CHAPITRE XXXIÏI
Matth. xxi, 33-46; Marc xli, 112; Luc. xx, 9-19.
Pour montrer plus clairement aux Juifs la cause de leur réprobation, Jésus leur proposa une autre parabole ainsi conçue (Matth. xxi, 33) : Un père de famille, ayant planté une vigne, l'entoura d'une haie, y construisit un pressoir et y bâtit une tour ; puis, après l'avoir louée à des vignerons, il entreprit un lointain voyage. Lorsqu'il envoya ses serviteurs pour recueillir les fruits de sa vigne, les vignerons les accablèrent d'injures et de coups, maltraitèrent les uns et tuèrent les autres. Enfin il leur envoya son propre fils; mais ces homicides, voyant en lui l'héritier dont ils voulaient usurper l'héritage, se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le mirent aussi à mort. Que fera le maître de la vigne à ces vigneroyxs ? demanda Notre-Seigneur aux Juifs (Ibid. 40). Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces méchants, et il louera sa vigneà d'autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur saison (Ibid. 41). Alors Jésus ajouta : Je vous déclare en conséquence que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu'il sera donné à un peuple qui en retirera des fruits (ibid. 43).
Dans cette parabole, Notre-Seigneur décrit sous différents traits la malice et l'ingratitude des Juifs, comblés de bienfaits par Dieu qui s'était toujours montré pour eux un père plein d'une tendre sollicitude. La Synagogue ou maison d'Israël était cette vigne privilégiée ; les Patriarches et les
Prophètes en étaient les ceps choisis que le Seigneur transplanta de l'Egypte en la Terre-promise. La haie dont il entoura sa vigne, c'était la triple garde dont il environna la Synagogue, savoir : les esprits célestes qu'il lui donna pour la protéger, puis les guerriers fameux qu'il suscita pour la défendre, et enfin les villes fortifiées dont il la pourvut. Le pressoir qu'il construisit, c'était la loi de justice qu'il établit par des prodiges, des menaces et des promesses pour comprimer les désordres et châtier les méchants. La tour qu'il éleva, c'était le temple de Jérusalem, sanctuaire spécial du culte divin, refuge assuré pour tous les Juifs et monument célèbre parmi les autres nations. Cette vigne d'Israël, le Seigneur la loua à des vignerons et à des ouvriers ; il la confia aux prêtres et aux princes qui devaient en arracher les épines des vices et y cultiver les plants des vertus, en veillant au maintien de la religion et de la justice parmi les hommes. Le souverain Maître alors s'en alla pour longtemps, non qu'il changeât lui-même de lieu, mais parce qu'il laissa les vignerons à leur libre arbitre, ou parce qu'il montra sa longanimité à attendre leur conversion, ou bien parce qu'il parut les abandonner à cause de leur négligence ; car, comme dit saint Ambroise fin cap. xx, Luc), Dieu, qui est présent partout, semble néanmoins plus proche de ceux qui l'aiment, et plus éloigué de ceux qui l'offensent. Lorsque le temps de la vendange approcha, c'est-à-dire lorsque les Juifs ayant reçu la Loi devaient en accomplir les prescriptions, le Seigneur envoya ses serviteurs aux vignerons pour faire la récolte, c'estrà-dire il adressa les premiers Prophètes aux prêtres et aux rois principalement et par suite à leurs sujets, pour les déterminer à produire des fruits abondants de bonnes œuvres. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs qu'ils tuèrent ou maltraitèrent
indignement ; ce fut ainsi que les rois et les prêtres en agirent à l'égard des Prophètes chargés par Dieu de les exhorter à la pénitence. Il envoya successivement d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers, eu multipliant ainsi les Prophètes pour convertir son peuple ; mais les Juifs ingrats les persécutèrent comme les précédents. Enfin, il envoya son Fils qui s'incarna pour nous; mais à la vue de l'héritier universel, ils le jetèrent hors de la vigne et le chassèrent de la Synagogue, en niant son autorité suprême ; puis ils le firent mourir sur une croix élevée hors des murs de Jérusalem, pour s'emparer des biens temporels qui forment une partie de son héritage. Car ils raisonnaient en eux-mêmes de celte sorte : Si le peuple le reconnaît pour son Seigneur, on abandonnera l'usage d'offrir des sacrifices, et nous perdrons de grands avantages ; mais si nous le tuons, on continuera d'immoler des victimes, et de cette manière nous garderons l'héritage et nous en conserverons la possession. Pour venger une pareille injure et punir un si grand crime, Dieu fit marcher les armées romaines contre les Juifs qu'il fit périr misérablement; car leurs ennemis renversèrent Jérusalem, brûlèrent le temple, massacrèrent presque tous les habitants et emmenèrent le reste en captivité.
