CHAPITRE XXXV
Matth. xxn, 15-33 — Marc xn, 13-27 Luc. xx, 20-38.
En ce môme jour qui était le mardi, les Pharisiens, irrités de se voir dépeints dans les paraboles précédentes, s'en allèrent trouver les Hérodiens, pour examiner plus opportunément avec eux comment ils devaient circonvenir le Seigneur Jésus, et comment ils pourraient surprendre dans ses discours Celui auquel ils ne pouvaient rien reprocher dans ses actions ; car il est plus facile de trouver un homme en défaut dans ses paroles que dans ses œuvres (Matth. xxn, 15). Ils lui envoyèrent des disciples de leur secte avec des Hérodiens ou ministres d'Hérode qui levaient les impôts pour César (Ibid. 16); les premiers devaient le compromettre par leurs questions, et les seconds devaient le traduire devant les tribunaux (Luc. xx, 20). D'après saint Chrysostôme (Honi. 71 in Matth.), les Pharisiens, sachant que Jésus les connaissait comme adversaires et les
regardait comme suspects, craignirent de ne pouvoir l'embarrasser par leurs demandes, parce qu'en leur présence il surveillerait davantage chacune de ses paroles ; mais ils supposèrent que leurs disciples, lui étant inconnus, pourraient plus facilement le tromper, sans qu'eux-mêmes dussent autant rougir s'ils étaient confondus. Ils les envoyèrent donc avec les agents d'Hérode, afin que, quelle que fût la réponse de Jésus, ils trouvassent matière à une accusation. Ces perfides émissaires vinrent se placer autour de lui ; et, comme des abeilles qni portent le miel en leur bouche et cachent avec soin leur aiguillon, il commencèrent parle flatter: Maître, lui dirent-ils, nous savons quêtant sincère vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité, sans avoir égard à qui que ce soit, parce que vous ne faites point acception des personnes. Ils louent ainsi dans lui un triple caractère de véracité dans la conduite, la doctrine et la justice, comme s'ils lui disaient : Nous savons que votre conduite n'est point hypocrite, que votre doctrine est saine, et que votre justice est impartiale, de sorte que vous dites la vérité à tous indistinctement, aux grands comme aux petits. De nos jours au contraire, combien n'en voit-on pas qui reprennent publiquement et confondent les pauvres tombés en quelque faute, tandis qu'ils ne désapprouvent point et ne blâment point, même par un signe ou par un mot, les riches adonnés à des vices beaucoup plus graves ? D'après saint Chrysostôme, entre tous les péchés que les prêtres peuvent commettre, le plus odieux, c'est de considérer la qualité des personnes plutôt que la nature des causes ; de là vient qu'ils dédaigneut les pauvres quoique justes et qu'ils exaltent les riches malgré leur iniquité. « Cependant, comme le remarque le même saint Docteur (Hom. 4 0 Oper. imp.), les susdits émissaires appellent
Jésus Maître en proclamant sa véracité, pour capter sa confiance par cette apparence de vénération ; car ils espéraient que cet honneur et cet éloge l'engageraient à leur découvrir avec franchise et simplicité les secrets de son cœur, afin de les gagner et de se les attacher comme disciples. La louange est, en effet, le premier artifice qu'emploient les hypocrites pour s'insinuer auprès de ceux qu'ils veulent perdre ; carie plaisir que l'homme trouve à se voir applaudi l'incline, sans qu'il y pense, cà faire des aveux dont les témoins peuvent abuser pour le compromettre. » On peut assimiler à ces hypocrites ceux qui flattent les hommes en leur présence, et qui les dénigrent en leur absence. Oh ! combien le monde renferme de ces hommes pernicieux ! que le Seigneur daigne préserver les siens de leurs embûches ! 11 y a deux sortes de persécuteurs, selon saint Augustin (in Psal. 65 ), ceux qui insultent et ceux qui flattent; mais la langue d'un adulateur est plus dangereuse pour nous que la main d'un meurtrier.
