‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 33 sur 36 · REINS CEINTS ET LAMPES ARDENTES. SERVITEURS RÉCOMPENSÉS OU PUNIS · texte numérisé non relu

REINS CEINTS ET LAMPES ARDENTES. SERVITEURS RÉCOMPENSÉS OU PUNIS

Luc xii, 35-38, 47-48.

Après nous avoir exhortés de diverses manières à une perpétuelle vigilance, notre divin Sauveur indique les moyens qu'il faut prendre pour s'y exercer et les dispositions qu'il kut avoir pour s'y maintenir. Ceignez vos reins, nous dit-il (Luc. xn, 35), et tenez des lampes allumées dans vos mains. Les reins de l'esprit sont l'intelligence et la voloDté, d'où naissent les pensées mauvaises et les désirs dépravés ; nous devons leur donner pour ceinture la méditation assidue de la loi divine, afin de réprimer surtout par l'étude des Saintes-Écritures l'égarement de nos vaines affections. Les reins du corps, d'où procèdent les concupiscences charnelles elles actions impures, doivent avoir pour ceinture l'observation de la chasteté, afin d'arrêter par la

rigueur de la mortification le flux des délectations sensuelles. Les lampes allumées qui doivent briller dans nos mains sont les maximes salutaires qui doivent être mises eu pratique ; car, à l'imitation de l'illustre Jean- Baptiste qui était une lampe ardente et luisante (Joan. v, 35), nous devons réchauffer et éclairer le prochaiu par nos discours édifiants et nos actions vertueuses, par la splendeur d'une sainte vie et la ferveur d'une divine charité. « Nous ceignons nos reins, dit saint Grégoire (Hom. 13 in Evang.), lorsque nous refrénons les dérèglements de la chair par la continence et nous portons dans nos mains des lampes ardentes, lorsque par nos bonnes œuvres nous montrons au prochain des exemples lumineux. » Saint Fulgence dit pareillement : « Le Seigneur, en nous prescrivant de ceindre nos reins, nous recommande de fuir les désirs et les actions coupables ; puis en nous avertissant de tenir nos lampes allumées, il nous ordonne d'aimer et de pratiquer les vertus excellentes. » D'abord ceignez donc vos reins, et puis allumez vos lampes : ou comme Dieu vous y engage par la bouche d'Isaïe (I, 16) : Cessez de faire le mal et apprenez à faire le bien, car, ainsi que l'enseigne saint Augustin, Dieu ne nous communique point ses biens sans nous délivrer de nos maux ; plus nos péchés diminuent, plus ses grâces augmentent, et elles deviennent parfaites dans l'âme, lorsque toutes les souillures en ont disparu. Le Sauveur ensuite nous exhorte à imiter les serviteurs prudents et fidèles qui ne cessent de veiller en attendant le retour de leur maître, afin que, quand il sera venu des noces et qu'il aura frappé à la porte, ils lui ouvrent aussitôt (Luc. xn, 36). Telles étaient les dispositions des anciens Pères quand ils soupiraient aj rès la venue du Messie; et tels doivent être nos sentimen ts, afin de nous préparer

àl'avénement de Jésus -Christ, soit pour l'heure de notre trépas, soit pour le jour de la résurrection générale. C'est ce que saint Grégoire explique en ces termes (Hom. 13 in Evang.) : « Le Seigneur est allé célébrer des noces, lorsqu'étant sorti du tombeau il est monté tout glorieux au ciel, afin d'unir à la multitude des esprits célestes la nature humaine renouvelée en sa personne. Il retourne vers nous quand il vient pour le jugement, et il frappe à notre porte quand par Jes incommodités des maladies il nous fait sentir l'approche de la mort. Nous lui ouvrons sans retard, si nous le recevons avec amour. Mais ils refusent d'ouvrir à leur -luge, ceux qui, tremblant de quitter leur corps, redoutent de paraître devant le tribunal de Celui qu'ils ont tant offensé. Ceux au contraire qui sont sans inquiétude pour leur conduite passée et pour leur destinée future s'empressent de répondre à l'appel du Juge dont ils désirent l'arrivée ; et en voyant approcher le temps de leur mort ils se réjouissent d'obtenir bientôt la gloire de la résurrection. » — Ces derniers, dont parle saint Grégoire, peuvent dire comme saint Paul (Philip, i, 23) : Je souhaite d'être dégagé du corps, afin d'être uni au Christ. Ils sont plus heureux que tous les heureux du siècle, plus rois que tous les rois de la terre, comme le déclare saint Anselme par les paroles suivantes : « Si la pureté de votre conscience, la fermeté de votre foi, la certitude de votre espérance éloignent de vous la crainte de la mort, j'ose affirmer que cette tranquille assurance l'emporte sur toutes les délices, toutes les richesses et tous les honneurs de ce monde. Il peut faire l'expérience de ce que je dis, celui qui, après avoir gémi quelque temps dans l'esclavage du péché, recouvre la liberté de son âme affranchie par la grâce divine. Ce sont là les prémices salutaires

