La grande vie de Jésus-Christ
Jésus venait de confondre les Scribes et les Pharisiens, en réfutant leurs erreurs et stigmatisant leurs blasphèmes. Néanmoins, quelques-uns d'entre eux, plus audacieux que les autres, cherchèrent à le tenter et à le surprendre par cette demande captieuse : Maître^ nous désirons que vous nous montriez un j:rodige, non pas en un lieu quelconque, mais dans /e cie/ (Matth. XII, 38; XVI, 1). Les insensés! ils estimaient peu les miracles de bonté que le Sauveur opérait ordinairement sur la terre, pjjrmi les objets inférieurs, tels qu'étaient les guérisons instantanées. Ils voulaient que le Seigneur manifestât les eftets de sa puissance dans une région plus élevée ou sur des objets supérieurs ; qu'à l'exemple de Moïse qui fit pleuvoir la manne, ou de Josué arrêtant le soleil, de Samuel faisant gronder le tonnerre, d'Élie attirant le feu d'en haut et d'Isaïe faisant rétrograder l'astre du jour, lui-
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même produisît quelques semblables merveilles, comme les anciens Prophètes. Cependant ils n'auraient pas manqué de les attribuera des influences occultes et étrangères ; car des hommes qui méconnaissaient les faits surnaturels, accomplis sous leurs yeux, placés sous leurs mains en quelque sorte et ordonnés pour leur avantage, comment recevraient-ils ceux qui seraient produits dans le ciel ? Ils les rejetteraient sans doute, en leur opposant les prodiges que les magiciens d'Egypte firent paraître dans l'air.
« Après avoir été témoins de nombreux miracles, dit saint Ghrysostôme (Hom. 44 in Matth.), les Juifs en réclamaient quelque autre, comme s'ils n'en avaient vu aucun. Véritablement, ils n'en avaient considéré aucun avec une affection spirituelle, parce qu'ils les avaient tous regardés d'un œil charnel. » Remarquons que ces détracteurs envieux attaquaient de deux manières différentes les miracles de Jésus-Christ, soit en les attribuant à une vertu diabolique, soit en les supposant d'une faible valeur. Ainsi donc, comme s'ils n'avaient point été spectateurs de ses prodiges, ou comme si ceux dont ils avaient été témoins n'étaient point extraordinaires mais insignifiants, ils cherchent à éprouver la puissance du Sauveur et lui demandent un prodige céleste, non par un sentiment de dévotion pour établir leur croyance, mais plutôt par un motif de curiosité pour critiquer ce nouveau signe plus facilement que les premiers. Dans ce but, ils donnent hypocritement à Jésus le titre de Maître, afin de gagner par des flatteries Celui qu'ils avaient outragé par leurs blasphèmes. « Naguère ils l'accablaient d'insultes, dit saint Chrysostôme (loc. cit.), maintenant ils lui témoignent du respect; ils le traitaient de démoniaque, et présentement ils le qualifient de Maître ; mais s'ils varient leur langage, ils ne changent point leur inten-
tioii qui reste toujours également mauvaise à son égard ; aussi reçoivent-ils de sa part les plas terribles réprimandes. »
Une demande aussi mal inspirée ne pouvait être exaucée. C'est pourquoi le Seigneur ré^jondit (Matth. xii, 39) : Cette race perverse dans sa conduite, et adultère dans sa foi ^ demande un signe dans le ciel ; mais c'est pour me calomnier, comme si les autres signes qu'elle a vus n'étaient pas véritables. Jésus-Christ traite justement les Juifs de race adultère, parce qu'autrefois ils avaient abandonné le culte du vrai Dieu pour prostituer leur encens à de viles idoles, et que, s'ils n'adoraient plus alors les faux dieux, ils rejetaient cependant le Messie, véritable époux des âmes. Remarquons ici que quand les Juifs insultent le Sauveur, en l'accusant de chasser les démons par la puissance du prince des démons, il les réfute avec douceur par des raisons péremptoires ; mais quand ils veulent le flatter, en le qualifiant de Maître, il les reprend avec dureté. Selon saint Chrysostôme (loc. cit.), « il montre par là que, si les injures ne pouvaient l'irriter, les louanges ne pouvaient non plus le séduire et qu'à son exemple nous devons chérir les opprobres et fuir les éloges ; car louer en face un homme sage, c'est comme le frapper au visage. » Bien diflérents sont aujourd'hui la plupart des hauts personnages ; ils repoussent avec indignation les serviteurs fidèles qui leur donnent de bons avis, tandis qu'ils comblent défaveurs les perfides adulateurs qui les entourent de mauvais conseils. Ils devraient bien méditer cette maxime de l'Ecclésiaste (vu. G) : Mieu.r vaut être repris par un homme sage que d'être séduit par les flatteries des insensés.
