CHAPITRE LIX
Luc. X, 23-37.
Après avoir dit que Dieu cache aux superbes et révèle aux humbles les mystères de la foi et les secrets de sa sagesse, le Seigneur Jésus montre que le Père céleste a manifesté l'avènement de son Fils aux disciples, et qu'il les a éclairés ainsi, parce qu'ils étaient humbles et petits. Aussi, les proclame-t-il heureux de ce qu'en leur faveur avaient été accomplies les promesses faites aux anciens Patriarches. Heureux, leur dit-il, les yeux qui voient ce que vous voyez (Luc. x, 23). En effet, ils sont heureux, parce qu'ils ont mérité de voir Jésus-Christ non-seulement des yeux extérieurs du corps, mais aussi des yeux intérieurs de l'intelligence. Ceux qui voient ainsi Jésus- Christ par la lumière de la foi soutenue de la charité, sont heureux dès ici-bas par l'espérance, et, s'ils persévèrent, ils seront heureux éternellement par la jouissance. Le Sauveur ajoute (Luc. x, 24) : Oui, je vous l'assure, beaucoup de Prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont point vu, entendre ce que vous entendez et ne Vont point entendu. Ces Prophètes ce sont des personnages supérieurs par la science, et ces rois ce sont des justes éminents par la sainteté ; car saint Luc appelle rois ceux que saint Matthieu appelle justes (Matth.xm, 17). Les justes, en effet, sont de grands rois, puisqu'ils ont su triompher des tentations et commander à leurs passions. Ces Prophètes et ces rois ont désiré voir et
entendre comme les disciples ce que ceux-ci ont vu et entendu ; mais ils furent privés de cet avantage ; car ils n'ont pas vu et entendu d'une manière sensible mais seulement d'une manière spirituelle, ce que les disciples ont vu de ces deux manières. Ces derniers, en effet, ont vu Jésus-Christ extérieurement, en considérant sa présence corporelle qui opérait des œuvres merveilleuses, et ils l'ont vu intérieurement, en découvrant sa divinité cachée sous des dehors humains ; ils l'ont aussi entendu extérieurement, en écoutant les sons de sa voix, et ils l'ont entendu intérieurement, en acceptant les vérités de sa doctrine. Les Prophètes et les rois, au contraire, n'ont vu et entendu le Sauveur que par la foi ; car ils l'ont aperçu seulement de loin, sous les voiles des figures et sous les symboles des visions, comme en énigme, ou dans un miroir. Mais les disciples qui possédaient le Seigneur en personne parmi eux et qui l'interrogeaient comme ils voulaient, ont été instruits par lui-même et de sa propre bouche, et non point par le ministère des Anges ou par le moyen d'emblèmes mystérieux. Jésus- Christ ne félicite pas ceux qui, comme les Juifs restés incrédules, ne l'ont pas vu des yeux de la foi, mais seulement des yeux du corps ; les yeux de tels hommes, loin d'être heureux, sont plutôt maudits. Mais il félicite ceux qui nonseulement ont contemplé les dehors apparents de son humanité, mais qui ont en outre reconnu la vertu secrète de sa divinité ; tels sont les hommes dont les yeux sont vraiment heureux. C'est ainsi que les Apôtres ont vu la présence de la grâce dans l'humanité qu'il avait revêtue, la sainteté de sa vie dans la vie même qu'il menait, sa puissance dans les miracles qu'il opérait, et sa gloire dans la Transfiguration.
Ils sont aussi bienheureux ceux qui, sans l'avoir vu des
yeux du corps, ont cru, en le voyant des yeux de l'âme par la foi ; car ils le verront un jour en personne et face à face (Joan. xx, 29). Dans cette espérance, les uns et les autres sont heureux, à cause de leur foi, et ceux qui n'ont pas vu et ceux qui ont vu Jésus -Christ d'une manière sensible : les premiers, parce qu'ils ont montré plus de générosité, en croyant malgré la difficulté plus grande de conviction ; les seconds, parce qu'ils ont goûté plus de satisfaction , en jouissant de la présence plus manifeste du Sauveur. Selon saint Chrysostôme, la vérité des deux Testaments paraît en ce que ce qui avait été prévu et souhaité dans l'Ancien a été accompli et réalisé dans le Nouveau; aussi, c'est parle même Esprit que les Patriarches ont attendu comme futur le Sauveur que les Apôtres ont contemplé comme présent, et que nous croyons comme déjà venu ; ainsi, la foi se montre la même dans nous que dans les Patriarches, et les deux Testaments n'ont pas eu des auteurs différents, mais un seul, c'est-à-dire Dieu lui-même.
