CHAPITRE XLVIII
Matth. xxv, 1-13.
Après nous avoir recommandé de nous préparer à son dernier avènement par une vigilance continuelle, Jésus- Christ va décrire le jugement général dont il a précédemment indiqué les signes ava ut- coureurs. Et comme tous les Chrétiens qui doivent comparaître devant son tribunal redoutable appartiennent à quelqu'un des trois états de la vie active, ou contemplative, et de la charge pastorale, Notre-Seigneur propose trois paraboles relatives à quelqu'un de ces trois états. La première, celle des dix vierges, regarde spécialement les cont< mplatifs. La virginité en effet signifie la vie contemplative, parce qu'elle dispose les âmes à la considération de la vérité en les élevant audessus des désirs charnels ; et le nombre dix désigne tous les contemplatifs en général, parce qu'il renfeime toutes les unités en lui-môme, ou parce que les dix commandements du Décalogue comprennent tous les préceptes de la Loi. Cette parabole peut s'appliquer néanmoins au genre humain tout entier ; elle nous montre d'abord le mérite ou le démérite des actions, puis l'examen et le discernement dos personnes relativement à la vie des contemplatifs comme aussi à celle des autres. Par l'exposé de ces deux points le Sauveur veut encore nous marquer la nécessité de la vigilance, afin que, quand il viendra tout à coup nous appeler
à la célébration de ses noces éternelles, il nous trouve prêts à entrer avec lui dans le royaume des cieux.
Notre-Seigneur dit donc (Matth. xxv, 1-2): Le royaume des cieux en ce monde, ou l'Église militante, est semblable, quant à tous ses membres et spécialement quant aux contemplatifs, à dix vierges ou personnes continentes. Cinq d'entre elles étaient folles; captivées par la vanité des objets terrestres, elles n'accomplissaient point leurs bonnes actions pour une bonne fin, mais principalement pour quelque avantage temporel comme leur propre gloire, la faveur humaine ou l'intérêt matériel. Les cinq autres étaient prudentes ; attachées à la vérité des biens éternels, elles rapportaient toutes leurs bonnes œuvres à une fin légitime, d'abord à la gloire de Dieu, puis h la perfection de leur âme et à l'édification du prochain.
L'Église présente est justement assimilée à ces différentes vierges, parce qu'elle contient en son sein les justes et les pécheurs, mêlés et confondus ensemble. Par leur nombre, les cinq vierges folles, de même que les cinq vierges prudentes, représentent plus particulièrement les personnes adonnées à la mortification extérieure des cinq sens qu'elles sèvrent des jouissances coupables ; comme elles pratiquent ainsi le bien de telle sorte qu'elles paraissent bonnes aux yeux des hommes, ou les appelle vierges. Elles sont vierges par leur conduite, mais corrompues par leur intention, puisqu'elles font le bien par un mauvais motif ; aussi les appelle-t-on justement vierges folles ; car elles perdent le fruit de leur conduite vertueuse par défaut d'intention droite et pure. N'est-ce pas en effet une étrange l'olie d'entreprendre et d'exécuter des choses difficiles et ardues sans en retirer de profil réel et d'utilité véritable ? A quoi sert de se livrer aux veilles, aux jeûnes, aux ma-
cérations, à la prière et à l'oraison, si l'on ne se propose pour prix de tant d'exercices pénibles qu'une fumée d'honneur éphémère ? Aussi c'est assurément de ces personnes insensées que le Seigneur a dit : Elles ont reçu leur récompense (Matth. vi, 2). Les vierges prudentes au contraire ne cherchant qu'à plaire à Dieu, lai consacrent toutes leurs actions et en attendent une magnifique récompense ; n'estce pas là de leur part une grande sagesse de s'assurer des biens infinis par de légers sacrifices, et d'acquérir des richesses éternelles en renonçant à des plaisirs passagers ? — Ces deux catégories de vierges si différentes comprennent toute la multitude des fidèles chrétiens ; car, comme le dit saint Jérôme, la sainte Église renferme des vierges prudentes qui agissent pour Dieu seul et des vierges folles qui travaillent pour la vanité. Si nous voulons ressembler non pas à ces dernières mais aux premières, ajoute le même saint Docteur, appliquons-nous à faire toujours nos bonnes œuvres avec une bonne intention ; car le vrai mérite ne consiste pas à faire le bien d'une manière quelconque, mais plutôt à le bien faire.