Jésus-Christ ajoute : // ne leur sera point donné un signe tel qu'ils le demandent pour appuyer leur calonniie, mais
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seidemeni celui que représente le prophète Jonas pour confondre leur orgueil. Ou en d'autres termes : Génération corrompue, tu demandes un signe céleste de ma puissance et de ma gloire, mais il ne te sera accordé qu'un signe terrestre de ma Passion ou de mon infirmité humaine que le prophète Jonas a figurée en paroles et en actes. Car Jonas fut pour les NinivUes un signe de deux manières, savoir : par sa prédication, en leur annonçajit de vive voix qu'ils périraient tous s'ils ne se convertissaient ; et par son histoire, en restant trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine. Les trois circonstances de ce fait merveilleux qui nous montre le Prophète d'abord englouti, puis retenu et enfin vomi par un monstre marin, figuraient successivement la mort, la sépulture et la résurrection du Messie. C'est pourquoi la consommation des mj stères représentés par le fait de Jonas a été donnée aux Juifs comme le signe du Christ ; non pas assurément que le Christ n'en ait pas donné d'autres avant que ces mystères fussent accomplis ; mais parce que leur réalisation devait être le principal et le dernier signe, celui auquel tous les autres se rapportaient comme à leur terme, à leur fin. Aussi, ce signe par excellence avait il été annoncé aux Juifs, comme devant être une cause de salut ou de damnation selon qu'ils croiraient ou ne croiraient pas en Jésus-Christ ; de même Jonas avait été pour les Ninivites un signe, tel qu'ils devaient être sauvés ou perdus selon qu'ils seraient dociles ou rebelles à ses exhortations.
Jésus-Christ a bien accordé à ses disciples un prodige dans le ciel, en leur découvrant la gloire de son éternelle béatitude, d'abord en image lorsqu'il se transfigura sur le mont Thabor, puis en vérité lorsqu'il s'éleva par-dessus les astres au jour de son Ascension. Mais les Juifs, dont les
sentiments étaient terrestres et bas, ne devaient obtenir qu'un signe tiré des lieux inférieurs et les plus infimes. Aussi, le Sauveur ne leur a point donné un prodige dans le ciel ou dans l'air, comme ils le lui demandaient, parce que leur curiosité et leur malice les rendaient indignes de contempler le signe de son exaltation et de sa divinité ; mais il leur a fait voir dans les abîmes de la mer et dans les profondeurs de l'Océan un signe de sa Passion et de sa sépulture, en leur montrant dévoré par un énorme poisson et arraché à un trépas affreux le Prophète qui le figurait luimême. C'est pourquoi il leur dit (Matth. xii, 40) : De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. Ce qu'il faut entendre par synecdoche en comptant une partie du vendredi, toute la journée du samedi et une partie du dimanche pour trois jours et trois nuits.
