GUÈBISON D'UN PARALYTIQUE DESCENDU PAR LE TOIT D'UNE MAISON
Matth. îx, 1-8. — Marc, n, L-12. — Luc. v, 18-26.
Jésus étant monte sur une barque, quitta le pays des Gôraséniens pour revenir en Galilée d'où il était parti (Matth. ix, 1). D'après saint Chrysostôme (Hom. 30 in Matth.), si le Seigneur traverse la mer dans un navire, tandis qu'il pouvait la traverser à pied, c'est pour ne pas montrer sa puissance divine par des miracles trop fréquents qui auraient nui au mystère de l'Incarnation. Les hommes
du siècle agissent d'une manière bien différente ; ont-ik quelque puissance, ils veulent toujours l'exercer plutôt que la justice véritable. Si Jésus traverse la mer sur une barque, c'est encore afin de nous apprendre à nous servir de la barque de la pénitence sur la mer de ce monde pour arriver à la cité céleste. Aussi, l'Évangile ajoute : Et il vint dans sa ville, c'est-à-dire dans Capharnaùm, où il avait coutume d'habiter et d'opérer ses miracles. D'après saint- Chrysostôme, Capharnaùm est appelée ici sa ville, non pas sans doute qu'il y fut né, mais parce qu'il l'avait illustrée par ses prodiges plus multipliés. Il avait vu le jour à Bethléem, il avait passé sa jeunesse à Nazareth, mais il demeura longtemps à Capharnaùm. C'est là qu'il fixa son séjour ordinaire où il produisait ses œuvres merveilleuses ; parce que, selon saint Augustin (lib. 2, de Consensu Evangelist., cap. ?5), cette ville était comme la métropole ou capitale de la Galilée ; à cause de la multitude qui s'y trouvait, la doctrine et la prédication du Sauveur, confirmées par des miracles, devaient y répandre un plus vif éclat, et convertir un plus grand nombre.de per- . sonnes. Ou bien, Jésus fit de Capharnaùm sa ville, parce que Capharnaùm comme nous l'avons dit précédemment, signifie lieu d'agrément, d'abondance et de consolation; et comme toutes ces choses sont pour beaucoup des occasions de péché, elle avait besoin pour la conversion de ses habitants d'être le théâtre de plus nombreux prodiges. Ou bien encore, comme nous appelons notre ville la métropole d'un pays où est située la ville môme que nous habitons, Capharnaùm a pu être appelée dans ce sens la ville du Seigneur qui avait été conçu et élevé à Nazareth; car Nazareth était située dans la province de Galilée dont Capharnaùm était la capitale, assise sur le bord du lac.
Et lorsque Jésus enseignait la foule dans une maison,
quatre hommes vinrent, portant un paralytique sur son lit. Ils trouvèrent la porte tellement encombrée par la multitude qu'ils ne purent introduire le malade par cette voie ; ils montèrent alors sur le toit, et après avoir ôté les tuiles, ils descendirent le malade avec son lit, et le placèrent au milieu de l'assemblée devant Jésus (Luc. v, 19). Cette démarche prouvait la grandeur de leur foi ; aussi, pour la récompenser,le Seigneur fit éclater sa puissance et sur l'âme et sur le corps du paralytique par trois effets différents dont les deux premiers regardent rame, et le dernier regarde le corps D'abord il lui remit ses péchés, puis il lui dévoila ses pensées et enfin il guérit subitement son infirmité. Jésus voyant donc leur foi, c'est-à-dire non-seulement celle des porteurs, mais aussi du paralytique qui n'aurait pas souffert d'être porté sur la maison et descendu par le toit s'il n'avait espéré sa guérison, dit à ce dernier (Matth. ix, 2) : Mon fils, ayezconfiance, vos péchés vous sont remis. Remarquez qu'il ne dit pas : Je vous remets vos péchés, mais vos péchés vous sont remis, pour nous donner une leçon d'humilité et de miséricorde. Il est évident par là que le paralytique avait la foi : car, si la santé du corps ou une autre grâce extérieure peut être accordée à quelqu'un en vertu de la foi d'autrui, la rémission des péchés ne peut être accordée à un adulte qu'en vertu de sa propre foi; et c'est justement pourquoi le Sauveur donne le titre de fils à cet infirme qui déjà croyait en lui. Admirable humilité ! s'écrie saint Jérôme (in cap. 9 Matth.), le Seigneur ne refuse pas de donner le titre de fils à un homme sans nom et sans autorité, à un homme perclus de tous ses membres et que les prêtres de la Loi ne daignaient pas même toucher.