Remarquons ici que Jésus-Christ se manifeste de quatre manières différentes : 1° par la vision corporelle, comme il s'est montré dans l'Incarnation ; cette vision ne constitue pas le bonheur, puisque les Juifs et les infidèles ont vu Jésus-Christ de la sorte pendant sa vie mortelle. 2° Il se manifeste par la vision spirituelle de la foi qui nous fait croire en lui comme dans le Fils de Dieu. Cette seconde vision peut naître de la première, suivant la parole de Jésus- Christ (Joan. xx, 29) : Parce que vous m'avez vu des yeux du corps, Thomas, vous avez cru en me voyant des yeux de la foi. Mais cette vision n'est pas encore la béatitude, elle est seulement la voie qui nous y conduit en nous la faisant mériter. 3° Jésus Christ se manifeste par la vision extatique de la contemplation intellectuelle ; elle est déjà un COmmen-
cernent anticipé de la béatitude céleste qui nous fait sentir et goûter combien le Seigneur est doux. 4° Jésus-Christ se manifeste par la vision intuitive qui fait contempler Dieu tel qu'il est dans la lumière de la gloire ; au ciel, cette vue fait le bonheur suprême de l'entendement comme la charité parfaite celui de la volonté.
Pendant que le Sauveur s'entretenait ainsi avec ses disciples, un docteur de la Loi qui en connaissait mieux le texte que l'esprit, le sens littéral que le sens spirituel, se leva, pour se faire mieux entendre ou plutôt mieux remarquer comme bon ; et s'adressant à Jésus, non pour s'instruire et s'édifier, mais pour l'éprouver et le critiquer, il le tenta par ces paroles (Luc. x, 25) : Maître, que faut-il que je fasse pour posséder la vie éternelle ? Il l'appelle Maître et non pas Seigneur, parce qu'il voulait le questionner, mais non pas le servir ; l'entendre, mais non pas lui obéir. En appelant Maître Celui dont il ne veut pas être le disciple, il nous représente les Chrétiens qui se plaisent à louer les Saints sans les imiter. Il dit avec raison : Que faut-il faire ? car on. n'est pas justifié en écoutant, mais en accomplissant la Loi, et le royaume de Dieu est la récompense non des beaux discours, mais des bonnes œuvres. Jésus alors lui dit (Luc. x, 26) : Qu'y a-t-il dans l'Ecriture? Que lisez-vous dans la Loi ? relativement aux moyens d'obtenir la vie éternelle. Cette loi divine est la Loi des lois sur laquelle nous serons interrogés, examinés au grand jour du jugement, selon cette parole de l'Apôtre (Rom. n, 12) : Ceux qui ont péché contre la Loi seront condamnés par la Loi. Appliquons-nous donc à étudier cette loi, afin que nous puissions répondre à son sujet, comme l'homme juste dont le Psalmiste dit qu'il médite jour et nuit la Loi du Seigneur (Psal. i, 2). « Mais, hélas ! s'écrie saint Jérôme (Epist. ad Nepo-
fcian.), comme si les décrets des Empereurs étaient supérieurs aux préceptes de Jésus-Christ, on apprend ceux-là et on néglige ceux-ci, on préfère les lois humaines à l'Évangile que l'on dédaigne. » « Ce docteur, ajoute le Vénérable Bède (in cap. x Luc), questionne Jésus-Christ touchant la vie éternelle pour voir s'il contredira la loi de Moïse ; mais le Sauveur le confond en lui donnant pour réponse les paroles mêmes de Moïse, et il nous montre ainsi que les contempteurs de la foi catholique seront réfutés par leurs propres lois, les Juifs par leurs Écritures canoniques, et les Musulmans par l'Alcoran.
