‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 5 sur 68 · CHAPITRE LXXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXYIII

Joan. V, 1-47.

Après cela, Jésus monta à Jérusalem afin d'assister à une fête des Juifs, qui était la Pentecôte, instituée pour offrir à Dieu les prémices des moissons (Joan. v, 1). Le peuple juif avait trois fêtes principales pour la célébration desquelles tous devaient se réunir au lieu fixé par le Seigneur, c'est-àdire au temple de Jérusalem ; c'étaient les solennités des Azymes, des Semaines et des Tabernacles. La première, celle des Azymes qu'on appelait Pâque, c'est-à-dire passage, se célébrait au premier mois de chaque année qui correspond à notre mois de mars, pour rappeler le bienfait de la sortie d'Égyple. Selon le sens spirituel, nous célébrons encore cette fête, quand nous passons du vice à la vertu. La seconde solennité, celle des Semaines ou Pentecôte, avait été établie en mémoire de la Loi donnée sur le Sinaï, le cinquantième jour après la sortie d'Egypte. Nous célébrons aussi cette fête spirituellement, lorsque nous obéissons fidèlement aux lois. La troisième solennité, celle des Tabernacles ou Scénopégie, avait lieu en souvenir de la protection divine que les Israélites avaient éprouvée dans le désert où ils habitèrent sous des tentes. En ce jour, les Juifs se construisaient des cabanes de feuillage, et portaient à la main des rameaux verdoyants pour exprimer qu'à travers une aride solitude le Seigneur les avait conduits jusque dans la Terre promise. Nous célébrons mystiquement cette fête, lorsque nous traversons ce monde comme des voyageurs-,

et en passant ainsi, nous devons porter des rameaux verts, c'est-à-dire produire de bonnes œuvres, en marchantde vertus en vertus jusqu'à ce que nous soyons arrivés au ciel, notre véritable Terre promise. — Le Seigneur s'étant fait homme vint avec les autres hommes, ses compatriotes, célébrer leurs fêtes pour ne pas paraître enfreindre la I^oi ; de plus, comme en ces jours les Juifs se rendaient de tous côtés à Jérusalem, il se proposait de leur annoncer la doctrine de la foi, de leur dévoiler le mystère du salut, de faire briller à leurs yeux la lumière de la vérité, de leur manifester sa puissance, et de les attirer à lui par ses enseignements et ses miracles

Or, il y avait à Jérusalem^ près du Temple, une piscine dite probatique, où venaient se réunir les eaux pluviales qui coulaient du temple et des édifices circonvoisins (Joan. v, 2). Ce réservoir était appelé pwci/î*", comme par antiphrase, puisqu'il ne contenait aucun poisson. Quant à sa qualification de probatique^ elle était tirée du mot grec npoSccTixôç qui veut dire de brebis, parce que les Nathinéens, serviteurs chargés de porter l'eau au temple, lavaient d'abord dans ce réservoir les entrailles et les cadavres des animaux qu'on immolait, et principalement des brebis qu'on offrait plus souvent en sacrifice. Cette exx3lication est conforme au nom hébreu qu'on donnait à cet endroit, Bethsaïda, c'est-àdire dentcure des brebis^ parce que les corps des victimes y étaient déposés sous des galeries, en attendant qu'ils fussent lavés par les ministres du temple. Cette piscine avait cinq portiques ou entrées, afin qu'on pût y descendre de divers côtés en même temps. Sous ces portiques, disposés en forme de galeries tout à l'entour, étaient couchés un grand nombre de divers infirmes, des malades, des aveugles, des boiteux, des paralytiques; ils attendaient que l'eau fdt agitée

(Ibid. 3), et voici pourquoi. A certains temps, l'Ange du Seigneur descendait dans la piscine, pour en remuer les eaux auxquelles par sa présence il com^muniquait une vertu curative, et le premier malade qui y descendait après l'agitation était aussitôt guéri, de quelque infirmité qu'il fût atteint (Ibid. 4). Comme le moment où l'Ange descendait n'était pas connu, les iniirmes restaient toujours là dans l'attente.

Pour expliquer cette visite de l'Ange et le miracle qui en était la suite, quelques interprètes ont supposé que dans la piscine se trouvait le bois de la croix du Sauveur, lequel aux approches de la Passion flottait au-dessus des eaux, à certains temps où il opérait des guérisons merveilleuses. C'était là comme une figure prophétique pour annoncer que la nature humaine allait être délivrée de la maladie du péché par la vertu de la croix. Mais cette opinion n'est pas fondée sur une autorité suffisante ; aussi, mieux vaut dire que cette piscine était devenue vénérable pour un double motif, à cause de l'usage qu'on en faisait et du mystère qu'on y découvrait. En effet, ses eaux servaient à purifier les prêtres et les victimes, tandis que ses portiques servaient à loger les pauvres et les infii-mes. De plus, par les guérisons merveilleuses qui s'y opéraient, le Saint-Esprit voulait montrer la dignité des hosties légales, représentant l'Agneau de Dieu qui devait être immolé pour le salut du monde. Aussi, l'Ange qui visitait ce lieu respectable en remuait les eaux pour faire connaître aux malades le temps où la vertu miraculeuse devait agir, et les eaux étaient alors tellement agitées que les restes des victimes, en s'élevant du fond à leur surface, les rendaient troubles. C'était une image expressive du baptême dout les ondes, sanctifiées par la Passion du Sauveur, devaient rendre une parfaite santé

