DU DIVOKGE ET DE LA CONTINENCE. ~ ENFANTS PRÉSENTÉS A JÈSDS
Mattli, XIX, 1-16. — Marc, x, 1-17. — Luc. xviii, 15-18.
Après avoir donné en Galilée les instructions que nous venons de rapporter touchant la miséricorde, le Seigneur Jésus vint sur les frontières de la Judée au delà du Jourdain (Matth. XIX, 1). Remarquons que tout le pays habité par les douze tribus d'Israël portait d'une manière générale le nom de Judée, pour le distinguer des pays possédés par les autres nations ; mais on donnait particulièrement ce même nom à la contrée méridionale occupée par les deux tribus de Juda et de Benjamin, pour la distinguer des autres contrées, telles que la Samarie, la Galilée, la Décapole, contenues dans la même province. Or les Évangélistes racontent ce que le divin Rédempteur fit, enseigna et souffrit dans les diverses parties de cette province, c'est-à-dire de la Judée ; et d'abord au delà du Jourdain vers l'Orient, où se trouvaient les deux tribus entières de Ruben et de Gad avec la moitié de celle de Manassé ; puis en deçà du Jourdain^ lorsqu'il se rendit à Jéricho, ensuite à Béthanie et enfin à Jérusalem. Quand donc Jésus vint de la Galilée, il était accompagné d'une grande foule (Ibid. 2) ; on peut juger par là de l'attachement que les populations avaient pour sa personne ; beaucoup le suivaient pour entendre ses prédications, d'autres pour obtenir leur guérison. Selon saint Chrysostôme (Hom. G3 in Malth.), « les foules qui se pressent sur les pas du Sauveur témoignent ainsi de l'efficacité salutaire de sa doctrine et de la puissance merveilleuse de sa bonté ;
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elles marchent à sa suite, comme des brebis sous la conduite du pasteur qni les a nourries et élevées ; elles forment son cortège, comme une nombreuse famille qui va recevoir les adieux de son chef partant pour un long voyage. Et lui, semblable à un tendre père, ne quitte point ses chersenfants, pauvres exilés, sans leur laisser des gages d'affection et des remèdes de santé. » Aussi saint Matthieu ajoute que Jésus guérit leurs malades en ce lieii^ c'est-à-dire dans la Judée proprement dite lorsqu'il y fut arrivé, et non point auparavant dans la Galilée ; c'était afin de montrer que les Gentils devaient participer à la grâce préparée pour les Juifs, et que de la Judée même devait provenir le salut du monde. D'après Origène (Tract, vu in Matth.), « si Notre-Seigneur guérit tous les malades qui lui furent présentés au delà du Jourdain où le baptême était administré, c'était pour signifier que dans le baptême tous les Chrétiens sont délivrés de leurs infirmités sjjirituelles. » L'Évangéliste indique en un seul mot les différents miracles qui furent opérés en cette circonstance, parce qu'il n'aurait pu les rapporter tous en particulier, à cause de leur grand nombre.
Vient ensuite la relation de ce qui concerne les trois vertus essentielles à la perfection religieuse, savoir : la continence, l'obéissance et la pauvreté. En premier lieu, par rapport à la continence, il est dit que les Pharisiens, regardés parmi le peuple juif comme des hommes spécialement religieux, s'approchèrent de Jésus pour le tenter ou surprendre dans ses paroles (Matth. xix, 3). Remarquons quelle difïérence de sentiments existe entre ces personnages hypocrites et les simples foules : celles-ci accourent vers le Sauveur et Docteur suprême pour entendre sa doctrine ou recevoir son assistance ; ceux-ci ne viennent, au contraire, qu'afin de l'éprouver et de le décrier : les uns sou t attirés
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par la confiance et la dévotion, tandis que les autres sont poussés par la haine et l'envie. Les Pharisiens ainsi disposés à son égard lui demandèrent : Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit, pour la plus légère même ? Par cette question insidieuse, ils croyaient bien le mettre dans l'embarras ; car la réponse, qu'elle fût affirmative ou négative, pouvait prêter sujet à la calomnie. En effet, s'il eût dit que l'homme peut licitement, suivant son bon plaisir, répudier sa femme pour en épouser une autre, ils auraient accusé le prédicateur et le panégyriste de la chasteté de se contredire lui-même, en lâchant ainsi le frein à la concupiscence charnelle ; dans le cas contraire, ils lui eussent reproché de contredire Moïse, qui permettait l'acte de divorce. Mais Jésus formula de telle sorte sa réponse qu'elle ne leur donnait aucune prise sur lui, en leur disant qu'un homme ne doit pas abandonner son épouse, à moins qu'elle ne soit coupable d'adultère (Ibid. 19, 9).