Toutes les vierges, prenant leurs lampes, sortirent à la rencontre de l'Epoux et de l'Epouse. Ces lampes sont l'emblème des bonnes œuvres que nous devons produire dans tout le cours de notre vie mortelle, afin d'aller avec une juste confiance et d'une façon convenable au-devant de Jésus-Christ, lorsqu'il viendra pour le jugement. Mais les cinq vierges folles, ayant pris leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles (Matth. xxv, 3) ; c'est-à-dire elles produisirent leurs bonnes œuvres sans en concevoir aucune joie spirituelle, parce qu'elles étaient dépourvues d'intention droite ; car l'âme ne peut être contente d'elle-même, si elle ne croit être agréable à Dieu en agissant pour lui
plaire, comme l'explique saint Augustin (Serm. 22 de Vernis Domin.). Les vierges prudentes au contraire prirent de l'huile dans leurs vases avec leurs lampes (Ibid. 4) ; c'est-à-dire, d'après le même saint Docteur, en produisant leurs bonnes œuvres elles établirent dans leur conscience tranquille cette joie spirituelle que procure la rectitude d'intention. De même que l'huile nourrit le feu de la lampe, ainsi cette joie alimente la llamme de la charité et entretient le zèle des bonnes œuvres ; car plus quelqu'un trouve de plaisir à faire le bien, plus il sent d'ardeur à le bien faire, mieux aussi il est disposé à recevoir un accroissement de charité. Toutes les vierges susdites prirent donc de l'huile dans leurs lampes, tant les folles que les sages; mais les premières n'eurent pas soin d'en prendre dans leurs vases qui restèrent vides. De même parmi les Chrétiens, combien de personnes portent de l'huile dans leurs lampes et non point dans leurs vases ! car elles montrent de la vertu dans leur conduite, mais elles n'en ont point dans leurs cœurs qui sont vides de grâces et remplis de péchés. Cependant comme l'Époux tardait à venir, toutes les vierges s'assoupirent et s'endormirent (Ibid. 5). Ainsi dans l'attente du jugement que Jésus-Christ diffère pour compléter le nombre des élus, tous les Chrétiens sont saisis par la maladie et emportés par la mort ; ou bien encore ils s'abandonnent au relâchement et succombent au péché ; car, comme le dit saint Chrysostôme (Hom. 52 Op. imp.), en voyant retarder la consommation des siècles, non-seulement les pécheurs mais aussi les justes et les hommes spirituels se laisseront entraîner à la négligence et même à la sensualité, de sorte quel Église affligée pourra s'écrier alors avec plus déraison que jamais : ODieu, sauvez-moi, parce que la sainteté a disparu et que la vérité a presque abandonné
les enfants des hommes (Ps. xi, 2). — Le Sauveur ici compare justement la mort au sommeil, car elle sera suivie de la résurrection comme d'un réveil qui nous fera jouir de la lumière et de la vie éternelle. Pais pour montrer l'examen redoutable auquel seront soumis- les contemplatifs comme les autres, il ajoute : Mais sur le minuit on entendit un grand cri : Voici l'Époux qui vient, allez au-devant de lui (Matth. xxv, 6). Ainsi l'avènement du Seigneur fondra sur nous à l'improviste comme un voleur clans l'obscurité, car il surprendra tous les hommes au moment où ils y penseront le moins ; voilà pourquoi cette heure du jugement que personne ne connaît est désignée par le milieu de la nuit, où les choses arrivent plus secrètement contre toute attente. Suivant quelques interprètes, le jugement aura lieu littéralement au milieu de la nuit, en sorte que le Seigneur délivrera ses élus de ce monde à l'heure même où l'Ange exterminateur frappa tous les premiers-nés des Egyptiens, et où le Christ triomphant arracha à l'enfer ses victimes. Mais d'autres pensent que le jugement se fera au grand jour, parce que, suivant l'expression du Psalmiste, cette nuit deviendra lumineuse comme le jour même (Ps. cxxxvin, 12). — Au milieu de cette dernière nuit un grand bruit retentira, le son pénétrant de la trompette angélique éveillera tous les morts et les appellera devant le Juge suprême. Oh ! que cette voix sera puissante et formidable ! 11 n'y aura point d'âme si élevée dans les cieux, ou si abîmée dans les enfers, point de cadavre dans le tombeau qui ne l'entende, ne frémisse et ne s'empresse de lui obéir.