de votre éternelle béatitude, si, à l'approche de la mort, votre foi surmonte, votre espérance tempère et votre conscience pure dissipe en vous l'horreur naturelle qu'elle inspire. » — Ajoutons que c'est là le privilège inestimable des seuls Chrétiens véritablement parfaits. Est-ce à dire pour cela que les Chrétiens imparfaits qui désirent vivre longtemps et appréhendent de mourir bientôt seront damnés ? Loin de nous une telle pensée, car beaucoup de fidèles, malgré l'imperfection de leur charité, seront néanmoins sauvés : ils construisent avec du bois, du foin, de la paille, selon le langage de l'Apôtre (I Cor. ni) ; et comme le feu doit consumer tout ce qui n'est pas solide dans leurs œuvres, ils tremblent de se séparer de leurs corps. Il est vrai qu'ils sont attachés aux biens temporels, cependant parce qu'ils leur préfèrent Dieu même, ils sont assurés de la vie éternelle. Ainsi, quoique ces fidèles imparfaits doivent être sauvés, Notre-Seigneur ne parle pas d'eux ici, mais seulement des Chrétiens parfaits qui regardent la vie présente comme un lourd fardeau et la mort comme un gain véritable.

Le Sauveur révèle ensuite la grandeur de la récompense réservée aux disciples vigilants, par cette promesse de béatitude (Luc. xn, 37) : Heureux dès maintenant par l'espérance et plus tard par la jouissance les serviteurs que le Seigneur, quand il viendra pour le jugement soit particulier soit général, trouvera veillant ainsi en état de grâce et non point endormis dans le sommeil du péché ! Il veille, dit saint Grégoire (Hom. 13 in Evang.), celui qui tient son esprit continuellement appliqué à considérer la vraie Lumière et qui, pour ne pas tomber dans l'aveuglement spirituel, se garde de toute négligence. Mais apprenons comment le Seigneur à son arrivée traitera ses bons et

loyaux serviteurs. D'abord il se ceindra lui-même, en se préparant à les récompenser ; puis pour les délasser de leurs fatigues, il les fera asseoir à sa propre table dans son royaume céleste ; et il s'empressera de les servir, en leur communiquant tous les biens et en comblant tous leurs désirs, parce qu'il se montrera clairement et se donnera entièrement à eux avec ses perfections infinies. Les amis du Sauveur, en effet, après avoir vu comme tous les autres la gloire de sa nature humaine au jugement, pourront seuls contempler au ciel la splendeur de sa nature divine ; alors il les nourrira du lait de son admirable Incarnation, les enivrera du vin de son incompréhensible divinité, les rassasiera de la manne mystérieuse des délices et des joies éternelles qu'ici-bas l'oreille ne peut entendre, ni l'œil découvrir, ni le cœur ressentir (I Cor. n). Ainsi, pour dédommager ses élus des travaux et des peines qu'ils auront supportés pour son amour, Dieu les établira dans son repos sans fin et les remplira d'une félicité sans bornes. Telle est la pensée de saint Denis (in Epist. ad Tit.).

Dans le sens moral, Dieu frappe à la porte du cœur humain quand il le sollicite à la profession d'une meilleure vie ; l'homme lui ouvre aussitôt, s'il consent à ses inspirations et s'il obéit à ses ordres ; pour rétribuer son serviteur fidèle, le Seigneur lui donne la grâce en ce monde et la gloire dans l'éternité. Jésus-Christ, en effet, qui se plaît à résider parmi les enfants des hommes, cherche les moyens de fixer en nous sa demeure ; aussi cesse-t-il de frapper à la porte de nos cœurs en diverses manières, afin que, s'il ne peut y entrer d'un côté, il puisse du moins y pénétrer de l'autre ; ainsi il frappe par les instructions de ses ministres et par les exemples des justes, par les bienfaits qu'il accorde et les châtiments qu'il inflige, par l'attrait des récompenses qu'il

