‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 14 sur 68 · JÉSUS · texte numérisé non relu

JÉSUS

Joan. X, 22-42.

Or, pendant rhiver, eut lieu à Jérusalem la fête de la Dédicace, ou du rétablissement du temple, comme on avait coutume delà célébrer chaque année pendant i^lusieurs jours consécutifs (Joan x, 22). Il faut savoir qu'il y avait eu successivement trois Dédicaces différentes du temple. La première, faite le 10 septembre par Salomon, fut solennisée tous les ans cà pareil jour jusqu'au moment où les Babyloniens renversèrent le temple. La seconde fut accomplie, au temps d'Esdras, par Zorobabel et Néhémias, après qu'ils eurent rebâti le temple, à leur retour de la captivité ; cette fête qui tombait le 12 mars fut célébrée annuellement jusqu'à ce que Antiochus Epiphane vint souiller la Maison du Seigneur, en y plaçant la statue de Jupiter. A cause de cette profanation, il y eut une troisième Dédicace pour purifier le sanctuaire sous Judas Machabée ; chaque année on en renouvelait la mémoire, le 15 décembre, à l'époque de Notre-Seigneur, —

Ce jour-là donc, Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon, au lieu où ce grand monarque avait jadis coutume de prier (Ibid. 23). Par le nom de temple, ici on n'entend pas seulement le sanctuaire réservé exclusivement aux prêtres, mais encore toutes les dépendances du lieu saint, comme étaient les galeries environnantes et les parvis extérieurs où le peuple se tenait.

Les Juifs, voulant circonvenir le Sauvem-pour le perdre, s'assemblèrent autour de lui, en lui disant (Ibid. 24) : Jusques à quand tlendrez-vous notre esprit en suspens ? Vonvquoi nous laissez-vous si longtemps dans le doute, lorsque nous sommes disposés à nous prononcer en votre faveur ? Si vous êtes le Christ, l'Oint du Seigneur, le Messie promis dans la Loi, dites-le nous nettement, afin que nous sachions si nous devons vous suivre comme notre Chef. Ces questions étaient insidieuses ; car si Jésus s'était dit le Christ, c'était comme s'il se faisait roi, et se posait rival de César ; dans ce cas, il devait avoir affaire aux Romains dont les ministres n'auraient pas manqué de le saisir pour le traîner à la mort. Loin de chercher ainsi la vérité, dit la Glose, les Juifs tramaient une calomnie ; et comme ils l'interrogeaient d'une manière perfide, Jésus leur répondit avec une prudente réserve (Joan-. x, 25) : Je vous parle comme étant le Verbe de Dieu pour vous annoncer la vérité, et vous ne me croyez pas. Cependarit les œuvres que je fais au nom de mon Père,en les accomplissant par sa vertu et en les rapportant à sa gloire, rendent témoignage de moi, et prouvent évidemment que mon autorité est divine, car elles ne peuvent provenir que d'une puissance infinie. Comme s'il disait : Puisque vous demandez si je suis le Christ, je réponds en montrant par mes œuvres ce que je ne puis vous déclarer utilement par mes paroles. Et si vous ne croyez pas à mes œuvres, com-

ment croirez-voiis à mes paroles ? Ainsi il ne dit pas expressément, comme ils le désiraient, qu'il était le Christ ; mais il leur dit quelque chose d'équivalent et même de plus fort, de manière à confirmer la foi de ses disciples, sans donner prise à la calomnie de ses ennemis. En effet, de cette réponse, il résulte que Jésus est le Verbe du Père céleste, le Fils même de Dieu, et non pas un simple mortel, comme les Juifs le pensaient ; car ils supposaient que le Christ promis et attendu devait être un pur homme dont la domination serait universelle. Outre les œuvres merveilleuses qu'il opérait, nous trouvons d'autres preuves que Jésus-Christ était tout ensemble vrai Dieu et vrai homme. Selon saint Jean (I Ep. V, 7, 8) : Trois rendent témoignage dans le ciel : le Père^ le Verbe et le Saint-Esprit ; trois également rendent témoignage sur la terre : l'esprit, l'eau et le sang. En eifet, que Jésus-Christ soit du ciel, c'est-à-dire vraiment Dieu, le Père éternel l'assure par cette déclaration solennelle qu'il a fait entendre : Vous êtes mon Fils bien-aimê; le Saint-Esprit le montre en descendant sur lui sous forme de colombe, au jour de son baptême ; le Fils lui-même l'assure en ces termes : Mon Père et moi nous sommes une même chose (Joan. x, 30). De plus, que Jésus-Christ soit de la terre et vraiment homme, c'est ce que prouvent l'esprit ou l'âme qu'il rendit sur la croix, l'eau qui sortit de son côté et le sang qui coula de ses plaies.