Alors toutes ces vierges se levèrent et accommodèrent leurs lampes (Matth. xxv, 7). De même tous les hommes, les justes comme les pécheurs, ressusciteront au dernier jour afin de comparaître au jugement général ; puis repassant
4b8 LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIS!
et comptant en eux-mêmes leurs œuvres, ils se disposeront à en rendre compte pour en recevoir le juste salaire. C'est cet examen des œuvres que représente la préparation des lampes : elle est faite par les vierges folles comme par les vierges sages, mais avec une confiance bien différente ; car celle des premières est vaine tandis que celle des secondes est fondée. Trois choses en effet sont requises pour qu'une lampe soit convenablement préparée, savoir : la transparence du verre qui marque la pureté de notre propre conscience, puis l'abondance de l'huile qui signifie la miséricorde à l'égard du prochain, enfin l'éclat de la flamme qui désigne la foi et l'amour envers Dieu ; or ces trois choses nécessaires qui se trouvaient dans les vierges prudentes manquaient complètement aux folles. Aussi trompées dans leur vaine confiance, celles-ci dirent aux sages (Ibid. 8) : Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s'éteignent, files semblaient dire : Votre justice peut suffire pour vous glorifier et nous excuser en même temps; plaidez donc pour nous en témoignant que vous nous avez vu pratiquer de bonnes œuvres, puisque nous avons été chastes et fidèles. Ces œuvres qui nous paraissaient brillantes et que les hommes trouvaient éclatantes s'obscurcissent tout à coup en présence du souverain Juge, parce que l'huile de la véritable gloire et de l'intention pure leur fait défaut. En effet, selon saint Augustin (Serm. 22 de verbis Dornini), ceux dont les actions n'ont d'autre fondement que les louanges humaines perdent tout appui dès que cessent les vains applaudissements.
Les vierges sages répondirent : De peur que l'huile ne vienne, à manquer pour nous comme pour vous, allez donc plutôt à ceux qui en vendent et achetez-en ce qu'il vous faut (Matth. xxv, 9). Cette demande inutile des vierges
PARABOLE DES DIX VIERGES 4t>9
folles et ce refus motivé des sages montrent qu'au jour du jugement nul ne pourra recourir efficacement à un autre quelque juste qu'il soit, et que les plus saints eux-mêmes ne pourront subvenir à personne, mais que la justice de chacun sera suffisante à peine pour le sauver. Alors, dit saint Augustin (loc. cit.), chacun répoudra pour lui seul ; car au tribunal de Dieu, le témoignage d' autrui ne sera admis en faveur de personne, mais seulement le témoignage de la conscience en faveur de chacun et encore non gans difficulté. La réponse des vierges sages n'était point dictée par l'avarice mais par une prudente réserve, comme saint Jérôme le fait observer (in cap. xxv Matth.) ; car au jour du jugement, chacun recevra le salaire dû à ses œuvres personnelles, en sorte que les vertus des uns ne pourront faire oublier les vices des autres. D'après saint Augustin (loc. cit.), les vendeurs auxquelles vierges sages renvoient les vierges folles, ce sont les flatteurs ; car elles semblent dire avec ironie : Voyons maintenant de quel secours vous seront ceux qui avaient coutume de vous vendre des éloges; en vous portant à rechercher la gloire aux yeux des hommes et non devant Dieu, ils vous trompaient grossièrement ; car n'est-ce pas une folie manifeste d'avoir sacrifié des œuvres bonne s en elles-mêmes pour acquérir des louanges frivoles qui se sont évanouies comme de légères vapeurs ? Considérez donc à cette heure à quoi vous sert d'avoir vécu dans une continence pénible pour obtenir quelque faveur passagère.
