‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

LES DEUX PETITES PIÈCES DE LA VEUVE. — PRIÈRE DU PHaRISIEN

ET DU PUBLIOAIN.

Marc, xii, 41-44. — Luc. xxi, 1-4; xvm, 'J-14.

Jésus s'assit dans le templa en face du tronc destiné à recevoir les dons, et il considérait ceux qui venaient y déposer leurs offrandes (Marc, xii, 41 — Luc. xxi, J). C3

tronc, placé près de l'autel à droite, était uu coffre ayant à sa partie supérieure une ouverture par laquelle chacun mettait à son gré l'argent qu'il voulait donner, soit pour les réparations du temple ou les nécessités du culte, soit pour le soulagement des pauvres et des veuves, soit pour l'entretien des prêtres et des lévites. Selon la remarque du Vénérable Bède (in cap. 21 Luc), on appelait gazophylacium c'est-à-dire lieu du trésor non-seulement les coffres où les aumônes étaient recueillies, mais aussi les portiques ou ces coffres étaient disposés, comme on le voit par un passage de l'Évangile (Joan. vm, iO). Or, parmi plusieurs riches qui jetaient dans le tronc des sommes considérables, Jésus aperçut une pauvre veuve qui vint y mettre deux petites pièces de monnaie, c'est-à-dire deux sous de cuivre, valant un quart de sicle ou cinq oboles, qu'elle avait péniblement gagnés pour sa nourriture journalière (Luc. xxi, 22). Le Sauveur, admirant ce sacrifice, dit à ses disciples (Ibid. 3, ky. En vérité, je vous Cassure, cette veuve, toute pauvre qu'elle est, a donné plus que tous les autres; car elle a donné de son indigence tout ce qui lui restait pour sa subsistance ; elle s'est ainsi privée de ce qui était nécessaire à sa propre vie, se confiant entièrement à la divine Providence. Tous les autres n'ont donné que de leur superflu ou de leur abondance, par conséquent de ce qu'ils devaient distribuer et qu'ils ne pouvaient garder licitement. Comme le Seigneur ne dit pas qu'ils ont donné leur superflu, mais de leur superflu, il faut conclure de là qu'ils s'étaient réservé une partie plus ou moins notable de leur abondance.

Cette sentence de Jésus-Christ combat une erreur des prêtres juifs. Dominés par l'avarice, ils enseignaient que plus on offrait au temple de présents considérables en eux-mêmes, plus on acquérait de mérites devant le

Seigneur ; mais ils se trompaient beaucoup. La grandeur des mérites se mesure d'après la grandeur des présents, considérés non point en eux-mêmes, mais relativement à la fortune du donateur, comme aussi d'après la ferveur de sa volonté et la générosité de son dévouement. Conformément à la fausse doctrine des prêtres juifs, plusieurs riches faisaientdegrandes largesses; néanmoins selon lejugementcontraire du divin Maître, cette pauvre veuve donna plus qu'eux tous, non point absolument parlant, mais cependant sous divers rapports : soit à cause de ses dispositions très-parfaites, parce qu'elle offrait tout ce qu'elle pouvait, désirant pouvoir offrir bien plus encore ; soit à raison deses facultés très-minimes, puisqu'elle versa dans le tronc tout ce qu'elle possédait d'argent ; soit quant à l'excellence du sacrifice par lequel elle se priva même du nécessaire; soit suivant l'estimation de Dieu qui accepta plus favorablement cette offrande, louée par Jésus-Christ comme supérieure à toutes les autres. Ainsi une pauvre femme fut préférée justement à de riches personnages. Ne coûte t-il pas, en effet, beaucoup plus au pauvre de donner quelques petites pièces de monnaie, qu'au riche de donner plusieurs pièces d'or ou d'argent, de même qu'il est plus difficile à un enfant de soulever un poids léger, qu'à un homme fort de porter un lourd fardeau ? Aussi Dieu regarde l'affection du donateur plus que la matière du don, et il apprécie moins la quantité du présent que l'étendue delà charité. Il ne considère pas combien, mais comment vous donnez, dit saint Jérôme (in cap. 12 Marc). Car, ajoute saint Grégoire, il réclame notre cœur et notre volonté, plutôt que notre avoir ou notre fortune ; et dans le sacrifice que nous lui faisons, il estime la valeur des intentions plutôt que celle des choses. Ainsi dans l'offrande de la veuve, conclut saint Chrysostôme, le