Le docteur alors répondit en articulant ce qu'il avait lu dans la Loi, mais qu'iln'avait pas mis en pratique (Luc.x, 27): Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit . Vous aimerez le Seigneur (Diliges Dominum), parce qu'il vous a créé par sa puissance ; Dieu (Deum), parce qu'il vous a instruit par sa sagesse ; celui qui est le vôtre (tuum), parce qu'il s'est livré lui-même par sa bonté pour vous racheter. Vous l'aimerez de tout votre cœur (ex toto corde tuo), c'est-à-dire de toute votre volonté; car, comme toutes les parties du corps se meuvent d'après l'impulsion du cœur, de même toutes les facultés de l'âme opèrent d'après la détermination de la volonté. Vous l'aimerez de toute votre âme (ex tota anima tua), c'est-à-dire de tout votre appétit sensitif excité par la volonté ; car ici l'âme est prise pour désigner la partie sensitive elle-même, conformément à ce qu'on lit dans la Genèse (n, 7) : L'homme fut doué d'une âme vivante, ou, comme l'explique la Glose, d'une âme qui communiquait au corps la vie animale ou sensible. Vous l'aimerez de tout votre esprit (ex tota mente tua), c'est-à-dire de toute votre intelligence sollicitée par la
volonté à croire les mystères de la foi, et à méditer les vérités de la religion. Enfin vous l'aimerez de toutes vos forces (et ex omnibus viribus tuis), c'est-à-dire selon toute l'étendue et l'énergie de vos puissances, afin que toutes agissent avec ardeur et promptitude par le motif de l'amour divin. La Loi, dit saint Maxime, prescrit trois manières d'aimer Dieu, dans le but de nous arracher aux trois affections du monde, par lesquelles le démou a voulu tenter Jésus- Christ lui-même, à savoir, l'amour des richesses, des honneurs et des voluptés.
Vous aimerez ensuite voire prochain, c'est-à-dire tous les hommes, comme vous-même, avec la même affection et de la même manière que vous vous aimez, en cherchant à lui procurer comme à vous-même la grâce en celte vie et la gloire dans l'autre. Le premier et le principal commandement, dit saint Basile (in Moral.), consiste dans l'amour de Dieu, et le second qui n'est que le complément et la conséquence du premier, consiste dans l'amour du prochain, a Remarquez, dit saint Chrysostôme, comment le Seigneur recommande presque avec la même insistance l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Il dit pour le premier précepte : Vous aimerez Dieu de tout votre cœur ; puis il ajoute pour le second précepte : Vous aimerez votre prochain comme vous-même. Si nous observions avec soin ce double précepte, il n'y aurait plus de distinction entre le maître et l'esclave, entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, et le péché resterait inconnu ici-bas ; car ce double amour de Dieu et du prochain est capable de surmonter toutes les tentations et les difficultés, et il serait plus facile à la paille de résister à l'action du feu qu'au démon d'éteindre la ferveur de la charité. » — Il est écrit, dit saint Grégoire (lib. x Moral, xx) : Vous aimerez votre prochain comme vous-
même; mais comment serait-il bon envers les autres pour compatir à leur misère celui qui est assez cruel envers luimême pour vivre dans le péché ? Nous traiterons plus longuement ailleurs cette matière, au second jour qui suivit l'entrée triomphante du Seigneur à Jérusalem. — Jésus dit au docteur de la Loi (Luc. x, 28) : Vous avez parfaitement répondu ; faites cela, c'est-à-dire aimez Dieu et le prochain d'un amour qui ne soit pas simplement affectif, mais encore effectif: car il faut manifester son amour par des actes, et les œuvres extérieures de charité sont les preuves les plus évidentes de l'affection. Faites donc cela, et vous vivrez éternellement ; car telle est la voie qui conduit infailliblement à la vie éternelle ; mais vous ne pouvez y parvenir, en ne faisant point ce que vous venez de dire.