Vous cependant^ ajoute le Sauveur répondant aux Juifs (Joan, X, 26), vous ne croyez pas parce que vous n'êtes pas de mes brebis, c'est-à-dire parce que vous n'êtes pas humbles et innocents, mais superbes et méchants, et pour cela même justement aveuglés. Mes brebis, au contraire, qui sont simples et dociles, écoutent ma voiœ, reçoivent ma doctrine qu'elles croient de cœur et qu'elles mettent en

pratique ; aussi je les connais non-seulement de vue, mais encore d'alTection ; et elles me suivent en ce monde où elles imitent mes vertus, et dans l'autre où elles partagent ma gloire (Ibid. 27). C est pourquoi je leur donne la vie éternelle, en les nourrissant sur la terre de mon Corps et do mon Sang, et les rassasiant au ciel des douceurs et des délices de ma présence. Ainsi elles ne périront jamais, parce qu'elles ne subiront pas la mort éternelle ; car nulne peut lesravirdemamain,ou les arracher àma puissance, en les entraînant au péché et en les précipitant dans l'enfer (Ibid.- 28). Tel est l'effet infaiUible de la prédestination garantie par Dieu seul, comme Jésus-Christ le prouve, lorsqu'il ajoute (Ibid. 29) : Ce que mon Père m'a donné est au-dessm de tout, c'est-à-dire la divinité que je tiens de lui surpasse infiniment toutes choses. Comme s'il disait d'après saint Augustin (Tract. 48 in Joan.) : Il m'a donné d'être son Verbe, son Fils unique et la splendeur de sa lumière. Si donc personne n'a le pouvoir d'enlever quoi que ce soit des mains de mon Pèr* tout-puissant, qui sera assez fort pour retirer des miennes les brebis qui y sont rassemblées et que je conserve? Car mon Père et moi nous sommes une même chose, c'est-à-dire nous avons la même vertu et la même puissance comme aussi la même nature divine et la même essence (Ibid. 30). Ces dernières paroles : Ego et Pater unum sumus expriment en même temps la distinction personnelle et l'unité substantielle du Père et du Fils. Elles renversent donc tout à la fois deux erreurs contraires qui attaquent le dogme de la très-sainte Trinité, savoir : celle de Sabellius d'après laquelle le Père et le Fils ne seraient point des personnes distinctes, et celle d'Arius selon laquelle le Père et le Fils n'auraient pas une même substance.

On reconnaît les brebis de Dieu à quatre signes que nous allons successivement indiquer. On les distingue d'abord à leurs bonnes œuvres, comme on distingue également à ce premier signe leur divin Pasteur qui a dit de lui-même : Les œuvres que je fais rendent témoignage de moi. Il faut cependant remarquer trois sortes d'oeuvres ; les unes ne produisent pas la sainteté, mais la supposent ordinairement, ce sont les miracles que de mauvais Chrétiens opèrent quelquefois en vertu de la foi. D'autres œuvres rendent l'homme saint sans le montrer tel ; ainsi, l'humilité, la simplicité et certaines autres vertus qui justifient aux yeux du Seigneur, font souvent paraître méprisables ceux qui les pratiquent. Enfm il est des œuvres qui font le saint et le manifestent ; de ce nombre sont les actes éclatants de miséricorde que produit la charité. — Le second signe pour reconnaître les brebis du Christ, c'est qu'elles entendent sa voix, comme lui-même l'a déclaré en propres termes. Or il leur parle de quatre manières : par ses exhortations extérieures ou par ses inspirations intérieures, comme aussi en leur prodiguant des bienfaits ou en châtiant leur corps. Mais, hélas ! un trop grand nombre font la sourde oreille ; aussi le Seigneur s'en plaint amèrement dans le livre des Proverbes (i, 24-27} : Je vous ai appelés, et vous n'avez pas voulu m' écouter ; j'ai étendu ma main et personne n'a daigné me regarder ; vous avez méprisé tous mes conseils et vous avez négligé mes réprimandes. Eh bien! à mon tour je me rirai de vous, et j'insulterai à votre malheur au moment redoutable de votre mort. — La troisième marque qui caractérise les brebis du Christ est celle que ce divin Pasteur a signalée en disant : Moi-même je les connais. Il les connaît aux traits de sa ressemblance qu'il a imprimés en elles, aux armes des vertus dont il les a pourvues, aux