Sauveur examina non point la modicité de l'objet, mais la libéralité du sentiment; si nous ne pouvons offrir comme elle notre nécessaire, offrons du moins tout notre superflu. Comme les deux pièces de monnaie que cette femme déposa dans le trésor du temple furent plus agréables au Seigneur que toutes les autres offrandes, de même aussi le double amour de Dieu et du prochain que nous devons conserver toujours dans le fond de notre cœur est plus excellent que toutes les autres vertus. Ces mêmes pièces nous représentent encore l'âme et le corps que nous devons consacrer entièrement au service de Dieu. Cette pauvre veuve figure ces personnes simples qui, bien que dépourvues de richesses et de connaissances, ont néanmoins plus démérite aux yeux du Seigneur par la ferveur de leurs prières et la pureté de leur vie, que les monarques et les docteurs les plus illustres dans le monde. C'est dans cette pensée que saint Augustin, lisant la vie de saint Antoine, ermite, s'écriait : Les simples et les ignorants ravissent le royaume des cieux, tandis que nous autres littérateurs et savants, nous nous précipitons dans l'abîme des enfers (De Confes. 1. vu, c. 6 et 8) ! — Cette veuve figure encore l'âme Adèle, qui doit se regarder comme condamnée à la viduité, tant qu'elle est privée des doux embrassements de son divin Epoux. Que cette âme dévote persévère dans le deuil de la pénitence et dans l'état d'humilité tant intérieure qu'extérieure ; et qu'elle offre au Seigneur, comme deux petites pièces de monnaie qui lui seront très-agréables, une affectueuse compassion en paroles et en œuvres ; parfois une parole compatissante vaut autant qu'une œuvre charitable, quelquefois même elle vaut mieux qu'une offrande. — Cette veuve, dit saint Théophile, c'est l'âme chrétienne qui, abandonnant le démon auquel elle s'était livrée,

vient offrir à Dieu dans le irésor du temple les deux pièces composant toute sa substance, la chair et l'intelligence ; elle lui sacrifie sa chair par l'abstinence et son intelligence par l'humilité, de telle sorte qu'on peut dire d'elle : Elle a donné tout ce qu'elle possédait pour vivre, sans se réserver rien au monde.

D'après l'interprétation du Vénérable Bède (in cap. 21 Luc), « ce passage de l'Evangile nous montre avec quelle satisfaction le Seigneur reçoit tout ce que nous lui présentons de bon cœur. Dans le sens allégorique, les riches ici mentionnés sont les Juifs fiers de leurs observances légales; mais la veuve, c'est l'Église, dont l'Epoux est mort pour elle sur la croix. Celle-ci est justement appelée pauvre, parce que , dans son humble simplicité, elle est détachée des biens temporels et dépouillée des passions mondaines ; car elle rejette les vices et les péchés, provenant de l'orgueil, de la cupidité et de l'ambition qui forment comme les propres richesses de ce monde corrompu. Elle dépose dans le trésor du temple les deux petites pièces de monnaie qu'elle possède, quand, dirigée par sa fervente charité, elle offre en présence de la majesté divine les sacrifices de sa foi et de sa prière ; à raison de la fragilité humaine, ce sont de très-minimes offrandes; mais par le mérite d'une pieuse dévotion elles deviennent très-agréables au Seigneur, qui les préfère à toutes les œuvres des Juifs superbes. Le Juif, en effet, offre de son abondance à Dieu même, lorsque, présumant de sa propre justice, il lui dit intérieurement : Je vous remercie, 6 Dieu, de ce que je ne suis pas comme les autres hommes , qui sont voleurs et injustes (Luc. xvm, 11, 12). L'Eglise, au contraire, rapporte à Dieu tous les biens qu'elle possède, lorsque, les considérant non point comme le fruit de ses mérites personnels, mais comme l'effet

des grâces célestes, elle s'écrie humblement : Seigneur, ayez pitié de moi qui ne suis que péché, » Ainsi parle le Vénérable Bède.

Jésus cependant avait remarqué plusieurs gens tellement infatués de leur excellence individuelle, qu'ils se préféraient à tout le reste des simples mortels; non-seulement ils s'estimaient eux-mêmes comme justes à cause de leurs œuvres extérieures, mais encore ils ■méprisaient les autres comme des pécheurs ( Luc. xvnr, 9 ). Ainsi, ils étaient doublement orgueilleux, et par conséquent ils n'étaient point justes ; car il n'y a point de véritable vertu sans humilité sincère. Jésus leur exposa donc la parabole du Pharisien qui paraissait juste et duPublicain qui passait pour pécheur. Tous deux montèrent au temple, en gravissant les quinze degrés qui conduisaient à son enceinte, située sur la hauteur (Ibid. 10). Ils allaient pour prier, et c'est aussi le motif qui doit nous attirer à l'église; nous ne devons pas y aller pour y satisfaire notre vanité ou curiosité, entretenir conversation et nous donner en spectacle. Le Seigneur parlait alors à des Pharisiens qui, afin de paraître meilleurs que les autres, affectaient de se distinguer par leur extérieur. Aussi il mit en scène un Pharisien, afin qu'en celui-ci, comme dans un miroir, ses pareils pussent mieux se reconnaître; peut-être même le personnage en question était présent au milieu d'eux. Selon saint Théophile, « cette parabole est dirigée contre ceux qui, au lieu de rapporter tout à Dieu, se complaisent en eux-mêmes et dédaignent les autres hommes. Elle a pour but de montrer que si la justice élève l'homme en l'approchant de Dieu, elle l'abaisse profondément lorsqu'elle est accompagnée d'orgueil; car l'orgueil est un mépris de Dieu. N'est-ce pas, en effet, renier l'Auteur de tout bien que d'attribuer à soi-même le bien que l'on fait? »