Le docteur voulut se justifier, ou paraître juste aux yeux des autres. Pensant donc s'adresser à un homme ordinaire qui ne voit que l'extérieur et non pas à un Dieu qui pénètre jusqu'au fond des cœurs, il dit à Jésus (Luc. x, 29) : Et qui est mon prochain ? Par là, il prouve contre lui-même qu'il n'avait pas l'amour du prochain, puisqu'il avoue ne pas le connaître. Peut-être s'imaginait-il que Jésus lui dirait : Les Juifs sont votre prochain ; et qu'alors il pourrait répondre : J'aime Dieu et les Juifs, et de la sorte paraître juste aux yeux des hommes. Mais Jésus, levant les yeux (suspiciens) , lui proposa la parabole d'un homme qui, descendant de Jérusalem à Jéricho, tomba entre les mains des voleurs (Luc. x, 30). -Jésus leva les yeux au ciel pour montrer qu'il allait parler de choses importantes, et faire connaître d'où le genre humain était descendu en tombant dans le péché. Quelques auteurs prétendent que c'est ici une simple parabole ; d'autres au contraire pensent que c'est un fait réel, et t. m 13.
ils fondent leur sentiment sur ce que, entre Jérusalem et Jéricho, se trouvait un désert où les voyageurs étaient souvent attaqués, dépouillés, maltraités et quelquefois tués par des voleurs qui avaient fixé leur repaire en cet endroit. — Selon le sens allégorique, cet homme tombé entre les mains des voleurs nous représente le genre humain tout entier. En effet, dans la personne de nos premiers parents, le genre humain descendit de Jérusalem qui signifie vision de paix, en Jéricho qui signifie lune et marque la mutabilité ou l'inconstance. En d'autres termes, l'homme pécheur fut chassé du paradis et privé du ciel où il aurait trouvé dans la contemplation de Dieu la félicité de la paix, et il fut précipité sur cette terre d'exil où il est exposé à toutes les vicissitudes et à toutes les misères. — Il tomba entre les mains des voleurs qui sont les démons, et fut ainsi assujetti à toutes les tentations dont il eût été exempt, s'il n'avait pas été orgueilleux auparavant ; car, selon le livre des Proverbes (xvi, 18), le cœur orgueilleux prépare sa propre ruine. — Les voleurs le dépouillèrent, c'est-à-dire les démons lui enlevèrent, en le trompant, sa robe d'innocence et d'immortalité. Après avoir ainsi perdu son vêtement primitif d'honneur, il reconnut qu'il était nu ; mais pour lui rappeler l'état de mortalité où il était désormais réduit, Dieu lui donna pour autre vêtement les peaux debêtesqui avaient été tuées. — Après l'avoir frappé de coups et couvert de plaies, c'est àdire après avoir affaibli et blessé ses bonnes qualités naturelles par les péchés qu'ils lui firent commettre, les démons se retirèrent, en se cachant pour continuer leurs attaques; car le diable qui avait d'abord séduit l'homme par. des moyens sensibles, en se présentant sous la forme du serpent, ne le tenta plus désormais que d'une manière invisible, en lui tendant des pièges secrets. — L'homme fut
alors laissé à demi-mort ; car, bien qu'il ait perdu par le péché le privilège de l'immortalité, il conserve néanmoins encore la lumière de la raison avec laquelle il peut connaître Dieu.
