PARABOLE DES DEUX FILS QUE LEUR PÈRE ENVOYA TRAVAILLER A SA VIGNE
Matth. xxi, 23-32 — Marc. XI, 27-33 — Luc. xx, 1-8.
Le jour suivant qui était le mardi, Jésus reprit de nouveau dès le matin le chemin de Jérusalem, suivi de ses disciples. Comme ils passaient près de l'endroit où était le figuier maudit, ils remarquèrent qu'il était desséché, plus que la veille, jusque 'dans ses racines, et ils s'étonnaient de voir un arbre frappé si subitement de sécheresse totale (Marc. xi, 20). Dans ce fait il n'y avait pourtant rien de très-surprenant ; car la malédiction du Seigneur, comme un feu dévorant, l'avait brûlé jusque dans ses plus profondes racines, en signe de la punition terrible qui menaçait les prêtres et les scribes.
Arrivé à la ville, Jésus se rendit au temple, dans le parvis où la foule se réunissait d'ordinaire pour prier Dieu et entendre sa sainte parole ; lui-même y vint pour prier avec les autres et les instruire par ses leçons et par ses exemples (Matth. xxi, 23). Alors les princes des prêtres et les anciens du peuple s'approchèrent de lui, non pour profiter de ses enseignements, mais pour le surprendre dans ses prédica tions qu'ils auraient voulu empêcher. Selon saint Ghrysostôme (Hom. 39 Oper. imp.), ils se disaient en eiu-mêmes : Nous sommes les colonnes du temple, les soutiens de la synagogue ; et voilà que toute l'Église ou l'assemblée des croyants s'appuie sur cet hypocrite comme sur un fondement : nous sommes les interprètes officiels des Ecritures
muettes ; et voici que la voix de cet étranger retentit au milieu du temple, tandis qu'on nous rejette avec mépris comme des instruments vieillis ; nous avons élevé de nombreux enfants, et maintenant depuis qu'il devient père nous demeurons stériles. En un mot, nous sommes avilis et abandonnés. — Poussés donc par ia jalousie et l'envie, ils s'approchèrent de Jésus qu'ils interrogèrent de la sorte : Puisque c'est notre devoir de le demander et de le savoir, dites- nous par quelle autorité vous faites ces choses? la prenez-vous de vous-même, ou la tenez-vous de quelque autre ? Qui vous a permis d'agir ainsi ? En d'autres termes : Pourquoi chassez-vous du temple qui vous voulez, et pourquoi enseignez -vous dans le temple sans nous avoir consultés. Ils posent de semblables questions, parce que les portiers avaient seuls le droit d'expulser quelqu'un de la maison du Seigneur, comme aussi les prêtres et les docteurs avaient seuls le droit d'y enseigner. Jésus leur paraissait usurper ce double pouvoir qu'il ne devait pas avoir reçu, et ils supposaient qu'en cela il agissait par une puissance diabolique, comme ils l'avaient accusé déjà de chasser les démons au nom de Béelzébub. D'après saint Chrysostôme (loc. cit.), ils semblaient vouloir lui dire : Vous n'êtes pas de la race sacerdotale ; ni le sénat ni l'empereur romaiu ne vous ont investi d'une pareille puissance ; qui donc vous l'a communiquée ? n'est ce point Béelzébub lui-même, prince des démons ?