Dans la Loi, Moïse avait permis ou toléré le divorce en divers cas, non point comme une chose bonne et licite, mais à cause de la dureté et de la méchanceté des Juifs, pour éviter un plus grand mal, c'est-à-dire le meurtre qu'auraient pu souvent occasionner la haine des maris envers leurs femmes et le désir de convoler à de secondes noces. Par cette rupture du mariage, les époux n'étaient point soumis à une peine légale, mais ils n'étaient pas exempts de tout péché devant Dieu qui a établi l'indissolubilité de l'union conjugale. Ainsi, la permission que Moïse avait accordée pour le divorce n'était point une autorisation projjrement dite ou une concession véritable, mais simplement une tolérance civile afin d'obvier à des inconvénients majeurs, Jésus-Christ, au contraire, n'autorise l'homme
à répudier pour toujours sa femme que dans le cas où elle lui aurait été infidèle ; il ordonne par conséquent aux époux de supporter toutes les autres peines qu'entraîne le mariage, afin de ne pas violer la foi et la chasteté auxquelles ils sont obligés. Toutefois, daus le cas même où la séparation des époux est légitime, elle ne peut exister que relativement à la cohabitation et au devon- conjugal, mais non point par rapport au lien du mariage, qui ne peut être rompu que par la mort naturelle de l'un des deux conjoints. Ainsi, tant que l'homme et la femme vivent en même temps, ni l'un ni l'autre ne peuvent contracter de nouveaux engagements. — Dans un sens mystique, l'épouse qui ne peut être abandonnée de son époux, à moins qu'elle ne lui soit infidèle, figure l'âme qui ne peut être délaissée de Jésus-Christ, si elle ne s'est pas déjà éloignée de lui par quelque faute grave. — Dans un sens moral aussi, le prélat qui se sépare d'une Église, son épouse spirituelle, pour s'unir à une autre plus liche, commet une sorte d'adultère, parce qu'il ne cherche jjas un profit spirituel, mais un avantage temporel.
Après avoir indiqué ce qu'il y a de nécessaire à observer dans la vertu de continence, le Sauveur montre ce qui n'en est que de conseil, savoir le renoncement à tout plaisir de la chair. Les Apôtres lui en fournirent l'occasion ; car, étonnés de ce qu'ils venaient d'entendre sur l'indissolubilité du lien conjugal, ils lui dirent (Matth. xix, 10) : Si telle est la condition de Vhomme à V égard de sa femme qu'il ne puisse la congédier, hors le cas d'adultère, mieux vaut qu'il ne se marie pas. En d'autres termes, il est plus avantageux de garder simplement la continence, que de s'imposer le fardeau du mariage avec la multitude des embarras qui peuvent en résulter. En effet, dit saint Chrysostôme (Hom. 63 in Matth.), il est moins difficile de combattre contre la conçu-
piscence charnelle que de lutter contre une femme vicieuse. « L'épouse, parce qu'on ne peut la quitter, est une charge bien lourde, comme le remarque saint Jérôme (in cap. xix Matth.) ; car que faire si elle est sujette à l'ivrognerie ou à la colère, vagabonde, morose, querelleuse, médisante ? quelque odieuse qu'elle soit, bon gré mal gré, il faut la supporter ; en l'éxjousant, vous vous êtes volontairement dépouillé de la liberté dont vous jouissiez. »
Répondant à ses disciples, le Seigneur leur dit (Matth. xix, 11) : Tous ne comprennent pas cela^ c'est-à-dire tous ne goûtent point et n'embrassent point ce conseil de continence ; mais ceux-là seulement l'agréent et le suivent qui en ont reçu le don par une faveur spéciale de Dieu. Nous ne pouvons en effet nous élever à cet état sublime sans un secours surnaturel; de là cette déclaration du Sage (viii, 21) : J'ai reconnu que je ne pouvais garder la continence^ si Dieu lui-même ne m'en accordait la grâce. Selon la pensée de saint Jérôme (in cap. xix Matth.), le don de la virginité n'est point acquis naturellement ou fortuitement, mais il est obtenu par des prières et par des efforts. Le Seigneur le confère seulement à ceux qui le désirent, le sollicitent et travaillent à le mériter ; car, d'après la promesse qu'il a faite: Quiconque demande recevra, celui qui cherche trouvera et à qui frappe on ouvrira (Luc. xr, 10). « Jésus-Christ, comme le remarque saint Chrysostôme (loc. cit.), ne dit I)as que tous ne peuvent comprendre, mais que tous ne comprennent point cela^ c'est-à-dire que tous le pourraient mais que tous ne le veulent pas. Si donc beaucoup succombent dans la lutte, nous devons l'imputer à leur négligence plutôt qu'à la difficulté de l'entreprise. Quand le Sauveur ajoute : Ceux-là seulement en ont V intelligence qui en ont reçu le don, il ne veut pas dire que Dieu l'acc-orde aux