Se servant ainsi de paroles emmiellées pour interroger le Sauveur, les envoyés ajoutèrent (Matth. xxn, 17) : Ditesnous donc ce qu'il vous semble de ce cil car nous sommes certains que ni la majesté de l'Empereur, ni la crainte ou la faveur d'aucun homme ne pourront vous empêcher de prononcer suivant la vérité et la justice : Est-il permis ou ne Vcst-il pas de payer le tribut a César ? C'est bien malicieusement qu'ils proposaient à Jésus-Christ cette question soulevée naguère parmi les Juifs : s'il déniait et réprouvait le tribut comme illicite, il tombait entre les mainsdu gouverneur qui le châtierait aussitôt comme rebelle à l'Empereur ; si au contraire il acquittait et approuvait le tribut comme illicite, il tombait entre les mains du peuple qui le persécuterait comme ennemi de sa liberté et de l'honneur
dû à Dieu seul. La question était par conséquent aussi captieuse que possible ; et toute réponse, qu'elle fût affirmative ou négative, entraînait de graves périls. Car deux partis divisaient alors les Juifs. Les uns disaient : Nous devons payer le tribut aux Romains, parce qu'ils procurent la paix et la sécurité au pays et à la nation tout entière. Les autres disaient d'accord avec les Pharisiens que les serviteurs privilégiés du Dieu très-haut, après lui avoir présenté leurs offrandes et rendu leurs dîmes, ne devaient payer tribut à aucun homme. Il semblait difficile de ne pas adopter l'un ou l'autre avis, et de ne pas offenser ainsi an des deux partis. Mais Celui qui est la source de la sagesse sut déjouer les ruses de ses adversaires, de manière à concilier dans sa réponse les droits de Dieu et ceux de César.
Jésus ne pouvait ignorer leur mauvaise intention , car rien n'est caché à Dieu qui scrute les cœurs et les reins ; aussi voyant leur fourberie, il rejeta leurs louanges et répliqua durement (Ibid. 18) : Pourquoi me tentez-vous, hypocrites ? Comme s'il disait : Vous ne cherchez pas à vous instruire, mais à me surprendre; vous semblez ne demander que la vérité, mais vous ne voulez que consommer ma perte. Considérant plutôt leurs desseins perfides que leurs discours spécieux, dit saint Chrysostôme ( Hom. 42 Op. imp. ), le Seigneur répond à leurs éloges par des reproches sévères; et il nous apprend ainsi à repousser durement ceux qui paraissent nous louer. Les Pharisiens le flattaient pour le compromettre, mais Jésus les confondait pour les sauver; Car la colère de Dieu nous est plus utile que la faveur des hommes.
Montrez-moi la monnaie du tribut, ajouta-t-il (Ibid. 19).
Et ils lui présentèrent le denier que l'on donnait chaque
année pour l'impôt. Cette pièce d'argent, qui valait dix sous t. v. 16.
ordinaires, portait l'effigie et le nom de l'Empereur. C'est pourquoi il leur demanda (Ibid. 20) : De qui est cette image et cette inscription ? Notre-Seigneur ne les interroge point ici par ignorance, mais pour tirer de leurs paroles une réponse sans réplique. Il voulait encore avoir sous les yeux la matière qui faisait l'objet de la question, afin de nous enseigner par son exemple à ne point être précipités dans nos jugements, mais h rechercher avec soin et à examiner avec attention chaque cause avant de porter une décision. — Ils lui dirent : De César. Ce nom commun à plusieurs empereurs romains désigne ici Tibère, gendre de César- Auguste sous lequel était né Notre-Seigneur. Définissant alors la question d'après leurs propres paroles, Jésus conclut par ces mots : Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui esta Dieu (Ibid. 21), c'est-à-dire: Rendez au prince temporel le tribut pécuniaire par lequel vous vous reconnaissez ses sujets. Mais comme saint Chrysostôme le fait remarquer. (Hom. 71 in Matth.), Notre-Seigneur ne veut parler que d'un impôt qui ne serait pas contraire à la religion et à la piété, car autrement ce ne serait plus l'impôt de César mais celui du démon. Rendez aussi au souverain Créateur ce qu'il exige comme lui appartenant, à savoir les dîmes, les prémices, les offrandes et les victimes, ainsi que l'explique saint Jérôme (in cap. xxn Matth.). Jésus- Christ avait accompli lui-même ce qu'il recommande à cette heure, puisqu'il paya le tribut à César pour lui et pour saint Pierre, et qu'il rendit à Dieu ce qui lui était dû enfaisant toujours la volonté de son Père. Quant à nous, nous devons rendre au monde ses honneurs en les dédaignant, ses délices en les fuyant avec horreur et ses richesses en les foulant aux pieds ; mais à Dieu nous devons rendre la première et meilleure part de ce que nous avons et possédons.