Les Juifs qui demandent à Jésus un prodige dans l'air, représentent ces hommes curieux et superbes qui cherchent à scruter les merveilles du ciel et à sonder les secrets de Dieu ; tout en discourant des choses surnaturelles et mystiques, en prétendant à des révélations ou visions, ils négligent de suivre la voie des préceptes et des conseils évangéliques qui conduit à la gloire éternelle. Mais alors repoussés par la Majesté suprême, ils tombent parfois en de grossières erreurs, ou dans de graves péchés. C'est à ces esprits présomptueux et déréglés que Jésus-Christ s'adresse quand il dit : Race perverse et adultère! Elle veut pénétrer ce que la raison ne peut atteindre, et laisse de côté ce qui regarde la morale et la foi ; il ne lui sera donné d'autre signe que celui de Jonas ; car de même que ce Prophète fut englouti par un monstre marin, ainsi ce peuple enlacé dans
les filets du démon sera précipité dans les abîmes de l'enfer. Prévovant l'obstination et l'endurcissement des Juifs coupables, le Seigneur prouve par deux exemples célèbres combien leur réprobation sera juste et leur châtiment sévère, au jour suprême des vengeances éternelles. Los habitants de Ninive, originaires de l'Assyrie, s^» lèveront, c'est-àdire ressusciteront comme tous les autres hommes, pour comparaître au jugement dernier avec cette génération des Juifs, et ils la condamneront; c'est-à-dire ils montreront qu'elle doit être rigoureusement condamnée pour plusieurs raisons, si on la compare avec eux sous divers rapports (Matth. XII, 41). En effet, bien que plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie et dans les superstitions du paganisme, les Niniviles s'empressèrent de faire pénitence, après avoir entendu pj'êcher pendant trois jours un Prophète étranger qui n'opérait aucun miracle ; mais les Juifs, quoique composant la nation choisie et privilégiée, ne cessèrent de multiplier leurs blasphèmes contre le Seigneur des Prophètes, le Dieu fait homme, leur concitoyen, dont pendant trois ans ils avaient pu recueillir les salutaires exhortations et contempler les éclatants prodiges. « Les Ninivites, dit saint Chrysostôme (loc. cit.), écoutèrent Jonas, tandis que les Juifs rejetèrent Jésus-Christ. Les premiers, qui ignoraient la Loi et les Prophètes, reconnurent cependant leurs péchés et se convertirent au Seigneur ; les seconds au contraire, qui étaient instruits de la Loi et des Prophètes, continuèrent leurs infidélités et de plus en plus s'éloignèrent de Dieu. Aussi, ceux qui jusqu'alors avaient été les esclaves de Satan devinrent, en moins de trois jours, les enfants du Très- Haut; et les autres, après avoir crucifié le Messie, cessèrent d'être le peuple de Dieu et devinrent la race du démon en moins de trois jours. »
Passant au second exemple, le Sauveur ajoute (Matth. xii, 42) : La reine du Midi, celle de Saba, province d'Arabie, au sud de Jérusalem, se lèvera également et ressuscitera pour comparaître au jugement dernier avec cette génération rebelle; elle la condaimura, c'est-à-dire montrera par sa propre conduite, qu'elle doit être condamnée; car elle vint des extrémités de la terre ou de contrées lointaines, pour admirer la sagesse de Salomon qui pourtant n'était qu'une pâle figure du Messie. Cette illustre princesse rendra plus inexcusables et plus criminelles la malice et l'incrédulité de la nation déicide qui a possédé dans son sein plus que Salomon, savoir le Christ présent en personne. Celui-ci vraiment Dieu connaissait toutes les choses possibles et édifia un temple indestructible pour tout l'univers, tandis que celuilà simplement homme ne connaissait que les choses terrestres, et ne construisit qu'un temple périssable pour un seul peuple. « La reine de Saba, dit saint Ghrysoslôme (loc. cit.), n'était qu'une femme de la Gentilité, et cependant ni la faiblesse de son sexe , ni la longueur du voyage ne l'arrêtent ; le désir de consulter un sage monarque lui donne le courage et la force. Les Pharisiens, au contraire, et les docteurs de la Loi qui faisaient profession d'aimer la sagesse divine, méprisent cette même Sagesse incarnée parmi eux et s'olfrant à leurs regards sous une forme sensible. Une souveraine étrangère accourt vers un prince mortel et lui apporte de magnifiques présents; le peuple juif, au contraire, s'éloigne du divin Maître et rejette les récompenses éternelles qu'il promet à ses fidèles serviteurs dans le royaume des cieux. Saint Chrysostôme ajoute encore : L» reine de Sabavintdepays éloignés pourentendre Salomon, et les Chrétiens de nos jours ne veulent point quitter le? places publiques pour visiter Jésus-Christ, ou