Mais pendant qu'elles allaient acheter, c'est-cà-dire d'après saint Augustin, pendant que les vierges folles continuaient à rechercher leurs vaines satisfactions, l'Époux arriva, Jésus- Christ vint, commejugesuprême,pourdécernerlarécompense
aux bons. Alors celles qui étaient préparées parles œuvres t. v. 27
animées de la charité divine entrèrent avec lui aux noces ; c'est-à-dire les vierges sages auxquelles, selon saint Augustin, leurs propres consciences rendaient un bon témoignage devantDieu, furent aussitôt introduites au festin nuptial, tandis que les vierges folles en furent exclues pour être châtiées; et on ferma la porte (Malth. xxv, 10). Après le jugement en effet personne ne pourra plus parvenir au royaume céleste ; maintenant nous pouvons encore y arriver par trois portes. La porte de la miséricorde est continuellement ouverte à tous les pécheurs repentants, celle de la grâce à tous les hommes justifiés, et celle de la gloire à tous les justes persévérants, Cette triple porte sera fermée éternellement, quand les élus auront été admis, lorsque les réprouvés auront été bannis et que les œuvres seront consommées. Après le jugement, dit saint Augustin (loc. cit.), il n'y aura plus ni temps ni lieu pour prier ou mériter. Saint Chrysostôme dit aussi : « Ce jugement sera si redoutable que l'innocence n'osera compter sur elle-même. Tous les hommes seront tellement effrayés qu'il n'y aura personne qui espère être trouvé juste et qui n'appréhende plutôt d'être trouvé coupable. Gomment alors les Saints intercéderaient-ils pour les pécheurs, quand eux-mêmes ne seront pas assurés de leur propre salut ? D'ailleurs toute intercession deviendra inutile, lorsque le règne de la justice aura remplacé celui de la miséricorde ; et comme maintenant Dieu semble oublier sa justice pour n'écouter que sa miséricorde, alors tout au contraire il fera taire celle-ci pour exercer celle-là principalement. »
« Oh! s'écrie saint Grégoire (Hom. 12 in Evang.), oh 1 si notre cœur pouvait goûter tout ce qu'il y a d'admirable dans cette annonce : Voici l'Époux qui vient ! tout ce qu'il y a de suavité dans ces mots : Elles entrèrent avec lui aux
noces ; tout ce qu'il y a d'amertume dans ces paroles : El la porte fut fermée ! Cette porte du royaume céleste, qui est maintenant toujours ouverte aux pénitents sincères, sera fermée à jamais aux pécheurs désolés après le grand jour du jugement. N'est-il pas juste en efiet qu'ils ne puissent plus alors obtenir leur pardon, ceux qui ne veulent pas faire pénitence ici-Las pendant qu'il en est temps encore ? Aussi, après leur mort, Dieu refusera justement d'exaucer les prières de ceux qui, pendant leur vie, refusent obstinément d'accomplir ses volontés. » Ainsi s'exprime saint Grégoire.
Enfin, par une pénitence trop tardive et infructueuse, les autres vierges vinrent aussi : Seigneur, Seigneur, direntelles, ouvrez-nous (Matth. xxv, 1 1). En l'appelant Seigneur, elles montrent bien qu'elles croient en Jésus-Christ. Ce titre de Seigneur, dit saint Jérôme (in cap. xxv Matth.), renferme une excellente confession, et sa répétition indique une foi véritable. Mais à quoi sert de proclamer de bouche Celui que l'on ose renier par ses œuvres ? Une déclaration de vive voix ne suffit pas, il faut en outre le témoignage d'une conscience irréprochable au tribunal de Dieu. Faute de cette condition essentielle la foi des vierges folles ne- put leur être profitable, car le Seigneur leur répliqua : Je le dis en iéritë,je ne sais qui vous êtes (Matth. xxv, 12). En d'autres termes : Je ne vous reconnais point pour mes servantes ou mes amies; car je ne vois point en vous les qualités qui distinguent les Saints et les élus. Comme s'il disait : Je vous abandonne, parce que je ne trouve en vous aucun mérite, 11 les renonce et les repousse ; car, d'après la remarque de saint Augustin (Serm. 22 de verbis Domini), ils n'entreront point dans la joie du Seigneur, ceux qui ont paru de quelque manière conformer leur vie à sa loi sainte, non
pour lui plaire mais plutôt, pour plaire aux hommes. C'est ainsi, d'après le même saint Docteur, qu'au jour du jugement Jésus-Christ se dépouillera de sa patience miséricordieuse pour montrer toute la rigueur de sa justice inexorable.