Selon le Vénérable Bède (in cap. x Luc), les démons laissèrent l'homme à demi-mort, parce qu'ils lui ravirent le bonheur de la vie éternelle, sans qu'ils aient pu lui enlever l'usage de la raison. Il est vivant, parce qu'il est capable de connaître et d'aimer son Créateur ; mais il est mourant, parce que les dangereuses blessures du péché l'ont épuisé de faiblesse et accablé de misère. — Selon saint Théophile, l'homme, depuis qu'il a péché, n'est plus qu'à moitié vivant ; car, bien que son âme soit restée immortelle, son corps est devenu mortel ; en sorte que la moitié de lui-même périt et succombe. — Selon saint Augustin (lib. n quaest. Evang , 19), 1 homme laissé demi-mort par le péché conserve encore le mouvement vital, c'est-à-dire le libre arbitre, mais tellement affaibli qu'il ne peut par lui-même retrouver le chemin du salut qu'il a perdu. Aussi, est-il dit de cet homme qu'il était gisant (jacebat), parce qu'il man quait de forces suffisantes pour se relever et recourir au véritable Médecin, à Dieu qui seul pouvait le guérir. — Ou bien encore, les démons abandonnèrent l'homme à demimort, après lui avoir enlevé la vie surnaturelle de la grâce, ne lui laissant plus que la vie naturelle. C'est en ce sens que saint Paul a dit : Je vis encore de la vie naturelle, mais je ne vis plus de la vie criminelle, et Jésus-Christ vit en moi par la vie surnaturelle (Galat. n, 20). Dieu avait créé l'homme à son image en lui donnant la raison, et à sa ressemblance en lui donnant un cœur, afin que par l'intelligence et l'amour il pût s'unir à lui et par cette union arriver au bonheur. Maie le démon, jaloux des avantages
accordés à l'homme, l'attaqua tout à la fois et dans sa raison et dans son cœur ; il vicia son intelligence par l'ignorance du bien et son amour par la concupiscence du mal, L'homme, quoique gravement blessé, fut laissé à demi vivant. En effet, bien que le démon puisse complètement détruire la ressemblance de Dieu dans le cœur de l'homme, il ne peut néanmoins effacer entièrement l'image de Dieu dans la raison de l'homme ; car si l'homme peut être tellement dépravé par la malice qu'il n'aime plus aucun bien, il ne peut pourtant être tellement aveuglé par l'ignorance qu'il ne connaisse plus aucune vérité.
Or, un prêtre et un lévite qui descendaient par la même route, ayant aperçu ce malheureux dépouillé et blessé, passèrent outre sans le secourir (Luc. x, 3J , 32). Ce qui montre que les ministres de l'ancienne loi ne pouvaient que signaler les péchés sans les guérir ; car le sang des boucs et des taureaux qu'ils offraient à Dieu en sacrifice était insuffisant pour laver les crimes du genre humain. Ou bien encore, le prêtre et le lévite représentent la Loi et les Prophètes qui se contentaient de montrer et de reprendre les fautes, mais ne les effaçaient pas. — Un Samaritain vint ensuite à passer (Ibid. 33). Ce Samaritain, dont le nom signifie gardien, c'est Jésus-Christ qui, dans son humanité, est le gardien des âmes ; car pour les sauver, il est venu dans le monde parcourir le chemin de cette vie. Il s'approche de l'homme blessé en se rendant semblable à lui par son Incarnation ; à la vue de ses misères, il est touché de compassion, et dans sa bonté, il bande ses blessures en l'entourant de ses grâces comme d'autant de liens, et en réprimant ses péchés par de salutaires corrections ; sur les plaies il verse 1 huile de la douceur en promettant au pénitent le pardon de ses crimes, il répand aussi le vin de la componc-