bien désertant les églises, ils laissent le Seigneur captif au fond de son sanctuaire dans un triste isolement. »
Les deux exemples précédents, dans lesquels la foi des Gentils l'emporte sur celle des Juifs, ne sont pas dépourvus de sens mystique. Par là, tout en proclamant la condamnation de la Synagogue, Jésus-Christ exprime le mystère de son Église, formée des difTérents peuples du monde entier. En effet, deux sortes de personnes sont les membres vivants de cette société spirituelle, savoir : les pécheurs convertis, représentés ici par les habitants de Ninivé qui font pénitence pour expier leurs crimes; et les justes exempts de péchés mortels, figurés par la reine de Saba qui cherche la sagesse pour éviter le mal; aussi l'Écriture sainte ne lui reproche aucune faute et on nedoute point qu'elle n'ait été prédestinée. Pour appartenir actuellement à 1 ame de l'Église, il faut donc, ou n'avoir point commis de péché grave, ou n'en point commettre de nouveau ; dans ce but, il faut se purifier de ses souillures par la pénitence et se préserver des chutes par la sagesse. Telles sont les pensées qu'expose saint Ambroise (Lib. vu, in cap. 7 Luc). — Convertis par le prophète Jonas dont le nom veut dire colombe^ les Ninivites, dont le nom signifie germes de beauté, peuvent aussi représenter les jeunes gens qui, à la fleur de l'âge, se laissent aisément entraîner au torrent des vices, mais qui reviennent facilement dans le sentier des vertus, quand un homme animé de l'Esprit-Saint les rappelle à leurs devoirs. Ce retour édifiant rend inexcusables les vieillards obstinés dans le mal et les hommes refroidis par la négligence, qui seront condamnés comme les Juifs au tribunal suprême de Dieu. D'un autre côté, la reine du Midi peut encore figurer l'âme raisonnable qui est vraiment reine , si elle gouverne bien ses puissances inft^'rieures suivant le dictamen
de la loi naturelle, et qui devient même reine du Midi, si elle règle toute sa conduite par la ferveur de la charité divine ; car le Midi, comme foyer de la chaleur, est le symbole de l'ardent amour. Cette reine spirituelle, conduite par la dévotion, vient vers le vrai Salomon qui est Jésus-Christ, et lui offre pour présents l'or de la sagesse, les perles des vertus et les suaves parfums de la bonne réputation, en les faisant servir à la gloire de Dieu.
Comme les Juifs ne voulaient pas imiter les Ninivites, en faisant pénitence à sa parole, ni la reine de Saba, en apprenant la sagesse de sa bouche même , Jésus-Christ leur reproche, par un nouvel exemple, leur funeste ingratitude. Il les compare à un homme possédé du démon ciui, après en avoir été délivré, retombe bientôt par sa négligence sous la domination de son premier maître. En effet, lorsque les Juifs vivaient en Egypte selon le rite du pays, ils étaient esclaves de Satan ; mais ils furent affranchis de cette tyrannie, quand ils immolèrent l'agneau pascal en figure du Christ rédempteur, et quand ils reçurent la loi mosaïque pour le service du vrai Dieu. Rejeté par les Juifs, alors le démon s'empara plus complètement des Gentils qui vivaient sans prescriptions légales et sans oracles prophétiques; aussi il les retint assujétis longtemps à l'idolâtrie. Mais, après Tavénement du Messie, tandis que la plupart des Juifs s'obslinaient dans leur aveugle incrédulité, beaucoup de Gentils se convertirent généreusement à la religion chrétienne. Repoussé par les Gentils, le démon retourna chez les Juifs; et, comme nous le voyons maintenant, le dernier état de ce peuple déicide est devenu pire que le premier où il se trouvait avant d'avoir reçu la loi mosaïque.
