‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 41 sur 68 · PERFECTION DE LA PAUVRETÉ VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

PERFECTION DE LA PAUVRETÉ VOLONTAIRE

nelle, il est tenu d'accomplir les commandements de la seconde table, à plus forte raison ceux de la première. Voilà pourquoi l'Apôtre a dit justement (Rom. xiii, 8) : Qui aime son prochain a accompli la Loi ; car l'amour du prochain renferme l'amour de Dieu comme sa fin, puisque nous devons aimer le prochain en vue de Dieu et non pas Dieu en vue du prochain. En ne parlant point ici des observances cérémonielles et judiciaires, Jésus-Christ fait entendre que désormais elles n'étaient plus nécessaires au salut, et qu'il suffit de garder fidèlement les prescriptions morales du Décalogue (Exod. xx, 3 et seq.).

De ces dix commandements toujours obligatoires le premier est ainsi conçu : Vous n'aurez point de dieux étrangers, c'est-à-dire : vous adorerez uniquement et vous aimerez souverainement le vrai Dieu. Mais aujourd'hui encore, parmi ceux qui se disent Chrétiens, beaucoup se font des dieux étrangers ; car, comme le dit saint Augustin (de Civit. lib. x, cap. 4), l'homme adore ce qu'il aime pardessus tout. Ainsi l'orgueilleux, l'avare et le voluptueux sont des idolâtres qui rendent un culte suprême aux frivoles objets de leurs passions. — Second commandement : Vous ne prendrez point en vain le nom de votre Dieu, c'est-à-dire vous ne blasphémerez point et vous ne jurerez ni contre la vérité ou la justice, ni sans raison ou nécessité. C'est faire injure d'abord au Seigneur que de l'invoquer en témoignage d'une chose fausse, puis au prochain que de le tromper par un faux serment;, et à soi-même que de se constituer victime obligée de son propre parjure. — Troisième commandement: Souvenez-vous de sanctifier le jour du Sabbat ; c'est-à-dire le jour consacré spécialement au Seigneur, abstenez- vous des œuvres serviles et appliquez-vous aux exercices religieux. — Quatrième commandement : Honorez votre père et votre

mère^ c'est-à-dire non-seulement vos parents, mais aussi vos maîtres, vos supérieurs et vos pasteurs qui sont vos pères spirituels. Rendez-leur tout ce que vous leur devez de respect et d'obéissance, de reconnaissance et d'alTection, de compassion et d'assistance. — Cinquième commandement : Ne soyez point coupable dliomicide par action ou parole, par négligence ou même simplement par désir, soit en prêtant votre concours, soit en donnant votre consentement au meurtre. On commet l'homicide en son cœur, lorsqu'on y détruit l'amour du prochain par la haine ; dans sa bouche, lorsqu'on ruine la réputation d'autrui par la détraction ; et dans la réalité même, quand on cause la mort, soit au corps par la violence, soit à l'âme par le scandale, soit à l'un et à l'autre simultanément en se suicidant soi-même, ou en tuant un homme qui est dans l'état de péché mortel. — Sixième commandement : Vous ne commettrez point l'adulteve ou la fornication, par action, parole, pensée ou connivence. Ce précepte défend, en général, toute délectation ou œuvre charnelle en dehors du mariage légitime. — Septième commandement : Vous ne déroberez point, en vous attribuant l'usage ou la propriété d'une chose contre le gré de celui auquel elle appartient. Le vol qui est ici proscrit consiste à ravir ou retenir injustement le bien d'autrui, à user de fraude dans les contrats et à ne point payer le salaire aux ouvriers. — Huitième commandement : Vous ne porterez point faux témoignage contre votre prochain, parle même principe de charité vous éviterez à son égard le mensonge, le dol, la détraction, la calomnie, la flatterie et l'enseignement de l'erreur. — Neuvième commandement : Vous ne désirerez point la maison de votre procliain, sa terre ou quelque autre de ses biens; c'est-à-dire ne soyez point tellement disposé que vous veuillez usurper les choses