promet et par la crainte des supplices dont il menace, par le souvenir de ce qu'il a souffert pour nous et de ce que les Saints ont souffert pour lui. Mais hélas ! il se trouve des hommes assez pervers qui nedaignent pas même lui répondre; d'autres lui répondent, mais ne lui ouvrent point, en sorte qu'ils le forcent de se retirer; quelques-uns lui ouvrent bien, mais ne le laissent pas reposer longtemps chez eux ; il en est encore qui l'admettent avec joie, mais quand d'autres hôtes surviennent ils le chassent comme un pauvre honteux, ou bien il s'éloigne parce qu'il ne trouve pas où reposer sa tête dans cette maison encombrée de meubles inutiles ; d'autres enfin accueillent avec empressement le Seigneur qui frappe à leur porte, ils rejettent tous les hôtes inconnus, lui préparent une demeure agréable où personne ne puisse le troubler, et méritent ainsi d'être comblés de ses faveurs. — Les premiers sont ces hommes endurcis que ni les exhortations ni les bienfaits ne peuvent attendrir et toucher. Les seconds sont ces hommes faibles qui s'avouent humblement pécheurs, mais qui ne sont pas encore résolus à quitter leurs habitudes mauvaises. Les troisièmes sont ceux qui se corrigent de certains vices, mais non pas de tous ; ils renoncent, par exemple, à l'usure ou au vol, mais ils refusent de restituer ce qu'ils possèdent injustement. Les quatrièmes sont ces Chrétiens chancelants qui se repentent et se convertissent momentanément, mais qui retombent bientôt dans les mêmes fautes ; les nouveaux hôtes qu'ils admettent, ce sont les plaisirs de la chair et du monde ; les meubles inutiles qu'ils entassent, ce sont les occupations superflues qui nuisent à la liberté du cœur et à l'action du Saint-Esprit. Les Chrétiens qui chassent ainsi Jésus-Christ sont plus coupables que ceux qui ne le reçoivent pas ; car c'est faire plus d'injure à un hôte de

l'expulser que de ne pas l'accueillir comme l'atteste l'adage :

Turpius ejicitur, quam non admitlitur hospes.

Les cinquièmes enfin sont ceux qui entreprennent de vivre saintement et qui, par un progrès continu, persévèrent jusqu'à la "fin ; aussi le Seigneur établit son séjour de prédilection dans leurs cœurs qu'il remplit de ses grâces.

Parmi les ténèbres de ce monde nous devons donc veiller sans cesse, soit pour repousser les attaques de nos ennemis, soit pour attendre l'arrivée de notre Seigneur et Juge ; car il gratifiera de la lumière éternelle tous ceux qu'il trouvera bien préparés quand il viendra les appeler à la première, ou à la seconde, ou à la troisième veille, c'est-à-dire à quelque âge que ce soit. Jésus-Christ désigne ici les divers âges de la vie par les différentes veilles ou heures de la nuit, pendant lesquelles se relevaient successivement les sentinelles. Dans l'obscurité du siècle tenons-nous ainsi continuellement sur nos gardes jusqu'à ce que nous voyions briller le grand jour de l'éternité. Mais si nous avons été négligents dans les premiers âges de notre vie, nous ne devons pas être découragés pour cela dans les suivants au point d'abandonner les sentiers de la vertu ; car le Seigneur nous donne à comprendre sa patience et sa longanimité, quand il ajoute (Luc. xn, 38) : Si le Maître vient à la seconde ou à la troisième veille, c'est-à-dire au second ou au troi sième âge pour nous appeler à la mort ou au jugement, heureux les serviteurs qu'il trouvera ainsi disposés par la vigilance et la persévérance dans le bien ! Ils sont heureux dès maintenant par l'espérance en attendant qu'ils le soient en réalité.

