voir olfrir à son Père, avec quelle rigueur n'eût il pas traité ceux qu'il aurait vus se livrer à des rires désordonnés, à des entretiens frivoles ou à des actes vicieux ? El s'il ne put souffrir dans sa demeure terrestre des actions qui pouvaient être faites licitement ailleurs, comme sont les ventes et les achats, combien plus doit-il être irrité contre ceux qui se permettent en des lieux sacrés des actions qui ne sont jamais permises nulle part ? »
On peut donner encore d'autres explications morales de ce même passage. En ce saint temps où approche la véri-
table Pâque, Jésus monte à Jérusalem, c'est-à-dire dans le cœur humain, dans l'âme sainte et dévote que la grâce a élevée à l'état surnaturel. 11 fallait aussi monter pour parvenir a la ville de Jérusalem située sur une hauteur. Le temple qui dominait cette cité représente la partie supérieure ou raisonnable de l'âme qui doit être appliquée à Dieu seul et aux choses éternelles. Dieu s'approche de cette partie, quand il visite l'âme par quelque opération sacramentelle ou même par si présence spirituelle. Or Jésus- Christ ne peut souffrir en ce temple mystique quatre choses spéciales désignées par celles qu'il trouva dans son temple matériel de Jérusalem : ce sont quatre obstacles dont les hommes religieux mêmes ne sont pas toujours affranchis. Le premier, signifié par l'argent des changeurs que Jésus dispersa, c'est une trop grande sollicitude pour acquérir et conserver les biens temporels. La sollicitude à cet égard n'est pas toujours blâmable, mais seulement lorsqu'elle pénètre dans le temple de notre cœur, où l'affection des biens éternels doit uniquement dominer. Si donc l'application aux biens temporels s'empare absolument de ce temple intérieur, le péché devient mortel, parce qu'alors on substitue la créature au Créateur et qu'on préfère des choses caduques à des choses immuables. Le second obstacle, signifié par les bœufs que Jésus chassa, consiste dans l'usage inconsidéré des biens temporels, et dans le défaut de précaution pour éviter les dangers qu'ils entraînent. Comme parmi les bonnes herbes dont ils se nourrissent avidement, les bœufs peuvent aisément en manger qui leur soient nuisibles, de même aussi il arrive souvent aux hommes qu'en usant des choses temporelles pour en retirer ce qui leur est utile et nécessaire, ils en viennent à prendre ce qui est superflu et préjudiciable. Le troisième obstacle est une crainte t. iv 11.
ridicule et désordonnée qui fait échouer nos intentions vertueuses et arrête nos progrès spirituels ; nous ressemblons en cela à la timide brebis que la peur causée par le bruit du tonnerre fait avorter quand elle est seule. Le quatrième obstacle est la lenteur ou la négligence à exécuter les bonnes résolutions, comme nous en voyons une image dans la manière dont agit la colombe; car au moment même où cet oiseau indécis tourne la tête et porte la vue à droite et à gauche pour examiner où il doit diriger son vol, il est frappé par le chasseur ou saisi par le vautour ; ainsi arrive- t-il à l'homme paresseux et irrésolu qui est surpris par la mort et précipité dans l'enfer avant d'avoir réalisé ses projets de conversion et de perfection. Pour éloigner les quatre obstacles précédents du temple intérieur où il veut entrer, le divin Sauveur s'arme d'un triple fouet ; c'est-à-dire il fait ressentir à l'âme les afflictions corporelles, les tribulations intérieures et les salutaires inspirations qui la délivrent des défauts signalés plus haut ; puis afin qu'ils n'y rentrent pas facilement, il va jusqu'à renverser les tables et les sièges, c'est-à-dire jusqu'à changer les dispositions et les habitudes de cette même âme.