spirituelle. Mais la réalité devait être bien supérieure à la figure; car les eaux de la piscine ne guérissaient que le corps d'un seul malade à chaque visite du messager céleste; et celles du baptême guérissent les âmes de tous ceux qui le reçoivent sans apporter d'obstacle à son efficacité. Ainsi la piscine probatique où une puissance invisible délivrait de toute infirmité a justement précédé le baptême chrétien pour en signifier la puissance surnaturelle. Les cinq portiques ou entrées de cette même piscine marquaient les cinq parties de l'Écriture sainte quimentionnent de quelque manière le baptême, comme pour en ouvrir la porte : les livres légaux, prophétiques et agiographiques le montrent enfigure, tandis que la parole é van gélique et la doctrine apostolique le montrent en réalité. L'Ange qui descendait dans la piscine représentait Jésus-Christ appelé ryl?i^e du grand conseil (Is. IX, 6) ; car il est descendu lui-même dans le Jourdain pour conférer aux eaux, par l'attouchement de son corps sacré, la vertu régénératrice. Mais, afin de nous apprendre que sa grâce n'est pas attachée aux seuls sacrements. Dieu voulut que le paralytique dont nous allons parler fût guéri, non par le contact de l'eau, mais par la parole même du Sauveur lorsqu'il lui dit : Levez-vous, 'prenez votre lit et marchez. Parmi les nombreux infirmes qui se trouvaient là, un seul fut guéri ; par cette circonstance, le divin Maître a voulu nous signifier que celui-là seul est justifié qui vit dans l'unité de la foi et de l'Église, en adorant un seul vrai Dieu. C'est pourquoi saint Paul a dit : // n'y a donc qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (Eph. iv, 5). Malheur donc et anathème à ceux qui haïssent l'unité et fomentent la division parmi leurs semblables !

Or il y avait là, près de la piscine, un homme étendu sur un grabat, où il était retenu depuis trente-huit ans par son

PISCINE PROBA.TIQUE ET PARALYTIQUE GUÉRf 61

iîifîrmité (Joan.v,5). Ce malheureux attendait depuis si longtemps d'être délivré de sa paralysie, sans être abattu par le découragement. Quel modèle admirable de patience et de résignation ! Aussi mérita-t-il d'être enfin secouru et complètement rétabli. Le Seigneur, l'ayant regardé avec les yeux de sa tendre compassion, lui dit : Voulez-vous être guéri? (Ibid. 6). Gomme s'il disait : Votre délivrance dépend de votre volonté, parce que vous avez posé la cause de la maladie par l'acte même du péché ; renoncez à celui-ci et tournez-vous vers moi comme vers l'auteur du salut, vous serez aussitôt guéri. Jésus ne doute point de la volonté du paralytique ; il l'interroge cependant pour ranimer sa confiance, en lui faisant espérer la santé dont celui-ci commençait presque à désespérer. Ainsi par cette question : Voulezvous être guéri? le Sauveur cherchait à stimuler le désir du malade pour le rendre plus digne de recevoir le don de Dieu. L'infirme lui répondit^ en manifestant son désir : Seigneur, je n'ai personne pour me ploriger dans la piscine dès que Veau est agitée; et tandis que j'y vais, un autre y descend avant moi (Ibid. 7). Gomme s'il disait : je veux bien et je désire beaucoup ma guérison ; mais je suis tellement abandonné que je ne trouve pas un homme pour m'aider et me porter; d'un autre côté, je suis si faible que je ne puis me rendre avec la vitesse des autres. Triste image du pécheur, surtout lorsqu'il persévère longtemps dans le crime : il est en effet destitué de tout secours humain ; car le péché le prive de la communion des Saints, par laquelle il pourrait obtenir l'assistance des autres ; et de plus le péché blesse les facultés de sa nature, par laquelle il devrait trouver quelque force en lui-même.

Le paralytique répondaitde la sorte, parce qu'il voyait dans Jésus un homme jeune, fort et capable de le conduire, de le

transporter à la piscine ; il aurait estimé comme un grand bienfait de recevoir de lui un pareil service, mais il ne tarda pas à en recevoir un beaucoup plus grand. Car Jésus lui dit alors même (Ibid. 8) : Levez-vous, vous êtes rendu à la santé; emportez votre grabat, vous avez recouvré la vigueur; et marchez pour montrer le miracle que Dieu vient d'opérer en votre personne. Et soudain cet homme fut guéri (Ibid. 9) ; car la puissance divine qui est infmie opère tout d'un coup, à l'instant même, tandis que la nature n'agit, qu'avec le temps, peu à peu, et ne rend la sanlé que graduellement. Et prenant aussitôt son lit, Je paralytique se mit à marcher, afin de prouver que ses forces étaient revenues parfaitement; car dans les merveilles qu'elle produit, la bonté divine rétablit toute chose en son meilleur état naturel, parce qu'elle ne laisse point ses œuvres incomplètes ; c'est ainsi qu'aux noces de Cana l'eau fut changée en un vin excellent. — Dans la circonstance présente, le Sauveur fit un double miracle à l'égard du paralytique ; celui qu'il accomplit extérieurement dans le corps était le symbole d'un autre plus important qu'il accomplit intérieurement dans l'âme. En effet , le misérable lit ou grabat sur lequel repose le pécheur, c'est le vice ou penchant funeste dans lequel il se complaît. Cet homme reste infirme, tant que son grabat le porte et qu'il y demeure; dès qu'il en sort et qu'il l'emporte, il estentièroment rétabli. Mais, hélas ! il arrive souvent qu'une habitude invétérée du mal paralyse les forces morales de l'homme, en sorte qu'il ne peut de lui-même quitter sa couche fatale pour aller dans le bain salutaire de la pénitence. Quand le Médecin céleste s'approche pour guérir cette âme malade, il lui commande trois choses : de se lever en s'éloignant du péché, de porter son grabat en acceptant la pénitence qui lui est imposée, puis de marcher, c'est-à-dire de

progresser dans le bien, et d'aller de vertu en vertu ; telles sont les trois conditions requises pour la justification ou guérison spirituelle.