Dans la comparaison que le Sauveur emploie, le démon est appelé csiirit immonde, parce qu'il aime et produit les
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actions déshonnêtes, suggère et entretient les pensées impures, habite et règne clans les âmes souillées (Matth. xu, 43). D'après saint Ambroise (in cap. xi Luc), l'homme dont il sort représente, comme nous l'avons dit, le peuple juif qui l'a expulsé en passant de la loi de nature à la loi de Moïse. Les lieux secs et arides où va l'esprit immonde figurent les Gentils d'abord infidèles , dont les cœurs n'étaient point arrosés par l'abondance de la grâce divine ni fécondés par la vertu de l'Esprit-Saint. Aussi, après avoir propagé les superstitions de l'idolâtrie et les vices de la corruption parmi eux, le démon chercha à s'y reposer, c'est-àdire à y fixer sa demeure et sa domination en y perpétuant les erreurs et les crimes. Mais il n'y trouva 'point ce qu'il désirait, parce que les Gentils secouèrent son joug intolérable pour embrasser la foi de l'Évangile, à l'époque de la prédicaEion apostolique. // dit alors en lui-même : Je retournerai dans ma maison d'où je stiis sorti, c'est-à-dire je reviendrai vers la nation juive que j'ai quittée. Et revenant, il trouva cette demeure vide, nettoyée et parce (MalÛi. xn, 44). La Synagogue, en effet, dépourvue de foi et de vertu, avait cessé d'accomplir les prescriptions légales et de pratiquer les bonnes œuvres , en sorte qu'elle n'avait plus Jésus-Christ pour hôte. Elle paraissait cependant exempte de mœurs corrompues , parce qu'elle avait une certaine décence extérieure; car les Juifs semblaient purs au dehors, quoiqu'ils restassent souillés au dedans. La Synagogue était même religieuse et régulière extérieurement , parce que l'hypocrisie et l'ostentation lui faisaient garder les apparences do la Loi et observer les traditions des Pharisiens.
Pour -maintenir les Juifs en sa possession, Satan alla prendre comme renfort sept aiilrcs esprils, figurés par les sept nations qui combattaient les enfants d'Israël (Matth. xii,
45). Comme le nombre sept désigne souvent toute une multitude, ces sept esprits mauvais représentent tous les démons et les vices qui concourent à tenter les hommes. Ils peuvent être chassés par les sept dons de l'Esprit-Saint ; ils sont néanmoins signalés comme plus méchants que Satan luimême, soit à cause de leurs troupes considérables ou de leurs assauts réunis, soit à cause des funestes effets qu'ils produisent, en rendant pires qu'auparavant ceux vers qui ils reviennent. Étant donc entrés dans celte demeure, ils y établirent leur séjour, de façon que tous les vices y arrivèrent au comble; car les démons n'ont pas l'intention d'y venir en passant ou pour quelque temps, mais d'y rester constamment jusqu'à la fin. Aussi, les derniers moments de cet homme, image du peuple juif, devinrent pires que les premiers. En effet, les Israélites qui, avant la promulgation de la Loi, étaient enchaînés déjà par leurs vices sous l'esclavage de Satan, le furent encore davantage en s'obstinant dans le mal après l'avr'nement du Christ, parce que l'ingratitude aggrava leur culpabilité. Ainsi, ceux qui blasphèment aujourd'hui le Christ dans leurs synagogues sont plus criminels qu'ils ne l'auraient été, s'ils avaient vécu jadis en Egypte comme les idolâtres ; car c'est une infidélité plus grande de ne pas recevoir le Christ présent que de ne pas croire le.. Christ futur. — Pour mieux faire comprendre à ses adversaires que cette parabole devait s'appliquer à eux spécialement, le Seigneur ajouta (Matth. xir, 451 : Ainsi en sera-t-il de cette race perverse. En d'autres termes, ce qui vient d'être dit d'un seul homme doit s'entendre de toute la nation juive par similitude; car, si elle fut coupable dans le désert, quand elle adora le veau d'or, murmura contre le Seigneur, et déprécia la Terre promise ; elle fut encore plus coupable, lorsque, introduite dans la Palestine, elle sacrifia
ses enfants à d'infâmes idoles ; enfin sa malice devint extrême, quand elle fit mourir sur la croix, comme un insigne malfaiteur, le Fils de Dieu qui était venu sur la terre pour la sauver.