L'héritage de Jésus-Christ est aussi l'Eglise que les Juifs s'efforcèrent de lui ravir, quand, après avoir repoussé de leurs cœurs la foi chrétienne, ils tâchèrent de persuader aux Gentils la nécessité de la justice légale. Cette conduite remplie d'ingratitude leur^ttira une si terrible condamnation que le royaume de Dieu leur fut enlevé ; ils perdirent la grâce du Rédempteur, l'intelligence de l'Écriture, le don de la foi, la communion de l'Eglise et le droit à la vie éternelle. Cette réprobation des Juifs fut immédiatement
suivie de la conversion des Gentils, parce que la vigne fut aussitôt louée à d'autres vignerons ; car Jésus-Christ confia le gouvernement de son Eglise, non point aux prêtres ou docteurs de l'ancienne loi, mais à ses Apôtres et à ses disciples afin qu'ils lui rapportent des fruits en leurs temps. En effet, à la voix de ces prédicateurs nouveaux la multitude des nations païennes embrassa la doctrine de Jésus-Christ ; et ainsi le royaume de Dieu fut donné à d'autres, c'esUàdire aux Gentils venus de tous côtés, de l'Orient et de l'Occident, du Nord et du Midi. Ces peuples convertis produisent des fruits abondants pour le Sauveur qu'ils croient de cœur, qu'ils confessent de bouche, qu'ils servent par leurs œuvres, et pour lequel ils sacrifient leur corps ; aussi ils prendront place dans le royaume des deux avec Abraham, Isaac et Jacob, tandis que les Juifs qui se prétendaient les héritiers ou les enfants de ce royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures de l'enfer (Matth. vin, 11 et 12).
Dans le sens mystique, cette parabole peut s'appliquer tout entière à l'Eglise de la manière suivante. Cet homme qui a planté une vigne, c'est le Christ qui a établi son Église, sortie de son côté entr'ouvert et fécondée de son sang précieux. Cette vigne mystique comprend autant de ceps différents qu'il y a de différentes espèces d'hommes. La haie qui l'environne de toutes parts nous représente la doctrine évangélique ou la protection des Anges gardiens. Le pressoir qu'elle renferme en son sein, c'est la croix de Jésus-Christ ou la patience des Martyrs. La tour bâtie au milieu, c'est la dignité suréminente de la Vierge- Mère, ou bien la contemplation sublime des vertus admirables de Jésus-Christ, des saints Confesseurs et des illustres Docteurs, ou bien encore la foi qui sert à l'Église de forte.
resse contre ses ennemis. Les vignerons auxquels le Seigneur la confie sont les prélats et les ministres qui la cultivent et qui la dirigent par leurs diverses fonctions. Les serviteurs qu'il envoie sont les bons qu'il porte à reprendre les méchants; mais de ces messagers charitables combien sont cruellement frappés et immolés ! Enfin le Père céleste envoie d'une manière invisible son Fils, la Sagesse môme, lorsqu'il excite quelque âme à faire le bien ; mais hélas ! que d'hommes non-seulement repoussent ses inspirations, mais encore multiplient leurs fautes ; et de cette manière ils détruisent, autant qu'il est en eux, le Verbe divin , ou bien comme le dit l'Apôtre : Ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu (Hebr. vi, 6). Ils sont alors réprouvés par un juste châtiment, et la vigne mystique est confiée à des ouvriers plus fidèles qui leur sont substitués.