uns et la refuse aux autres, mais (|ue, sans un secours surnaturel, nous ne pourrions y parvenir. Or cette grâce qui est nécessaire n'est jamais déniée à la bonne volonté, comme le Seigneur lui-même l'assure par ces paroles engageantes : Demande':: et vous obtiendrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira (Luc. xi, 9). La volonté humaine doit aller la première, et la grcâce divine ne manque pas de venir ensuite ; car la grcâce ne fait rien sans le concours de la volonté, et la volonté ne peut rien surnaturellemeut sans l'aide de la grâce ; de même que sans la pluie la terre ne produit rien, ni la pluie sans la terre. »
Afin qu'on ne regardât point toute continence comme louable et méritoire, Notre-Seigneur en distingue trois sortes qui proviennent soit de la nature, soit de la violence ou d'un accident, soit de la volonté et de la grâce réunies (Matth. XIX, 12). Il y en a, dit-il, qui sont eunuques ou continents de naissance, par défaut d'organe ou de chaleur; il y en a d'autres qui le sont devenus de la main des hommes, par l'art ou la mutilation. D'après saint Jérôme (loc. cit.), il faut compter parmi les seconds ces hypocrites qui, pour être honorés ou loués des hommes, feignent de garder la chasteté sous apparence de religion. Or les deux précédentes espèces de continence, étant l'effet de la nécessité et non de la volonté, ne sont par elles-mêmes ni louables ni méritoires ; mais elles peuvent le devenir, si la volonté, par sa soumission, fait de nécessité vertu. Enfin il y en a qui se sopj eur-mâmes rendus eunuques ou continents, en renonçant à touto délectation charnelle et en se consacrant à une vie chaste, pour obtenir le royaume des cieux. Ces derniers pratiquent une continence très-louable et trèsméritoire, parce qu'elle est le résultat heureux de la victoire remportée par la droite raison sur la concupiscence. Aussi,
d'après saint Chrysostôme (Hom, 32 Oper. imp.), la continence vraiment glorieuse n'est pas celle qu'on garde forcément par quelque impuissance physique, mais celle qu'on embrasse librement par une sainte résolution. Comme la chasteté volontaire est un état sublime auquel n^'atteignent pas tous les fidèles, mais seulement quelques parfaits, le Seigneur y invite ses généreux soldats, en ajoutant : Qui peut comprendre et accomplir ceci, qu'il le comprenne et l'accomplisse, s'il veut devenir chaste ; en d'autres termes : Que celui qui a le courage de combattre la chair la combatte afin d'en triompher. Par ces paroles, il n'oblige pas rigoureusement, mais il exhorte à mériter la récompense et à remporter la couronne qu'il réserve à la chasteté parfaite ; comme s'il disait : Pour prétendre à la virginité que chacun sonde ses dispositions et mesure ses forces ; car cette vertu difficile à pratiquer n'est point de nécessité absolue mais de simple surérogation ; ce n'est pas un précepte, mais un conseil que je vous donne ; je la propose à tous, je ne l'impose à personne ; que celui donc qui peut la pratiquer, s'il le veut, la pratique.
Après avoir ainsi recommandé la perfection de la continence OQ de la virginité, Jésus-Christ voulut exalter aussi la perfection de l'obéissance et de l'humilité, en témoignant sa prédilection pour les enfants qui en offrent le modèle ou l'image ; car, à leur exemple, les Chrétiens humbles et obéissants qui n'ont point de volonté propre se soumettent à tout ce qu'on leur commande. En cette circonstanpe, dit le Vénérable Bède (in cap. xix Matth.), le Sauveur nous donna une instruction très-utile, eu montrant qu'il accorde sa grâce et son affection particulièrement aux âmes simples et innocentes. Alors donc qu'il louait la chasteté, on lui amena des enfants, par une pieuse dévotion, afin qu'il
leur imposât les mains cl qu'il priât pour eux (Matth. xix, 13). Les Juifs avaient coutume de présenter les plus petits et les plus jeunes, aux personnages les plus âgés ou les plus respectables qui les bénissaient par l'imposition de leurs mains et par l'expression de leurs vœux, comme l'avaient pratiqué les anciens Patriarches (Gènes, xxvii et xLix). Les contemporains firent application de cet usage à l'égard de Jésus qu'ils honoraient comme un saint homme et un grand prophète, à cause de sa vie irréprochable et de son excellente doctrine ; et la bienveillance avec laquelle il répondit à leurs désirs prouva que la foi, avec laquelle les enfants lui sont présentés, suffit pour les lui rendi-e agréables.