Or, quelques Scribes ou docteurs de la Loi qui étaient présents, dirent en eux-ménics (Matth. ix, 3); car ils n'osaient
pas à cause du peuple traduire extérieurement leur pensée ou parole intérieure : Cet homme blasphème, il s'arroge ce qui n'appartient qu'à Dieu. Blasphémer en effet, c'est faire injure à Dieu de quelqu'une de ces trois manières ; ou en lui attribuant ce qui ne lui convient pas; ou en lui ravissant ce qui lui convient ; ou en s'attribuant ce qui n'appartient qu'à lui. C'est en ce dernier sens que les Scribes accusaient Jésus de blasphémer ; car ils le considéraient comme un pur homme, et non point comme le seul Dieu auquel il appartient exclusivement de remettre les péchés.
Mais Jésus les reprend avec raison en leur prouvant sa divinité de deux façons. 1° D'abord il répond à leurs pensées que Dieu seul peut connaître avec certitude : Pourquoi, leur dit-il (Matth. ix, 4), formez-vous dans vos cœurs de mauvais jugements, en nïaccusant faussement de blasphémer ou d'usurper ce qui appartient exclusivement à Dieu, et en supposant que je ne puis remettre les péchés? Gomme s'il disait : La puissance qui me fait apercevoir vos pensées, me permet également de remettre les péchés, parce que les pensées sont la source du bien et l'origine du mal. Ainsi, notre Sauveur, découvrant les mauvaises pensées des Scribes, pour en arrêter les suites funestes, se hâte de les reprendre par ces paroles : Pourquoi concevez-vous dans vos cœurs d'injustes sentiments ? 11 nous donne de la sorte cette règle de conduite; dès que nous voyons notre cœur agité de quelque mauvaise passion, nous devons le gourmander aussitôt comme si le Seigneur lui adressait ces paroles : Pourquoi t'abandonner à ces pensées coupables ?
2° Le Sauveur prouve de plus, sa divinité en guérissant le paralytique par un simple commandement comme par sa propie vertu; ce qui suppose la même puissance souveraine que pour remettre les péchés. Il est vrai que la
paralysie peut être guérie quelquefois par la force de la nature ; mais cette guérison n'est pas assez subite, ni assez parfaite pour qu'un homme puisse immédiatement porter le lit où il était étendu, comme il arriva dans l'exemple qui nous occupe. Voilà pourquoi Jésus ajoute (Matth. ix,5): Quelle est la plus facile de ces deux choses, ou de dire: Vos péchés vous sont pardonnes, ou de dire : Levez-vous et marchez, c'est-à-dire de faire par une simple parole qu'un pécheur soit justifié, ou qu'un paralytique soit guéri instantanément? Comme s'il disait : Si la guérison instantanée des corps vous paraît une œuvre plus éclatante et plus grande que la guérison des âmes ; eh bien ! je puis opérer la première, je puis par conséquent opérer la seconde, car ces deux œuvres sont les effets d'une égale puissance, d'une puissance infinie. D'après ce raisonnement, il démontra par le fait la vertu de sa divinité, lorsqu'il ajouta (Ibid. 6) : Afin donc que vous sachiezque le F ils de l'homme a sur la terre le pouvoir der émettre les péchés, levez-vous, dit-il au paralytique, en d'autres termes, soyez guéri, prenez votre lit, où la maladie vous avait retenu longtemps cloué ; que la couche de votre infirmité devienne la preuve de votre guérison, et retournez dans votre maison, sans avoir besoin comme auparavant d'aucun porteur. Et le paralytique s'en alla glorifiant Dieu qui venait de le guérir 'Luc. v, 25).