Or que faisait au temple le susdit Pharisien ? il se vantait pour se justifier, et accusait les autres pour les surpasser (Ibid 11 et 12) : Se tenant debout, il priait ainsi en luimême : 0 Dieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, trompeurs et adultères, ou comme ce Publicain; je jeûne deux fois par semaine et je donne la dîme de tout ce que je possède. Toi est évidemment le langage de l'orgueil que Dieu regarde de loin avec horreur. Cet hypocrite se flatte d'accomplir les deux grandes parties de la justice universelle qui consistent à éviter le mal et à faire le bien. Il se glorifie d'éviter le mal quand il dit : Je ne suis pas comme les autres ho m mes, etc.; et il s'applaudit de faire le bien quand il ajoute : Je jeûne deux fuis la semaine, etc. C'est avec raison qu'il est appelé Pharisien, c'est-à-dire divisé, ou séparé du commun ; parce qu'il se distinguait et se séparait des autres par ses manières, ses habits et ses mœurs. Il pouvait vraiment affirmer qu'il n'était pas comme le reste des hommes, parce qu'il les surpassait, non point en vertu, mais en orgueil. L'insensé! il commençait mal sa prière ; 3ar il aurait dû suivre premièrement la maxime du Sage, qui dit dans le livre des Proverbes (xvin, 17) : Le juste s'accuse lui-même tout d'abord. Il devait ensuite exposer à Dieu ses demandes, et enfin lui rendre grâces pour les biens qu'il en avait reçus. C'est ce que le prêtre fait dans la célébration de la sainte messe : d'abord il confesse ses propres fautes en récitant le Confiteor, puis il supplie instamment le Seigneur en diverses oraisons, et il finit par le remercier en disant : Benedicamus Domino, ou bien Ite,missa est; paroles auxquelles le chœur répond : Deogratias. Le Pharisien, lui, ne s'accuse pas, il se loue ; il n'implore aucune miséricorde, mais il insulte celui qui l'implore ; et s'il rend quelques actions de grâces, il

exalte ses mérites personnels plutôt que les dons divins. Il est permis à tous de flétrir publiquement les vices généraux ; mais il n'est permis qu'à quelques-uns de reprocher à un autre ses vices particuliers ; or c'est en ce point que le Pharisien est répréhensible. Suivant le Vénérable Bède (in cap. 18 Luc), puisque ce langage du superbe Pharisien lui mérita d'être abaissé, nous pouvons, par la voie des contraires, en retirer une leçon d'humilité qui nous méritera d'être élevés, si nous savons en profiter ; de même, en effet, que la considération de ses propres vertus et des défauts des autres lui fournit une occasion d'orgueil et de ruine ; de même la considération de nos propres défauts et des vertus des autres nous fournira une occasion d'humilité et

de gloire.

Le Publicain, au contraire, pénétré de crainte pour la Majesté suprême, se tenait éloigné de l'autel, comme s'il n'était pas digne d'approcher de Dieu ; et, saisi de confusion à cause de ses iniquités, il n'osait pas même lever les yeux vers le ciel ; mais brisé de contrition, il se frappait la poitrine, siège du cœur d'où provenaient tous ses péchés. Reconnaissant alors sa profonde misère, il disait : 0 Dieu, Seigneur tout-puissant, ayez pitié de moi qui suis un pauvre pécheur (Luc. xvm, 13). Voilà cette sincère" confession et cette accusation de soi-même qui contribuent à la rémission des péchés ; car tels sont les indices de cette humilité que Dieu regarde de près et accepte avec plaisir. En se frappant la poitrine, dit saint Augustin (Serm. 16 de Verbis Dom.), le Publicain accusait et châtiait le cœur qu'elle renfermait ; par cette percussion sensible non-seulement il manifestait sa culpabilité secrète, mais encore il tirait de lui-même une vengeance extérieure. Par ces paroles suppliantes : 0 Dieu, ayez pitié

d'un pauvre 'pécheur comme moi, il semblait dire : Ne considérez pas la malice de ce cœur dépravé, mais effacez mes crimes malgré mon indignité. 11 n'y a rien en moi qui puisse attirer votre grâce, et je n'ai rien fait pour mériter mon pardon, puisque j'ai péché contre vous, et dans mon cœur et dans mon corps, soit par mes pensées, soit par mes actions. Je suis le plus misérable des hommes et je ne puis être sauvé que par un effet de votre grande miséricorde. Soyez propice à moi pauvre pécheur. Les Publicains, ses collègues, étaient effectivement regardés comme des pé- , cheurs publics, -parce qu'ils percevaient les impôts publics, contrairement à la Loi des Juifs. Mais celui-ci, rempli de componction, n'osait s'approcher de l'autel, afin que le Très-Haut ne refusât pas de s'approcher de lui ; il craignait de lever les yeux vers le ciel, afin que le Seigneur ne dédaignât point d'abaisser sur lui ses regards; il frappait sa poitrine, se châtiant ainsi lui-même pour que le souverain Juge l'épargnât; et il avouait ses crimes, pour que Dieu lui en accordât la rémission ; en un mot, il n'était pas moins attentif à se condamner que le Pharisien à se justifier.