Saint Grégoire dit à ce même sujet (Hom. 13 in Evang. ) : « La première veille c'est l'enfance, la seconde, l'adolescence ou la jeunesse et la troisième, la vieillesse. Que celui donc qui n'a pas observé la première veille garde du moins la seconde, et que celui qui s'est endormi durant la seconde profite soigneusement de la troisième ; en d'autres termes, que celui qui a négligé de se convertir dans son enfance ne manque pas de se corriger dans sa jeunesse ou tout au plus tard dans sa vieillesse. Mais n'abusons pas maintenant de cette longanimité que Dieu fait paraître ici-bas envers les pécheurs; car au jour du jugement il se montrera d'autant plus sévère qu'il aura été plus patient jusqu'alors. » — ce Qu'il a peu de foi, s'écrie Alcuin, celui qui diffère de faire pénitence jusqu'au temps de la vieillesse ! car n'est-il pas à craindre que ses sentiments présomptueux à l'égard de la miséricorde divine ne le fassent tomber par d'imprudents retards entre les mains terribles de la justice suprême ? Mais hélas ! aujourd'hui la plupart des Chrétiens dissipent dans de vaines futilités les prémices d'une jeunesse florissante, et c'est à peine s'ils consacrent à l'affaire capitale du salut éternel les rebuts d'une vieillesse décrépite. » Sénèque dit en parlant de tels hommes : « Quand on verse le liquide contenu dans un vase, le plus limpide et le plus pur sort d'abord, ce qui est épais et trouble reste au fond ; de même les premiers jours de notre vie sont les plus beaux, et nous les sacrifions follement pour les autres, ne réservant pour nous-mêmes que la lie des vieux ans. »

Afin que nul ne puisse compter sur la dignité de son état ou suri'éolat de sa science pour s'excuser d'avoir été infidèle, Jésus-Christ ajoute (Luc. xn, 47) : Le serviteur, sans distinction aucune, qui, connaissant la volonté de son Maître, volonté bonne et obligatoire, n'essaie pas dy conformer ses

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actions, pour l'accomplir de la manière la plus parfaite dans toute sa conduite, sera rigoureusement châtie, parce qu'il a péché grièvement ; car il s'est rendu coupable de mépris en ne faisant pas ce qu'il savait être commandé. Celui, en effet, qui pèche avec pleine connaissance et de propos délibéré, méprise et offense davantage le Seigneur; il semble alors, les yeux ouverts, se précipiter de gaîté de cœur dans les enfers. C'est ainsi que la science aggrave la faute ; de là vient que saint Grégoire a dit (Hom. 13 in Evang.) : Plus on a reçu de lumières, plus on est digne de châtiment, si on viole la loi. Aussi, d'après saint Ghrysostôme (Hom. 27 in Matth.), c'est un moindre mal de ne pas admettre ou de ne pas croire la vérité, que de ne pas la suivre et de la rejeter après l'avoir admise. 11 ne faut donc pas juger la même faute aussi grave pour l'un que pour l'autre, car celui qui la commet est d'autant plus criminel qu'il est plus instruit ; le prêtre par exemple, lorsqu'il pèche comme les simples fidèles, est plus répréhensible qu'eux.

Mais le serviteur ignorant la volonté de son Maître, quoiqu'il eût pu la connaître s'il n'eût pas négligé de s'en informer, lorsqu'il fait des choses blâmables, sera châtié moins sévèrement qu'un autre qui commet sciemment les mêmes fautes ; car l'ignorance avec laquelle il agit atténue ses péchés, à moins toutefois qu'elle ne fût affectée, c'est-à-dire à moins qu'il ne refusât de s'instruire de son devoir pour se livrer plus librement au mal. Cette ignorance affectée d'une chose qui pourrait le détourner ou le retirer du vice provient assurément d'une forte passion qui aggrave les péchés bien loin de les atténuer.Dansle monde néanmoins, selon la remarque du Vénérable Bède (in cap. xn Luc), beaucoup interprètent faussement la maxime évangélique que nous venons d'expliquer ; car ils ferment les oreilles à la parole

de Dieu ou à la voix de la vérité, sous prétexte qu'ils subiront des peines moins grandes s'ils ignorent leurs propres obligations ; mais comme ils pourraient les connaître s'ils voulaient les apprendre, ils subiront au contraire des peines plus grandes, non pas simplement pour avoir ignoré mais plutôt pour avoir méprisé la volonté de leur Maître. Ce sont eux en effet qui disent à Dieu dans le livre de Job (xxr, 14) ' Retirez-vous de nous, nous ne voulons pas savoir quelles sont vos voies. Aussi d'après saint Chrysostôme (Hom. de Zachseo), l'ignorance de la vérité n'est pas une excuse de condamnation pour ceux qui auraient pu facilement la trouver, s'ils avaient voulu la chercher; car ce n'est pas elle qui doit nous chercher, mais plutôt nous qui devons la chercher, comme étant le principe du salut et delà vie pour ceux qui la connaissent. « Cependant, comme le dit saint Bernard (Epist. 77), beaucoup de choses que nous devrions connaître nous les ignorons, parce que nous sommes insouciants de savoir, ou paresseux pour étudier, ou honteux d'interroger ; mais une telle ignorance qui est volontaire n'est point excusable. Ils allèguent en vain leur infirmité ou leur ignorance, ceux qui, afin de pécher plus librement, consentent à rester dans cet état. * Peu donc trouveront une excuse dans leur ignorance ; car, comme le fait observer saint Léon, maintenant que la loi chrétienne est annoncée chaque jour dans l'univers, chacun peut aisément distinguer ce que la justice divine réclame de lui-même. Et d'ailleurs, ajoute le Vénérable Bède (in cap. xn Luc), dès lors qu'on est homme, on ne peut ignorer complètement et le mal qu'il faut fuir et le bien qu'il faut accomplir.