Selon saint Ambroise (in cap. xx Luc), de même que César réclame l'argent qui porte l'empreinte de sa figure, ainsi Dieu redemande notre âme qui reflète la splendeur de son visage. Comme le denier est marqué au coin du roi, notre âme est aussi formée à l'image du Créateur ; mais cette divine ressemblance est souvent altérée par le péché. Le même saint Docteur dit encore : Puisque les choses du monde relèvent de César, si vous voulez ne point dépendre de César, ne retenez rien du monde. Et si vous désirez ne rien devoir aux puissances terrestres, abandonnez tous vos biens temporels pour suivre Jésus-Christ. C'est avec raison que Notre-Seigneur ordonne . d'abord de rendre à César ce qui est à César ; car personne ne peut être son disciple, c'est-à-dire rendre à Dieu ce qui lui appartient, qu'après avoir renoncé au monde. Nous y renonçons tous quand nous recevons les sacrements, mais beaucoup n'y renoncent que de bouche et non point du fond du cœur. Et cependant quelle dette énorme nous contractons en n'accomplissant pas les promesses faites à Dieu ! Un contrat où la foi est engagée est beaucoup [lus grave qu'un contrat simplement pécuniaire. Payez ce que vous avez promis, pendant que vous êtes en ce corps mortel, avant que Dieu ne vienne comme un créancier inexorable vous jeter dans une prison perpétuelle. — « Puisque vous y êtes forcés, dit saint Jérôme (in cap. xxn Matth.), rendez à César la monnaie qui représente son image, mais donnez-vous bien volontiers à Dieu dont vous-mêmes portez l'empreinte éclatante. » Laissons donc tout ce qui est du monde ; mais notre corps, notre âme, notre intelligence, notre volonté, notre raison, et toutes les choses qui sont en nous, donnons-les ou plutôt rendons-les comme une dette à Dieu de qui nous les avons reçues, afin que nous ne méritions pas d'être comparés aux
bêtes de somme, mais que nous agissions en tout suivant les règles de la raison. « Il est bien juste, ajoute saint Hilaire (Gan. 23 in Matth.), de nous rendre tout entiers à Celui auquel nous reconnaissons devoir et notre vie et notre conservation. » — Il n'y a donc ni contradiction ni inconvenance à ce que l'homme soit soumis à son semblable dans les choses temporelles, tandis qu'il reste sujet immédiat de Dieu pour les choses spirituelles ; ces deux choses peuvent très-bien marcher de front, sans que l'une porte préjudice à l'autre. Mais bien plus heureux et mieux partagé est celui qui s'affranchit de la dangereuse servitude des intérêts temporels pour se soumettre à Dieu seul ; il est alors vraiment libre, il est maître, plus roi que les rois mêmes, il ne craint ni la tyrannie des richesses ni l'oppression des grands.