Sans répondre directement h leur demande, Jésus leur rendit objection pour objection, comme pour chasser, diton, un clou par un clou. Il pouvait réfuter clairement la calomnie de ceux qui le tentaient, mais il préféra les interroger prudemment pour les confondre par leur silence ou les convaincre par leur décision même ; car les calomnia-
teurs sont amenés à des contradictions, bien mieux par des questions que par des répliques ou des preuves directes. De cette manière notre divin Maître nous apprend aussi qu'on ne doit point révéler les secrets de Dieu aux personnes mal intentionnées, mais éluder habilement leurs malicieuses instances II les interrogea donc à son tour de la sorte : D'où venait le baptême de Jean ? du ciel ou des hommes ? Était-il d'institution divine, ou n'était-ce qu'une invention humaine ? Répondez-moi, et je vous répondrai ensuite (Marc, xi, 30). Les princes des prêtres, stupéfaits d'une telle question, examinaient en eux-mêmes ce qu'ils pourraient répliquer, mais ils ne savaient que dire, voyant bien que de toutes manières leur réponse tournerait à leur confusion. En effet, s'ils avouaient que le baptême de Jean venait du ciel comme étant approuvé de Dieu même, ils se déclaraient évidemment coupables, puisqu'ils n'ajoutaient pas foi au témoignage du Précurseur relativement à la venue du Messie ; car on ne pouvait croire à Jean, sans croire aussi en Jésus-Christ qu'il avait annoncé comme !e Fils de Dieu, descendu du ciel pour le salut du monde. C'était donc comme si Notre-Seigneurleur eût dit : Celui que vous confessez comme envoyé d'en haut a rendu témoignage de moi-même, en vous indiquant par quelle autorité je fais ces choses. S'ils répondaient au contraire que le baptême de Jean était de la terre et d'institution purement humaine, ils s'exposaient à être lapidés comme blasphémateurs par le peuple dont la majeure partie avait reçu ce même baplème ; car, d'après l'austérité de sa vie et la pureté de sa doctrine, ainsi que d'après la déclaration de Jésus-Christ, ils regardaient Jean-Baptiste comme un saint prophète dont la mission était vraiment céleste, et ils jugeaient par conséquent que ses actes comme ses paroles venaient de Dieu,
Ainsi, conclut le Vénérable Bède (in cap. xi Marc), les princes des prêtres remarquèrent qu'ils ne pouvaient répondre d'aucune façon sans tomber dans le piège qui leur était tendu ; ils craignaient d'une part l'indignation du peuple, mais d'autre part ils redoutaient plus encore la confession de la vérité. Ils dirent donc faussement qu'ils ignoraient d'où était ce baptême. Et moi non plus, repartit Jésus-Christ, je ne vous dirai point par quelle autorité j'agis (Matth. xxi, 27). Je ne vous dis pas ce que je sais bien, parce que vous ne voulez pas avouer ce que vous savez aussi. Puisque eux-mêmes refusèrent de répondre sur une chose qu'ils n'ignoraient pas, Jésus ne voulut pas à son tour leur manifester la vérité sur le sujet de leur demande. Ils furent très-justement confondus ; carie silence qu'ils s'obstinèrent à garder les obligea d'abandonner la question qu'ils avaient posée. Ainsi, les menteurs se tiompent euxmêmes, quand ils ne parviennent point à tromper les autres, comme le fait observer saint Chrysostôme (Honi. 39 Oper. imp.). Selon le Vénérable Bède (loc. cit.), on peut justement cacher la vérité pour deux raisons : premièrement, lorsque les auditeurs sont incapables de la saisir, comme étaient les Apôtres quand Notre-Seigneur leur dit : J'ai encore beaucoup d'autres choses à vous dire, mais présentement vous n'êtes pas en état de les porter (Joan. xvi, 12) ; secondement, lorsque les auditeurs se rendent indignes d'entendre la vérité, à cause du mépris et de la hainequ'ils témoignent ; de là cette maxime du Sauveur : Gardez-vous de livrer les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux (Matth. vu, 6). Ces deux raisons se rencontraient dans la circonstance présente ; nous pouvons ajouter une troisième cause qui est d'éviter la répétition trop fréquente d'une doctrine, pour ne pas en rendre l'exposé fasti-
dieux. Jésus-Christ voulait donc ici nous apprendre, par sa conduite et son exemple, qu'il est permis d'user d'adresses pour déjouer les ruses des méchants qui dressent des embûches aux gens de bien. Il faut, dit saint Chrysostôme (Hom. 39 Oper. imp.), instruire ceux qui nous interrouent sincèrement et confondre ceux qui nous tentent perfidement.