Faire que la guérison suivît immédiatement le commandement, c'était l'acte manifeste d'une vertu suprême. Personne ensuite ne pouvait plus douter que Celui-là même qui avait ordonné au paralytique de prendre son lit et de marcher, ne lui eût en même temps remis ses péchés.- Aussi, tous les spectateurs furent frappés d'une extrême admiration, et renonçant aux blasphèmes, ils se mirent à louer une si grande majesté. C'est pourquoi rjSvangéliste
ajoute : Et les foules voyant le miracle qui avait été opérédans la personne du paralytique, furent saisies d'une crainte respectueuse et d'un profond étonnement ; elles glorifièrent et louèrent Dieu de ce quil avait donné aux hommes, c'est-àdire pour leur salut, une telle puissance de remettre les péchés et de guérir les infirmités par la parole seule ; ou bien, selon la Glose, de ce qu'un homme faisait parmi les hommes des choses si merveilleuses. Et ce pouvoir Dieu le Père l'avait confié à Jésus-Christ pour qu'il l'exerçât en faveur des hommes. Jésus-Christ en effet produisait des miracles pour trois raisons : pour l'utilité de ceux auxquels il accordait la double guérison du corps et de l'âme ; pour le salut des autres qui se convertissaient à la vue des miracles ; pour la gloire et l'honneur de Dieu. Telles sont les trois raisons pour lesquelles il opéra le miracle que nous venons de raconter. Néanmoins la crainte qui s'empara de la foule à la vue du miracle, semble prouver qu'elle n'avait pas une connaissance exacte de Jésus-Christ ; elle le regardait comme un pur homme qui avait reçu de Dieu ce pouvoir extraordinaire. De là cette explication de la Glose : Ils considèrent en incrédules le paralytique qui se lève, ils le suivent lorsqu'il s'en va et ils aiment mieux craindre les miracles de la puissance divine que de croire; car s'ils avaient eu la confiance, ils n'auraient pas été saisis de frayeur, mais plutôt remplis d'amour, puisque la charité parfaite chasse la crainte (I Epist. Joan. iv, 18).
Le Seigneur guérit d'abord dans le paralytique la maladie spirituelle qui était la source et la racine de la maladie corporelle ; il commença par remettre les péchés qui avaient été le principe de l'infirmité, et il agit ainsi à la façon d'un bon médecin qui détruit la cause du mal avant d'appliquer le remède. Or, comme l'infirmité avait été infligée au para-
lytique à cause de ses péchés pour qu'il en fût purifié, le Seigneur le délivra premièrement de ses péchés, afin que la cause cessant, l'effet cessât également ; car aucune adversité ne nuirait à l'homme, si aucune iniquité ne dominait en lui. — D'après la Glose, les infirmités nous arrivent pour cinq raisons : soit pour augmenter nos mérites si nous sommes justes, en nous exerçant à la patience, témoin Job; soit pour conserver nos vertus, en nous préservant de l'orgueil, témoin saint Paul ; soit pour nous corriger de nos péchés, témoin Marie, couverte de la lèpre et cet homme affligé de paralysie ; soit pour prouver la gloire de Dieu, témoin l'aveugle-né et Lazare ressuscité ; soit pour commencer notre châtiment, témoin Hérode Agrippa, et afin que nous comprenions dès ici bas ce qui arrivera plus tard en enfer. — Selon saint Jérôme (in cap. 3 Matth.), « le Sauveur nous fait ici comprendre que la plupart des infirmités corporelles sont la suite des infirmités spirituelles ; c'est pourquoi, avant de rétablir la santé, il commence par remettre les péchés qui sont les causes delà maladie, et il opère ensuite une guérison visible afin qu'elle soit la preuve de la guérison invisible. » — D'après le Vénérable Bède (in cap. 5 Luc.),« le Seigneur, voulant délivrer cet homme de sa paralysie, le délivre préalablement de ses péchés, pour montrer que, si ses membres étaient privés de mouvement, c'est qu'ils étaient comme enchaînés par le péché ; et que si ces liens n'étaient pas brisés, les membres ne pouvaient être libres. Mais hélas ! nous autres, nous sommes plus occupés de guérir le corps que l'âme, et voilà pourquoi nous ne parvenons à guérir ni l'un ni l'autre.» Saint Chrysostôme dit également : « Notre corps est-il souffrant, nous nous empressons de le soulager ; mais si notre âme est en mauvais état, nous différons d'en sortir, aussi nous n'obtenons pas même la santé pour le corps. Des-
séchons la source des maux qui est le péché et nous arrêterons le cours des maladies. » — Ainsi donc, comme il est constant que nos maladies sont souvent causées par nos péchés, le médecin qui visite un malade doit l'exhorter d'abord à la pénitence et à la confession ; car si le péché reste dans l'âme, comme le fer dans une blessure, l'application d'un remède devient inutile. Ils sont donc dans l'erreur les médecins qui soignent le corps avant l'âme ; ils ignorent la cause de la maladie, c'est-à-dire que le péché de l'âme produit la souffrance du corps.