Cependant les disciples cherchaient à écarter de leur divin Maître les enfants qu'un lui offrait, non pas qu'ils voulussent les priver de ses précieuses bénédictions, mais parce qu'ils désiraient lui épargner de nouvelles fatigues; car ils craignaient qu'après ses longues prédications il ne fût importuné par de trop nombreuses sollicitations. Cet empressement néanmoins ne pouvait que plaire au Sauveur désireux de procurer le salut de tous les hommes, car son zèle ardent lui faisait surmonter dans ce but tout épuisement coiporel ; c'est ainsi qu'autrefois la lassitude du voyage ne l'avait point empêché de travailler à la conversion des Samaritains, avant mrme de prendre aucune nourriture (Jean. iv). Aussi Jésus, ne pouvant supporter la conduite de ses disciples, leur dit (Matth. xix, 14): Laissez les petits enfants venir à moi, parce que je ne fais acception do personne; ne les rebutez pas, en les effrayant par des menaces ou en les scandalisant par de mauvais exemples ; car ils sont le type des âmes vraiment humbles dont j'aime la compagnie et dont je recherche les entretiens familiers.
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Saint Chrysostôme, commentant ce passage, fait ainsi parler le Seigneur (Hom. 32 Oper. imp.) : « Ne dé fendez pas aux enfants d'approcher \ s'ils doivent être un jour des Saints, pourquoi les éloigner de leur Père ? Si au contraire ils doivent être des pécheurs, pourquoi prononcer leur condamnation avant de connaître leur culpabilité ? Ce qu'ils sont maintenant vient de ma grâce, ce qu'ils seront plus tard viendra de leur faute ; respectez-les pour le bien que je leur ai donné et plaignez-les à cause du mal dont ils se rendront coupables. » — « Apprenons de là, dit Origène (Tract. VII in Matth.), à ne pas mépriser les simples et les ignorants qui sont dans l'Église, et gardons-nous bien de les empêcher par notre orgueil d'aller à Jésus-Christ. »
Le Sauveur indique ensuite pourquoi il appelle à lui les enfants : Cest parce que le royaume des deux appartient à ceux qui leur ressemblent par l'innocence el la simplicité, c'est-à-dire aux hommes qui sont par leurs mœurs et leurs vertus tels que les enfants sont par leur nature et leur âge. Car l'âme des enfants, pure de tout mal, est un parfait modèle de candeur et d'humilité, dispositions nécessaires pour parvenir au royaume des cieux où rien de souillé ne saurait pénétrer. «Aussi, comme le remarque saint Jérôme (in cap. xix Matth.), Jésus-Christ ne dit pas que le ciel appartient aux enfants, mais à leurs semblables, pour montrer que ce ne sont point précisément les jeunes années, mais plutôt les qualités morales qui donnent droit d'y entrer ; car il est la récompense promise à ceux qui sont comme des enfants, non pas sans prudence, mais sans malice, suivant la recommandation de l'Apôtre (I Cor. xiv, 20). » — « Notre-Seigneur, dit saint Ambroise (in cap. xviii Luc), n'établit pas ici une préférence d'âge, comme s'il était désavantageux à l'homme de se développer en sortant
de renfan(>e. Pourquoi donc déclare-t-il que les enfants sont aptes au royaume céleste? Assurément, c'est parce qu'il n'y a en eux, ni malice, ni fourberie, ni rancune, ni orgueil, ni ambition ; et parce qu'ils ne convoitent ni les richesses, ni les honneurs. Néanmoins, la vertu proprement dite ne consiste pas à ignorer ces diverses choses, mais à les dédaigner,de même qu'elle ne réside pas non plus dans l'impuissance de pécher, mais dans la volonté de ne point faire le mal. Jésus-Christ ici loue donc moins l'état de l'enfance que l'heureuse imitation de ses bonnes dispositions. »
« Par conséquent, ajoute saint Chrysostôme (Hom. 63 in Matth.), voulons- nous devenir un jour les héritiers du royaume céleste, efforçons-nous de reproduire les aimables qualités du jeune âge. L'enfant, qui n'est point encore souillé par le vice, ne se souvient pas des injures qu'on lui a faites ; et comme si rien n'était, il s'approche ainsi que d'un ami de celui-là même qui l'a maltraité naguère; quoique frappé par sa propre mère, il ne cesse point de courir après elle et de l'aimer plus que toute autre, et, lors même qu'elle serait couverte de misérables haillons, il la préférerait à une reine que vous lui montreriez couronnée d'un brillant diadème ; il ne recherche point le superflu, mais se contente du nécessaire; il ne s'attriste point, comme nous, de la perte des biens pécuniaires ou autres pareils ; il ne se délecte point non plus, comme nous, dans la jouissance des choses temporelles ; il ne regarde point avec des yeux de concupiscence la beauté des corps. Voilà pourquoi, selon la parole du Sauveur : Le royaume des cieux est réservé pour ceux qui leur ressemblent ; c'est-à-dire pour les hommes qui sont par clioix ce que les enfants sont par nature. « Ainsi parle saint Chrysostôme. — Or voici les principales vertus que nous devons imiter dans le's petits enfants T. IV. 20.