tion en inspirant au pécheur la crainte des châtiments. Ainsi, le Sauveur bande les blessures des coupables en leur disant : Faites pénitence (Matth. iv. 17) ; il verse l'huile sur leurs plaies, quand il ajoute : Car le royaume des deux est proche; il répand le vin, lorsqu'il dit : Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (Luc. ni, 9). — Jésus-Christ a voulu par là nous apprendre comment nous devons traiter les pécheurs qui reviennent à résipiscence. Nous bandons leurs plaies, quand nous leur ordonnons de s'abstenir de tout mal ; nous versons l'huile, lorsque nous les consolons avec tendresse et que nous leur assurons le pardon ; nous répandons le vin, quand nous les corrigeons avec vigueur et que nous leur prescrivons des jeûnes ou autres macérations. Mais n'oublions jamais d'unir l'huile au vin et le vin à l'huile. Selon saint Grégoire lin cap. ni, lib. i,Reg.), il faut joindre la douceur à la sévérité pour tempérer l'une par l'autre, de façon que les pécheurs ne soient ni découragés ou rebutés par trop de rigueur, ni énervés et amollis par trop d'indulgence. « Toujours punir, dit saint Bernard, c'est de la cruauté ; et toujours épargner, c'est de la pusillanimité ; mais ne pas toujours punir et ne pas toujours épargner, c'est de l'équité. Montrer plus de sévérité que de douceur est blâmable ; mais montrer plus de douceur que de sévérité est louable ; et montrer autant de l'une que de l'autre est tolérable. »
Le Samaritain, soulevant alors le blessé, le plaça sur son cheval et le conduisit à l'hôtellerie, où il eut grand soin de lui (Luc. x, 34). La monture du Samaritain figure l'humanité de Jésus-Christ au moyen de laquelle il a daigné venir à nous. Il a relevé le pécheur à l'aide de cette humanité en lui inspirant ia foi de l'Incarnation: c'est aussi dans son corps qu'il a porté nos péchés sur Cai brc de la croix, comme
le dit saint Pierre (I Ep. îr, 24) ; et c'est sur ses épaules qu'il a rapporté au bercail la brebis égarée, comme l'explique une autre parabole (Luc. xv). Après avoir ainsi ramené le pécheur avec le secours de son humanité, le Sauveur l'a conduit à l'hôtellerie, c'est-à-dire dans la sainte Église de ce pèlerinage terrestre. C'est là que le voyageur, déposant le fardeau de ses péchés, peut se reposer des fatigues du chemin et réparer ses forces par une nourriture salutaire. L'Église est ici appelée non pas une maison, une demeure (domum), mais une hôtellerie, un lieu de passage (stabulum), pour marquer qu'elle est destinée à nous recevoir et abriter parmi les misères et les souillures de la vie présente, et que nous ne devons pas nous réjouir dans cet exil, mais soupirer après la patrie véritable.
Pendant le cours de son pèlerinage, Jésus, comme un médecin dévoué, travailla à la guérison de l'homme pécheur. Et le lendemain il donna deux deniers (altéra die). Ce jour suivant, où la lumière reparaît plus brillante qu'auparavant, c'est celui de la résurrection du Seigneur, après qu'il eut accompli l'œuvre de notre rédemption ; car le premier jour avait été celui de sa mortalité et de sa passibilité, et le second jour fut celui de son immortalité, et de son impassibilité, dans lequel il fit éclater davantage la splendeur de la lumière éternelle. Alors, il donna les deux deniers, à savoir les deux Testaments, sur lesquels étaient gravés le nom et l'image du Roi éternel, et qui devaient servir à payer notre guérison. 11 les donna à l'hôtelier, c'est-à-dire il communiqua la science des deux Testaments pour l'instruction des peuples : d'abord aux Apôtres dont il ouvrit l'esprit, afin qu'ils pussent comprendre les Saintes Écritures (Luc. xxiv, 45) ; puis aux prélats et à tous ceux qui devaient gouverner l'Église, et prendre soin des pécheurs comme de pauvres
malades. De plus, il leur enjoignit de surajouter tout ce qui serait nécessaire pour leur ministère. Ainsi, les prédicateurs ne doivent pas se contenter d'annoncer les vérités contenues dans les deux Testaments, mais encore y joindre beaucoup d'autres enseignements fournis par les écrivains ecclésiastiques. Il surajoute aussi de son propre fonds, celui qui, à l'exemple des Apôtres, prêche gratuitement la sainte doctrine aux hommes, sans attendre ou recevoir d'eux aucune récompense temporelle. Il donne également du sien, celui qui explique et observe non-seulement les préceptes, mais en outre les conseils évangéliques. Aussi, au grand jour du jugement, lorsque le souverain Maître viendra rendre à chacun tout ce qu'il a promis, il dira au bon serviteur : Parce que vous avez été fidèle en de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes ; entrez dans la joie de votre Seigneur (Matth. xxv, 21).