Mais, puisque, d'après la doctrine de saint Ghrysostôme, ces actes du Seigneur contiennent en eux la raison- des choses spirituelles, nous devons rechercher maintenant ce ■que le paralytique représente. Il est d'abord la figure de la Gentilité qui, retenue par des vices invétérés, et atteinte d'infirmités presque incurables, gisait comme sur un lit dans les quatre parties du monde. Et ce paralytique auquel les péchés sont pardonnes, nous montre que la Gentilité, dangereusement affaiblie par la gravité de ses crimes, en a obtenu la délivrance parla vertu d'un remède céleste, de telle sorte qu'elle a reçu la santé du salut éternel, dans sa plénitude et son intégrité, quant au corps et quant à l'âme. Après que le pardon de ses fautes et laguérison de £es maux lui eurent été généreusement accordés, le peuple des Gentils eut le bonheur de s'entendre dire : Allez, et retournez dans votre maison, c'est-à-dire dans la demeure du paradis, d'où depuis longtemps Adam avait été chassé, comme auteur de toutes les infirmités corporelles et spirituelles. On peut ajouter avec vérité : A ce spectacle, les foules furent saisies de crainte et glorifièrent Dieu qui avait octroyé une si grande puissance aux hommes. Dieu est en effet glorifié, soit parce qu'il a donné à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, soit
parce qu'il a procuré aux hommes la grâce inestimable de pouvoir retourner dans la patrie du ciel, après avoir obtenu la rémission de leurs péchés par le mérite de la foi et de la justice. A Cette vue les foules furent saisies de crainte ; car. dit saint Hilaire (canon. 8 in Matth.), on doit vivement redouter de subir la mort sans avoir reçu de Jésus-Christ le pardon de ses fautes, puisque, sans cette condition, il est absolument impossible de retourner dans la demeure éternelle ; mais une fois qu'on est affranchi de cette crainte, on rend gloire à Dieu de ce que, par sa parole, il a donné aux hommes le pouvoir d'obtenir la purification de leurs souillures, la résurrection de leurs corps et leur retour dans le ciel.
Selon le sens moral, le paralytique perclus de tous ses membres figure le pécheur qui. dépourvu d'œuvres méritoires, dépérit dans une honteuse inaction. 11 ne peut ni faire de salutaires démarches, ni produire des opérations surnaturelles, ni goûter les douceurs célestes, ni contempler les vérités éternelles, ni entendre la parole divine, ni ressentir les consolations spirituelles. La mauvaise habitude qui le domine, le retient comme enchaîné sur le lit où il languit. Le péché, comme la paralysie, produit dans l'homme qui en est atteint, une espèce de tremblement par l'affection au mal; il lui enlève la sensibilité par l'obstination ; il lui lie la langue par le désespoir.
Quoique le Seigneur ait ressuscité beaucoup de morts et guéri beaucoup de paralytiques, néanmoins, d'après le récit évangélique, de même que nous connaissons seulement trois de ces morts ressuscites, nous ne connaissons également que trois de ces paralytiques guéris par le Sauveur, à savoir : l'un qui se trouvait dans la maison, l'autre près de la piscine probatique, et un autre sur le lit. Comme le paralytique figure le pécheur, nous devons remarquer aussi
19 LA. GRANDE VIE DE JÉSUS-CHHiST
qu'il y a trois sortes de pécheurs, le pécheur occulte, le pécheur public et le pécheur habitudinaire. Le paralytique dans la maison, c'est le pécheur occulte ; le paralytique près de la piscine, c'est le pécheur public ; le paralytique sur le lit où il demeure étendu, c'est le pécheur habitudinaire qui reste plongé dans le vice, d'où il sort difficilement. Ces trois sortes de pécheurs sont entraînés loin de leur propre conscience, et même loin de l'Église, soit militante, soit triomphante par quatre porteurs, qui sont : 1° la tiédeur dans le bien ; car si l'homme commence par Ja paresse à se relâcher dans la poursuite du bien, il abandonne Dieu et Dieu l'abandonne en même temps : 2° la délectation dans ie mal, qui accompagne presque toujours la tiédeur, car dès que l'âme se sépare de-Dieu, elle s'attache promptement au mal • et ces deux premiers porteurs marchent en avant : 3° la perpétration du mal, car la délectation conduit à l'acte : 4° l'habitude du mal qui se contracte par la répétition des actes vicieux. Ces deux derniers porteurs finissent par soustraire le paralytique spirituel aux suffrages de l'Église dont il reste privé.