Mais quel fruit produisit sa prière? quelle faveur obtint son humilité ? Jésus-Christ le déclare par les paroles suivantes (Luc. xvnr, 14) : Je vous assure que celui-ci descendit du temple et retourna dans sa maison, après avoir été justifié ou délivré de ses fautes, et non pas celui-là qui resta souillé de ses vices. Il enfutà bon droit ainsi, parce que le Pharisien se contentait d'une justice apparente, tandis que le Publicain recherchait la justice véritable; celui-là se croyait juste en lui -môme par ses œuvres, mais celui-ci se rendait juste devant Dieu par sa foi ; le premier vantait orgueilleusement ses vertus, et le second confessait humblement ses péchés. Mais, selon saint Augustin, il est plus avantageux

d'avouer ses torts que de calculer ses mérites. Mieux vaut, en effet, un pécheur humble qu'un juste orgueilleux ; car le pécheur, dès qu'il s'humilie, cesse d'être pécheur ; le juste, au contraire, dès qu'il s'enorgueillit, cesse d'êtrejuste. C'est pourquoi Notre- Seigneur a dit précédemment (Luc. xv, 7) : Il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul ■pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de 'pénitence, c'est-à-dire qui croient n'en avoir pas besoin, comme l'explique le même saint Augustin. Puissant motif pour réprimer l'orgueil de l'homme, en lui apprenant à ne point se prévaloir de ses mérites. Quel espoir de pardon, dit le Vénérable Bède (in cap. 18 LucJ, ne doit pas inspirer aux vrais pénitents l'exemplede ce Publicaih ! car après avoir reconnu avec douleur et confessé avec larmes le nombre et la grandeur de ses iniquités, il sortit justifié du temple où il était entré coupable. « Notre-Seigneur, ajoute saint Ambroise (in cap. 18 Luc), en nous représentant le Pharisien et le Publicain réunis dans le temple pour prier, a voulu nous montrer que l'orgueilleux, fût-il même orné de bonnes qualités, est moins agréable à Dieu que l'homme vraiment humble, quoique dépouillé de tout autre mérite. Aussi le démon, comme un adversaire artificieux, s'efforce de séduire ceux qu'il voit appliqués aux bonnes œuvres. Combien de tentations le Pharisien dut surmonter pour ne commettre ni rapine, ni injustice, ni adultère ! combien de privations il dut subir pour jeûner deux fois chaque semaine, et pour donner la dîme de tout ce qu'il possédait ! Qui de nous en a fait autant? Mais le démon l'a remarqué, et il l'a percé d'un trait empoisonné qui a causé l'enflure de l'esprit ; et dès lors toutes les œuvres qui semblaient rendre cet homme plus recommandabie n'ont servi qu'à le rendre plus répréhen-

sible. » Apprenons donc ici à ne point nous glorifier de nos bonnes œuvres, mais à nous confier uniquement en la grâce divine.

Saint Basile dit à ce sujet : « Quand vous venez à l'église prier le Seigneur, prosternez-vous avec un humble respect en sa sainte présence, et ne demandez rien comme étant dû à vos mérites personnels. Si vous reconnaissez en vous quelque bien, cachez-le et le mettez en oubli, afin que le Seigneur vous en récompense au centuple; hâtez-vous au contraire de rappeler vos iniquités, afin d'en obtenir le pardon par un aveu sincère. Ne cherchez pas à vous justifier vous-même, de peur que vous ne soyez condamné comme lePharisien;mais imitez le Pablicain, si vous désirez trouver miséricorde auprès de Dieu. » — Saint Chrysostôme développe ingénieusement les mêmes vérités de la manière suivante (Goncion. de Public, et Pharis.): Le Pharisien et le Publicain nous apparaissent dans l'Évangile comme deux concurrents qui entrent en lice simultanément. Au char de l'un est attelée la justice avec l'orgueil, et au char de l'autre le péché avec l'humilité. Dans la carrière du salut nous voyons le char du Publicain devancer celui du Pharisien ; le péché est vainqueur, non point par sa propre force, mais par le secours de l'humilité qui l'emporte; et la justice est vaincue, non point à cause de sa faiblesse mais à cause de l'orgueil qui l'accable; car le poids de l'orgueil arrête facilement le progrès de la justice, tandis que la souplesse de l'humilité lui permet d'enlever le fardeau du péché pour arriver, en courant, jusqu'à Dieu lai-même. Si donc, lorsque vous accomplissez de bonnes œuvres, vous osez compter sur vos propres ressources, vous n'obtiendrez point de Dieu ce que vous lui demandez; auriez-vous au contraire la conscience chargée de mille crimes, si vous vous regardez

comrnele dernier des hommes, vous pouvez compter sur la miséricorde divine. Une orgueilleuse fierté peut renverser du ciel la créature imprudente qu'elle domine ; et une sincère humilité peut retirer de l'abîme l'homme coupable qui l'embrasse. En effet, n'est-ce pas l'orgueil qui précipita dans les enfers les Anges rebelles, au lieu que l'humilité sauva le Publicain de préférence au Pharisien et introduisit un larron avant les Apôtres dans le paradis ? Or, si l'humilité jointe au péché court avec une telle vitesse qu'elle devance la justice accompagnée de l'orgueil, où ne parviendrat-elle pas si elle est unie à la justice véritable ? Elle se présentera avec toute confiance au tribunal du souverain Juge, et devant la cour céleste. D'un autre côté, si l'orgueil peut entraver la marche de la justice qu'il accompagne, dans quel gouffre de perdition ne doit-il pas tomber s'il est associé au péché? Par de telles réflexions, je veux vous engager à fuir la superbe, sans que toutefois vous négligiez la justice. » Ainsi parle saint Chrysoslôme.