Au point de vue mystique, nous devons à Dieu trois sortes de tributs qu'il réclame de nous : un amour parfait comme tribut du cœur, de ferventes et fréquentes actions de grâces comme tribut des lèvres, et une courageuse mortification de nos sqns comme tribut du corps. De plus, dans le denier qui servait de tribut pécuniaire, nous trouvons plusieurs choses susceptibles d'interprétations spirituelles : ainsi la matière d'argent ou de cuivre qui le compose signifie l'action bonne ou mauvaise; le poids vrai ou faux marque l'intention droite ou perverse ; l'effigie indique l'état intérieur de l'homme qui devient une image du démon par le péché ou une image de Dieu par la grâce ; l'inscription désigne la conduite extérieure qui offre les caractères de l'humilité à l'imitation du Christ, ou ceux de l'orgueil à l'exemple de Lucifer. -— C'est à la mort que nous présenterons le denier spirituel, car c'est alors que le souverain Juge nous adressera cette redoutable question :
Montrez-moi la monnaie du tribut, c'est-à-dire découvrezmoi l'homme intérieur qui était caché sous l'écorce de la chair, ou même déguisé sous le masque de la dissimulation et que depuis longtemps j'attendais à résipiscence. Heureux qui pourra répondre comme Je Prophète royal : Vous avez déchiré mon enveloppe et vous m'avez environné de joie (Psal. xxix, 12). — C'est, en outre, au jugement que Jésus- Christ nous interrogera sur l'image qui est en nous. 0 terrible demande ! 0 reproche amer pour les méchants ! lorsqu'ils s'entendront dire : De qui est cette figure et cette inscription ? Chacun reproduit en son âme l'image de celui dont il fait les œuvres, soit celle de Dieu, soit celle de Satan prince de ce monde. — Enfin, c'est au jour suprême de la rétribution générale que le Seigneur prononcera la sentence irrévocable : Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, c'est-à-dire : Que ceux qui portent l'empreinte du prince du monde partagent avec lui le supplice de l'enfer, et que ceux qui ont conservé la ressemblance du Sauveur se réunissent à lui dans la gloire du ciel.
Les envoyés des Pharisiens et des Hérodiens ne trouvèrent rien dans ce que Jésus venait de dire qu'on pût reprendre devant le peuple, et surpris de la réponse par laquelle il avait habilement éludé leurs embûches, ils se turent (Luc. xx, 26). Le laissant là, ils se retirèrent tout confus (Matth. xxn, 22). Ce qui fait dire à saint Jérôme (in cap. xxu Matth.) : Ceux qui auraient dû se rendre à une sagesse aussi supérieure furent étonnés seulement de n'avoir pas pris Jésus dans le piège qu'ils lui avaient si artificieusement tendu ; et l'ayant quitté, ils s'en allèrent, remportant dans leur cœur la même infidélité malgré ce nouveau miracle.
A peine les Pharisiens s'étaient-ils éloignés du Sauveur, qu'm ce jour-là même les Sadducéens s'approchèrent de
lui (Matth. xxn, 23) ; voyant qu'on n'avait pu le vaincre parla ruse, ils espéraient le troubler par leur importunité, en le fatiguant de questions subtiles. 11 y avait alors parmi les Juifs trois sectes différentes bien tranchées. Les Pharisiens d'abord se distinguaient des autres par leurs vêtements et surtout par leurs traditions qu'ils préféraient aux prescriptions légales elles-mêmes ; c'est pourquoi ils étaient appelés Pharisiens, c'est-à-dire séparés du mot Phares qui signifie division. Les Sadducéens,qui recevaient les livres de Moïse, se séparaient néanmoins des autres par leur doctrine matérialiste ; car ils niaient non-seulement la résurrection de la chair, mais aussi l'immortalité de l'âme qu'ils prétendaient périr avec le corps ; et ils ne croyaient ni à l'existence des Anges niàcelledes esprits. Enfin les Esséniens se signalaient entre tous par leur vie retirée qui ressemblait beaucoup à la profession monastique ; car ils s'abstenaient du mariage et mettaient en commun tous leurs biens. Il ne s'agit point ici de ces derniers. Les Sadducéens vinrent donc trouver Jésus pour lui proposer la fable inventée par eux d'une femme qui avait eu sept maris successivement, et ils lui demandèrent auquel d'entre eux elle devait appartenir après la résurrection ; car ils supposaient que, si la résurrection des corps devait avoir lieu, la célébration des noces devrait se faire dans l'autre monde comme en celui-ci. Or, pensaient- ils, cette femme ne saurait appartenir en même temps à sept maris, parce que la loi divine ne l'a jamais permis ; et elle ne saurait appartenir à un seul , tous ayant un droit égal pour la revendiquer. Ainsi donc, concluaientils, la résurrection ne peut avoir lieu.