Cette vigne peut aussi figurer l'âme raisonnable que Dieu a louée à l'homme, en l'unissant à un corps, afin que par son intermédiaire elle portât des fruits abondants et qu'elle acquît de nombreux mérites. Les divers ceps de cette vigne sont les actes vertueux que l'homme produit par pensées, par paroles, ou par œuvres extérieures. De chaque acte surnaturel naissent comme cinq grappes ; les quatre premières profitables à l'homme lui-même sont : la rémission des péchés, la joie du cœur, la délivrance de la mort éternelle et le droit à la céleste béatitude ; la cinquième grappe appartenant au Seigneur est la gloire que nous devons réserver à lui seul et ne point nous attribuer à nous-mêmes. — Cette vigne est encore l'emblème de l'état religieux : les trois vœux essentiels de pauvreté, de chasteté et d'obéissance forment cette plantation chérie du divin Agriculteur ; les règles et les constitutions lui servent de haie ; la méditation et l'étude des Saintes-Écritures en sont le pressoir
d'où découlent la science et la piété avec toutes les vertus ; la prédication est la tour qui la protège contre les attaques du dehors ; les vignerons à qui elle est confiée sont les prélats. Heureux les supérieurs qui, loin de négliger, de diminuer ou de ruiner cette vigne privilégiée, s'appliquent à la cultiver, à la conserver, à l'augmenter I — Enfin, chacun de nous en particulier est une vigne dont il est en même temps le vigneron; car chaque homme doit veiller à sa propre culture. Une vigne nous a été louée, dit saint Jérôme (in cap. xxi Matth.), elle nous a été remise à condition que nous en rendrons les fruits au Seigneur en leurs saisons ; apprenons par conséquent à ne parler, à ne nous taire et à n'agir que comme il convient en chaque circonstance.
Après avoir entendu ces paraboles, les princes des prêtres, les Scribes et les Pharisiens comprirent que Jésus leur en faisait l'application (Matth. xxi, 45). Ils auraient voulu V arrêter comme un calomniateur; mais, comme ils craignaient plus les hommes que Dieu lui-même, ils ne mirent pas leur projet à exécution, parce qu'ils appréhendaient le peuple qui le regardait comme un prophète (Ibid. 46). Néanmoins, ce même peuple qui l'honore et le vénère aujourd'hui comme un envoyé céleste ne tardera pas à proférer contre lui ces affreuses vociférations : Otez-le, Ôtez-lel crucifiez-le, crucifiez-le ! tant la foule est mobile et inconstante dans ses sentiments! Selon saint Ghrysostôme (Hom. 40 Oper. imp.), tout homme pervers qui ne craint pas de provoquer la colère de Dieu, et qui ose violer ses adorables commandements, mépriser ou blasphémer sou saint nom, et murmurer contre sa volonté suprême en élevant contre le ciel des regards irrités ou des mains sacrilèges, est disposé, comme ces Juifs audacieux, à se saisir
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de son Créateur, s'il le pouvait, et môme à le mettre à mort, afin de se livrer au mal avec plus de liberté et d'impuuité. — Remarquons ici combien les Pontifes et les Scribes étaient obstinés dans le mal ; les charitables instructions du Sauveur qu'ils entendaient, loin d'exciter leur repentir, ne faisaient qu'accroître leur indignation contre lui, et ils s'affermissaient de plus en plus dans l'horrible dessein de le tuer. Aujourd'hui encore, que de Chrétiens leur ressemblent ! quand on les réprimande ou .qu'on les avertit, ils s'exaspèrent et s'irritent ; car il y a pen d'hommes qui soient disposés à recevoir les corrections, même les mieux méritées ; bien plus, ils persécutent ceux qui les reprennent dans l'intérêt de leur salut. — Remarquons aussi comment les chefs de la nation sont arrêtés dans la voie du mal par la masse du peuple, quand le contraire devrait avoir lieu. Ce peuple remplissait alors l'office de l'ânesse de Bilaam qui contraignit son maître à rentrer dans le devoir. Des faits analogues arrivent chaque jour dans l'Église ; car souvent ceux qui sont tentés de rompre les liens communs de la discipline ou de la foi sont néanmoins forcés de les garder extérieurement, pour ne pas choquer et révolter la multitude des fidèles Chrétiens. Ainsi dominés par le respect humain, tandis qu'ils restaient insensibles à l'amour divin, les principaux d'entre les Juifs différèrent leur attentat déicide jusqu'à ce que le moment favorable fût arrivé. La cupidité leur faisant mépriser les prédications de Jésus-Christ, ils continuèrent de conjurer sa mort dans l'appréhension de perdre la ville et le temple, où sous prétexte de religion ils dévoraient l'argent du peuple. Ge fût en effet pour conserver en paix cet héritage qu'ils firent mourir le Fils de Dieu; car ils appréhendaient qu'à son occasion les Romains ne vinssent ruiner leur pays et détruire leur
nation ( Joan. xi, 48); mais contrairement à leurs pensées, ce fut justement en punition de la mort du Christ que les Romains dévastèrent leur pays et dispersèrent leur nation.