Pour confirmer de plus en plus les instructions précédentes, Jésus-Christ termine la présente parabole par cette conclusion pratique (Matth. xxv, 13) : Veillez donc à ce que votre foi soit complétée par la charité, afin de vous préparer avec soin à la mort et au jugement, avant que l'Epoux céleste vienne vous y appeler subitement ; car vous ne savez ni le jour ni r heure de la mort et du jugement, l'un et l'autre sont pour vous également incertains. Parce que nous sommes dans cette ignorance, cette parabole a précisément pour but de nous exciter à nous assurer le témoignage d'une bonne conscience, de peur que le souverain Juge, ne nous trouvant point disposés, ne nous condamne à rester dehors ave$ les vierges folles ; car les actes de chacun seront alors examinés et jugés, selon qu'il sera lui-même accusé ou défendu par sa propre conscience. D'après saint Jérôme (in cap. xxv in Matth.), la conclusion que le Sauveur vient de tirer nous apprend que, si nous ne voulons pas être surpris parla venue inopinée de l'Epoux des âmes, nous devons tenir toujours préparée la lampe des bonnes œuvres ; car en attendant que le corps meure, il faut que l'esprit veille sans cesse. Selon la remarque de saint Augustin {Serai. 22 de verbis Domini), chacun de nous ignore le jour et l'heure non-seulement du jugement général mais encore de son dernier sommeil ; quiconque cependant se tient prêt pour la mort qu'il doit subir se trouvera prêt également, lorsqu'au milieu de la nuit retentira ce cri qui doit réveiller tous les hommes. « Rappelons donc à notre
mémoire, dit saint Chrysostôme (Hom. 52 Op. imp), le triste exemple de ces vierges folles qui furent exclues du festin nuptial, parce qu'elles manquèrent d'huile ; considérons l'amère douleur qu'elles ressentirent quand elles trouvèrent la porte fermée; et craignons que- notre coupable négligence ne nous attire un sort non moins déplorable. » — Veillons donc et, nous appliquant aux œuvres de lumière durant la veille de cette vie, ornons les lampes de nos bonnes œuvres, afin que, portant dans nos consciences l'huile de la joie, nous soyons prêts à entrer avec l'Époux de l'Eglise aux noces du royaume céleste. De même que les Juifs sur le point de quitter l'Egypte reçurent ordre de manger l'Agneau pascal en se tenant debout, les reins ceints et le bâton à la main comme des voyageurs prêts à partir; de même aussi, dit encore saint Chrysostôme (loc.'cit ),nous qui participons au festin eucharistique du divin Agneau, nous devons être tout prêts comme si chaque jour devait être celui de notre sortie de ce monde.
Cette parabole montre que nous devons avoir l'esprit sans cesse occupé des choses futures, fuir le péché pour éviter les châtiments éternels, pratiquer la justice pour mériter les récompenses promises, en un mot attendre avec toute la vigilance possible l'avènement du Seign eur dont nous ne connaissons ni le jour ni l'heure. Saint Grégoire dit à ce sujet (Hom. 12 in Evang.) : « Comme Dieu agrée le repentir qui suit la faute, si l'homme savait le moment où il doit sortir de ce monde, il pourrait donner un temps au plaisir et réserver l'autre à la pénitence ; mais Dieu, qui promet le pardon au cœur contrit, ne promet pas le lendemain à l'homme coupable. Nous devons par conséquent toujours craindre le dernier instant que nous ne pouvons jamais prévoir. Il faut que nous nous rappelions continuel-
lement la pensée de la mort ainsi que cet avertissement du Sauveur : Veillez donc, parce que vous ignorez le jour et l'heure. » — Ceux donc qui diffèrent leur conversion de jo ur en jour jusqu'à la dernière heure courent risque d'être cruellement trompés, mais ils ne peuvent l'être ceux qui persévèrent dans la pratique de la vertu; car puisque nous serons jugés d'après l'état où nous serons trouvés à la mort, les justes ne seront jugés que d'après le bon état où ils se maintiennent sans cesse. « A cet effet, selon Richard de Saint- Victor, l'âme parfaite qui considère assidûment les choses divines, doit désirer ardemment la fin de son pèlerinage sur la terre et la délivrance de sa prison de boue; elle doit soupirer continuellement après cet heureux moment, où, dans la céleste patrie, elle contemplera face à face, dans tout l'éclat de sa divine majesté, Celui qu'ici-bas elle ne voit que comme dans un miroir et en image (ICor. xili.).»
Prière.
Seigneur Jésus, tendre époux de nos âmes, faites qu'à l'imitation, des vierges prudentes, je produise de bonnes œuvres animées d'une intention droite; donnez-moi de persévérer dans le bien par la vigilance, afin qu'étant trouvé prêt je puisse être admis à vos noces avec allégresse. Miséricordieux Sauveur, ne me laissez pas finir mes jours avant de m'avoir pardonné mes péchés, afin qu'à l'heure de mon trépas je ne sois point frappé par les châtiments de la vengeance divine, et assailli par les puissances des ténèbres comme leur proie. Faites plutôt qu'au jour du jugement je paraisse aussi pur qu'après avoir été lavé dans la fontaine delà régénération. Ainsi soit-il.