La grande vie de Jésus-Christ
Jésus et ses disciples ayant traversé la mer de Galilée, abordèrent au pays des Gêraséniens, qui est à l' opposite delà Galiiéc (Luc. vin, 26). Gérasa est une ville importante de l'Arabie, au-delà du Jourdain, près de la montagne de Galaad, où Laban atteignit Jacob dans sa fuite ; elle est située dans la tribu de Mariasse, non loin du lac de Tibériade, qui la sépare de la Galilée ; et c'est de cette ville que le pays des Gêraséniens tire son nom.
Dès que Jésus avec ses disciples eut débarqué, il rencontra deux possédés d'une fureur extrême qu'ils exerçaient sur eux-mêmes et sur les autre^ ; quoiqu'ils ne pussent faire plus que Dieu ne leur pesmettait, personne nosait passer par ce chemin-là (Matth. vm, 28). Tel est le but que les démons se proposent en nous attaquant, c'est de nous obstruer la. roui'' de !a vie. Ils sortirent des sépulcres, où ils habitaient comme dans leur domicile. Les déraons demeuraient
dans les tombeaux, où les cadavres des Gentils étaient ensevelis, pour montrer qu'après le jugement ils auraient en leur pouvoir le corps de ceux dont ils avaient déjà les âmes. Quelquefois aussi, les démons font rester les possédés dans les tombeaux pour effrayer les vivants par les âmes de leurs morts, et aussi, parce que les démons se complaisent et se. réjouissent dans les œuvres de mort qui sont les péchés. Lors même que ces possédés étaient garrottés et enchaînés, ils brisaient leurs liens et leurs fers par- la force diabolique qui les poussait dans le désert. A ces hommes ressemblent les mauvais religieux que les liens de l'obéissance et de leurs constitutions ne peuvent retenir dans leurs cloîtres ; car sortant de ces sépulcres où ils devraient être morts au monde, ils vont s'occuper d'affaires séculières ou inutiles ou mauvaises.
Les deux démoniaques, sentant la puissance divine, par un mouvement non pas d'humilité mais de crainte vive, se prosternèrent aux pieds de Jésus, et V adorèrent, en poussant des cris violents (Matth. vin, 29). Selon la remarque de saint Hilaire (Canon. 8 in Matth.), ce n'était pas une confession volontaire, mais un aveu arraché par la vertu de Celui dont ils redoutaient la présence. Ils disaient donc : Qu'y a-t-il entre vous et nous, Jésus, fils de Dieu? Comme s'ils disaient : Il n'y a rien de commun entre vous et nous ; vous êtes Dieu, nous sommes des démons ; vous êtes humble, nous sommes orgueilleux ; vous êtes venu pour sauver les hommes tandis que nous sommes venus pour les perdre. Aussi, yApôtre a dit (II Cor. vi, 15) : Quel accord peut-il y avoir entre Jésus-Christ et Déliai ou le démon? Aucun, assurément ; car tout ce que Jésus-Christ fait est bien et tout ce que fait le démon est mal. Satan avait dit précédemment sous forme dubitative : Si vous êtes le Fils de Dieu
(Matth. iv, 3) ; instruit par les tourments qu'il endure, il dit maintenant d'une manière affirmative : Jésus, fils de Dieu : car le châtiment ouvre les yeux de ceux auxquels le péché les avait fermés. Toutefois, les démons ne connaissaient pas encore avec une certitude absolue que Jésus était Fils de Dieu ; mais ils le pensaient, d'après plusieurs conjectures qui ne leur laissaient pas une parfaite assurance. Par conséquent, comme le fait remarquer saint Augustin (de qusest. novi et veteris Testam.), si les démons s'écrient : Qu'y a -(-il entre vous et nous, Jésus Fils de Dieu ? il est probable qu'ils soupçonnaient plutôt qu'ils ne connaissaient la divinité de Jésus- Christ ; car au témoignage de saint Paul, s'ils l'eussent connu, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur de la gloire (I Cor. n, 8). Ces deux démoniaques qui adorent et confessent le Seigneur par crainte, sont des figures de ceux qui servent Dieu par appréhension de l'enfer plutôt que par amour de la justice ; ils ont l'œil gauche tourné vers l'enfer ou vers leur avantage temporel plutôt que l'œil droit élevé vers le ciel et vers le bien immuable, et ils ne rendent point honneur à Dieu sans un motif d'intérêt.