Jésus voulut cependant signifier aux Juifs comment et pourquoi la vérité de sa prédiction et de son aulorité devait être manifestée aux autres et non pas à eux. Dans ce but, il leur proposa la parabole de deux fils (Matth. xxi, 28-30). Le père dit à l'aîné: Mon fils, va-t'en travailler aujourd'hui dans ma vigne. Je n'irai pas, répondit celui-ci ; mais ensuite, touché de repentir, il y alla. Le père, s'adressant à l'autre, lui commanda la même chose. J'y tais, Seigneur, repartit ce dernier ; mais il n'y alla point. Cet homme qui eut deux fils représente Dieu le Père. Il est assimilé à l'homme, parce qu'il a manifesté sa bonté envers les hommes en les créant tous avec un amour paternel ; et quoiqu'il soit par nature le souverain Maître de toute chose, il préfère être aimé comme Père qu'être craint comme Seigneur. Le premier de ses fils, selon le temps et l'origine, non pas selon l'ordre de dignité ou d'instruction, c'est le peuple Gentil, et le second est le peuple Juif. Les Gentils, en effet, commencèrent dès le temps de Noé, et les Juifs ne datent que du temps d'Abraham. Cultiver la vigne du Seigneur, c'est pratiquer la justice dont Dieu a implanté les principes généraux dans le cœur de tous les hommes et dont il a développé les conséquences spéciales dans le livre de la loi mosaïque. Les divers ceps de cette vigne mystique sont les différentes espèces de vertus. Dieu dit d'abord au premier de ses fils, en lui imprimant la connaissance de la
loi naturelle : Va travailler, c'est-à-dire, pendant ton pèlerinage sur la terre, agis suivant la justice qui te prescrit de faire aux autres ce que tu voudrais qu'on te fît, et de ne pas leur faire ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même. Travaille dans ma vigne, c'est-à-dire dans mon Église, hors de laquelle il n'y a point d'oeuvres méritoires. Dieu lui parla ainsi, non point extérieurement sous une forme sensible, mais intérieurement d'une façon spirituelle; car il n'a jamais cessé d'exciter les hommes au bien par des inspirations secrètes. En effet, d'après saint Chrysostôme (Hom. 13 ad pop. Antioh.), le Seigneur a mis dans l'esprit de chaque homme le discernement du bien et du mal, afin que, quand nous péchons, la conscience nous reproche silencieusement notre faute, en disant d'une manière tacite : Ceci est mal et cela est bien. Mais ce fils aîné répondit dans son cœur avec orgueil : Je ne veux pas ; car il fut ouvertement rebelle, lorsque, résistant à la loi naturelle et abusant de son libre arbitre, il abandonna le bien et choisit le mal. Selon saint Chrysostôme (Hom. 40 Op. imp.), « celui qui, ayant la science du bien et du mal, se détourne du bien et se livre au mal dans ses pensées, celui-là semble répondre à Dieu : Je ne veux pas, puisqu'il agit contrairement à l'intelligence que le Créateur lui a donnée. » Mais plus tard, après l'avènement du Sauveur, ce rebelle crut à la prédication du Christ et des Apôtres. Touché de repentir, il alla travailler dans la vigne de Dieu, et répara sa désobéissance passée par ses œuvres vertueuses ; car il se soumit au joug du Très -Haut auquel il est maintenant agréable par la ferveur de sa foi. — Dieu dit ensuite au plus jeune fils par la promulgation de la loi mosaïque : Va travailler à ma vigne, en accomplissant les œuvres de justice. Ce dernier répondit aussitôt : J'y vais. Seigneur ; car il promit d'abord de servir
Dieu et s'y engagea par la réception de la Loi, lorsqu'il dit à Moïse : Nous accomplirons tout ce que le Seigneur a commandé (Exod. xxiv, 7). Mais il n'en fit rien ; infidèle à ses promesses, il abandonna le Seigneur, transgressa ses commandements, se livra à l'idolâtrie et à toutes sortes de crimes, et aujourd'hui encore, il refuse de reconnaître et d'adorer Jésus-Christ.
S'adressant alors aux princes des prêtres, Jésus leur demanda (Matth. xxi, 31) : Lequel des deux a fait la volonté de son père? C'est le premier, répondirent-ils, ne comprenant pas qu'ils étaient représentés en cette parabole, et, sans le savoir, ils prononcèrent de leur bouche leur propre condamnation. Mais Jésus les confondit par cette réponse même, lorsqu'il confirma leur sentence par l'application qu'il en fit à leurs personnes. Je vous le dis en vérité , reprit-il , les publicains et les courtisanes, après avoir abandonné leurs voies d'iniquité, vous précéderont dans le royaume de Dieu,
c'est-à-dire dans l'Eglise militante par la docilité de leur foi et la sincérité de leur pénitence, puis dans l'Eglise triomphante par la récompense et la gloire qu'ils auront méritées, tandis que vous serez exclus de ce même royaume par votre endurcissement et votre infidélité. De ces deux fils, le premier est digne de miséricorde, parce qu'il a fait la volonté de son père ; mais le second, pour l'avoir méprisée, n'est digne que de réprobation et de châtiment. Gomme s'il leur disait : D'après votre propre décision, non-seulement les Gentils sont meilleurs que vous autres Juifs ; mais encore les plus mauvais d'entre les païens, comme sont les publicains et les courtisanes dont la vie est notoirement criminelle et infâme, auront plus de mérite que vous devant Dieu ; car il vaut mieux accomplir la justice sans en avoir fait la promesse que d'en faire la promesse sans l'observer
ensuite. L'équité feinte et simulée, dit saint Augustin (in Ps. lxiii), est une double iniquité ; or c'est ce vice odieux d'hypocrisie qui régnait surtout alors parmi les prêtres et les lévites. Suivant Origène (Tract. 28 inMatth.), cette parabole peut servir h une double fin; elle doit encourager ceux qui, n'ayant rien promis à Dieu ou seulement peu de chose, témoignent cependant de leur bonne volonté parles œuvres ; mais elle doit confondre ceux qui, après avoir promis beaucoup au Seigneur, ne tiennent nullement ou presque point compte de leurs engagements sacrés. De nos jours, hélas ! combien de Chrétiens, même parmi les personnes religieuses, violent non-seulement les préceptes de la loi positive, mais encore ceux de la loi naturelle ; et ainsi loin d'obtenir miséricorde comme l'aîné des deux fils, ils encourent les châtiments réservés au plus jeune.