Parmi les différentes peines infligées aux hommes coupables, la Glose en distingue de quatre sortes : les plus douces sont réservées à ceux qui sont souillés simplement

de la tache originelle, les moins dures ensuite à ceux qui ont failli par ignorance, les troisièmes à ceux qui ont succombé par faiblesse mais avec connaissance de cause, enfin les plus rigoureuses à ceux qui ont péché par malice. Remarquons toutefois que, si les fautes commises avec pleine connaissance sont plus graves, celles qui proviennent d'ignorance sont néanmoins plus dangereuses.

Notre-Seigneur indique ensuite la raison de tout ce qu'il vient de dire (Luc. xn, 48) : On demandera beaucoup à celui auquel on aura donné beaucoup, et de celui auquel on aura confié plus de choses on exigera plus de profit, soit dans le cours de sa vie où il doit produire des fruits utiles à lui-même et au prochain, soit au jour du jugement où il faudra qu'il rende compte de tous les talents reçus. Plus en effet un homme a été favorisé de dons et de biens, plus aussi il devient coupable d'ingratitude et de mépris envers Dieu s'il l'offense, et plus il sera sévèrement châtié ; far, d'après la sentence de la Sagesse (vi, 7 et 9), les puissants seront puissamment tourmentés, et de grands supplices menacent les plus grands d'entre les hommes. C'est donc à juste titre que celui qui pèche avec connaissance du mal sera puni davantage, et que celui qui pèche dans l'ignorance le sera moins ; car ce dernier n'a pas eu autant de lumières que le premier. La même règle peut s'appliquer spécialement aux dons que les pasteurs ont reçus pour conduire les autres, et généralement aux secours que chacun a reçus pour se conduire lui-même, comme sont tous les avantages de la nature, de la fortune et de la grâce. Souvent, dit le Vénérable Bède (in cap. xi Luc), Dieu accorde beaucoup à de simples fidèles, soit pour leur faire connaître, soit pour leur faire accomplir ses volontés souveraines ; mais surtout il accorde beaucoup à ceux qu'il t. v 26.

charge de paître son troupeau chéri, en même temps qu'il les aide à opérer leur propre salut ; aussi, plus il leur octroie de grâces abondantes, plus il les frappera de terribles vengeances s'ils sont infidèles. « Plus quelqu'un est comblé de bienfaits, dit également saint Chrysostôme, plus il est digne de châtiment s'il se montre ingrat, et si cette préférence ne le rend pas meilleur ; c'est pourquoi les riches qui ne se servent pas de leur opulence pour exercer la vertu seront punis plus rigoureusement que les pauvres. » Non-seulement nous rendrons compte de tous les biens que nous avons reçus, mais encore de tous les biens que nous aurions pu recevoir si nous n'y avions mis obstacle; -et cette considération doit faire trembler les Chrétiens négligents et paresseux.

Prière.

Seigneur Jésus, qui nous avez ordonné de ceindre nos reins et de porter nos lampes ardentes, ceignez vousmême nos reins, afin que nous ne nous laissions point dominer par l'iniquité et entraîner au péché. Faites vousmême briller nos lampes, et entretenez leurs flammes toujours vives, en sorte que notre charité ne se refroidisse point, mais plutôt que toutes nos pensées, nos paroles et nos œuvres ne cessent de tendre à l'accomplissement de vos commandements. Faites que je veille avec soin dans l'attente de votre arrivée, afin que, vous recevant avec joie, j'obtienne de votre miséricordieuse bonté la grâce de participer à votre béatitude éternelle. Ainsi soit-il.

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