Les démoniaques ajoutent : Vous êtes venu ici nous tourmenter avant le temps voulu (Matth. vin, 29;. Ils savaient qu'au jour du jugement ils doivent être condamnés et précipités dans l'abîme pour y être tourmentés ; mais ils se disaient déjà tourmentés, parce que, selon saint Jérôme (in cap. v Matth.), la présence du Sauveur fait le supplice des démons. D'après saint Chrysostôsie (Hom. 29 in Matth.), ils étaient flagellés et affligés d'une manière invisible et ils enduraient des douleurs atroces par la seule présence de Jésus-Christ. Ou bien encore, ils étaient tourmentés, parce qu'ils appréhendaient d'être chassés des corps, objets de leurs continuelles vexations ; car, d'après saint Jérôme (in
en p. vin Matth.), c'est un grand supplice aux démons de ne pouvoir toujours faire souffrir les hommes qu'ils ne cessent point de haïr, et ils lâchent leurs victimes d'autant plus difficilement qu'ils les ont possédées plus longtemps. Que celui' donc qui a été blessé par le démon, se hâte de secouer son joug, pareeque cet affranchissement est d'autant moins difficile que la sujétion est moins invétérée.
Et Jésus interrogea les démons sur leur nom ; ce n'est pas sans doute qu'il ne les connût point, mais il voulait par leur propre témoignage rendre leur multitude plus manifeste, afin que l'on crût mieux combien ils étaient nombreux dans ces deux hommes ; car, en faisant déclarer la grandeur du mal, il faisait par là même ressortir la puissance du Médecin. Ils lui répondirent : Légion est notre nom, parce que nous sommes plusieurs (Marc, v, 9). Or, on entend proprement par légion un nombre déterminé de soldats armés ; elle se compose de six mille six cent soixante-six hommes. Ainsi, les démons sont appelés Légion, parce qu'ils combattent en masse contre nous ; et que, s'ils ne peuvent nuire aux hommes dans leurs personnes, ils s'efforcent au moins de leur nuire dans leurs biens. Voilà pourquoi ils prièrent Jésus, s'il les chassait, de ne pas les expulser du pays, c'està-dire de la demeure des hommes, ou de ne pas les précipiter dans l'abîme, c'est-à-dire dans l'enfer (Luc. vni, 3.1); car l'enfer est le lieu destiné pour les démons. Cependant, il leur est permis de rester parmi les hommes jusqu'au jour du jugement, afin qu'en surmontant les tentations, les élus remportent sur eux . une victoire plus glorieuse. Les démons supplièrent Jésus de les laisser passer dans des pourceaux, pour affliger les hommes au moins en quelque façon (Luc. vm, 32) ; car, toujours ils s'appliquent à leur inspirer de la tristesse, et se réjouissent de leur causer
quelque perte. Mais, telle est la faiblesse des démons qu'ils ne peuvent rien sans la permission de Dieu. Si donc ils ne pouvaient nuire aux pourceaux sans permission, a plus forte raison aux hommes ciéés à l'image de Dieu. Nous devons par conséquent ne craindre que Dieu, et mépriser profondément ces êtres si dégradés qu'ils demandent à entrer clans des pourceaux.