« A mon avis, dit saint Chrysostôme (Hom.40 Oper. imp.), les publicains représentent ici tous les hommes pécheurs et les courtisanes toutus les femmes pécheresses ; car, bien que les hommes et les femmes soient sujets à plusieurs autres vices, cependant l'avarice est plus commune chez les hommes et l'impureté chez les femmes. Comme celles-ci restent sédentaires et renfermées dans leurs maisons, elles s'abandonnent aisément à la luxure qui naît surtout du repos et de l'oisiveté. Celui dont l'esprit est embarrassé de soins divers ne se livre pas si facilement à la fornication, l'amour sensuel étant la passion de l'âme inoccupée. Ainsi l'homme appliqué constamment à différentes affaires tombe dans l'avarice plutôt que dans l'incontinence, à moins qu'il ne soit très -enclin au plaisir. Les sollicitudes que lui causent ses travaux écartent ordinairement les suggestions de la volupté qui trouvent au contraire un libre accès dans les jeunes gens désœuvrés. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
T. V li.
2'iG LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST
Jésus-Christ déclare ensuite aux Juifs que la cause de leur réprobation, c'est qu'ils ont négligé et refusé obstinément de croire et de se convertir, quoiqu'ils y fussent engagés par la sainteté de Jean-Baptiste et par l'exemple des plus grands pécheurs (Matth. xxi, 32). Les publicains et les courtisanes mêmes ont prêté foi et fait pénitence à la prédication du saint Précurseur; mais les docteurs de la Loi et les princes des prêtres n'ont voulu ni recevoir ses enseignements ni imiter ses œuvres, bien qu'il vînt vers eux dans les sentiers de la j ustice, menant une vie parfaite et annonçant le Christ comme le Juste par excellence. Bien plus, après avoir vu que les publicains et les courtisanes croyaient et se convertissaient, ils n'ont été touchés ni de confusion ni de repentir pour marcher sur les traces de ceux auxquels ils auraient dû donner l'exemple; ainsi ce qui les rend beaucoup plus coupables, c'est qu'ils n'ont voulu ni précéder, ni suivre leurs inférieurs et leurs sujets dans les voies de la foi et de la pénitence.
Écoutons maintenant la nouvelle application que saint Chrysostôme fait de la présente parabole (loc. cit.). « Les deux fils, dit-il, nous représentent les laïcs et les prêtres. Or, quel est l'aîné ? C'est le peuple, puisqu'il a été créé d'abord et que le sacerdoce a été ensuite institué pour le diriger ; car le peuple n'a pas été établi pour le sacerdoce, mais plutôt le sacerdoce l'a été pour le peuple. D'ailleurs, le peuple de Dieu a commencé au temps d'Abraham, tandis que le sacerdoce a été constitué au temps d'Aaron. Les laïcs, parce qu'ils sont adonnés aux choses du siècle, semblent refuser de travailler à la vigne du Seigneur; les prêtres, au contraire, semblent le promettre, par cela même qu'ils sont voués spécialement au service de Dieu. En effet, celui qui est chargé d'instruire les fidèles est assurément tenu
de faire tout ce qui convient pour remplir cette fonction. Par conséquent, tout clerc, dès lors qu'il est chargé d'enseigner la loi divine, contracte d'une manière tacite l'obligation de l'observer en tout, bien qu'il n'exprime pas cet engagement d'une manière formelle. Néanmoins, un laïc qui parait vivre d'une manière séculière, mais qui s'applique véritablement à vivre d'une façon spirituelle, vaut mieux qu'un prêtre qui professe extérieurement la vie spirituelle, mais qui mène en réalité une vie charnelle ; et Dieu préfère le simple fidèle qui fait pénitence au prélat le plus éminent qui persévère dans le péché. C'est pourquoi au jour du jugement le mauvais prêtre, dépouillé de la dignité sacerdotale qu'il a déshonorée, sera précipité avec les infidèles et les hypocrites dans les ténèbres extérieures, tandis que le pieux laïc sera revêtu de cette robe sacerdotale dont il a reçu le gage ; car dans le baptême, tout Chrétien est oint du saint chrême comme le prêtre dans l'ordination. Ici-bas, l'homme du monde revient facilement à Dieu, après avoir