Selon le sens mystique, ce voyageur qui descend de Jérusalem ci Jéricho représente tout homme qui, en commettant vle péché mortel, s'éloigne de Dieu qui est notre paix, pour se tourner vers la créature par un changement coupable ; et de la sorte il abandonne le bien suprême et immuable pour un bien infime et périssable. Après être ainsi tombé entre les mains des voleurs ou des démons qui le dépouillent, le couvrent de plaies et le laissent demi-mort sur la voie publique, que lui reste-t-il à faire, sinon de prier Jésus Christ ? Ce bon Samaritain, gardien des âmes, dirigera vers nous ses pas miséricordieux, dispersera les brigands infernaux, nous rendra les vêtements de la grâce qu'ils nous ont enlevés, cicatrisera les blessures du péché qu'ils nous ont faites. ranimera en nous la vie qui s'éteignait et nous transportera dans la céleste Jérusalem.— Selon le sens moral, Jérusalem désigne l'état de vertu, tandis que Jéricho marque l'état de
péché ; c'est pourquoi l'homme qui descend de'Jérusalem à Jéricho, c'est le coupable qui, de la justice où il était élevé, tombe dans une faute grave. Il est alors saisi par les larrons, c'est-à-dire par les démons qui le dépouillent des dons gratuits et le blessent dans ses propres facultés. Ils le laissent ainsi à demi mort, privé de la vie spirituelle, ne conservant plus que la vie naturelle. Le prêtre et le lévite qui passent outre sans l'assister, sont les mauvais ministres de l'Église. Le bon Samaritain, c'est le confesseur ou le prédicateur qui, touché de compassion, s'approche du pécheur, bande ses blessures en lui donnant d'utiles conseils, verse sur ses plaies l'huile- de la miséricorde et le vin de la justice. Il le place sur sa monture, c'est-à-dire il emploie à l'assister non-seulement son esprit, mais aussi son corps qui est comme la monture de l 'âme, et il le conduit à l'hôtellerie, c'est-à-dire à l'Eglise où il lui procure le pain de la parole divine et celui de la sainte Eucharistie. Ensuite,* il présente deux deniers qui figurent la grâce en cette vie et la gloire dans l'autre, et les remet à l'hôtelier, c'est-à-dire en assure la possession au propre pasteur qui remplit son devoir à l'égard du pécheur son sujet. Prenez soin de cet homme, lui dit-il, en exerçant votre ministère à son égard; et tout ce que vous dépenserez pour lui de votre fonds, en lui rendant des services auxquels vous n'êtes pas obligé, je vous le rendrai, c'est-à-dire je vous en garantis la récompense pour la vie éternelle.
Après cette parabole, Jésus, s'adressant au docteur de la Loi qui l'avait d'abord interrogé, lui demanda lequel des trois s'était montré le prochain du voyageur tombé entre les mains des voleurs. C'est celui qui exerça la miséricorde envers lui, répartit le docteur (Luc. x, 37). Ainsi, dit saint Cyrille, ni le prêtre ni le lévite ne se montrèrent le prochain
de ce malheureux, mais celui-là seul qui lui porta secours. La dignitédu sacerdoce et la connaissance de l'Écriture sainte sont inutiles, si elles ne sont confirmées par les bonnes œuvres. « D'après la déclaration de notre divin Maître, dit le Vénérable Bède (in cap. x Luc), il est évident que celuilà seul est véritablement notre prochain qui use envers nous de charité. Ainsi le prêtre et le lévite ne furent point le prochain de cet homme blessé qui était cependant leur compatriote et leur concitoyen comme enfant de la Judée et habitant de Jérusalem ; le Samaritain, au contraire, devint le prochain de cet étranger parce qu'il eut pitié de lui. Pour montrer que nous avons pour prochain tout homme qui exerce la miséricorde à notre égard, et surtout l'Homme- Dieu, Jésus-Christ approuve la réponse du docteur en disant : Allez et faites de même, c'est-à-dire avancez de vertu en vertu et traitez votre prochain comme le Samaritain traita le Juif. A son exemple, regardez comme votre prochain tout homme, même votre ennemi, et afin de prouver que vous aimez votre prochain comme vous-même, assistez-le dans ses nécessités en lui témoignant de la compassion. Selon saint Chrysostôme, c'est comme si Jésus-Christ disait : Lorsque vous voyez quelqu'un affligé ne dites pas : C'est un méchant homme; car, quel qu'il soit, juif ou païen, dès qu'il est indigent ou malheureux, il a droit à votre pitié et à votre bienfaisance.