signes des bonnes œuvres dont il les a ornées, aux sentiments de charité mutuelle dont il les a remplies.— Le quatrième indice des brebis du Christ est celui qu'il a désigné lui-même en ajoutant : Et elles me suivent. Tandis que les méchants le fuient, les bons le suivent en l'imitant par leurs saintes actions. Mais il en est qui le suivent seulement en apparence, tels que les hypocrites ; d'autres le suivent lentement et de loin, comme les lâches et les négligents ; quelques-uns, malheureusement trop peu nombreux, marchent après lui généreusement, avec fidélité ; ce sont ceux qu'anime l'amour divin.

Lorsque le Sauveur eut prononcé ces paroles : Mon Père et moi nous sommes une même chose, les Juifs endurcis par l'envie prirent des pierres pour le lapider comme un blasphémateur • car leurs cœurs de pierre où la vérité ne pouvait pénétrer les portèrent à s'armer de pierres, afin de la repousser par la violence (Joan. x, 31). Jésus, les reprenant avec douceur, leur répondit (Ibid. 32) : J'di fait devant vous beaucoup d'ecccel lentes œuvres par la vertu dé mon Père, et pour votre utilité, soit en prêchant la vérité^ soit en guérissant les malades ou opérant d'autres miracles ; pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider, lorsque vous devriez m'en remercier ? Observons ici les différentes manières dont agissent les hommes : les uns ïendent le mal pour le mal, ce qui est défendu, parce que Dieu s'est réservé le droit de vengeance (Rom. xii, 19) ; d'autres reconnaissent le bien par le bien, c'est là un devoir naturel qui peut n'être pas méritoire, car les Puhlicains ou pécheurs en font autant (Matth. v, 46) ; il en est aussi qui répondent au mal par le bien, c'est un indice de la charité parfaite que JésUS-Christ a pratiquée et qu'il a Recommandée à ses disciples ; il en est enfin qui opposent le mal au bien, c'est une iniquité doni

les Juifs furent coupables à l'égard de Jésus-Christ qui la leur reproche ici.

Ils lui répondirent : Nous ne vous lapidons pas pour aucune bonne œuvre, mais à cause de votre blasphème, parce qu'étant homme, vous vous faites Dieu (Joan. x, 33). En affirmant que lui et son Père ne sont qu'un, Jésus affirmait par là même sa divinité ; mais ce n'est pas lui-même qui s'est fait Dieu, c'est son Père céleste qui l'a fait Dieu, en l'engendrant de toute éternité de sa propre substance. Cependant, dans le but de calmer leur fureur, Jésus leur répondit qu'il n'était point blasphémateur en se disant Dieu, ou le propre Fils de Dieu ; ce qu'il prouve d'abord par le témoignage infaillible de l'Écriture sainte (Ibid. 34-36). Si elle appelle dieux, à cause de quelque participation aux attributs divins, les Prophètes et les saints personnages , à plus forte raison peut-il être appelé Dieu, dans le sens propre, Celui que le Père a sanctifié, en lui communiquant de toute éternité la nature divine, et en remplissant de grâce sa nature humaine, Celui enfin qu'il ■ a envoyé dans le monde pour notre sanctification et notre salut, ainsi que l'avaient annoncé les voyants d'Israël ? Puisque les fils adoptifs du Très-Haut reçoivent le nom de dieux, pourquoi son propre Fils ne pourrait-il pas prendre ce titre ? Selon saint Augustin, on peut être qualifié Dieu de trois manières : par le fait ou par nature comme il appartient au Créateur tout-puissant ; par grâce ou participation, comme ceux dont le Psalmiste a dit : Vous êtes des- Dieux ; par erreur enfin et de nom seulement, ainsi qu'il est arrivé aux idoles ou démons. — Jésus-Christ prouve encore qu'il est Dieu d'après le témoignage même de la raison, parce qu'il faisait les œuvres de son Père céleste (Joan. x, 37, 38). Car, selon le prince des philosophes, Aristote, chaque