Voulant assigner la cause de sa sentence, et déclarer pourquoi le Publicarn avait été justifié et non le Pharisien, notre divin Maître conclut par cette maxime générale. Quiconque s'élève sera abaisse et quiconque s'abaisse sera élevé. En d'autres termes : Tout homme, quel qu'il soit, grand ou petit, riche ou pauvre, laïc, clerc ou religieux qui s'enfle d'orgueil comme le Pharisien, sera renversé par les tribulations temporelles ou plongé dans les supplices éternels ; au contraire, celui qui s'humilie volontairement par une vraie pénitence et par l'aveu sincère de ses fautes sera exalté par les récompenses de la grâce en cette vie et de la gloire en l'autre. Le Sage avait exprimé la même pensée en disant : L'orgueil précède la chute et l'humiliation précède la gloire fProv. xvi, 18 juxtà Vers. AlexandJ.

C'est dans le même sens moral qu'on dit vulgairement : Il D'y a point de vallée sans colline, ni de colline sans vallée. Ainsi le Publicain en s'humiliant a été élevé, au lieu que le Pharisien en s'élevant a été humilié. Des deux plateaux d'une balance, l'un ne peut s'élever sans que l'autre ne s'abaisse, ou s'abaisser sans que l'autre ne s'élève; il en est de même dans la balance de la justice divine: celui qui se glorifie en ce monde sera humilié dans l'autre ; et réciproquement, celui qui s'humilie maintenant sera glorifié éternellement. Or, si celui qui avait fait de bonnes œuvres est blâmé et confondu pour avoir souillé ses actions de grâces par des sentiments de vanité, combien plus sévèrement sera condamné et châtié celui qui n'aura pas fait de bien et aura méprisé la grâce ? Esprits superbes, tenez pour certain que si vous refusez maintenant de vous plier sous la main toute-puissante de Dieu, vous serez forcés un jour de vous courber sous l'empire tyrannique du démon. Que chacun prenne donc garde de se rendre esclave de l'orgueil, car, comme le dit saint Augustin : Malheur à l'homme qui prend pour guide cette aveugle passion, il tombera nécessairement dans le précipice. Si nous considérons les termes opposés où aboutirent l'arrogance de Lucifer et l'anéantissement du Christ, l'orgueil d'Eve et l'humilité de la vierge Marie, les jouissances du riche et les ulcères de Lazare, la jactance du Pharisien et la pénitence du Publicain, nous comprendrons clairement la vérité de cet oracle que proféra la Sagesse incarnée : Qui s'exalte sera humilie, et qui s'humilie sera exalté. C'est donc avec beaucoup de raison qu'un philosophe a dit : Le plus humble entre les sages est le plus sage de tous.

Mais pourquoi Jésus-Christ a-t-il répété plusieurs fois dans son Évangile la sentence précédente ? C'était afin de répri-

mer l'orgueil qu'il déteste par-dessus tous les autres vices, et afin de recommander l'humilité qu'il a louée souvent par-dessus toutes les autres vertus ; l'orgueil, en effet, est la racine de tous les maux, et l'humilité est la gardienne de tous les biens spirituels. D'après saint Théophile, le divin Maître nous avertit plus fréquemment de fuir la vaine gloire, parce que cette passion agite plus violemment le cœur de l'homme. Saint Chrysostôme dit à ce sujet : Soyons humbles et nous deviendrons grands ; les superbes, au contraire, seront punis par de profonds abaissements. Dieu ne hait rien tant que l'orgueil ; aussi c'est pour nous délivrer de cette fatale passion qu'il a tout fait depuis le commencement : dans ce but, il nous a assujétis à la mort, aux maladies, aux souffrances ; il nous a condamnés aux fatigues et aux sueurs, à des peines et à des sollicitudes continuelles. Le premier homme, en effet, avait péché par orgueil lorsqu'il avait prétendu devenir semblable à Dieu, et c'est pourquoi il se vit dépouillé des privilèges dont le Créateur l'avait orné. Ce vice est tellement funeste que non-seulement il nous empêche d'acquérir de nouveaux avantages, mais encore qu'il nous fait perdre les précédents, ou du moins qu'il les affaiblit et les diminue ; l'humilité, au contraire, loin de rien nous ôter de tous les biens que nous possédons, les augmente et les perfectionne et nous en fait mériter de nouveaux, plus considérables et plus nombreux. Désirons et recherchons par conséquent avec ardeur cette précieuse vertu qui nous rendra dignes d'être honorés en cette vie et glorifiés pendant l'éternité.