Le Seigneur leur accorda la permission qu'ils demandaient, comme le prouve l'effet suivant ; car, ils se précipi-
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tèrent sur un troupeau de porcs qui paissaient dans le voisinage, et aussitôt deux mille de ces animaux se jetèrent dans le lac de Génézareth ou Tibériade, et s'y noyèrent; ainsi les démoniaques furent délivrés et guéris. Le Seigneur permit cela, non pas pour suivre le conseil ou accomplir la volonté impie des démons, mais pour plusieurs raisons que nous allons exposer. 1° Peut-être les habitants de cet endroit avaient mérité parleurs péchés de subir un pareil dommage. 2° Cet événement et la grandeur du dommage fait voir aux hommes combien les démons seraient cruels et nuisibles à l'égard de ceux qui leur sont soumis et abandonnés, et combien ils tourmenteraient les hommes qu'ils haïssent bien plus que les animaux, si Dieu leur en donnait le pouvoir et la liberté. Jésus accède à leur demande, dit saint Ghrysoslôme (Hom. 19 in Matth.), pour démontrer à tous la -rage dont les démons sont animés contre les hommes, et qu'ils nous accableraient de maux beaucoup plus considérables, s'ils n'en étaient empêchés par la puissance divine. Et comme sa bonté ne permettait pas que cette expérience fût faite sur les hommes, il permet aux démons d'entrer dans des pourceaux sur lesquels ils exercent toute leur force et leur fureur. 3° D'après le même saint Docteur, le Seigneur voulait apprendre à tous que les démons n'oseraient et ne
pourraient rien faire, même contre des pourceaux, si Dieu .n'y consentait et ne le permettait. 4° Jésus avait dessein de fournir une occasion de salut aux habitants de cette contrée, en leur faisant connaître Dieu par sa puissance; car à cette occasion, ceux qui gardaient les pourceaux prirent la fuite, et vinrent raconter dans la ville et le voisinage tout ce qui sciait pusse (Luc. vin, 34). 5° Jésus voulait faire ressortir la dignité de l'homme et combien il est supérieur aux bêtes, puisque pour la délivrance de deux hommes Dieu permettait la destruction de deux mille pourceaux. Oh ! qu'ils sont coupables ceux qui ne redoutent pas de faire périr ou de mutiler un homme ! 6° Ce fait arriva pour la honte des démons, puisque le pourceau est un animal immonde. Ils préférèrent entrer dans ces animaux, parce qu'ils pensaient obtenir plus facilement cette permission, à cause de leur ressemblance particulière avec ces bêtes; les démons en effet ont des rapports spéciaux de convenance avec les pourceaux, à cause de leur impureté, comme avec les serpents, à cause de leur astuce. Les démons, dit Rémi d'Auxerre, ne demandent pas à passer dans d'autres hommes, parce qu'ils voyaient sous la forme humaine Celui dont la puissance les tourmentait ; ils ne demandent pas non plus à passer dans des animaux qui comme purs pouvaient être offerts à Dieu dans le temple; mais ils prient Jésus de les laisser entrer dans des bêtes immondes comme les pourceaux, parce qu'eux-mêmes se complaisent toujours dans les actions impures. 7° Il y avait aussi là quelque chose de significatif. En effet, les pourceaux qui ne cessent de se pencher vers la terre et qui aiment à se vautrer dans la fange, sont la figure de ceux qui n'élèvent jamais Leurs, regards^vers Dieu, mais qui souillent continuellement leurs affections par le vice ; ils sont abandonnés au pouvoir des démons et ils seront enfin précipités avec eux
dans l'enfer- ils périssent aujourd'hui dans les flots et les voluptés de ce monde, et ils périront un jour dans les abîmes et les gouffres de l'éternité malheureuse. Suivant l'explication de la Glose (in Matth. vin) : « A moins que vous ne viviez à la façon des pourceaux, le démon n'aura jamais de pouvoir sur vous, sinon peut-être pour vous tenter, mais non point pour vous perdre. » « C'est clans un but mystérieux et par une sage disposition, déclare saint Augustin (Tractât, vi in Epist. Joan.), que Jésus envoya les démons dans des pourceaux, afin de montrer l'empire qu'ils exercent sur ceux qui vivent comme des animaux immondes. »