être se reconnaît à ses œuvres propres, parce que son opération est toujours conforme à sa nature. Or Jésus-Christ faisait les œuvres jjropres de la Divinité, il opérait des miracles supérieurs à tout pouvoir créé, et par sa vertu personnelle, par son commandement exprès ; d'où il faut conclure qu'il possédait la puissance et la nature divines, de façon qu'il ne blasphémait point en se disant Dieu, ou Fils de Dieu. C'est pourquoi il ajoute (Ibid. 38) : Si vous n'acquiescez pas à mes paroles^ ayez foi du moins à mes œuvres^ afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est en moi et moi en lui. La circumincession du Père et du Fils implique en eux unité de nature et d'opération, de sorte qu'ils ne peuvent ni être, ni agir l'un sans l'autre. Celui qui aime le plus et qui croit le plus est aussi celui qui connaît le mieux et davantage ces mystères divins.

Voyez ici la prodigieuse folie des Juifs ! Ils voulaient savoir si Jésus était le Christ ; puis, après qu'il le leur eut démontré par ses paroles et ses œuvres, ils voulurent le lapider. Malgré toutes les preuves, ils s'obstinèrent dans leur incrédulité, et devenus plus furieux, ils cherchèrent à s'emparer de Jésus, non pas sans doute pour s'attacher à lui, et le suivre, mais pour se débarrasser de sa personne et le perdre (Ibid. 39). Quant à vous, cherchez à le retenir pour le posséder et le garder toujours... Jésus donc s'échappa de leurs mains, en passant au milieu d'eux par un effet de sa vertu divine, comme il lavait fait ailleurs, afin de nous montrer que personne ne peut le saisir sans son consentement, et afin de nous apprendre à éviter la cruauté des méchants, lorsque nous pouvons le faire sans trahir la foi. Ainsi, les Juifs ne réussirent point à le prendre, parce qu'ils n'essayaient point de le saisir avec les mains de la foi. Le Sauveur, quittant la Judée à cause de leur incrédulité, re-

passa le Jourdain et retourna dans le lieu où Jean avait baptisé d'abord (Ibid. 40). Il y demeura quelque temps avec ses disciples, afin que les peuples accourant à lui fussent confirmés dans la foi; car ce même endroit devait leur rappeler beaucoup de choses merveilleuses qui s'y étaient passées, et de paroles mémorables qui y avaient été prononcées, et surtout les témoignages illustres que lui avaient rendus Jean son Précurseur et Dieu son Père. Considérez le Seigneur qui, avec ses disciples, s'éloigne tristement de la Judée, et compatissez de tout votre cœur à leur vive affliction. Dès que la nouvelle de son arrivée fut répandue, beaucoup vinrent le trouver, attirés moins par la curiosité que par la dévotion, car ils crurent en lui sincèrement (Ibid. 41,42.). Aussi, ils parvinrent à retenir par leur attachement Celui que les Juifs incrédules n'avaient pu arrêter par leur violence. Selon l'explication mystique de saint Théophile, le Seigneur, en se retirant de Jérusalem et se transportant près du Jourdain, semble par là s'éloigner de la Synagogue des Juifs et se rapprocher de l'Église des Gentils qui doit venir à lui par les fonts du baptême, comme à travers les flots du Jourdain.

Ceux qui lapident le Sauveur ne sont pas seulement les mauvais Juifs qui, exclusivement attachés à la circoncision de la chair et à la lettre de la Loi, blasphèment et nient le Christ ; ce sont encore tous les pécheurs, qui. Chrétiens de nom seulement, confessent le Christ en paroles, mais le désavouent par leurs actes (Tit. i, 16). « Ce que firent les Juifs persécuteurs, dit saint Ambroise, les Chrétiens vicieux le renouvellent chaque jour ; ils lapident et tuent le Christ, En effet, qu'est-ce que le Christ, sinon la vérité, la paix et la justice ? Or, ceux qui abandonnent la vérité pour l'erreur, ceux qui préfèrent la discorde à la paix, ou qui sacrifient la

justice pour leur intérêt temporel, ne semblent pas faire moins qu'accabler de pierres, clouer sur la croix et mettre à mort le Christ lui-même, parce qu'ils éteignent en eux les dons de sa grâce. »

Les pécheurs lapident le Sauveur de différentes maîiières : d'abord dans leur cœur, en lui opposant des pensées et des volontés mauvaises qui sont comme autant de pierres lancées contre sa personne adorable ; telle est l'explication de saint Ambroise et du Vénérable Bède (in cap. x Joan.). Mais, dites-vous, comment une simxjle pensée peutelle être un mal si grave, lors même qu'elle ne produit point d'acte extérieur? Et ne savez-vous pas que tout péché tire sa malice du consentement intérieur, de façon que l'acte extérieur en accroît seulement l'effet? D'ailleurs, vous êtes le temple du Dieu vivant, ainsi que saint Paul le disait des premiers fidèles (II Cor. vi, 16) ; car Jésus-Christ a choisi pour domicile sur la terre le cœur de l'homme ; par conséquent, de même qu'il y est attiré pal' des pensées ou des volontés pieuses, il en est aussi chassé par les mauvaises. Or, n'est-ce pas un crime détestable de i-epousser de sa propre maison Celui qui en est le véritable maître ? D'après le même Apôtre, en effet, quel accord peut exister entre le temple de Dieu et les idoles ? Et que sont les pensées mauvaises par lesquelles on se forme des représentations contraires à l'honneur de Dieu, sinon autant d'idoles que l'on encense et que l'on vénère ? En face de ces fausses divinités Jésus ne saurait habiter dans son temple spirituel. C'est pourquoi, quand saint Pierre nous dit (I Ep. m, 13): Sanctifiez le Seigneur Jésus dans vos cœurs, il nous exhorte h lui préparer et conserver en nous-mêmes une sainte demeure, en n'y admettant rien qui ne lui soit agréable.

En «pcond lieu, on lapide Jésus-Christ par la langue, en

proférant des paroles blasphématoires ou injurieuses; ce qui peut arriver de plusieurs façons. Ainsi 1° on blasphème, lorsqu'on refuse de reconnaître en Dieu ce qui lui convient essentiellement; si, par exemple, on nie sa toutepuissance, sa sagesse ou sa providence. A ce genre de blasphème se rapportent certains discours que tiennent quelquefois des hommes frappés . par le malheur, comme ceux qui disent: Dieu ne s'occupe pas de gouverner le monde. D'après saint Augustin (in Psal. 31) et saint Bernard (in Cant.), il en est qui voudraient que le Seigneur ne connût point leurs péchés, qu'il ne pût ou qu'il ne voulût point les punir ; mais ceux qui désirent ainsi qu'il ne soit point tout-puissant, ni juste, ni sage, désirent par là môme qu'il n'existe point, ils le lapident et détruisent autant qu'il est en eux. N'est-ce pas là, conclut saint Bernard, une étrange cruauté, une malice détestable ? — 2° On blasphème aussi, quand on impute à Dieu ce qui ne lui convient point, en disant, par exemple, qu'il est l'auteur du péché. Il y a des impies qui, pour excuser leurs désordres, rapportent à la fatalité tous les maux qu'ils commettent eux-mêmes ; il y en a d'autres qui jurent par Dieu, en usant de paroles malsonnantes et même exécrables; d'autres qui, ne prospérant point comme ils le souhaiteraient, maudissent le Seigneur ou les Saints. — 3° On blasphème encore, lorsqu'on attribue à quelque créature ou à soi-même ce qui n'appartient qu'au Créateur. Tels sont ceux qui s'arrogent les honneurs divins, comme fit Simon le Magicien, ou ceux qui les décernent à de vains simulacres, comme font les idolâtres. Parmi ceux qui font injure à Dieu, il faut ranger pareillement les ambitieux ou les orgueilleux qui s'approprient la gloire de leurs avantages, les hommes colères ou violents qui tirent vengeance de leurs ennemis, les