Et il dit à ceux qu'il chassait du temple (Matth. xxi, 13) : // est écrit dans le prophète Isaïe (lvi, 7) : Ma maison, celle qui est consacrée en mon nom et dédiée à mon culte, sera appelée une maison de prière, non point de rapine ou de vol, de commerce et de spectacle ou de vaines conversations. Il nous apprend par ces paroles que nous devons aller au temple ou à l'église avec une entière confiance d'obtenir ce que nous demanderons ; car pourquoi nous aurait-il recommandé d"y prier, s'il n'était pas disposé à nous y exaucer ? En appelant le temple sa maison, Jésus montre qu'il est Dieu, car le temple est la maison de Dieu
seul. Le Seigneur ne veut pas que son sanctuaire soit un lieu de trafic, mais un asile de sainteté, dit saint Àmbroise (in cap. xix Luc). On ne doit donc pas se réunir dans la maison de la prière pour vendre ou acheter, mais uniquement pour y prier, dit aussi Origène. Saint Augustin ajoute (Serai, de t empli Dedicat.) : On ne doit s'occuper dans un oratoire que de l'action à laquelle il est destiné, comme l'indique le nom qu'il a reçu. Mais, hélas ! parfois la maison de Dieu ne pourrait-elle pas être appelée une maison de convoitise et de dissolution ? Aussi le Seigneur parlant aux Juifs ajouta : Et vous en avez fait une caverne de voleurs. Les voleurs, en effet, qui cherchent à s'enrichir par tous les moyens possibles, se cachent en des souterrains où ils réunissent, les fruits de leurs larcins. Les prêtres delà Loi agissaient de même dans le temple de Jérusalem ; car ils songeaient moins à y faire honorer le Seigneur qu'à y dépouiller le peuple sous de spécieux prétextes et par des artifices raffinés. Et ne trouvent-ils pas encore aujourd'hui quelques imitateurs en certains clercs cupides qui travaillent à augmenter leur fortune plu tôt qu'à servir l'Eglise? « La maison de- la prière, dit saint Grégoire (Hom. 19 in Evang.), était devenue un repaire de larrons, parce que les prêtres ne fréquentaient plus le temple que pour contraindre parla force ceux qui n'offraient pas de présents, ou pour perdre par le scandale ceux qui en offraient. L'âme ou la conscience de chaque fidèle est, elle aussi, la maison de Dieu ; mais elle cesse pareillement d'être une maison de prière pour devenir une caverne de voleurs, le jour où, abandonnant les saintes affections, elle admet, en ses replis secrets, des pensées perverses qui blessent la justice et la charité envers le prochain. » Ainsi parle saint Grégoire. L'Eglise, qui est spécialement la maison de Dieu, a
quatre grandes destinations spéciales: 1° elle est une maison de réconciliation pour les pécheurs pénitents, d'après cette parole de la Genèse (xxvm, 17): C'est ici véritablement la demeure de Dieu et la / orie du Ciel. 2° Elle est une maison de prière pour les hommes vertueux, suivant la déclaration du Sauveur. 3° Elle est une maison d'enseignement pour les parfaits qui peuvent s'appliquer ce passage d'Isaïe (II, 3) : Venez, montons sur la montagne du Seigneur, allons à la maison du Dieu de Jacob, et il nous instruira. 4° Elle est une maison de louange et d'allégresse pour tous les fidèles auxquels s'adressent ces paroles du Prophète royal : Bénissez Dieu dans vos assemblées (Ps. lxvii, 27). Heureux, Seigneur, ceùœqui habitent dons votre maison (Ps. lxxxih, 5). Mais quatre sortes de personnes font de l'Église un antre de voleurs ; ce sont les hérétiques qui corrompent les Saintes Ecritures, les simoniaques qui vendent les choses sacrées, les ambitieux qui achètent les places ou les dignités, enfin les voluptueux qui dissipent les biens ou les revenus de l'Eglise pour satisfaire leurs passions. Selon saint Jérôme (in cap. 21 Matth.;, ils sont des larrons qui transforment le temple de Dieu en un repaire de voleurs, ceux-là qui cherchent à retirer quelques profits temporels des choses religieuses. Dans ce but intéressé, les uns emploient l'étude de la science, les autres la grandeur de la puissance, d'autres enfin l'offrande des présents. Tous ceux qui viennent dans l'Eglise par des voies ambitieuses sont des voleurs et des larrt us (Joan. x, 8).
Lorsque Jésus fut entré dans le temple, les aveugles et les boiteux, entendant les enfants publier ses louanges, s'appm hèrent de lui : et il les guérissait, réalisant ainsi par B( s ""^^ -loges que lui décernaient les enfants, comme pour rendre lui-même un témoignage effectif à leur décla-
ration publique (Matth. xxi, M);cai ils répétaient: Hosanna, sauvez-nous, et il répondait à leurs cris par des miracles qui rendaient la santé. En agissant de la sorte, il semblait leur dire : Vous me proclamez justement Sauveur, puisque, comme vous le voyez, je procure le salut aux infirmes. Selon le sens moral, les aveugles sont ceux qui ferment les yeux de l'âme aux lumières de la vérité, et les boiteux, ceux dont les pieds ne sont pas affermis dans les droits sentiers de la justice. Or les uns et les autres sont éclairés ou redressés par Jésus-Christ, ainsi que par les bons conseils et les exhortations de ses disciples.
Remarquons ici que les honneurs de sa réception ne firent point négliger à Notre-Seigneurles droits de la justice; car dès qu'il fut entré à Jérusalem, il se rendit au temple d'où il expulsa les vendeurs et les acheteurs qui le profanaient. Néanmoins cet acte de sévérité ne lui fit point omettre la manifestation de sa bonté; car il guérit aussitôt les aveugles et les boiteux qui se présentèrent. Cette sage conduite du divin Maître apprend aux prélats et aux magistrats que les faveurs du public ne doivent pas les empêcher de suivre les règles de la justice, comme aussi les règles de la justice ne doivent pas les empêcher de montrer des entrailles de miséricorde.
