PERFECTION DE LA PAUVRETÉ VOLONTAIRE
Gomme s'il lui disait ; Dès lors que vous me supposez un homme ordinaire, vous ne devriez pas m'attribuer cette ^jualité distinctive: Nul n'est bon que Dieu 5ew/(Marc.x, 18); car lui seul est bon par nature, et les autres êtres ne le sont que par participation. « En parlant ainsi, remarque saint Ghrysostôme (Hom. 35 Oper. imp.), Notre-Seigneur ne veut pas affirmer que la bonté soit absolument étrangère à la créature, mais qu'elle est propre excellemment au Créateur. Il semble donc dire à son interrogateur : Pourquoi me proclamez-vous bon d'une manière particulière, puisque vous ne me croyez pas Dieu ? Si vous confessez ma bonté, reconnaissez en même temps ma divinité ; car c'est d'elle seule que toute bonté découle comme de sa source essentielle.
Jésus ensuite répondit directement à la question posée : Au reste, si vous voulez parvenir à la vie, gardez les commandements (Matth. XIX, 17). Gela suffit pour le salut ; tout le reste n'est point de nécessité, mais de surérogation. « En effet, selon le Vénérable Bède (in cap. x Marc), l'accomplissement de la Loi ne procurait pas seulement les biens terrestres, mais aussi donnait droit aux biens éternels qui devaient être accordés plus tard à ses fidèles observateurs. » Intrigué davantage par cette réponse, le jeune homme insista pour savoir quels étaient ces commandements, dont l'observation était indispensable (Ibid. xviii). Par cette nouvelle demande, dit saint Ghrysostôme (Hom. 64 in Math.), il ne cherchait point à tenter le Seigneur, mais à découvrir si, en dehors des préceptes légaux, il en existait d'autres qui pussent conduire à la vie bienheureuse. Gondescendant à sa faiblesse, Jésus, avec sa bonté ordinaire, se mit à lui rappeler les commandements de la Loi. Vous ne vous rendrez coupable ni dliomicide^ ni d' adultère, ni de larcin,
ni de faux témoignage. Ces quatre préceptes négatifs défendent de nuire au prochain en quelque façon que ce soit : dans sa propre personne, dans celle qui lui est conjointe, dans sa fortune et dans sa réputation. De plus, honorez votre père et votre mère en leur procurant du secours et leur témoignant du respect (Ibid. 19). Ce précepte afïirmatif ordonne de rendre tous les devoirs convenables au prochain quel qu'il soit, compris ici sous les noms de ceux qui sont plus particulièrement nos proches. Cette obligation générale est plus clairement indiquée par les paroles que le Sauveur ajouta : Et vous aimerez votre prochain comme vous-même ; d'abord pour la même fin, pour la grâce et la la gloire ; puis de la même manière, non pas seulement de bouche, mais de cœur véritablement et effectivement. Or, par notre prochain, il faut entendre tous les hommes qui nous sont unis par la nature comme étant nos semblables.
Le Sauveur termine par cette dernière maxime l'énumération précédente, pour montrer que la charité doit être le but de tous les préceptes, en sorte que leur accomplissement ne serait d'aucun mérite pour la vie éternelle, s'il ne procédait de cette vertu. Les deux préceptes négatifs qui défendent de convoiter la femme ou le bien d'autrui ne sont point ici mentionnés, parce qu'ils sont compris dans les deux autres qui proscrivent l'adultère et le vol, ou parce qu'ils sont contenus dans la loi générale d'aimer son prochain ; car quiconque l'aime sincèrement ne désire point lui ravir ce qui lui appartient. Le Seigneur n'énumère pas non plus les préceptes de la première table relatifs à Dieu, mais seulement les préceptes de la seconde table relatifs au prochain ; parce que ceux-ci présupposent nécessairement ceux-là. L'homme, en elîet, est plus obligé à l'égard de Dieu qu'à l'égard du prochain ; si donc, pour arriver à la vie éter-