Ce problème nouveau que les Sadducéens croyaient insoluble fut bientôt résolu de manière à dissiper toute difficulté. Vous vous trompez, leur dit le Sauveur, en niant la
résurrection future, faute de comprendre la Sainte-Écriture et la 'puissance divine (Matth. xxii, 29). En effet, la Sainte- Ecriture déclare qu'elle s'accomplira, et décrit comment elle s'opérera ; car la toute-puissance divine ressuscitera les corps en les rappelant de la mort à la vie, comme elle a tiré du néant toutes les créatures. Vous vous trompez encore en supposant qu'on célébrera des noces dans l'autre monde comme en celui-ci, car après la résurrection, les hommes ri auront point de femmes, ni les femmes de maris, parce qu'il n'y aura point entre eux de relations charnelles, mais des relations spirituelles. Les uns et les autres seront comme les Anges de Dieu dans le ciel, parce qu'ils en posséderont la propriété sans toutefois en avoir la nature, et qu'ils seront spiritualisés sans néanmoins être esprits. Étant devenus immortels, ils ne seront plus sujets à la corruption et n'auront plus besoin de reproduction ; leur vie et leur société seront toutes spirituelles; ils jouiront éternellement delà vue et de l'amour de Dieu, sans éprouver jamais ni altération, ni souillure (Ibid. 30). Il est bien naturel que les effets cessent avec les causes ; or le mariage a été établi dans le but de multiplier les hommes qui doivent être les serviteurs de Dieu sur la terre, jusqu'à ce que le nombre des prédestinés soit complet à la résurrection. Nous serons alors comme les Anges uniquement occupés à la contemplation de la divinité. Cette considération bien approfondie doit exciter dans nos cœurs une ardente dévotion au souvenir de cette vie bienheureuse que nous attendons après ces quelques jours de notre pèlerinage.
Suivant l'explication mystique du Vénérable Bède (in cap. xx Luc), les sept maris figurent l'universalité des réprouvés qui épousent une vie toute' mondaine ; ils meurent sans enfants, parce qu'ils ne produisent aucune bonne
œuvre durant le cours de cette vie formée par la succession hebdomadaire des sept jours; et après qu'ils auront été enlevés par une mort misérable, le monde lui-même qu'ils ont traversé sans faire aucun acte salutaire, disparaîtra comme une épouse stérile. — Dans un autre sens, cette femme peut désigner l'Église qui est fiancée à un époux, quand elle est confiée aux soins d'un prélat ; et les sept hommes qui la laissent sans enfants représentent l'universalité des mauvais prélats ou des clercs indignes qui se distinguent entre eux par les sept ordres de la hiérarchie ecclésiastique, savoir ceux des Portiers, des Lecteurs, des Exorcistes, des Acolytes, des Sous-Diacres, des Diacres ou Lévites et des Prêtres. Quand ces ministres sont mauvais, ils n'engendrent point de fils spirituels, parce qu'ils ne cherchent point à produire de fruits dans l'Église ; et c'est pour cela que le démon les fait périr. — Selon le sens moral, cette femme aux sept maris peut encore signifier l'âme pécheresse livrée aux sept péchés capitaux. Elle ressuscite spirituellement, lorsqu'elle passe de la mort du péché à la vie de la grâce qui est un gage de sa gloire future. Aussi, quand cette résurrection spirituelle est affermie par une bonne résolution, confirmée par la profession religieuse et maintenue par l'observance régulière, l'âme alors mène une vie tout angélique ; par la pratique des vertus ou des vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance, elle ressemble dès cette vie aux Anges qui n'ont point de corps, ne possèdent pas de bien en ce monde et obéissent continuellement à Dieu. Ils sont donc mauvais ces hommes paresseux qui ne laissent après eux aucun fruity de bonnes œuvres ni aucun souvenir de choses utiles ; plus mauvais sont encore ceux dont la mémoire ne rappelle que des actions perverses. Après avoir décidé la question et réfuté l'erreur grossière
des Sadducéens, Notre-Seigaeur aussitôt prouva la vérité de la résurrection par l'autorité de l'Écriture. Il commença doue par alléguer un texte de l'Exode pour démontrer d'abord l'immortalité de l'âme que niaient ses adversaires, et après avoir établi solidement ce dogme, il en déduisit comme conséquence la résurrection des corps qui ont été les compagnons des âmes pour le bien comme pour le mal. Le Seigneur a dit en effet dans l'Exode (m, 6) : Je suis le Dieu iï Abraham , le Dieu d'isaac et le Dieu de Jacob. Si ces Patriarches étaient morts sous tous rapports et n'étaient vivants de quelque manière, il aurait dit : J'ai été, et non pas : Je suis leur Dieu. Car, selon la remarque de Jésus- Christ (Matth. xxn, 32) : II n'est point le Dieu des morts ou de ceux qui n'existent plus absolument, mais des vivants ou de ceux qui subsistent encore. Donc, bien qu'ils soient morts aux yeux des hommes dans leurs corps les Patriarches sont toujours vivants aux yeux de Dieu dans leurs âmes; et par'conséquent les âmes ne meurent point avec les corps, mais leur survivent pendant l'éternité.