Cette parabole peut également s'appliquer à tout Chrétien qui retombe dans le péché, après en avoir obtenu la rémission par le baptême ou la pénitence. D'abord, le démon sort de l'homme qui renonce à ses pompes et à ses œuvres dans le sacrement de la régénération, ou qui dans celui, de la réconciliation se purifie par la contrition et la confession, en se proposant da ne plus commettre de nouvelles fautes. Chassé de cette âme qu'il possédait, Satan erre dans des lieux secs et arides, c'est-à-dire essaie de pénétrer dans les cœurs des justes où les germes de la concupiscence sont stériles et semblent morts , mais il n'y trouve point à se reposer, parce que, malgré ses suggestions voluptueuses, il ne réussit point à séduire les fidèles affermis par la grâce divine. Alors il tente de retourner dans sa première demeure; car l'âme du pécheur est le repaire de Satan, comme celle du juste est le temple vivant du Très-Haut. // la trouve vide de bonnes œuvres par la négligence, nettoyée de ses anciennes souillures et parée de vertus spécieuses qui au fond ne sont point solides. Aussitôt il va prendre sept autres esprits plus méchants que lui, c'est-à-dire il ramène toutes les habitudes dépravées plus nuisibles que lui-même à cette âme ; car il ne fait que suggérer le mal, tandis qu'elles inclinent avec une certaine violence à le commettre. Ainsi introduits, tous les vices restent dans cette âme 'languissante et dépouillée qui devient le repaire d'autant de démons ; car on croit que chaque démon préside à un vice particulier. Alors le dernier état de cet homme est pire que le premier,
parce que les crimes commis après le baptême ou la pénitence sont plus graves qu'auparavant ; car l'ingratitude rend plus coupable celui qui foule aux pieds les dons et les grâces qu'il a reçus de la bonté divine. Mieux vaudrait, dit saint Pierre (II Ep. ii, 21), n'avoir point connu la voie de la justice que de retourner en arrière, après l'avoir connue. En d'autres termes, c'est un moindre mal d'enfreindre la Loi par ignorance que de la violer avec connaissance; car dans ce dernier cas, le mépris qu'on fait de la grâce, en la chassant de son propre cœur par une mauvaise conduite, mérite un châtiment plus rigoureux. Comme il est plus difiacile de procurer la guérison d'une blessure renouvelée, il est aussi plus malaisé d'obtenir le pardon des fautes réitérées.
« Ce que Jésus-Christ dit ici aux Juifs, nous devons nous l'appliquer à nous-mêmes, selon la remarque de saint Chrysostôme (Hom.44 in Matth.) .En effet, si, aprèsavoir étééclairés
de la grâce divine, et justifiés des fautes précédentes, nous retombons encore, nous subirons des peines beaucoup plus sévères pour les fautes nouvelles. C'est pourquoi Notre-Seigneur dit au paralytique auquel il venait de rendre le mouvement : Vous voilà guéri maintenant, ne péchez plus désormais, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire (Joan. V, 14). Méditons sérieusement ces graves paroles, mettonsnous courageusement à l'œuvre, entrons parla porte étroite et marchons par le rude sentier de la pénitence. Jusques h quand nous livrerons-nous à la mollesse et à la volupté ? Ne sommes-nous pas fatigués de notre paresse, de notre insouciance et de nos délais continuels ? Nous né jouirons pas toujours également de ces plaisirs, de ces richesses, de ces honneurs, de tous ces biens périssables. Et que trouveronsnous à la fin, sinon de la cendre, de la poussière, le tombeau
et des vers ? Réformons par conséquent notre conduite, travaillons sur la terre à gagner le ciel, et remplissons nos jours d'œuvres vertueuses, afin de partager avec les Saints les récompenses éternelles. » Ainsi parle saint Chrysostôme.
Prière.
Seigneur Jésus, ô bon Maître, faites éclater en ma faveur quelque signe de votre grâce ; touché de compassion pomma misère, arrachez-moi par votre miséricorde à la gueule du monstre infernal, de cet horrible dragon qui m'a retenu comme pendant trois jours et trois nuits dans ses flancs ténébreux, en me faisant tomber de trois manières, par pensée, par action et par habitude, dans les péchés de l'esprit et de la chair. Accordez-moi aussi de pleurer mes chutes passées et d'éviter les rechutes nouvelles. Desséchez dans mes membres les humeurs de la concupiscence, afin que l'ennemi du salut ne trouve en moi aucun lieu de repos ; nettoyez mon âme des souillures des vices par l'humilité de la confession ; et ornez mon cœur des vertus solides, de peur que le démon, le surprenant vide de bonnes affections, ne le fasse retomber en des fautes pires que les précédentes. Ainsi 80it-il.