pour arriver certainement à l'éternelle patrie : l'innocence, la pureté, l'obéissance, la simplicité, Thumilité, la sincérité, l'oubli des maux soufferts, l'absence d'inquiétude relativement à l'avenir, et l'usage des choses temporelles selon les besoins du moment.
Le Sauveur accueillit avec douceur les enfants qu'on lui offrait, et les prenant dans ses bras, les baisa avec tendresse ; puis leui- imposant les mains, il les bénit par certaines paroles qui n'ont pas été écrites (Marc, x, 16). Ces signes d'affection et ces marques de protection montraient combien il chérit et comme il favorise les petits et les humbles que chaque jour il environne de secours et comble de dons précieux. En effet, les apôtres saint Pierre (I Ep. v, 5) et saint Jacques (iv, 6) nous attestent que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles, ou aux hommes qui se soumettent docilement à sa volonté. Comprenons d'après cela l'excellence de l'humilité, puisqu'elle mérite tant de biens à ceux qui la possèdent. « Elle seule, dit saint Jérôme (Epist. ad Gelantiam), est la gardienne de toutes les autres vertus ; rien ne plaît davantage à Dieu et aux hommes comme de voir qu'une personne, grande par son mérite, reste pourtant petite dans sa propre estime.» «L'humilité, dit aussi saint Bernard, fait la beauté de l'âme ; et ce n'est pas d'après moi que je parle de la sorte, puisque le Prophète royal a dit le premier : lavez-moi, Seigneur, avec l'hijsope, et je serai purifié (Ps. l, 9). Or l'hysope est une petite plante aromatique et purgative, symbole de la véritable humilité. David, après sa chute, espérait donc qu'au moyen de cette vertu il pourrait effacer les souillures de son âme ; aussi recouvra-t-il la candeur de sa première innocence. »
En imposant les mains aux petits enfants, Jésus-Christ a, sinon établi et inauguré, du moins insinué et figuré le sa-
crement de Confirmation, dont iAnE> tard il confia l'administration à ses Apôtres. En effet nous apprenons par le Livre de leurs Actes que, après l'Ascension de leur divin Maître, ils imposaient les mains sur les nouveaux Chré tiens pour les fortifier dans la foi en leur communiquant le Saint-Esprit. C'est dans le même but que les évêques remplaçants des Apôtres oignent avec le saint-chrême le front de ceux qu'ils confirment.
A la vue de la bienveillance et de la familiarité que le Sauveur témoigne aux petits enfants, concluons qu'il aime et estime spécialement la simplicité, l'innocence et l'humilité ; efforçons-nous de leur ressembler par la pratique de ces aimables vertus, afin que nous puissions partager avec eux le royaume céleste.
Prière.
Seigneur Jésus, qui nous avez exhortés à la continence parfaite, faites régner sur la terre cette vertu angéhque, et accordez particulièrement à une fragile créature comme moi d'être chaste d'esprit et de corps. Vous qui avez permis aux enfants d'approcher de votre personne sacrée, qui avez daigné les honorer de vos divines caresses et les combler de vos précieuses bénédictions, donnez-moi de devenir petit comme l'un d'entre eux dans ma propre opinion, afin que, malgré ma profonde misère, je trouve grâce devant votre souveraine Majesté. Aidez-moi par votre miséricorde à acquérir les excellentes qualités qu'ils sont heureux déposséder par nature. Faites ainsi que, me regardant comme le dernier de tous vos serviteurs, je participe aux mérites abondants de tous ceux qui vous sont si agréables par leur simplicité et leur humilité. Attirez moi, conduisez-moi dans le sentier
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des vertus avec une telle force et une telle sincérité que je parvienne à jouir de votre adorable présence et à recevoir votre éternelle bénédiction dans les célestes demeures. Ainsi soit-il.