Saint Chrysostôme dit en cet endroit (Hom. 69 in Matth.): « Jésus, entouré d'ennemis, tantôt passe au milieu d'eux en se dérobant à leurs regards, et tantôt sans se cacher il les empêche de le saisir en leur faisant craindre le peuple. Néanmoins, ils demeuraient incorrigibles, tant l'amour de la primauté et la passion de la vaine gloire les poussaient aveuglément à rechercher les avantages temporels ! Rien ne nous excite tant contre le prochain et ne nous porte à tant d'excès, comme aussi rien ne nous fait perdre plus certainement les biens éternels que de nous attacher aux biens présents ; et rien au contraire ne nous fait jouir plus utilement des biens présents que de leur préférer les biens éternels. Le Seigneur a dit lui-même : Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, tout le reste ensuite vous sera donné comme par surcroît (Matth. vi, 33). Ne vous inquiétez donc point à l'égard des biens temporels, mais confiez-vous sur ce sujet à la divine piovidence; car le Seigneur très-puissant et très-bon veillera à vous les procurer et conserver beaucoup mieux que vous-même ne pourriez le faire ; mais il s'en occupera peu, si vous vous en occupez trop vous-même, de manière à négliger les choses spirituelles. Voulez-vous en conséquence que tout soit convenablement disposé pour votre plus grand avantage, sans que vous vous abandonniez à aucune sollicitude, attachez-vous aux richesses spirituelles et renoncez aux richesses matérielles; vous obtiendrez ainsi le cielet la terre, puis vous jouirez enfin d'une éternelle félicité par la grâce et la miséricorde de Jésus-Christ Notre-Seigneur. »
Ces paroles de saint Chrysostôme regardent surtout les moines, dont il décrit la vie en cet endroit. Il la compare à celle des séculiers, en disant : « Cette vie des moines et de tous ceux qui crucifient leur chair paraît bien rude et bien difficile ; mais en réalité elle est plus douce et plus agréable que celle des mondains, si commode et si facile en apparence. Entre ces deux sortes d'existences il y a la même différence qu'entre l'état des voyageurs arrivés au port et celui des navigateurs ballottés sur l'Océan. Jugez d'abord de leur félicité par la considération des lieux qu'ils habitent : ils fuient les marchés et les villes, s'éloignent du tumulte qu'on y rencontre, pour mener sur les montagnes solitaires une vie qui n'arien de commun aveclavie présente. Là, dans une paisible retraite, ils s'appliquent constamment à considérer et à mériter le royaume des cieux, ils s'attachent principalement à servir et aimer Dieu pour lui être unis dès icibas. Leur travail est pareil à celui qui occupait le premier homme innocent, alors que revêtu de gloire il conversait familièrement avec le Seigneur dans le paradis terrestre. En quoi leur vie serait-elle inférieure à la sienne, puisque même avant sa désobéissance Adam fut placé dans un jardin délicieux pour le cultiver? Comme lui, les moines n'ont aucun souci du temporel ; comme lui également, ils parlent à leur Créateur avec une conscience pure, et même avec une confiance plus grande, parce qu'ils jouissent de la grâce plus abondante de l'Esprit-Saint. Ces flambeaux du monde se lèvent de leur modeste couche sereins et joyeux ; leurs âmes bien réglées sont en parfait accord, tous ensemble forment un chœur harmonieux, et, comme une seule voix, ils chantent des hymres au Maître de l'univers, célèbrent ses louanges et lui rendent grâces pour tous les bienfaits qu'il répand sur eux et sur le monde. Maintenant je ne