Cependant les princes des prêtres et les scribes ou docteurs de la Loi voyaient avec peine les merveilles opérées par Jésus qui guérissait divers infirmes, après avoir chassé les nombreux profanateurs de la maison de Dieu. Ils entendaient aussi avec dépit les enfants crier dans le temple qu'il était le véritable Messie, en répétant: Hosanna, fils de David ; car ces enfants mêlés à la foule avaient accompagné le Sauveur jusqu'au temple parmi les acclamations générales/Mais ses ennemis, jaloux d'aussi éclatantes démons-
trations, ne purent contenir leur indignation ; car les méchants s'affligent ordinairement des louanges que reçoivent les bons (Matlh. xxi, 15). « Ainsi donc, dit saint Chrysostôme, on louait comme Dieu même Celui qui venait simplement comme homme ; on proclamait par des chants de triomphe Celui qui se cachait sous les voiles de la chair ; mais les prêtres, dans leur malice, blasphémaient comme un pécheur Celui que les enfants, dans leur innocence, exaltaient comme Sauveur. Plus il était glorifié, plus ses ennemis en étaient jaloux ; et les hommages qu'on lui rendait causaient leur tourment. Ainsi vont toujours les choses ; lorsque les bons sont honorés pour leurs vertus, les méchants sont torturés par leur envie. » — Néanmoins, comme ils craignaient le peuple, les prêtres n'osèrent ni arrêter Jésus, ni contester ses miracles, qui étaient trop évidents; mais ils lui reprochèrent de permettre qu'on lui donnât ces applaudissements extraordinaires, et qu'on lui rendît ces témoignages solennels. Ils lui dirent donc : Entendez-vous bien ce qu'on publie (Matth. xxi, 16)? Ils voulaient dire : Vous ne devriez pas souffrir de pareilles louanges ; car si vous étiez juste et vertueux, vous vous refuseriez une telle gloire et de telles acclamations qui peuvent convenir seulement au Fils de Dieu. Selon saint Chrysostôme (Hom. 38 Oper. imp.), « c'était plutôt à Jésus de leur dire : N'entendez-vous pas ceqiïon proclame ; ces enfants chantent comme s'ils louaient Dieu lui-même. Vous remarquez ce qu'ils crient et vous ne considérez pas ce que je fais en votre présence, sous vos yeux ; et pourtant mes œuvres sont les interprètes de leurs paroles. »
Jésus donc leur rrpondit : Oui, sans doute, je l'entends et je ne puis manquer de l'entendre ; tout cela est l'accomplissement de la volonté divine annoncée par les anciens Pro-
phètes. N'avcz-vous jamais lu ces paroles que le Psalmiste adresse à Dieu : Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle (Ps. vin, 3) ? Or il dit justement la plus parfaite, car les enfants ont continué et achevé dans le templela louange que la foule avait commencée et pour ainsi dire ébauchée le long du chemin. Notre-Seigneur cite ce passage des Psaumes, afin de montrer que les Saintes-Ecritures suppléent à son silence par leur témoignage pour confirmer les acclamations des enfants. Comme s'il eût répondu : Vous qui êtes docteurs de la Loi, vous devez connaître cet oracle de l'Esprit-Saint, et par conséquent ne pas me blâmer. Suivant une explication de saint Chrysostôme (Hom. 38 Oper. imp.), « Ceux qui sont ici appelés enfants l'étaient par la simplicité du cœur, mais non point par la faiblesse de l'âge ; caries petits encore au berceau ne peuvent ni apprécier ni louer le mérite de quelqu'un. Ces hommes comparés aux enfants à la mamelle étaient charmés par la vue des miracles, comme les petits par la douceur du lait, et ils témoignaient par des cris la joie qu'ils ressentaient. La douceur du lait représente bien l'effet que produit la vue des miracles ; car pour les témoins ils n'exigent aucun travail de préparation, mais ils procurent le plaisir de l'admiration et attirent suavement à la foi. La solide nourriture du pain, au contraire, désigne la forte doctrine de la perfection que peuvent recevoir ceux-là seuls qui sont exercés dans les voies spirituelles. » Comme les enfants sucent agréablement le lait, sans éprouver de douleur, on donne aussi le nom de lait cà cette sorte de doctrine que les âmes simples comprennent facilement, sans faire d'efforts extraordinaires.
Prière.
Seigneur Jésus, vous nous avez donné un signe éclatant de votre terrible puissance, lorsque, simplement armé d'un fouet d"e cordes, vous avez chassé du temple tous les profanateurs, en les effrayant par la flamme divine qui jaillissait de vos yeux étincelants d'une sainte colère. Je vous en supplie, accordez-moi de ne jamais perdre de vue votre redoutable présence, afin que je sois rempli d'une frayeur salutaire ; car vos jugements sont irrésistibles et impénétrables, en sorte que je ne puis les considérer sans que tous mes os ne soient ébranlés. L'homme, en effet, ne trouve point de sécurité tant qu'il demeure sur la terre, et ses destinées restent incertaines jusqu'à ce qu'il entre dans l'éternité. Vous le voulez ainsi, Dieu très-haut, afin que nous nous attachions constamment à vous avec une pieuse crainte et que nous nous réjouissions toujours en vous avec un saint tremblement. Ainsi soit-il.