Ce paralytique qui reste trente-huit ans infirme sans perdre espoir de guérison, offre aux pécheurs un remarquable exemple de patience ; il leur apprend à persévérer dans la prière, avec la confiance d'obtenir leur salut de Celui qui a dit : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira (Luc. xi, 9). a Admirons la patience de ce paralytique, dit saint Chrysostôme (Hom. 36 in Joan.). Il attend pendant trente-huit ans sous les portiques de la piscine ; chaque année , il voit des malades guéris, tandis que lui reste toujours infirme ; néanmoins il ne se retire pas, ne se décourage pas. Et cependant, la tristesse de voir tant d'années écoulées n'étaitelle pas suffisante pour fempêcher de compter sur les années futures et pour l'éloigner de ces lieux? Mais sa patience triomphait. A cette é^joque, malgré le désir qu'il avait de sa guérison, le malade ne pouvait à cause de son infirmité descendre dans la piscine-, mais aujourd'hui chaque pécheur a suffisamment de force pour aller à la pénitence. Ce n'est plus un Ange qui rend la santé au corps par le mouvement des eaux; c'est le Dominateur tout-puissant des Anges mêmes, qui rend la santé à l'âme par le changement des affections. Maintenant on ne peut plus dire : Je ne trouve personne pour m'aider, et quand je m'approche pour descendre un autre plus agile me devance. Car le monde entier viendrait-il demander guérison au divin Sauveur, sa grâce ne tarit jamais et son action ne cesse point ; elles restent toujours les mêmes avant comme après avoir produit leur effet. Semblable aux rayons du soleil qui nous éclairent chaque jour sans perdre de leur clarté par suite de leur dii-

fusion, l'opération du Saint-Esprit n'est nullement affaiblie ou diminuée par la multitude de ceux qu'elle purifie. »

« Rougissons, mes chers frères, ajoute le même saint Docteur, gémissons de notre extrême tiédeur et négligence, en voyant un homme qui, après avoir été près de quarante ans paralytique, ne se lasse point d'espérer et de demander sa guérison. Nous au contraire, si, après avoir prié pendant quelques jours pour quelque personne, nous n'obtenons point ce que nous désirons, nous cessons entièrement de prier, ou du moins nous ne le faisons plus aussi assidûment. Lorsque nous éprouvons quelque malheur ou quelque difficulté, nous ne craignons pas de solliciter longtemps du secours auprès des hommes, quoique souvent à la fin nous soyons frustrés de notre espoir ; mais nous ne continuons point avec la ferveur convenable d'implorer l'assistance du souverain Seigneur, ce Maître généreux qui ne manque jamais de récompenser les travaux bien au delà de leurs mérites. Néanmoins, quoi de plus avantageux qu'une telle supplication? lors même qu'elle ne serait pas exaucée, ne devrions-nous pas regarder comme supérieur à tous les biens l'honneur de parler sans cesse au Tout-Puissant, et de converser librement avec le Très-Haut ? Mais, dites-vous, il est pénible de vaquer continuellement à l'oraison. Si cette œuvre ne vous coûtait aucun effort, comment pourriez-vous prétendre en recevoir quelque récompense ? D'ailleurs nous affec-tionnons et nous estimons d'autant plus une chose qu'elle nous a coûté davantage. » Ainsi parle saint Ghrysostôme. — Il faut remarquer encore que, comme le Seigneur demanda au malade s'il désirait sa guérison, de même il ne nous accordera pas la justification sans notre consentement. Or l'homme obtient facilement son pardon, pourvu qu'il le veuille, sans y mettre d'obstacle. Aussi, serions-nous inexcusables, si nous ne nous

conformions à la volonté divine pour opérer notre salut ; parce que, comme l'a dit saint Augustin (Serm. 15 de Verbis Dom.) : Celui qui nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans notre coopération.

Prise dans un sens moral, la piscine probatique, où on lavait les brebis qui devaient être offertes en sacrifice à Dieu, figure la vie religieuse, où l'on purifie son âme qui doit être innocente comme une brebis pour être consacrée au Seigneur par la pratique des bonnes œuvres. Cette piscine spirituelle a cinq portiques, savoir les cinq sens qui servent à la production extérieui-e de nos actes. Sous ces portiques gisent un grand nombre de malades, parce que la corruption peut s'introduire de différentes manières dans les sens corporels. Chacun d'eux abrite autant d'infirmes qu'il y a d'appétits déréglés dont il est le siège. L'eau dans laquelle les malades retrouvaient la santé marque la componction par laquelle les pécheurs recouvrent la grâce divine. L'Ange qui agitait cette eau représente le Saint-Esprit qui excite la componction ; chaque fois qu'il vient ainsi faire couler en nous les larmes salutaires de la pénitence, notre âme est guérie de toutes ses maladies morales. Ces maladies sont diverses, parce que tous les péchés proviennent ou de la négligence et de la paresse, ou de l'ignorance, ou de la faiblesse, ou d'une certaine malice, ou enfin d'une longue habitude. Ceux qui pèchent par négligence et paresse sont languissants, parce qu'ils manquent de grâce et ne font point de bien. Ceux qui pèchent par ignorance sont aveugles, parce qu'ils n'ont point la lumière de la foi, ou la connaissance du Seigneur et de sa loi. Ceux qui pèchent par faiblesse sont boiteux, parce qu'ils ne marchent point d'un pas ferme et ne vont pas droit dans les sentiers de la justice et des bonnes œuvres. Ceux qui pèchent par malice sont comme desséchés et parai y- T. nr *•

tiques, parce qu'ils ont perdu les sucs vivifiants de la grâce divine et de la bonne volonté, et qu'ils font tous leurs actes sans être animés par la charité; ou bien parce qu'ils ne savent pas étendre les mains pour faire de bonnes œuvres, telles que l'aumône. Ceux qui pèchent par une habitude invétérée ressemblent à cet homme que son infirmité retenait cloué sur son grabat depuis trente-huit ans. Le Sauveur guérit cet ancien malade, pour nous apprendre que, si Dieu justifie quelquefois l'homme qui pèche depuis longtemps par habitude, celui-là ne doit pas désespérer qui pèche par paresse, ou par ignorance, ou par faiblesse, ou par malice. Parmi un grand nombre d'infirmes un seul est guéri, pour marquer que dans l'immense multitude des appelés peu seront sauvés. A la parole du Sauveur, notre paralytique se lève, emporte son lit et marche : c'est l'image de l'âme sortant du vice, de sa torpeur et de ses habitudes coupables, lorsque, guérie par la rémission des péchés, elle veille soigneusement sur elle-même et sur ses sens, pour ne pas retomber dans le mal ; allant alors de vertu en vertu, elle s'empresse d'avancer dans le bien, jusqu'à ce qu'elle soit parvenue à la vision béatifique de Dieu.

Or ces choses avaient lieu en un jour de sabbat, alors qu'il n'était permis de faire aucune œuvre servile (Joan. v, 9). Voilà pourquoi les Juifs disaient à celui qui avait été guéri: C'est aujourd'hui le Sabbat; en ce jour de fête, vous ne devez pas, à cause de la défense de la Loi, emporter votre lit (Ibid. 10). Gomme s'ils disaient : En supposant qu'on ait pu ne pas différer votre guérison, pouvait-on également vous commander une œuvre illicite ? Ainsi raisonnent de perfides conseillers, lorsqu'ils disent : En ce jour de fête, vous ne devez pas jeûner ou faire pénitence. Mais, en tenant pareil langage au paralytique, les Juifs

étaient clans l'erreur ; car les œuvres qui concernent le culte et l'honneur dus à Dieu peuvent se faire licitement le jour du sabbat ; les prêtres ne se livraient-ils pas en ce jour à des œuvres matérielles, lorsqu'ils ornaient le temple, préparaient et immolaient les victimes ? Or, emporter son lit avec soi, était de la part du paralytique un acte qui devait rendre plus éclatant le miracle opéré à la gloire et à la louange de Dieu ; c'est ainsi qu'on verra plus tard des Chrétiens, arrachés de leur prison par une force surnaturelle, emporter avec eux leurs chaînes comme preuves de leur délivrance miraculeuse. Cependant, le paralytique s'excuse d'une autre manière, en opposant aux calomniateurs l'auteur de sa guérison qu'il présente comme l'auteur de la loi sabbatique. Il leur ré^jondit donc (Ibid. 1 1) : Celui qui )na guéri en vertu d'une puissance toute divine m'a commandé en vertu de cette même autorité, lorsqu'<7 m'a dit : Prends ton lit et marche. Je dois obéir à un personnage si grand qui m'a conféré un bienfait si extraordinaire, et en cela je ne transgresse point la Loi ; car pourquoi n'accepterais je pas l'ordre de Celui qui m'a rendu la santé ? Bien loin de céder à ses adversaires, cet homme ne craint pas de proclamer son libérateur. Oîi est aujourd'hui le Chrétien courageux qui confesserait ainsi Jésus-Christ, en affrontant la cruauté des princes, au risque de perdre tous ses biens et de souffrir tous les maux ?

Les Juifs ne pouvaient attaquer leur concitoyen, appuyé sur un système de défense aussi solide ; mais ils cherchèrent à calomnier le Sauveur, en interrogeant le paralytique au sujet de ce dernier, non point dans l'intention de se convertir, mais dans le dessein de le perdre, comme le prouvent leurs paroles. En effet, au lieu de signaler l'acte incontestable de puissance divine que Jésus -Christ vient d'opérer,

ils se bornent à objecter malignement ce qui leur paraissait une transgression flagrante de la loi sabbatique. Quel est, demandent-Us, cet homme qui vous a dit : Emportez votre lit et marchez (Ibid. 12) ? Ils semblaient dire : Celui qui vous a donné un tel ordre est un impie. Ils ne blâmaient donc point Jésus d'avoir rendu la santé au malade, mais de lui avoir commandé d'emporter son lit ; ils se gardaient bien de rappeler ce qui était évidemment digne d'éloge et affectaient de ne voir que ce qui était en apparence susceptible de censure. Ainsi font les méchants, animés contre quelqu'un par la haine : ils remarquent toujours dans leur ennemi ce qui peut donner lieu à la critique ou à une accusation, et non point ce qui peut être un objet de louange et d'édification ; tout le bien qu'ils voient, ils le taisent ; tout le mal qu'ils croient apercevoir, ils le manifestent ; souvent même ils dénaturent le bien qu'ils transforment en mal.

a Ah ! quelle malheureuse passion que l'envie, s'écrie saint Ghrysostôme (Hom. 41 in Matth.), comme elle aveugle par rapport à leur salut ceux qui en sont atteints ! Elle les ravale au-dessous des bêtes sauvages ; car celles-ci n'attaquent que quand elles sont provoquées, ou que la faim les presse. Mais l'envieux attaque ceux-là même qui font du bien et qui souvent lui rendent des services. Il devient semblable au démon et même pire que cet être malfaisant, car, si Satan a déclaïé aux hommes une haine implacable, du moins il ne dresse point d'embûches à ses compagnons. L'envieux au contraire ne respecte pas la communauté de nature ; il ne s'épargne pas lui-même, car avant de persécuter celui qui est l'objet de sa jalousie, il tourmente sa propre âme, en la livrant inutilement à de noirs chagrins et à de sombres tristesses. Cette vile et cruelle passion remporte sur la fornication et l'adultère ; car les effets de ces

deux crimes s'arrêtent à leurs auteurs, tandis que l'envie d'un tyran renverse des Églises entières et s'attaque à tout l'univers, La jalousie est mère de l'homicide, témoin Caïn donnant la mort à son frère Abel, Esaû voulant tuer Jacob, Joseph vendu par ses frères, et enfin Satan qui voudrait faire périr tout le genre humain. » Saint Chrysostome ajoute que l'envieux, fût-il d'ailleurs généreux et compatissant, s'adonnât-il aux veilles, aux jeûnes et à toutes sortes d'austérités, est le plus méprisable des hommes dès qu'il poi te envie à quelqu'un de ses semblables.

Cet homme qui avait été guéri ne savait qui était Jésus (Ibid. 13) ; il ignorait sa famille et sa patrie, bien qu'il le connût de vue lui-même en personne ; et parce qu'il était depuis longtemps retenu sur son grabat, il n'avait point entendu parler des actes du Sauveur et le bruit de sa renommée n'était pas arrivé jusqu'à lui. Pour ne point paraître tirer vanité de son miracle, Jésus s'était retiré de la foule réunie en ce même lieu, permettant ainsi aux Juifs d'examiner à loisir le prodige, afin qu'en son absence lemtémoignage ne fût pas suspect. Cette conduite du Sauveur qui se cache nous apprend à ne point rechercher les éloges et les faveurs des hommes dans nos bonnes œuvres, comme aussi à fuir quelquefois la société de ceux qui veulent nous calomnier, et à nous dérober aux regards des envieux quand nous faisons le bien, afin de ne pas accroître leur jalousie. Plus tard, lorsque le miracle eut été divulgué et que la foule se fut éloignée, Jésus trouva dans le Temple cet homme qui venait souvent remercier Dieu de sa merveilleuse guérison, en ce lieu destiné à la prière. Au milieu de la foule, il n'avait pas connu Jésus, mais aujourd'hui qu'il le rencontre dans la maison du Seigneur, il le connaît mieux . Apprenons pai' là qu'au milieu des multitudes bruyantes,

dans le tourbillon des affaires temporelles, il est bien malaisé de trouver Jésus ; mais il faut le chercher dans le secret de notre âme, dans le sanctuaire de notre cœur où il daigne choisir sa demeure. Selon saint Ghrysostôme (Hom. 37 in Joan.), a l'ancien paralytique qui trouve Jésus dans le Temple, nous donne ainsi une preuve de sa grande piété. Après sa guérison, il ne courut pas aux bagatelles et aux assemblées mondaines ; il ne s'abandonna pas au plaisir, à la négligence et au relâchement ; mais il fréquenta le Temple. Dans la foule il ne connaissait pas Jésus, il le connut dans le lieu saint. » Saint Augustin dit également (Tract. 17 in Joan.) : « Il est difficile de voir le Sauveur dans la foule ; notre âme a besoin d'une certaine solitude pour considérer le Seigneur avec application ; une telle contemplation exige le silence, tandis que la foule produit le tumulte. »

Jésus^ voulant précautionner cet homme contre les périls de l'avenir, lui dit : Eh bien ! vous voilà guéri par un bienfait de Dieu, gardez-vous bien de pécher désormais, c'est-à-dire ayez une volonté ferme d'éviter tout péché ; car tout péché procède de la volonté, comme de sa source. Pour lui démontrer ensuite les dangers de la rechute dans le mal, il ajoute : De peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire, en cette vie et dans l'autre ; car pour le récidif la fm est plus mauvaise que le commencement. On peut considérer sous trois points de vue différents les péj-ils et les malheurs auxquels on s'expose en retombant dans les mêmes fautes. 1" Par rapport à Dieu, le récidif pèche plus gravement à cause de son ingratitude et Dieu le châtie plus sévèrement. 2" Relativement au démon ; comme un général d'armée qui, ayant perdu une position de défense, s'il vient à la reprendre, la fortifie davantage et la garde

PISCINE PROBATIQUE ET PARALYTIQUE GUÉRI 1i

mieux, de même le démon surveille de plus près celui qui est retombé sous son joug ; prenant pour auxiliaires sept autres esprits plus méchants que kii, il cherche à l'entraîner dans les sept péchés mortels capitaux. 3° Par rapport au coupable lui-même ; la récidive enracine et accroît l'inclination au mal, parce que la mauvaise habitude fait regarder le péché comme peu de chose.

Par ses dernières paroles, le Seigneur insinue que le paralytique s'était attiré sa maladie par ses propres péchés. Rendant raison de cette conséquence, saint Ghrysostôme ajoute : « Souvent, si notre âme est malade, nous y sommes comme indifférents ; mais notre corps reçoit-il la moindre atteinte, nous nous empressons de le délivrer du mal ; voilà pourquoi Dieu punit le corps à cause des fautes que l'âme a commises. » Les mêmes paroles du Seigneur nous apprennent que, si nos premiers péchés nous ont mérité une peine grave, la rechute nous en méritera une plus grave encore ; car, l'homme qui, après avoir été châtié, n'en devient pas meilleur et ne se corrige point, mais demeure insensible et s'endurcit davantage, n'est-il pas digne d'être châtié plus rigoureusement ? Sur la terre, tous les hommes ne sont pas punis à proportion de leurs fautes ; ce n'est pas néanmoins une raison de s'enhardir dans le crime et de s'abandonner à la sécurité ; car si Dieu dans le temps épargne les tourments aux coupables, c'est un signe qu'il leur en réserve de plus redoutables pour l'éternité. Evitons par conséquent un double écueil : d'abord, lorsque nous sommes afQigés par Dieu ne restons pas dans le péché ; puis, quand nous sommes guéris par le Seigneur ne retombons pas dans le mal ; autrement, à raison de notre mépris ou de notre ingratitude, il nous arriverait quelque chose de pire, car nous deviendrions plus mauvais et

nous nous exposerions à un supplice plus terrible dans cette vie ou dans l'autre .