En face de ces quatre porteurs, s'en trouvent quatre autres qui reportent le paralytique pour le réconcilier avec l'Église, ce sont": 1° la brièveté de la vie, qui fait comprendre à l'homme combien la vie présente est courte et incertaine ; 2° la crainte de la damnation qui nous fait voir l'intensité, la diversité et l'éternité des peines de l'enfer; 3° la considération du péché qui nous en fait connaître la grandeur, la difformité et la malice ; 4° l'espérance du pardon qui nous dit: Vous avez commis beaucoup de fautes, vous pouvez néanmoins en obtenir le pardon.
Ou bien encore, les quatre porteurs qui présentent à Jésus-Christ le paralytique spirituel sont les quatre sortes
de personnes qui travaillent à procurer son salut, par des avertissements secrets, par .des prédications publiques, par do charitables prières et par des exemples édifiants. Ces personnes offrent le pécheur à Jésus-Christ, en contribuant à sa conversion ; et le pécheur s'offre lui-même, en conformant sa volonté à leurs sollicitations et en ne mettant point obstacle à leurs mérites. Jésus-Christ regarde la foi de ces porteurs lorsqu'il accorde l'objet de leurs instances ; le paralytique est guéri, quand son péché lui est pardonné et que la grâce lui est conférée pour rendre ses actes méritoires ; il emporte le grabat de sa mauvaise habitude, lorsqu'il embrasse l'exercice des bonnes œuvres ; marchant ainsi de vertu en vertu, il retourne dans sa maison quand il s'efforce d'arriver à la patrie céleste ; alors le peuple glorifie Dieu de cette heureuse transformation qui est vraiment opéré0 par la droite du Très-Haut. Mais ceux qui murmurent en face de ce qu'ils appellent un blasphème, sont la figure des démous qui s'affligent de voir la conversion d'un pécheur.
Pour guérir le pécheur pénitent, Jésus-Christ lui commande quatre choses : d'abord, avant tout, d'avoir confiance; aussi pour lui faire espérer le pardon, il commence déjà même à l'appeler son fils par adoption. Ensuite il lui ordonne de se lever, de prendre son lit et de retourner à sa maison. Le pénitent doit se lever, c'est-à-dire, sortir du péché où il était plongé,- car le pécheur qui se complaît dans le péché s'y repose comme sur un lit ; son âme y est tellement abattue qu'elle ne peut jamais être heureuse, parce que la conscience troublée appréhende toujours des châtiments ; mais il se lève, lorsqu'il renonce à tout mal. En outre, il doit prendre et -emporter son lit, c'est-à-dire, regarder comme une charge et une souffrance le péché dans lequel il cherchait son repos - et son plaisir. Enfin, il doit retourner dans sa demeure,
c'est-à-dire, tendre par la méditation vers le ciel, ou rentrer par l'examen dans sa conscience qui est la demeure de son âme, et s'il y trouve quelque souillure, il doit s'en purifier par la confession; car, par la multitude de ses péchés,- l'homme s'éloigne tellement de sa conscience qu'il la perd de vue en quelque sorte et qu'il ne se connaît plus lui-même.
Ainsi donc, le paralytique spirituel, c'est l'homme qui est énervé et engourdi par la mollesse et les plaisirs de la chair ou les délices du siècle ; il est tellement aveuglé par les pensées et les préoccupations mondaines, qu'il ne peut voir Dieu : mais lorsqu'il est monté sur le toit de sa chair, en la dominant par la volonté de l'esprit, il commence à dé- . couvrir Dieu dont il retrouve la véritable connaissance. Alors Dieu par sa grâce le guérit de tous les péchés antérieurs et l'appelle son fils par adoption ; puis il lui commande de' secouer la torpeur de la négligence et de sortir des passions sensuelles par une- sincère pénitence, de renoncer aux voluptés corporelles où il était plongé, pour s'élever aux voluptés spirituelles en domptant la chair par la continence, il lui ordonne ensuite d'aller et de retourner par ses bonnes œuvres et une conduite exemplaire dans sa demeure éternelle du paradis que l'homme avait autrefois habité, ou bien dans la maison intérieure de la conscience où il doit s'isoler des affections terrestres pour la préserver de nouvelles fautes, et la conserver dans un bon état.