Selon la remarque de saint Ambroise (in cap. vin Luc), « considérons ici la clémence du Seigneur ; il ne prend jamais l'initiative pour condamner l'homme, mais chacun est l'artisan de son propre chcâtiment. Craignez donc, hommes luxurieux et gourmands qui vous vautrez dans la fange des voluptés et des délices, craignez d'être livrés dès cette vie aux mains de Satan, par l'ordre ou la permission de Dieu, en attendant que vous soyez engloutis dans les gouffres infernaux. » Les démons les moins dégradés, dit-on, détestent les péchés avilissants ; à plus forte raison l'homme doit en concevoir de l'horreur. Comprenons d'après cela combien sont abominables la luxure et la gloutonnerie, ainsi que. l'orgueil ; car on ne dit point que le démon soit entré dans d'autres corps que ceux du pourceau, du serpent et de l'homme. Saint Chrysostôme dit à cette occasion (Hom. 27 in Mal th.) : « On reconnaît facilement à leurs actions les hommes qui s'assimilent à des pourceaux; ils mangent avec avidité, ils s'engraissent dans la luxure, ils croupissent dans la paresse, ils écument de colère et creusent la terre par avarice. » Les pourceaux figurent encore les détracteurs et les délateurs qui se repaissent des souillures des autres, en rap-
poftant ce qu'ils voient ou entendent; ils rongent en quelque sorte la vie de leur prochain ; aussi les démons entrent en eux et les précipitent dans l'enfer. Rougissez donc, misérable, de cet odieux office qui trouble la paix et sème la discorde, mais tremblez surtout pour le danger qui menace votre âme : car Satan vous a pris sous sa domination, lorsqu'il vous a poussé à une telle conduite, et si, dès à présent, il vous a fait tomber dans ce vice, il vous fera tomber ensuite dans la damnation éternelle. Tremblez également, vous qui prêtez l'oreille aux détractions, et prenez garde de partager le sort de celui qui en est l'auteur; car, Satan se tient aussi bien dans l'oreille de celui qui écoute la médisance, que sur la langue de celui qui l'exprime, parce qu'il n'y aurait point de calomniateur s'il n'y avait point d'auditeur. Expliquant cette maxime (Prov. xxv, 23) : Comme le vent d'aquilon dissipe la pluie, ainsi le visage triste éloigne la déiraction, la Glose ajoute : « Si vous écoutez d'un air satisfait celui qui répand la calomnie, vous l'encouragez à continuer, mais si .vous l'écoutez d'un air mécontent, il apprendra à ne pas dire volontiers ce qu'il verra ne pas être entendu volontiers par les autres. » 0 Seigneur, ne souffrez pas que la contagion des hommes médisants déshonore et corrompe la société des hommes religieux !
Dans le sens mystique, le démoniaque représente le démon qui habite dans les sépulcres et sur les montagnes, c'est-àdire, dans les hommes corrompus et orgueilleux ; il s'appelle Légion, parce qu'il s'environne de complices pour faire le mal ; Jésus-Christ, en le chassant, marque qu'il doit triompher des phalanges diaboliques. Gomme la Légion chassée des hommes passe dans les pourceaux, de même les démons, chassés parla grâce des âmes prédestinées à la vie éternelle, dominent sur les personnes adonnées au mal et courbées
vers la terre. Toutefois, ils n'agissent ainsi que sur la permission de Jésus, parce qu'ils ne peuvent pas même tenter les méchants sans en avoir obtenu la faculté de la puissance divine. Et de même que la Légion précipite dans la mer le troupeau des porcs, ainsi les démons conduisent l'universalité des méchants dans les abîmes de l'enfer.
Ici, une objection se présente : tandis que saint Matthieu parle de deux démoniaques, saint Marc et saint Luc ne parlent que d'un seul. La raison -en est, selon saint Augustin (de Gonsensu Evang. lib. n, cap. iv) que l'un des deux possédés était plus fameux que l'autre; ou bien, selon saint Chrysostôme (Hom. 29 in Matth.), que sa fureur était plus invétérée et plus redoutable dans le pays qu'il affligeait davantage. C'est ce que les deux Évangélistes ont voulu indiquer, en faisant mention de celui-là seul dont la possession était plus connue et j>lus terrible.