Dans le sens mystique, le Pharisien nous représente les

Juifs qui, pour avoir été instruits par la Loi et les Prophètes,

se regardaient comme saints et méprisaient les Gentils. Le

Publicain figure les Gentils qui, dociles à la prédication des

Apôtres, reconnurent leurs erreurs et confessèrent leurs iniquités; ils furent ainsi justifiés en recevant la foi du Christ, tandis que les Juifs furent réprouvés en la rejetant avec obstination. Le Vénérable Bède. dit également (in cap. 18 Luc.) : Le Pharisien est le type du peuple juif qui, s'appuyant sur la justice légale, vantait ses mérites. Le Publicain est l'image du peuple gentil qui, longtemps éloigné de Dieu,, confesse enfin ses péchés. Le premier, à cause de son orgueil, se retira tout humilié ; le second, par sa pénitence, mérita d'être exalté et d'approcher de Dieu. — Selon le sens moral, ces deux hommes figurent le genre humain que composent les justes représentés par le Pharisien et les pécheurs par le Publicain. Tous doivent monter vers le temple pour prier, les pécheurs afin d'obtenir le pardon, et les justes afin de demander la persévérance. Or en priant, nous devons nous élever jusqu'au temple spirituel qui est Dieu lui-même, puisque, selon saint Jean Damascène (deFide I. ni, c. 31 ), l'oraison "est une ascension de notre esprit à Dieu, et que, suivant saint Augustin, prier c'est diriger vers Dieu les pieuses affections de notre cœur.

Cependant les princes des prêtres, chefs de l'ordre spirituel, et les Scribes, docteurs de la Loi, ainsi ejae les princes du peuple , chargés du gouvernement temporel, étaient de plus en plus animés par l'envie et la colère contre Jésus; ils cherchaient à le perdre, lui qui était venu pour les sauver, et ils méditaient divers expédients afin de le tuer (Luc. xix, 47 ). 0 bon Jésus, s'écrie h ce propos saint Bernard (Serm. 29 in Gant.), tout le monde semble avoir conjuré contre vous, et les premiers à vous persécuter sont les personnages établis pour conduire la nation et maintenir la justice. Néanmoins ils ne trouvaient aucun moyen d'agir contre lui, ils ne découvraient aucune cause plausible de le

condamner à mort, parce qu'il était juste et saint (Lbid. 48). D'ailleurs ils étaient retenus par la crainte ; car tout le peuple était ravi de l'entendre, et la multitude admirait sa doctrine (Marc, xi, 18). Selon le Vénérable Bède (in cap. xix Luc. ), ils tentaient de se défaire de Jésus pour plusieurs raisons : parce qu'il enseignait chaque jour dans le temple ( Luc. xix, 47) ; parce qu'il avait chassé du lieu saint les indignes trafiquants ; parce qu'il était entré solennellement à Jérusalem, comme Seigneur et Roi d'Israël, parmi les acclamations de la multitude; parce qu'ils voyaient beaucoup de monde abandonner leur direction pour recevoir son enseignement. D'après saint Cyrille, les paroles et les œuvres de Jésus-Christ prouvaient évidemment qu'il devait être adoré comme Dieu; mais les principaux d'entre les Juifs, loin de le reconnaître comme tel, cherchaient à le faire mourir. Toutefois, ajoute saint Grégoire (ïïom. 39 in Evang.), notre divin Rédempteur ne priva de ses instructions salutaires ni les indignes, ni les ingrats, puisque l'Évangile ajoute : Et il enseignait chaque jour dans le temple, rendant ainsi le bien pour le mal à ses propres ennemis. Plus il approchait de sa Passion, plus il redoublait ses prédications. Par un heureux changement, le lieu dont les Juifs avaient fait une maison de négoce était redevenu une école de vérité, le temple de la prière, le centre de la dévotion. Ce qui fat fait alors, dit encore saint Grégoire, a été continué jusqu'à présent ; car chaque jour la Vérité enseigne dans le temple pour prémunir habilement l'esprit des fidèles contre la séduction des fausses doctrines.

Jésus resta donc publiquement dans le temple, où il prêcha au peuple et répondit aux princes des prêtres jusque vers le soir ; et durant tout ce jour lui et les siens ne prirent aucune nourriture. Comme l'heure était avancée déjà, de

sorte que le temps de se retirer était venu, Jésus jeta les yeux autour de lui pour voir si quelqu'un lui offrirait l'hospitalité; mais personne ne l'ayant invité, il les quitta, sortit de la ville et revint à Bcthanie avec les douze Apôtres, afin de chercher en cette petite bourgade ce qu'il n'avait pu trouver en une grande cité. 0 ingratitude et dureté des Juifs ! Celui que le matin ils avaient accueilli avec tant de joie, accompagné avec tant d'honneur comme un Roi triomphant et glorieux, Celui qui, comme un docteur charitable, les avait nourris pendant toute la journée d'une céleste doctrine, ils le délaissent vers le soir sans lui offrir un asile dans leurs demeures, sans lui procurer la nourriture dont il avait besoin. C'est pourquoi il fut contraint de les quitter corporellement; et par cette retraite forcée il montra que Dieu serait bientôt obligé de les abandonner spirituellement à cause de leur endurcissement. D'après ce fait remarquable, dit saint Jérôme (in cap. 11 Marc), nous pouvons comprendre à quelle pauvreté Jésus-Christ était réduit et combien il était éloigné de toute flatterie, puisque, dans une capitale comme Jérusalem, personne ne voulut l'admettre à son foyer et à sa table, de façon qu'il dut retourner dans un petit bourg voisin. — Saint Chrysostôme a dit à ce sujet (Hom. 38 Oper. imp.) : « Laissant donc les Juifs aveuglés par l'envie, Jésus se retira hors de la ville à Béthanie, afin d'apaiser par son éloignement ceux qu'il n'avait pu convaincre par ses réponses ; car les discours, au lieu de persuader , ne font qu'irriter davantage la malice. Les méchants sont plutôt vaincus par les concessions que par des discussions; en s'efforçant de calmer un homme déraisonnable, on n'y parvient point et on se trouble soi-même. Le Seigneur alla loger dans l'habitation de Lazare, de Marthe et de Marie, afin de délasser son corps dans ce même