De la réponse du docteur, le Seigneur conclut encore que ce ne sont pas les liens du sang, mais les œuvres de miséricorde qui constituent quelqu'un notre prochain. Il semble dire à ce docteur : Aimez-moi et appliquez-vous à remplir à mon égard le double précepte de la Loi, parce que je suis tout à la fois votre Dieu et votre prochain ; faites aussi tous vos efforts pour soulager votre prochain dans sos besoins, mu!
corporels, soit spirituels, et vous prouverez ainsi que vous êtes son prochain. Saint Bernard dit à ce sujet (Serai. 20 in Gant.) : « Je possède en mon cœur l'amour de Dieu et l'amour du prochain, lorsque je vous aime, Seigneur Jésus ; car, si vous êtes mon Dieu, vous êtes aussi mon prochain, puisque vous vous êtes fait homme pour mieux exercer la miséricorde envers moi. » — D'après les deux conclusions que le Seigneur tire de la réponse du docteur, celui-ci est convaincu de ne point observer le double précepte del'amour, puisqu'il n'aime pas Jésus-Christ qui mérite toutes nos affections comme notre Dieu et aussi comme notre prochain en tant qu'homme. Voulons-nous exciter, entretenir et accroître dans nos cœurs l'amour -de Jésus-Christ sous ce double rapport, méditons souvent avec soin les bienfaits dont il nous a comblés en accomplissant les œuvres de miséricorde les plus merveilleuses à notre égard.
La miséricorde est assurément une grande chose, puisqu'elle nous fait devenir le prochain des inconnus et des étrangers, et qu'elle nous fait mériter la vie éternelle. Celuilà est vraiment votre prochain dont vous vous approchez par la compassion ; mais celui qui n'a compassion de personne n'est aussi le prochain de personne. Par ce commandement : Vous aimerez votre prochain comme vous-même, le Seigneur comprend tous les hommes ; et ce commandement consiste dans l'accomplissement de la loi naturelle qui nous dit de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qu'on nous fît, et de faire pour autrui ce que nous voudrions qu'on fît pour nous. Selon saint Ambroise (in cap. x Luc), « nul n'est plus véritablement notre prochain que Jésus-Christ qui a guéri nos plaies par sa grâce ; aimons-le comme notre Dieu, aimons-le aussi comme notre prochain; car rien ne nous est plus proche que Celui qui est
notre chef et dont nous sommes les membres. Avec lui aimons celui qui l'imite, aimons celui qui compatit à la misère des autres hommes, formant un même corps avec Jésus Christ. Ce n'est pas la parenté, mais la charité qui fait le prochain ; et parce que la miséricorde est dans la nature même, rien n'est plus conforme à la nature que de venir en aide à ses semblables. » Ainsi parle saint Ambroise. Saint Augustin (de Verbis Apost., xxi) nous exhorte aussi à la pratique de la miséricorde en ces termes : « Pendant que nous voyageons sur cette terre d'exil, aidons-nous mutuellement à porter nos peines et nos fardeaux, afin de parvenir à cette vie où il n'y aura plus ni fatigues, ni misères. La véritable affection consiste à partager toutes les afflictions de la personne aimée ; c'est là la marque évidente d'une amitié sincère. Et si nous voulons que ce devoir nous devienne doux et facile, considérons tout ce qu'un Dieu a bien voulu endurer pour nous. C'est pourquoi saint Paul nous dit (Philip, ti, 5) : Soyez dans les mêmes sentiments où Jésus- Christ a été à l'égard du prochain. