‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 16 sur 68 · FAUSSES TIIADITIONS DES PHARISIENS · texte numérisé non relu

FAUSSES TIIADITIONS DES PHARISIENS

Matth. XV, 1-20. Marc, vu, 1-23.

Les Scribes qui croyaient posséder la perfection de la science, et les Pharisiens qui feignaient de réaliser la perfection de la vertu , n'ayant rien trouvé à reprendre en Jésus dans le temple, le suivirent de Jérusalem en Galilée (Matth, XV, 1). Ici se trahit leur extrême malice. Eux, les anciens du peuple et les docteurs de la Loi, ne craignaient pas de quitter la cité sainte et même le lieu saint pour venir épier et surprendre le Seigneur dans ses paroles ou dans ses actions. Cette fois ils attaquèrent les disciples dans le but de rendre le Maiire odieux. « Pourquoi, lui dirent-ils

(Ibid. 2), vos disciples violent-ils les traditions des anciens! car ils ne se lavent point les mains avant de manger. Le Vénérable Bède dit à ce propos (in cap. vu Marc.) : « Les Scribes et les Pharisiens entendaient dans un sens matériel les expressions par lesquelles les Prophètes avaient recommandé la pureté spirituelle des afFections et des œuvres, en disant : Lavez-vous, soyez sans tache (Is. i, 16). Et encore : Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur (Ibid. LU, 11). Rapportant ces paroles seulement au corps, les Scribes et les Pharisiens ne manquaient point de purifier leurs mains avant les repas, tandis qu'ils négligeaient de purifier leurs cœurs de toutes ses souillures par l'aumône, par les larmes de la componction et par les autres fruits d'une justice salutaire. » De pareils hommes, excessivement occupés de la propreté extérieure et peu soucieux de la pureté intérieure, sont le type des fourbes et des hypocrites qui reprochent à leur prochain les moindres omissions , tandis qu'ils se permettent les plus graves fautes ; ils voient une paille dans l'œil d'autrui, et ils ne remarquent pas une poutre qui est dans le leur (Luc. vi). Ces mêmes personnages figurent ceux qui montrent plus de zèle pour les traditions humaines que pour les préceptes divins, pour le , Code que pour l'Évangile, pour les coutumes du monde que pour les lois de l'Église.

Si les disciples du Sauveur mangeaient sans se laver les mains, c'est que la chose ne leur semblait pas importante pour la conduite de la vie. D'après saint Chrysostôme (Hom. 52, in Matth.), ils agissaient ainsi parce qu'ils oubliaient les observances superflues pour ne penser qu'aux nécessaires ; et ils ne regardaient pas comme obligatoire une ablution qu'ils pratiquaient ou omettaient, selon l'occurrence. Faut-il s'étonner qu'ils ne gardassent pas toujours

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une cùrémonio accessoire, eux qui ne prenaient pas nKjme toujours la nourriture nécessaire ? Se mettre à table sans s'être lavé les mains n'était pas contre la Loi ; mais ce qui lui était contraire, c'est qu'une semblable ablution remplaçât l'aljiution intérieure commandée par Isaïe. « Gars comme le dit saint Bernard (de Prœcepto et Dispens.), on ne peut rien offrir au Seigneur qui lui soit agréable, si on néglige de lui rendre ce (jui lui est dû. » C'est ce qui fit dire au Sauveur répondant aux Pharisiens (Matth. XV, 3) : Pourquoi vous-mrmcs transgressez-vous le précepte divin à cause de voire tradition? En d'autres termes, selon la Glose : Si vous violez les commandements de Dieu en leur préférant les usages des hommes, pourquoi blàmezvous mes disciples qui ne s'inquiètent point des usages des hommes et qui s'attachent uniquement aux commandements de Dieu? Jésus-Ghrist ne rejette point la propreté corporelle, mais il ne veut pas qu'on la regarde comme suffisante, en négligeant la pureté intérieure.

Pour montrer que les traditions des Pharisiens n'étaient pas toujours conformes aux préceptes du Seigneur, Jésus ajouta (Ibid. 4) : Dieu a dit : Honorez votre père et votre mcre^ c'est-à-dire aidez-les dans leurs besoins et témoignezleur du respect ; que celui qui insulte son père ou sa mère de quelque manière, par des paroles, des signes et surtout par des actes, soit puni de mort. Afin do [lourvoir h l'infirmilé ou à la pénurie des parents, le Seigneur avait cliargé Moïse de promulguer ce précepte, on portant anathèmo contre ceux qui ne l'observaient pas. Mais les Pharisiens, pour favoriser leur sordide avarice, renversaient cette loi sacrée par une fausse docti'ine qui, sons une apparence de piété, accréditait une coutume impie. Ils disaient et enseignaient qu'il valait mieux consacrer à Dieu ses biens que d'en assis-

ter ses parents ; parce que Dieu est notre Pore avant tout autre, au point de vue naturel et même spirituel, et parce f[ue, si les parents éprouvaient quelque détriment temporel à cause de cette offrande, ils en étaient amplement dédommagés par l'avantage spirituel qui leur en revenait. De cette manière, les enfants pouvaient refuser les secours nécessaires aux parents qui les leur demandaient; et, sous prétexte de religion, l'offrande de ceux-là contribuait à l'indigence de ceux-ci, tandis qu'elle tournait au bénéfice des ])rêtres. Les Pharisiens aijprenaient ainsi aux enfants ce qu'ils devaient répondre aux parents qu'ils délaissaient dans la pauvreté. Voilà pourquoi le Sauveur leur adresse ce reproche (Matth. XV, 5) : Mais vous, qui, par cupidité, interprétez mal le précepte divin, vous soutenez que tout homme Vaccomplit en disant à son père et à sa mère. -Tout ce que je sacrifie de mon bien vous servira ; en d'autres termes : 0 mon père et ma mère qui avez besoin de mon assistance, vous demandez que je vous fasse quelque présent ; eh bien ! tout don que j'offrirai à Dieu par un sentiment de dévotion profitera à votre âme plus que si je l'offrais à vous-mêmes, parce qu'alors il ne profiterait qu'à votre corps. Trompé par vos explications, Venfant après cela n'honore pas davantage son père et sa mère, de façon qu'il leur refuse ensuite tout autre secours qu'il leur doit. Ainsi vous avez rendu mutile le commandement divin par votre tradition qui a votre avarice pour principe (Matth. xv, 6).

Sous l'apparence de i^ieuses paroles et de religieuses pratiques, les Pharisiens cachaient des intentions perverses et des mœurs corrompues. Aussi Notre-Seigneur les démasqua, en leur reprochant cette affectation de sainteté, par cette terrible déclaration (Matth. xv, 7) : Hypocrites^ Isaïe ajustement prophétisé de vous, quand il a dit (xxix, 13) : Ce

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peuple m'honore des lèvres, mais il Die repousse de son cœur; ils me rendent un vain culte ^ parce qu^ils n'enseignent que des maximes et des ordonnances humaines. De même qu'mie médecine qui ne ï)rocure pas la santé est inutile ou nuisible, de même aussi une dévotion feinte qui ne conduit pas au salut. Après avoir flétri la superstition et confondu l'orgueil des Scribes et des Pharisiens qui avaient censuré les disciples à part, le Sauveur se tourna vers la foule, humble et simple, pour la détromper des fausses opinions qu'on lui avait suggérées (Ibid. 10). Écoutez extérieurement ma parole, et comprenez-en intérieurement le sens, dit-il ; ce n'est pas ce qui entre dans la bouche, mais ce qui en sort qui souille Vhomme (Ibid. v, 11). En d'autres termes, ce qui rend l'homme impur devant Dieu, ce n'est pas la nourriture qu'il prend sans se laver les mains ; mais c'est la parole qu'il prononce sans purifier ses sentiments. Ou bien, l'impureté spirituelle de l'homme vient des mauvaises pensées qu'il exprime et non pas des aliments corporels qu'il absorbe, à moins que ce ne soit avec une délectation coupable et malgré une défense expresse.

Alors ses disciples s' approchant de lui, lui dirent àQ.n?, toute leur simplicité (Ibid. 12) : Savez-vous que les Pharisiens se sont scandalisés d'entendre celte maxime, par laquelle vous semblez rejeter la distinction des viandes et la tradition des anciens. Ils ne lui dirent pas : Vous avez scandalisé les Pharisiens, mais les Pharisiens se sont scandalisés ; car il n'y avait pas un scandale actif et donné que le Sauveur lui-même eût causé par une action ou une parole déréglée ; mais il y avait un scandale simplement passif et reçAi que des auditeurs mal disposés avaient pris à l'occasion d'uue sentence trcs-judicicuse et très-morale, car leurs yeux malades n'avaient pu supporter la

lumière. Or, il ne faut pas cesser d'agir, de juger et d'enseigner selon la vérité , dans le but d'éviter un tel scandale à des personnes vicieuses. Si un scandale s'élève à propos de la vérité, dit saint Grégoire (Hom. 7 in Ezech.), mieux vaut le permettre que d'abandonner la vérité. Voilà pourquoi le Seigneur répondit à ses disciples (Matth. xv, 13) : Toute -plante que mon Père céleste n'a point plantée sera déracinée ; c'est-à-dire toute tradition ou doctrine humaine qui est contraire à la loi divine et favorable à l'inclination charnelle sera retranchée avec tous ceux qui ont voulu l'établir. Laissez-les courir à leur perte, sans vous mettre en peine de leur scandale, et gardez-vous de leur doctrine. Ce sont des aveugles qui conduisent des aveugles. Comme ils ne comprennent, ni n'observent la Loi qu'ils prétendent faire comprendre et observer aux autres, ils ne peuvent que les entraîner avec eux dans les abîmes de l'erreur et de la damnation ; car si un aveugle conduit un autre aveugle, tous deux tombent dans la fosse (Ibid. 14). Quand le pasteur marche à travers les écueils des vices, dit saint Grégoire (Pastoral. 2 par.), le troupeau qui le suit ne peut manquer de rouler avec lui dans les précipices. Ce serait une chose vraiment ridicule, si elle n'était encore j)lus dangereuse, ajoute saint Bernard, d'avoir un aveugle pour éclaireur, un boiteux pour courrier, un ignorant pour docteur, un homme négligent pour prélat, un muet pour messager. Mais, hélas ! comme il y a des boiteux qui veulent devancer les autres, il y a aussi des fous qui veulent les diriger.

Sur la demande de Pierre, le Seigneur daigna expliquer à ses disciples la parabole qu'il venait d'énoncer (Matth. xv, 15-19) : Tout ce qui entre dans la bouche descend dans l'estomac et prend son cours naturel au dehors. Mais ce qui

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sort de la bouche vient du cœur, foyer de corruption et d'impureté, d'où ce qui souille lliomme s'échapjje, comme la fumée se dégage du feu, comme l'infection s'exhale d'un cloaque. En effet du cœur^ qui est comme le siège ou le centre de l'âme et du libre-arbitre, procèc^enf les mauvaises pensées^ principes et racines de toute malice ; car dans l'acte intérieur de la volonté perverse qui les produit, réside principalement la faute ou tache formelle du péché, dont les mauvaises paroles et les mauvaises actions ne sont que les signes ou les effets extérieurs. De cette môme source empoisonnée proviennent les homicides^ les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages et les blasphèmes. On doit ajouter, d'après saint Marc (vu, 22), l'avarice ou l'attachement excessif à quelque bien temporel, la méchanceté ou l'affection opiniâtre à un mal qu'on ne peut accomplir, Vimpudicité ou l'amour effréné des plaisirs charnels, la fourberie ou l'application perfide à tromper le prochain, l'œil mauvais de la haine ou de l'adulation qui ne regarde pas avec bienveillance ou avec simplicité ce qui appartient au prochain, l'orgiieil qui se traduit de toutes manières, la folie ou cet égarement de l'esprit, qui est contraire à la sagesse , à la connaissance des choses divines. Tous ces maux qui font transgresser les préceptes divins viennent du dedans, de la volonté pervertie, et souillent l'homme spirituellement, en rendant son âme immonde aux yeux du Seigneur (Marc, vu, 23)-, telles étaient les paroles malveillantes que les Scribes et les Pharisiens avaient proférées contre Jésus-Christ et ses disciples. Mais transgresser les traditions superstitieuses, comme de manger sans se laver les mains, cela ne souille point l'homme spirituellement (Matlh. XV, 20). Quand donc l'Écriture prescrit de se purifier ou de se laver, cela doit s'entend l'e plutôt do Vfnw que

du corps. Cependant, comme le fait observer saint Ghrysostôme, nous voyons beaucoup de Chrétiens qui ne manquent point de se laver les mains et le visage pour entrer à l'église, mais qui négligent entièrement de purifier leur conscience. Puisque tout ce qui est mauvais moralement vient du cœur, il s'ensuit que le démon, quoiqu'il puisse nous en suggérer l'idée, ne peut en inspirer le consentement qui seul constitue le péché formel. La maxime du Sauveur, dit ici saint Jérôme (in cap. xv Matth.), convainc d'erreur ceux d'après lesquels les mauvaises pensées seraient produites par l'Esprit malin et non par la volonté humaine. Il est vrai que Satan peut les exciter, mais il ne peut les former en nous ; il n'en est pas l'auteur, mais l'instigateur. Si par les pièges qu'il ne cesse de nous tendre, il essaie d'attiserla plus légère étincelle de passion déréglée, nous ne devons pas en conclure qu'il pénètre les secrets de nos cœurs ; mais sinix^lement qu'il juge de nos inclinations intérieures d'après nos dispositions extérieures ou d'après certains signes sensibles. Si, par exemple, il remarque que nous regardons souvent un objet séduisant, il conjecture que nous éprouvons un vif attrait. « Il est bien certain, dit saint Augustin (deEcclesiast. dogmat. cap. 81), que le diable ne découvre point en ellesmêmes les affections intimes de notre âme, mais nous savons aussi qu'il les distingue par expérience d'après les mouvements naturels de notre corps. Les mystérieuses profondeurs de notre substance spirituelle ne peuvent être sondées que par Celui dont Salomon a dit (III Reg. viii, 39), Vous seul connaissez les cœurs des enfants des hommes. » Aussi, afin de connaître une âme où il veut entrer, le démon a coutume de lui présenter quelque mauvaise pensée ; si celle-ci est admise et entretenue, il prend, aussitôt possession de la place et il y établit son habitation. Selon le même

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