esprits téméraires et présomptueux qui jugent des intentions secrètes de leurs semblables ; toutes ces différentes sortes de personnes usurpent de quelque manière les droits propres au souverain Maître qui s'est réservé la gloire, le jugement et la vengeance. — Enfin, on blasjjhème le Seigneur dans les Saints ou dans les supérieurs ; car les insuites, comme les louanges qui sont adressées aux Saints, se rapportent à Jésus-Christ même avec lequel ils régnent et qui règne en eux ; pareillement, outrager ou honorer ses supérieurs, c'est outrager ou honorer Dieu même dont ils tiennent la place à l'égard de leurs subordonnés.

En troisième lieu, les pécheurs lapident le Sauveur de leurs propres mains pour ainsi dire, lorsque, par leurs actes injustes, ils blessent et afQigent les fidèles qui sont ses membres, comme faisant partie de rÉglise son corps mystique. De même que les Juifs incrédules lapidèrent Jésus- Christ en la personne de son disciple saint Etienne, beaucoup de mauvais Chrétiens le lapident spirituellement en la personne de ses serviteurs qu'ils maltraitent et accablent. Mais souvent la tristesse des opprimés se change pour eux en allégresse : ainsi les durs cailloux du torrent qui brisèrent le corps sacré du premier martyr lui semblèrent doux, tant son âme goûtait de joie ; car ils furent aussitôt transformés en pierres précieuses qui ornèrent d'une brillante couronne sa tête glorieuse. — On pourrait même di]'e d'une manière générale qu'on lapide Jésus-Christ par tout péché mortel que l'on commet. De là vient que saint Ambroise s'écriait avec douleur : Oh ! qu'il y en a peu, parmi la multitude des Chrétiens eux-mêmes, qui ne soient les persécuteurs, les bourreaux et les meurtriers de leur divin Rédempteur ! Voici comment : Jésus-Christ, qui a daigné mourir sur la croix afin d'expier nos péchés, ne cesse d'in-

tercéder pour nous au ciel auprès de son Père ; aussi s'affliget-ilde nos fautes; de même qu'il se réjouit de notre conversion. Toutes les fois que nous péchons, nous l'oflensons, nous le blessons, nous le lapidons en quelque sorte. Ce n'est pas que son corps, maintenant glorifié et impassible, jjuisse être atteint par nos coups ; ce n'est pas non plus que son âme, éternellement bienheureuse et tranquille, puisse être troublée par nos passions. La lapidation dont il s'agit ici doit s'entendre dans un sens figuré comme le crucifiement dont parlait saint Paul, en disant de certains baptisés relaps (Heb. VI, 6) : Ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu en eux-mêmes ; ou comme l'explique la Glose, ils contribuent à sa mort autant qu'il est en leur pouvoir, par leur ressemblance avec ceux qui l'ont attaché à la croix. Saint Bernard exprime la même pensée, lorsqu'il met dans la bouche de Jésus-Christ les reproches suivants adressés au pécheur : a N'est-ce pas pour ton salut que j'ai été couvert de plaies? n'est-ce pas à cause de tes iniquités que j'ai souffert tant d'afQictions ? Pourquoi viens-tu surajouter de nouvelles douleurs aux précédentes ? Ton péché cause à mon âme des douleurs plus cruelles que les tourments n'en causaient autrefois à mon corps. » Malheur donc, devons-nous conclure, malheur à tous ceux qui lapident ainsi le Seigneur Jésus, parce qu'il se soustrait à leur connaissance et s'éloigne de leur cœur, tandis qu'il se manifeste à ses amis et qu'il habite en eux comme dans son temple !

Prière.

Seigneur Jésus, faites que je célèbre spirituellement la fête de la dédicace dans le temple de mon âme par un renouvellement continuel de moi-même , en disposant mon

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