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d'autmi à son détriment. — Dixième commandement : Vous ne convoiterez jioint la femme^ le serviteur ou la servante de votre prochain ; vous ne chercherez point à satisfaire pareille concupiscence, vous n'y solliciterez point les autres, vous n'y consentirez point vous-même. Quiconque accomplira ces divers commandements pourra être sauvé.

fai observé tout cela depuis ma jeunesse^ répondit le jeune homme, que me reste-t-il à faire (Marc, x, 21) ? Combien peu d'hommes, hélas! parmi les religieux même, pourraient en dire autant ! Aussi, Jésus le regardant avec bonté conçut pour lui de Vaffection, à cause de la bonne conduite qu'il avait menée et de la vertueuse disposition qu'il témoignait d'ajouter encore au bien qu'il avait fait jusqu'alors. Voulant lui montrer une voie plus sublime, le divin Maître lui dit : Pour être parfait, // vous manque quelque chose encore, la pauvreté volontaire. Afin d'arriver à la vie éternelle', l'accomplissement des préceptes suffit , il est vrai; mais afin de parvenir à la perfection évangélique, il faut y joindre la pratique des conseils, parmi lesquels on doit mettre au premier rang le renoncement généreux aux choses temporelles ; voilà pourquoi cette condition est ici seule formellement indiquée. Si donc, continue le Sauveur, vous voulez librement, sans y être contraint ni même obligé, devenir parfait, ou sortir de la vie commune pour monter à un état supérieur, allez, laissez- vous conduire par le détachement intérieur; et, passant jusqu'au renoncement effectif, vendez non pas seulement quelques biens, comme font ceux qui prétendent rester propriétaires à l'exemple d'Ananie et do Sapliire ; mais vendez tout ce que vous avez ou possédez justement; si vous possédiez quelque chose injustement, vous devriez le rtmdre à son véritable maître et non point le vendre ni même le donner à d'autres.

ainsi que font des usuriers et des ravisseurs. Après avoir reçu le prix de vos biens légitimes , donnez-le , ne le revendez point en cherchant à vous attirer des présents, des éloges ou des services, mais distribuez-le aux pauvres, et non pas aux riches qui vous paieraient de retour, ni à des amis charnels, à moins qu'ils ne soient indigents, ni à des personnes mondaines qui abuseraient de votre libéralité. N'imitez pas les simoniaques et les ambitieux qui donnent aux autres pour obtenir des bénéfices et des dignités ; donnez, non point par ostentation, car vous n'auriez point de mérite ; mais donnez uniquement pour Dieu, et vous aurez un trésor dans le ciel parce que vous vous assurez un bonheur immense pour l'éternité tout entière.

De ces dernières paroles, il ne faut point conclure que la pauvreté volontaire soit une vertu plus excellente que l'obéissance ou la chasteté ; c'est simplement pour établir une corrélation plus exacte entre les différents termes, que la récompense de la pauvreté est appelée un trésor céleste, comme celle de l'humilité une exaltation glorieuse. « En effet, dit saint Chrysostôme (Hom. 64 in Matth.), parce qu'il est ici question de renoncement effectif aux biens pécuniaires, le Seigneur ne parle point de la vie éternelle, mais du trésor céleste qui doit en être la récompense ; il veut montrer par là que pour les biens sacrifiés il en rendi-a d'autres qui leur seront aussi supérieurs que le ciel l'est à la terre ; et la qualification de trésor marque combien doit être surabondante cette rétribution de la pauvreté. » D'après Origène (Tract, viii in Matth.), « il ne faut pas entendre les paroles du Seigneur en ce sens que, le jour même où ce jeune homme aurait distribué son patrimoine aux pauvres, il serait arrivé au sommet de la perfection ; mais elles signifient que, dès ce même jour, la grâce de Dieu l'aurait conduit