lieu où il pouvait reposer doucement son âme. Les Saints aiment ainsi à rechercher la société des personnes qui sont, non point les plus illustres, mais les plus fidèles ; et ils se plaisent à demeurer, non pas où ils trouvent des festins splendides, mais où ils voient des vertus florissante?. — Le Vénérable Bède ajoute (in cap. 11 Marc.) : L'Evangéliste marque justement qu'après avoir regardé tous ceux qui l'entouraient, Jésus se retira à Béthanie. Cet arbitre des consciences considère en effet les cœurs de tous, et ne trouvant point à reposer sa tête parmi ses contradicteurs qui résistent à la vérité, il se retire dans les cœurs fidèles qui obéissent à sa voix ; c'est là qu'il se réjouit d'habiter conjointement avec son Père, car Béthanie signifie maison d'obéissance. y>

D'après ce qui précède, remarquons que le Sauveur entra successivement à Jérusalem, au temple et à Béthanie. Ces trois lieux indiquent les trois dispositions que notre âme doit présenter : elle doit être pacifique, pour être une véritable Jérusalem ou Vision de la paix; elle doit être agréable au Seigneur, pour devenir le temple chéri du Dieu vivant ; elle doit être habituée à la soumission, pour être comme Béthanie une maison d'obéissance. — A l'arrivée de Jésus dans Jérusalem, toute la ville fut troublée; de même, quand le Seigneur fait son entrée dans une âme par la grâce de conversion, toutes les puissances intérieures doivent être émues par la contrition et la douleur des fautes. Jésus allant jusqu'au temple, en chassa les vendeurs et les acheteurs, renversa leurs tables et leurs sièges; ainsi, quand le Sauveur pénètre plus avant par la grâce de progrès dans le sanctuaire du cœur, il le purifie et le délivre de ses péchés ; c'est alors qu'il loi donne la force d'exercer les différentes vertus, comme il rendit la santé aux divers malades

qu'il trouva dans le temple. Jésus vint ensuite demeurera Béthanie qui signifie maison d'obéissance; après avoir pénétré de plus en plus dans l'intérieur de l'homme par les grâces de conversion et de progrès qui amènent le pénitent à la contrition et à la confession de ses péchés, Dieu prend possession de cette âme par une grâce de perfectionnement qui en complète la justification au moyen delà satisfaction de l'obéissance ; car celui-là est vraiment obéissant qui satisfait pleinement pour tous ses péchés.

Contemplons maintenant avec attention notre divin Sauveur qui traverse humblement les rues de Jérusalem avec quelques disciples, lui qui le matin même les avait parcourues si glorieusement au milieu d'un grand concours de peuple. D'après cet exemple mémorable des vicissitudes humaines, apprenons à mépriser les honneurs temporels qui passent si vite ; car dans le cours de la vie les rires sont entremêlés de larmes, et le plaisir fwiit par la tristesse et le deuil (Prov. xrv, 13). — Considérons en outre la joie qu'éprouvaient ses amis, quand ils voyaient leur divin Maître accueilli en triomphe par la foule ; et quelle ne fut pas aussi leur consolation, lorsqu'ils le virent rentrer à Béthanie sain et sauf! car ils étaient tourmentés par des inquiétudes continuelles à son égard, à cause de la conspiration que tramaient contre lui les principaux personnages de la nation.

Jésus néanmoins se rendait chaque matin à Jérusalem, où il se montrait publiquement ; et quoique déjà il eût parlé souvent aux Juifs, il leur parla plus souvent encore pendant les quelques jours qui précédèrent immédiatement sa mort douloureuse. Durant la journée il enseignait dans le temple, comme dans le lieu le plus saint et le plus fréquenté, le plus propre par conséquent à rendre ses prédications recommandables et profitables au peuple qui s'y