Gomme il avait guéri le corps, Jésus guérit donc aussi l'âme de ce même paralytique, en l'avertissant de ne plus pécher désormais, de crainte d'encourir un j,ugement plus sévère. C'est comme s'il lui disait : Votre ancien péché vous a été remis ; gardez-vous de retomber et de vous rendre ainsi plus coupable que par le passé. Qui pourra raconter les œuvres merveilleuses que le Seigneur a faites d'une manière très-conforme à toutes ses volontés^ pour sa gloire et pour notre profit? (Ps. ex, 2.) Aussi, lorsqu'après la création, Dieu considéra tout ce qui était sorti de ses mains puissantes, il vit que tout était parfaitement bon. Rien de ce qu'il a fait ne lui déplaît ; le péché seul qu'il n'a point produit est l'objet de sa haine et de sa vengeance, il le poursuit et le combat partout où il le rencontre. Ainsi, tandis qu'il a créé toutes choses en six jours par sa seule parole, il a travaillé plus de trente ans dans ce bas monde pour détruire le péché. Le péché seul lui déplaît, offense sa majesté, convertit sa douceur et sa mansuétude en rigueur et en sévérité ; c'est le péché qui fit de l'Ange un démon, d'un ami un ennemi, de l'homme libre un esclave ; il remplaça l'immortalité par la mort, le bonheur par la misère, la patrie par l'exil et le bannissement, et il rendit l'enfant de Dieu enfant de Satan. En présence de maux si déplorables. le -péché pourrait-il demeurer impuni ?

Après cette utile leçon de son bienfaiteur, le paralytique guéri s'en alla publier la puissance prodigieuse du Sauveur, et vint déclarer aux Juifs que c'était Jésus qui avait rendu le mouvement à ses membres perclus (Joan. v, 15). Voilà donc qu'après avoir recouvré la santé du corps et de l'âme, cet ancien infirme commence à connaître le Seigneur par

la foi et s'empresse de le faire connaître à ses compatriotes. Mais, au lieu de suivre le salut qui leur est annoncé, les Juifs se mettent à persécuter Jésus, comme s'il violait la loi divine, parce qu'il faisait ces choses le jour du sabbat (Tbid. 16). Ils l'accusaient d'agir ainsi contran-ement à la conduite du Créateur qui se reposa le septième jour ; car ils prétendaient qu'il ne fallait absolument rien faire le jour du sabbat et qu'on devait s'abstenir de toute œuvre quoiqu'elle pût être utile aux hommes et glorieuse au Seigneur. Mais ils n'avaient point une vraie notion du repos sabbatique, lorsqu'ils supposaient qu'en ce jour-] à il n'était pas permis d'exercer des œuvres de piété et de miséricorde, ni même de guérir un malade. C'est ainsi qu'en transformant le bien en mal les Juifs persécutaient Jésus-Christ, et ils trouvent encore de nombreux imitateurs dans ceux qui souvent molestent les serviteurs de Dieu pour leurs actes de vertu.

Aux reproches et aux murmures de ses adversaires, le Sauveur répondit en s'excusant (Ibid. 17) : Mon Père qui est dans les cieux, bien qu'il ait cessé le jour du sabbat de créer, dedisposer et d'orner tout l'univers, travaille toujours à en gouverner, conserver et reproduire les différentes parties; en cela, il ne viole pas le sabbat. Donc, lorsque je travaille, aussi moi, à restaurer ce qui se dégrade, à réparer ce qui se corrompt, à guérir ce qui est infii'me, je ne viole 1 as non plus le sabbat, mais je conforme ma conduite à celle de mon Père ; car je travaille avec lui dans la suite des siècles , comme je l'ai fait dès le commencement des temps. F,n d'autres termes, c'est comme s'il disait plus explicitement : Mon Père n'a pas seulement travaillé , comme vous le croyez, les six premiers jours du monde, en créant et produisant de nouvelles espèces ; mais il travaille encore et travaillera continuellement jusqu'à la fin, en présidant au

gouvernement et en veillant à la conservation des êtres auxquels il a donné l'existence ou la vie. Car, après avoir tiré du néant toutes choses, Dieu ne les abandonne pas à ellesmêmes, mais il les soutient et dirige de telle sorte que s'il retirait sa main et son secours un seul instant, elles retomberaient aussitôt dans le chaos d'où elles sont sorties. Ainsi donc, Dieu se reposa de tous ses ouvrages le septième jour, en ce sens qu'il cessa de créer, de produire des espèces nouvelles, mais non pas en ce sens qu'il cessa de conserver et de gouverner les espèces existantes. Or , sous ce double rapport , j'ai agi et j'agis conjointement avec Dieu ; car je suis le Verbe du Père, Celui par' lequel tout a été fait originairement et est maintenu constamment ; aussi tout ce que j'opère est bon et irrépréhensible. Ne vous étonnez donc pas si je guéris un homme le jour du sabbat, puisqu'étant Dieu j'agis toujours de concert avec mon Père en toutes choses. Mon concours ne manque jamais à son opération, attendu que la puissance divine n'accomplit rien que par sa propre Sagesse. Si donc vous osez me blâmer en quelqu'un de mes actes, blâmez aussi Dieu mon Père qui agit avec moi, et dont vous vous vantez d'être le peuple choisi. Ce qui a fait dire à saint Augustin (Tract, xvii in Joan.) : «Gomme le Père et le Fils sont nécessairement inséparables, les opérations de l'un et de l'autre le sont également ; il en est de même pour le Saint-Esprit ; car l'égalité, la consubstantialité des personnes entraîne l'unité et l'indivisibilité de leurs opérations. » Ainsi les oeuvres de la Trinité sont dites indivisibles ou communes aux trois personnes ; parce que tout ce que la Puissance produit, la Sagesse le dirige et la Bonté le conserve. C'est pour ce motif que, clans la plupart de nos actes et de nos prières, nous faisons mention expresse de , l'adorable Trinité, en disant : Au nom du Père, du Fils et