Aussitôt les habitants de Gérasa sortirent de leur ville et allèrent au devant de Jésus. Suivant Tite, ils vinrent auprès du Sauveur pour réclamer son secours à cause du dommage qu'ils éprouvaient. G'estainsi que souvent Dieu fait éprouver des pertes aux hommes dans leur fortune lorsqu'il confère des grâces à leur âme. Les Géraséniens, voyant ce qui était arrivé et Celui qui en était l'auteur, conçurent un sentiment profond de sa puissance et de leur faiblesse. Par humilité ils le prièrent de se retirer de leur pays, parce que le respect et l'admiration leur causaient une grande frayeur (Luc. vin, 37).- Ils se croyaient indignes d'avoir dans leur société un si illustre docteur, comme le centurion s'estimait indigne de recevoir sous son toit un hôte si supérieur (Matth. vin) : et comme Pierre, au souvenir de sa fragilité, disait : Éloignezvous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur (Luc. v, 8). Ou peut-être, les Géraséniens, effrayés par leurs péchés,
redoutaient la présence de Jésus-Christ, et par conséquent ils craignaient d'encourir un châtiment plus considérable et dé subir un dommage plus terrible que celui qu'ils venaient d'éprouver dans la perte de leurs pourceaux ; ils appréhendaient la punition d'Oza qui avait touché l'arche de Dieu. Jésus monta donc sur la barque pour se séparer de ces infirmes à qui sa présence était à charge. « Remarquons ici, dit saint Chrysostome (Hom. 29 in Matth.), l'humilité de Jésus-Christ ; il vient d'accorder un bienfait signalé aux Géraséniens qui cependant le renvoient, et, sans faire de résistance, il se retire ; il quitte ceux qui s'étaient proclamés eux-mêmes indignes de sa doctrine, mais il leur laisse pour docteurs les deux possédés et les gardeurs de pourceaux, témoins de ses miracles. »
Au moment ou Jésus allait s'embarquer, l'homme qu'il avait délivré des démons, le suppliait de lui 'permettre de l'accompagner (Marc, v, 18-19). Le sentiment de la reconnaissance pour le bienfait qu'il avait reçu, le portait à s'attacher aux pas du Sauveur. Mais Jésus le renvoya, c'est-àdire ne l'admit pas comme disciple, à cause de l'horreur qu'aurait inspiré son état précédent de possession diabolique, et aussi de peur qu'on n'attribuât au démon ce qu'il ferait ensuite s'il devenait disciple de Jésus-Christ. C'est sur cet exemple du Sauveur qu'est fondée la coutume de l'Eglise de ne pas promouvoir aux fonctions sacrées les démoniaques et les furieux, après leur guérison. Le Seigneur ne voulut pas non plus prendre avec lui l'ancien possédé, pour nous apprendre à fuir les occasions de jactance ; à cause des bons résultats qu'aurait sa prédication, il le renvoya au milieu des siens, pour qu'il travaillât à leur salut et que sa guérison servît de preuve aux fidèles. Ainsi, il ne refuse pas absolument son service, mais il l'établit prédicateur des merveilles
GUÉRISON DE DEUX DÉMONIAQUES, ETC. Il
divines en lui disant (Marc, v, 19) : Retournez chez vous trouve?' vos proches, à l'égard desquels la charité vous oblige davantage, et leur racontez les grandes grâces que le Seigneur vous a faites, et comment il a eu pitié de vous, en vous accordant la santé du corps et de l 'âme. « Considérez, dit saint Théophile, l'humilité du Sauveur ; il ne dit pas: Raconte tout ce que je t'ai accordé, mais tout ce qtie le Sei~ gneur t'a accordé '■■; ainsi, lorsque vous faites quelque bien, ne l'attribuez pas à vous-même, mais à Dieu. » Selon la remarque de saint Chrysostôme, « Jésus qui, après avoir guéri les autres hommes, leur commandait de n'en parlera personne, ordonne ici tout le contraire avec beaucoup de raison, parce que, tout ce pays, occupé par les démons, restait privé de la connaissance de Dieu. » Suivant l'explication dé saint Augustin (lib. n, Qusest. Évang. 