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progressivement à l'acquisition de toutes les vertus. » — Aussi iG/divin Maître ajoute immédiatement : Puis venez après avoir tout quitté, et suivez-moi^ c'est-à-dire imitezmoi en marchant sur mes traces dans l'exercice de la charité. Cette exacte conformité du Chrétien avec Jésus- Christ constitue principalement et complète véritablement la perfection, à laquelle la pauvreté volontaire prépare et dispose, en écartant les obstacles; car le renoncement absolu débarrasse l'âme de toutes les préoccupations relatives aux choses temporelles, qui empêchent ou affaiblissent l'amour de Dieu. L'abandon de tout, selon la Glose^, est le chemin de la perfection, et l'essence même de la perfection consiste dans l'imitation du Sauveur ; c'est à ce grand honneur que nous devons aspirer sans cesse.

Pour être parfait il ne suffit donc pas de se dépouiller de tout, il faut encore s'attacher à Jésus-Christ, et après avoir quitté le péché, il faut pratiquer le bien. Selon saint Théophile, en effet, à la pauvreté volontaire on doit joindre d'autres vertus, puisque le Seigneur, après avoir conseillé à un jeune homme riche de distribuer tout son avoir, lui dit de venir à sa suite, c'est-à-dire de se mettre sous sa con duite et de marcher constamment sur ses pas dans la voie de la perfection, à l'exemple de ses disciples fidèles. « Mais, ajoute saint Jérôme (in cap. xix Matth.), il est plus facile de renoncer à sa bourse qu'à sa volonté; c'est pourquoi plusieurs abandonnent leur fortune et cependant ne suivent point le Seigneur, parce qu'ils ne veulent pas l'imiter, ou se soumettre à sa direction. » Comme le fait observer Ilaban- Maur, (( nous voyons ici deux sortes de vies proposées aux hommes : la vie active à laquelle se rapporte cette défense : Vous ne tuerez poini, etc. ; et la vie contemplative à laquelle s'adresse cette invitation : Si vous voulez être parfait, allez,

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etc. La première vie appartient à la loi mosaïque et la seconde à la loi chrétienne ; car de même que l'Ancien Testament a précédé le Nouveau, ainsi l'action vertueuse doit précéder la sainte contemplation ; ceux qui s'adonnent à la première doivent accomplir les préceptes du Décalogue, et ceux qui s'appliquent à la seconde doivent pratiquer en outre les conseils de l'Évangile. »

Remarquons encore qu'il y a diverses sortes de perfections : d'abord, celle de suffisance ou de rigueur, que possèdent par la charité tous les hommes en état de grâce ; celle de l'ordre, dont le propre est de garder la continence ; celle de la religion, qui fait renoncer à toute propriété ; la perfection de la prélature, qui porte les pasteurs de l'Église à sacrifier leur vie pour sauver leurs ouailles ; la perfection de sécurité, qui consiste à désirer la mort et à supporter patiemment la vie avec ses mille épreuves. Tous sont obligés à la première de ces perfections; personne n'est tenu à la dernière ; et plusieurs doivent embrasser quelqu'une des trois autres pour certaines causes particulières. Le Seigneur établit donc une grande marque de perfection, lorsqu'il conseille à ce jeune homme de tout quitter pour mieux le suivre, après s'être rendu pauvre comme lui-même l'était. Selon saint Théophile, le divin Maître l'exhorte à un dépouillement complet, parce que celui qui se réserve quelque possession y reste attaché comme un esclave. Et d'après saint Ambroise (in cap. xviir Luc), le Sauveur voulait que ce jeune homme retournât nu dans le paradis, comme Adam l'était avant d'en être chassé.

Quoique, en possédant des richesses, on puisse observer la loi morale et obtenir la vie éternelle ; néanmoins, il faut ne point s'y attacher, si l'on veut suivre librement Jésus - Christ et aimer uniquement Dieu. Cette pauvreté d'esprit.

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