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du Saint-Esprit ; ou bien : Ait nom de la sainte et indivisible Trinité; afin que, comme les trois personnes sont inséparables dans leurs opérations, elles le soient pareillement dans notre invocation. Voilà de quelle manière Jésus-Christ s'excuse de travailler le jour du sabbat.

Comme il résulte de l'argumentation précédente que Jésus est égal à Dieu le Père, ses ennemis exaspérés le persécutaient davantage à cause de cette déclaration qu'ils regardaient comme un blasphème, c'est-à-dire comme un crime plus grand que la violation du sabbat. La Loi punissait en effet de mort ces deux crimes et surtout le premier. Ainsi donc, les Juifs cherchaient avec plus de fureur qu'auparavant à tuer le Sauveur, parce que non-seulement il ne gardait pas le sabbat, en apparence, à leur avis ; mais encore parce qu'il se disait Fils de Dieu, par nature ou essence, et non simplement par grâce ou adoption comme nous le sommes (Joan. v, 18). En se faisant égala Dieuluimême et consubstantiel au Père tout-puissant, Jésus leur semblait coupable de blasphème, et ils l'accusaient d'usurpation sacrilège, parce qu'ils le prenaient pour un pur homme. Pour se disculper de ce nouveau crime qu'on lui imputait, Jésus s'attacha donc à prouver qu'il était vraiment Fils de Dieu et égal à son Père céleste. Et de crainte que les Juifs ne lui répliquassent : Nous ne croyons pas à votre parole, car personne ne peut être admis comme témoin véridique dans sa propre cause ; il confirma sa déclaration, en s'appuyant sur plusieurs témoignages, tels que ceux de Jean- Baptiste, de ses propres œuvres, de son Père céleste et des Saintes-Écritures. 11 répondit donc à ses contradicteurs (Ibid. 31) : Si c'est moiqui témoigne de moi-même, mon attestation n'est pas légitime, c'est-à-dire n'est pas recevable dans votre opinion, bien que en réalité elle soit irrécusable.

Mais Jésus a d'autres témoins que ses adversaires ne pourront révoquer en doute. D'abord, c'est Jean, auquel les Juifs envoyèrent des députés, comme à l'homme le plus digne de foi, pour savoir s'il n'était pas le Messie : et il rendit témoignage comme ami de la vérité, non pas à lui-même, mais à Jésus-Christ la Vérité même. Ce sont ensuite les œuvres merveilleuses que le Sauveur a opérées dans tout le cours de sa vie publique : car il a rendu la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la parole aux muets ; il a chassé les démons et ressuscité les morts. Quelles preuves éclatantes de sa puissance suprême ! C'est aussi le Père céleste qui a rendu témoignage à Jésus-Christ baptisé dans le Jourdain et transfiguré sur le Thabor ; car, en ces deux circonstances mémorables, il a fait retentir sa voix majestueuse d'en haut, pour dire : Voici mon Fils bien-aimé^ en qui reposent toutes mes complaisances, écoutez-le (Matth. m et xvii). Enfin, Jésus- Christ a reçu, le témoignage constant des divines Écritures qui, ayant été dictées par l'Esprit de vérité, ne peuvent induire en erreur.

En présence de ces attestations imposantes et inattaquables, les Juifs, loin de se laisser convaincre et persuader, ne faisaient que se retrancher et s'obstiner dans leur incrédulité. C'est pourquoi le Sauveur leur dit (Joan. v, 40) : Vous ne vou- Uz pas venir à moi par la foi, vous en rapporter à ma parole, attendre de moi le salut véritable, parce que votre volonté est infectée de malice ; car la haine que vous nourrissez contre moi vous éloigne de ma personne. Vous ne voulez pas, dis-je, croire en moi afin d'obtenir la vie éternelle^ en espérance ici-bas et en réalité dans le ciel ; car cette vie éternelle ne s'acquiert que par la foi animée de la charité. En un mot, les promesses de la vie ne peuvent pas plus toucher votre cœur que les paroles de la vérité convaincre votre in-

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telligence. — Continuant de reprocher aux Juifs leur aveugle endurcissement, le Seigneur ajouta (Ibid. 43) : Je suis venu au nom de mon Père, pour le glorifier, ainsi que le 'montrent les témoigna'ges précédents ; mais vous ne m'avez pas reçu comme son envoyé; car au lieu de croire quejesuisle Christ, vous me persécutez de plus en plus, parce que l'amour de Dieu n'est pas en vous. Aussi votre criminelle incrédulité sera punie par une cruelle déception : vous recevrez 'gouv le Christ, comme vrai Dieu, tm autre personnage qui viendra en son propre nom , c'est-à-dire sans aucune autorité, ne cherchant que sa propre gloire. Alors s'accomjjlira la prédiction de l'Apôtre, d'après lequel ceux qui n'auront pas voulu croire à la vérité croiront au mensonge (IIThessal.ii, 10 et llj. De cette prophétie on conclut que, à la fin des siècles, les Juifs seront les premiers à recevoir l'Antéchrist ; ils lui bâtiront même un temple, parce qu'il embi-assera la circoncision en se donnant pour le Messie promis ; et ils s'attacheront à sa personne jusqu'à ce que son imposture soit dévoilée par Hénoch et Elle. En effet, d'après saint Augustin (Trac, de Antechristo), l'Antéchrist tentera de rétablir les cérémonies légales ; ce qui engagera vivement les Juifs à le prendre pour le Messie.