13). « Si Jésus- Christ dit à cet homme qui désirait le suivre après avoir été délivré du démon : Retourne dans ta famille et raconte à tes proches les merveilles de Dieu à ton égard, c'est pour nous faire comprendre qu'après avoir été lavé de ses péchés, il faut rentrer dans sa conscience purifiée comme dans sa demeure naturelle, etf travailler à la propagation de l'Évangile pour le salut du prochain, afin de reposer un jour à côté de Jésus-Christ. Mais il ne faut pas que le désir de partager immédiatement la félicité de Jésus-Christ, nous fasse négliger le ministère de la prédication, établi pour la rédemption de nos frères.» Saint Grégoire dit également : « Quand nous avons goûté un peu des consolations divines, nous ne voulons plus retourner aux occupations humaines et nous aspirons au calme de la contemplation ; mais le Seigneur nous ordonne de nous livrer d'abord aux travaux de la vie active, afin (pie nous méritions de jouir ensuite des douceurs de la vie contemplative »
Et cet homme s'en alla, quittant Jésus non pas de cœur mais de corps ; et il se mit à publier dans la Décapote, c'està-dire dans le pays des dix villes, les grâces signalées que Jésus lui avait faites ; il remplissait tout le monde d'admis ration, et le convertissait à la foi (Marc, v, 20). Merveilleuse transformation opérée par la droite du Très-Haut (Psal. lxxvi, 11')! un infidèle, un démoniaque devient un prédicateur fidèle et pieux qui travaille avec zèle à la gloire de Dieu etausalut duprochain îCequel'Evangélistedit ici de l'un doit également s'appliquer à l'autre qui était son compagnon : car, tous deux avaient voulu suivre Jésus-Christ, mais il les avait renvoyés tous les deux trouver leurs proches, et ils racontaient pareillement les merveilles de Dieu dans le bienfait de leur guérison. Apprenons par leur exemple que nous devons annoncer ànos frères les miséricordes du'Seigneur ■ à notre égard, prouver par nos bons discours et nos œuvres vertueuses la sincérité de notre conversion, et préparer les autres à la réception de la même grâce. Si nous portons, encore le joug de Satan, efforçons-nous de le secouer ; et, si nous en sommes affranchis, proclamons combien nous sommes heureux d'avoir obtenu notre délivrance ; c'est ainsi que nous mettrons en pratique la recommandation de l'Esprit-Saint (A.pocal. xx-n, 17) : Que celui qui entend la voix du Seigneur, dise aux autres : venez. Mais hélas! qu'ils sont rares ceux qui suivent cet exemple ! Nous sommes la plupart, très-empressés pour tout ce qui concerne les besoins matériels de nos amis ; mais, pour ce qui regarde leurs intérêts spirituels, nous n'avons aucune sollicitude.
(tUÉRISON d'un paralytique, etc. 13
Prière.
Seigneur Jésus-Christ, ami compatissant des pauvres mortels ! je vous en supplie avec larmes, délivrez-moi de toutes les souillures du péché et de toutes les vexations du démon, puis conservez-moi dans cet état d'affranchissement jusqu'à la fin de ma vie. Que, pour la gloire de votre nom et l'utilité de mon prochain, je puisse manifester par mes paroles, et prouver par mes actions combien de faveurs vous avez octroyées à mon âme, en lui procurant la grâce de cette délivrance ; les autres hommes, connaissant ainsi que ce changement est l'ouvrage de votre droite, seront encouragés par l'exemple de ma conversion et deviendront meilleurs par le secours de votre miséricorde. Ainsi soit-il.