parle plus d'Adam, mais je vous demande en quoi ce chœur diffère de celui des Anges qui chantent sur la terre : Gloire à Dieu dans le ciel et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Luc. il, 24). Après avoir fait retentir ces cantiques, ils tombent à genoux pour implorer les miséricordes de Celui dont ils viennent de proclamer les grandeurs. Ils ne sollicitent aucun bien passager, parce qu'ils n'en font aucun cas ; mais ce qu'ils demandent avec instances, c'est de paraître avec assurance devant le tribunal du souverain Juge, c'est de ne point entendre de sa bouche divine cette terrible sentence : Je ne vous connais point (Matth. xxv, 12), c'est enfin de parcourir cette carrière laborieuse sans tomber ni s'égarer, et de traverser cette mer orageuse sans péril ni naufrage. Ils se relèvent ensuite du sol où ils étaient prosternés, et, achevant leurs saintes prières, au lever du soleil ils se rendent à leur travail dont le prix est destiné à soulager les pauvres. Le plus estimé parmi eux est celui qui embrasse les plus vils ouvrages. »
A ce tableau de la vie monastique le même saint Docteur ajoute ailleurs quelques traits, en disant (Adversus oppugnat. vitae monast. lib. 3) : « Il n'y a point là de mien et de tien ; ces mots, causes de tant de guerres, sont bannis de leur société. Puis il ajoute (Hom. 70 in Matth.) : Leurs tentes ne le cèdent en rien aux tabernacles éternels, caries Anges et le Seigneur même des Anges y descendent pour les visiter. Leur table, exempte de tout luxe, est pleine de philosophie. Il n'y a dans les apprêts de leur nourriture ni sang répandu, ni viandes dépecées, ni assaisonnements recherchés, ni exhalaisons inconvenantes de chairs rôties, ni fumée suffoquante. Les soins de leurs repas n'occasionnent ni courses, ni tumulte, ni troubles, ni clameurs ; car ils se contentent de pain gagné par un juste travail et d'eau pui-
sée aune fontaine limpide; ils y ajoutent quelques fruits, s'ils veulent faire un plus somptueux régal ; dans ces simples aliments ils trouvent plus de plaisir que les rois dans leurs festins splendides. C'est vraiment la table des Anges à l'abri de tout désordre. Ils n'ont pour siège que l'herbe de la montagne, comme le Christ quand il prit son repas dans le désert. Beaucoup ne se construisent pas même de demeure; le firmament est leur toit, la lune est leur lampe; ils n'ont besoin ni d'huile ni de serviteur; c'est assurément pour eux seuls que l'astre des nuits projette dignement sa douce lumière. Cette vie frugale remplit d'allégresse les purs esprits qui la contemplent de leurs palais sublimes. En considérant ces heureux solitaires, renonçons à toutes vaines richesses d'ici-bas, et efforçons-nous en toutes manières de ravir le royaume céleste pour y jouir des biens éternels. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
Prière.
Seigneur Dieu, Père tout-puissant de la grande famille humaine, vous avez confié la vigne de votre sainte Eglise aux soins de ministres chargés d'en arracher les épines des vices et d'y cultiver les plants des vertus, pour lui faire produire les fruits des bonnes œuvres en eux-mêmes et dans leurs sujets. Daignez accorder à tous, aux supérieurs comme aux inférieurs, de vous rapporter les fruits abondants de leurs pensées, de leurs paroles et de leurs actions; que cette fécondité les rende agréables à votre majesté ; enfin, après les travaux de cette vie, que votre miséricorde leur permette de se reposer dans votre royaume, avec vos élus qui tous furent des ouvriers laborieux et fidèles. Ainsi soit-il.