Le Seigneur signale ensuite aux Juifs la cause de leur infidélité, en disant (Joan. v, 44) : Comment pouvez-vous croire, vous qui aimez à recevoir les uns des autres une gloire mondaine, au lieu de chercher auprès de Dieu seul la gloire véritable, savoir : celle de l'humilité sur la terre et de l'exaltation au ciel ? Leur incrédulité ne venait donc pas de ce que la vérité leur était cachée, mais de ce que l'orgueil les rendait aveugles, en leur faisant désirer d'être loués et exaltés au-dessus des autres. Cette funeste disposition les empêchait de croire en Jésus-Christ qu ils voyaient plongé

dans l'abjection et réduit à l'indigence ; car celui-là seul peut croire en lui, qui, ayant le cœur humble, ne veut que la gloire de Dieu et l'accomplissement de son bon plaisir. D'après cela, comprenons combien dangereuse est la vaine gloire. Selon saint Ghrysostôme (Hom. 37 in Joan.), rien ne dégrade l'âme comme de convoiter la gloire du monde ; car il n'est pas possible à celui qui l'aime de rechercher celle du Crucifié. « Gardons-nous de la gloire humaine, dit Gicéron ; car elle enlève la liberté de l'esprit qui doit être la noble ambition des âmes magnanimes. » Suivant la Glose, un grand vice c'est la jactance ou la vanité qui fait qu'on s'estime beaucoup, et qu'on recherche sa propre gloire et non celle de Dieu. Une grande vertu au contraire c'est l'humilité qui fait qu'on se répute pour rien, et qu'on cherche uniquement la gloire de Dieu et son bon plaisir. La vraie cause qui nous empêche d'observer les divins commandements, c'est que, au lieu d'être humbles et petits à nos yeux, nous sommes orgueilleux et ambitieux, nous présumons trop de nos mérites personnels et de nos jDropres forces. Ainsi, les Juifs refusèrent de croire en JésusGhrist, parce qu'ils espéraient, comme ils l'espèrent encore, obtenir du Messie un haut degré de gloire et de puissance temporelle. Or, ils voyaient dans Jésus-Ghrist un homme pauvre et humilié ; c'est pourquoi ils ne le reçurent point, ne voulant pas comprendre les Écritures qui parlent de son dénùment et de son abjection. La gloire et la puissance que devait donner Jésus- Ghrist sont celles du ciel que ces hommes charnels ne savaient pas apprécier; et voilà pourquoi ils persistèrent dans leur infidélité.

Au sujet de la vaine gloire, le Vénérable Bède dit (in cap. v Joan.) : « Nous ne pouvons mieux nous prémunir contre ce vice dangereux, qu'en rentrant en nous-mêmes pour

nous considérer comme cendre et vile poussière ; si nous remarquons en nous quelque bien, gardons-nous de nous l'attribuer, mais faisons-le remonter vers Dieu. » — Saint Chrysostôme dit également (Hom. 37 in Joan ) : « Empressons-nous de fuir la vaine gloire. Mais comment en triompher, demandez-vous? En jetant les yeux sur la gloire céleste que la gloire mondaine s'efforce de nous faire perdre. Quelle espérance pouvons-nous donc avoir de notre salut, lorsque, pour l'obtenir, il nous est ordonné de tourner nos regards uniquement vers le ciel, tandis que nous sommes continuellement courbés vers la terre? Quelle étrange et funeste insensibilité ! Chaque jour on nous rappelle les suites terribles du jugement, les joies éternelles de la patrie, et semblables à ces hommes dépravés qui vivaient dans Sodome et Gomorrhe ou au temps de Noé, nous attendons, pour croire à ce qu'on nous dit, d'en faire par nous-mêmes l'expérience. Ah ! que nos yeux se dessillent, que nos cœurs s'attendrissent ! que le double tableau des châtiments et des récompenses nous fasse supporter les peines de cette vie et désirer les délices du ciel, afin qu'ayant obtenu la grâce sur la terre, nous jouissions de la gloire dans le ciel. » Ainsi parle samt Ghrysostôme.

Prière

Seigneur Jésus, guérissez mon âme languissante pour le bien, parce qu'elle estdepuis longtemps comme frappéede paralysie spirituelle et plongée dans une torpeur fatale. Faites que je me relève, en sortant du péché ; que j'emporte mon grabat , e n accomplissant une laborieuse pénitence pour expier mes fautes passées ; et que je marche, en progressant dans le bien, allant de mieux en mieux et avançant de vertu en

vertu. Qu'après avoir été guéri par vous, miséricordieux Sauveur , je m'efforce avec votre secours d'éviter toute rechute , de crainte qu'il ne m'arrive quelque mal pire qu'auparavant, soit pour le présent, soit pour l'avenir. 0 bon Jésus, modèle parfait d'humilité, faites aussi qu'à votre exemple, loin de souhaiter d'être loué, exalté au-dessus des autres, je n'aie que du mépris pour la gloire humaine et terrestre ; de sorte que toute mon ambition soit de plaire à vous seul. Ainsi soit-il.

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