De cette première vérité découle comme conséquence de justice la résurrection de la chair. En effet, comme le Seigneur daigne s'appeler lui-même le Dieu d'Abraham et des autres qui l'ont servi dans leurs corps, il est juste qu'ils soient récompensés avec ces mêmes corps qui furent les instruments de leurs mérites. Ainsi, on peut dire d'une manière générale que les corps et les âmes recevront ensemble les biens ou les maux dont ils se sont rendus dignes conjointement; car l'homme mérite ou démérite dans son âme et dans son corps réunis, et c'est pourquoi dans la vie future il sera puni ou récompensé dans l'un et dans l'autre réunis de nouveau. Mais il ne peut en être ainsi, à moins que les corps ne ressuscitent; donc il est certain qu'ils rest. v 17
susciteront, en sortant un jour de la poussière du tombeau où ils sont maintenant réduits. — On trouve une autre preuve de cette vérité dans le désir naturel qui incline les âmes vers leurs corps ; car il est naturel à l'âme de souhaiter d'être réunie éternellement à son corps pour rendre le compagnon de ses travaux participants de sa gloire. Afin que l'âme puisse jouir d'un repos et d'un bonheur parfaits, il est^nécessaire que ce désir s'accomplisse et que cette réunion s'opère par la résurrection du corps.
Sur ces paroles : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu aVIsaac et le Dieu de Jacob, saint Jérôme fait remarquer qu'en répétant d'abord trois fois son nom, le Seigneur marquait en lui la Trinité des personnes, et qu'en l'ajoutant une seule fois aussitôt après, il indiquait en elles l'unité de substance par les mots suivants : // n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Le peuple qui entendit Jésus répondre aux Sadducéens avec tant de raison et d'autorité fut saisi d'admiration pour sa doctrine (Matth. xxn, 33) . Comme le fait remarquer Rémi d'Auxerre, ce qui est ici arrivé pour lé Sauveur arrive chaque jour pour son Église ; car lorsque par l'assistance divine elle confond ses ennemis, la pieuse foule des fidèles applaudit à son triomphe.
Prière.
Seigneur Jésus, enseignez-moi à découvrir et à éviter les pièges des séducteurs, à marcher toujours dans les véritables sentiers de la vie, de la sagesse et de la justice. Faites que je porte en moi-môme le cachet de votre auguste image et non point de votre cruel ennemi, que je rejette toute affection terrestre pour admettre votre seul amour ; alors je
pourrai vous rendre les dons que j'ai reçus de votre grâce, en m 'efforçant de les rapporter à votre service. Accordezmoi encore de fuir toute vie charnelle et mondaine qui ne produit aucun fruit salutaire, afin de m'appliquer à une vie spirituelle et céleste, féconde en bonnes œuvres. Que renouvelé par la gloire de la résurrection, je mérite d'être réuni aux chœurs angéliques pour jouir dans le ciel de la bienheureuse immortalité et de votre perpétuelle contemplation. Ainsi soit-il.