assemblait; mais le soir sortant de la ville, il se rendait sur le mont des Oliviers et se retirait dans le bourg de Béthanie, situé sur l'autre versant de cette montagne (Luc. xxi, 37). C'est là qu'il veillait et priait, instruisait ses disciples et consolait ses amis en ranimant leur courage par sa présence. Il donnait ainsi un exemple salutaire aux prédicateurs et aux docteurs de l'Évangile ; eux aussi, après avoir exhorté, enseigné durant le jour, doivent vaquer à l'oraison et à la méditation pendant la nuit, soit afin d'attirer les grâces et les bénédictions du ciel -sur leurs paroles, soit afin de se remplir l'esprit et le cœur des vérités qu'ils devront communiquer le lendemain à leurs auditeurs. Que nous soyons dans le jour éclatant de la prospérité ou dans la nuit ténébreuse de l'adversité, ne cessons d'instruire et de prier, et de faire tout le bien dont nous sommes capables. Semez dès le matin, nous dit le Sage (Eccl. xi, 6), et vers le soir semez encore; car vous ne savez laquelle des deux semences doit lever, et si elles croissent ensemble l'une et l'autre, ce sera tant mieux pour vous. Ainsi, au temps de la paix comme en celui de l'épreuve, continuons toujours de faire le bien ; car nous ignorons en quel temps nous recueillerons des fruits plus considérables. Et ce bien, nous devons le faire sur la montagne des Oliviers, c'est-à-dire par la vertu supérieure de miséricorde envers le prochain ; car il se rend indigne de mériter la miséricorde de la part de Dieu, celui qui refuse de l'exercer à l'égard de ses 'frères. Il est remarquable qu'aux approches de sa Passion, le Sauveur se livrait plus assidûment aux travaux de la prédication ; par cet exemple il condamnait la conduite de ceux qui s'abandonnent au repos et à l'oisiveté dans leur vieillesse, lorsqu'ils pourraient encore s'appliquer utilement au salut d'un grand nombre.

t!l6 LÀ GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST

Et tout le peuple, attiré par la force et la douceur de sa doctrine, venait à lui de grand matin pour entendre les paroles de vie qui sortaient de sa bouche divine; il se hâtait d'accourir même avant le jour «au lieu de la prédication (Luc. xxi, 38). Selon saint Cyrille, ce peuple qui s'empressait autour de Jésus dès avant l'aurore pouvait dire en vérité : 0 Dieu qui êtes mon Dieu, vers vous j'aspire dès que la lumière parait (Ps. lxii. 2). Parce que le Sauveur s'épuisa surtout alors et le jour et la nuit, cette semaine entière est appelée pœnosa c'est-à-dire pénible ; car il travailla pendant tout ce temps a réparer l'ouvrage qu'il avait fait dans la première semaine du monde ; et de même qu'il avait tout créé en six jours, il releva l'homme en ces six derniers jours de fatigues extrêmes. — Notre divin Maître, dit le Vénérable Bède (in cap xxi Luc), voulut confirmer par ses exemples ce qu'il avait enseigné par ses discours. Ne vous laissez pas distraire par les plaisirs ou troubler par les peines de cette vie, nous avait-il dit; mais veillez et priez, parce que le jour du jugement et le moment de votre mort approchent. Lui-môme, voyant approcher l'heure de sa Passion, s'appliqua plus assidûment à veiller et à prier; il excitait à la foi par ses prédications et il recommandait au Père céleste par ses oraisons ceux pour lesquels il allait bientôt souffrir ; par son exemple comme par sa doctrine, il nous apprenait ainsi que la manière de veiller dignement pour Dieu, c'est de montrer au prochain la voie de la vérité, soit en agissant, soit en parlant. Nous aussi, nous instruisons et nous édifions tous les jours dans l'Église comme dans le véritable temple du Seigneur ceux qui nous voient et nous entendent, lorsque nous demeurons sobres, justes et pieux dans la prospérité, et que nous restons fermes, patients et doux dans l'adversité. Nous nous réfugions la nuit

sur la montagne des Oliviers, lorsque, au milieu des ténèbres et des angoisses, nous sommes fortifiés par les joies et les consolations spirituelles. Certains alors d'obtenir de Dieu la miséricorde qui nous est nécessaire, nous nous plaisons à l'exercer envers ceux qui en ont besoin. C'est ce que le Psalmiste a exprimé en disant de lui-même : Je suis comme un olivier qui porte des fruits dans la maison du Seigneur, par l'espérance de la miséricorde divine (Ps. et, 10). Et les peuples s'empressent aussi de nous écouter, lorsqu'ils s'appliquent à imiter nos exemples ; devenant ainsi enfants de lumière, ils abandonnent les œuvres de ténèbres ou dissipent les nuages des afflictions ; puis ils marcbent comme on doit le faire durant le jour dans la bienséance et l'honnêteté, sans se livrer à la débauche ou à l'ivrognerie, à l'impudicité et à la dissolution, aux querelles et aux envies. » Ainsi parle le Vénérable Bède.

Prière.

Dieu tout-puissant, je m'abandonne comme un pauvre indigent à votre providence paternelle, et je vous prie d'accepter les deux petites pièces que je vous offre avec dévotion, mon corps et mon âme; puisque je les ai reçues de rotre bonté, je désire les employer à votre gloire, en accomplissant toujours votre suprême volonté et votre bon plaisir. Je vous supplie d'avoir pitié de moi ; car je ne suis point comme beaucoup de justes qui ont mérité d'être glorifiés à cause de leurs vertus, ni comme beaucoup de pénitents qui, après avoir expié leurs crimes, sont restés fidèles à votre service. 0 Dieu, montrez-vous propice envers un misérable pécheur tel que je suis, et tournez vers moi ces regards miséricordieux que vous avez jetés sur le Publicain;

faites qu'étant humble dans mes sentiments, mes paroles et mes œuvres, je mérite d'être justifié en votre présence et d'être exalté en votre royaume céleste. Ainsi soit-il.

Page 1