Le Vénérable Bède dit également (in cap. 5 Luc.) : « Selon le sens spirituel, se lever de son lit, c'est arracher son âme aux convoitises charnelles, où elle était couchée comme malade. Emporter son lit, c'est châtier son corps par les rigueurs de la continence, et, en vue des récompenses célestes, le priver des satisfactions terrestres. C'est ce lit du péché que David arrosait chaque nuit de ses pleurs, en ef-
façant par les larmes de la componction les souillures de chaque faute. S'en aller chez soi, c'est retourner au para lis ; car telle est la demeure qu'occupèrent d'abord nos premiers parents, et sans que nous en eussions abdiqué la propriété, Satan nous en ravit ensuite la jouissance ; mais enfin elle nous a été enfin restituée par Celui sur lequel notre ennemi fallacieux n'avait aucun droit. »
Ecoutons ce que dit saint Anselme sur le même sujet dans ses Méditations. « Ne passez pas sans entrer dans cette maison, où le paralytique descendu par le toit fut placé aux pieds de Jésus ; la miséricorde et la puissance s'y rencontrèrent, lorsque le Sauveur prononça ces paroles : Mon fils, vos péchés vous sont pardonnes. 0 admirable clémence ! ô bonté ineffable ! heureux paralytique ! Il reçut un pardon qu'il ne demandait point, que la confession '.l'avait point précédé, que la satisfaction n'avait point mérité, et que la contrition ne pouvait réclamer comme un droit. Il demandait seulement la guérison du corps, mais non point celle-de l'âme, et voilà qu'il reçut également l'une et l'autre. Oui, Seigneur, la vie dépend de votre volonté ; si vous avez résolu de nous sauver, qui pourra vous en empêcher ? mais si vos décrets sont contraires, qui osera vous dire : Pourquoi agissez-vous ainsi ? O Pharisien ! pourquoi donc murmurezvous ? Est-ce que votre œil est mauvais, parce que Dieu est bon UMatth. xx, 15). Assurément, il a pitié de qui il veut (Rom. ix, 18). Gémissons et supplions pour qu'il daigne avoir pitié de nous ; par nos bonnes œuvres rendons notre prière îius agréable, notre dévotion plus solide, notre charité plus fervente ; dans nos oraisons levons au ciel des mains innocentes qu'un sang impur n'a pas tachées, qu'un contact illicite n'a pas souillées, et que l'avarice n'a pas roidies ; levons au ciel un cœur vide de colère et de rancune, où régnent T. m 2
le calme, l'ordre, la paix, et où brille la netteté de la conscience. Nous ne voyons pas, il est vrai, que le paralytique possédât aucune, de ces dispositions, et nous savons cependant qu'il obtint la rémission de ses péchés. C'est là un effet extraordinaire de la puissance miséricordieuse de Jésus ; et si c'est un blasphème de méconnaître en lui un tel pouvoir, ce serait une insigne folie de présumer pour nous une telle faveur. Jésus-Christ peut dire à qui il veut et avec la même efficacité, ce qu'il disait au paralytique : Vos péchés vous sont remis. Mais gardons-nous de prétendre que semblables paroles puissent nous être adressées sans aucune bonne œuvre préalable de notre part, ou sans contrition, ou sans confession ou même sans prière ; autrement nos péchés ne nous seraient jamais pardonnes. » Ainsi parle saint Anselme.
Prière.
Seigneur Jésus, dans votre Passion vous êtes monté sur la barque de la Croix, dans votre Résurrection vous avez franchi la mer de ce monde, et, au jour de votre Ascension, vous êtes revenu à votre cité du ciel. Voilà que maintenant la crainte des péchés passés, l'appréhension de la colère divine, la peur d'une infirmité imminente, la frayeur d'une mort incertaine, amènent devant vous mon âme accablée par la paralysie spirituelle; elle gît dans l'habitude de l'iniquité comme sur une couche de langueur ; mais dites-lui d'avoir confiance d'obtenir son pardon, de se lever par la contrition et la confession, d'emporter son lit par la satisfaction, de marcher dans le sentier des vertus vers la demeure de la béatitude éternelle ; et qu'à la vue de, cette guérison surnaturelle, les fidèles, saisis d'une crainte salutaire, glorifient le Seigneur miséricordieux qui a établi une telle puissance en faveur des hommes. Ainsi soit-il.