péché : embarrassé dans les affaires séculières, il est peu versé dans les Saintes-Ecritures, de sorte que leurs maximes lui semblent toujours nouvelles ; aussi qu'il vienne à entendre parler des récompenses destinées aux Saints ou des châtimento réservés aux pécheurs, -il en est tout ému, comme s'il eût ignoré ces choses ; alors le désir des biens célestes ou la crainte des tourments éternels faisant naître le repentir dans son cœur, il s'empresse de recourir à la pénitence. Mais qu'il est difficile de corriger celui qui, connaissant tout ce qu'il doit savoir, rejette cependant le bien pour choisir le mal ! Tous les enseignements que contiennent les divines Ecritures lui paraissent surannés et vulgaires, parce qu'il les a fréquemment étudiés ou médités ; car on s'habitue à considérer sans en être touché les choses mêmes
les plus terribles. Le clerc qui médite ou étudie journellement les livres saints deviendra parfait, s'il en accomplit toutes les prescriptions ; mais s'il commence à les mépriser, il n'y trouvera bientôt plus rien qui puisse réveiller en lui une crainte salutaire. Vit on jamais un clerc coupable embrasser la pénitence" avec ardeur? S'il s'bumilie, quand on vient à découvrir son péché, il n'est pas contrit d'avoir offensé Dieu, mais plutôt confus d'avoir perdu sa réputation. Pensez-vous que le Seigneur, comme un maître cruel, ait voulu refuser aux clercs le pouvoir de faire pénitence, quand il a dit : Si le sel devient insipide, qui lui rendra sa force (Matth. v, 13)? Non sans doute; mais il parle d'après la nature des choses, car où trouvera-t-on quelqu'un pour ramener de ses égarements celui qui doit corriger les autres de leurs vices ? C'est pour cela que non-seulement les séculiers ordinaires qui règlent leur vie suivant le simple bon sens, mais les publicains et les courtisanes, qui se sont faits les esclaves des biens de la terre ou des plaisirs de la chair, vous précéderont dans le royaume de Dieu ; car une fois convertis, ils cessent d'être pécheurs ; et vous, au contraire, vous démentez par vos œuvres ce que vous professez en paroles, arbres inutiles qui portez des feuilles sans produire de fruits, et qui trompez votre Maître au lieu de le nourrir. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
Le fils aîné qui repoussa d'abord et qui accomplit ensuite le commandement de son père, est encore l'image des pécheurs convertis qui, après avoir offensé Dieu par leur vie criminelle, le servent enfin par une courageuse pénitence. L'antre fils qui promet et puis qui néglige d'exécuter la volonté de son père, est la figure de ces Chrétiens infidèles qui ne remplissent point leurs engagements à l'égard du Seigneur ; tels sont aussi ces religieux prévaricateurs
qui, s'étant obligés à garder les conseils évangéliques, n'observent pas même les préceptes généraux ; c'est pourquoi les séculiers et même les grands coupables qui sont repentants leur seront préférés au jugera ent de Dieu., d'après cette sentence du Sauveur : Les publicains et les courtisanes vous précéderont dans le royaume de Dieu. Que les pécheurs quels qu'ils soient, ne s'abandonnent donc pas au désespoir, ni les justes à la présomption, puisque les premiers peuvent l'emporter sur les seconds en mérite et en gloire.
Prière.
Seigneur Jésus, charitable docteur, faites que je croie de cœur, que je confesse de bouche et que je mette en pratique vos enseignements infaillibles. Apprenez-inoi à déjouer avec sagesse les embûches et les artifices des hommes pervers et des esprits malins. Donnez-moi d'observer la justice de la loi naturelle gravée dans nos cœurs ainsi que celle de la loi écrite tracée dans les livres saints, et accordez-moi d'accomplir en tout votre adorable volonté. Par ce moyen j'éviterai le châtiment préparé pour le second fils et j'obtiendrai comme le premier miséricorde auprès de vous ; alors uni aux vrais pénitents, je recouvrerai, par votre salutaire assistance, la grâce dans l'Eglise militante et la gloire dans l'Eglise triomphante. Ainsi soit-il.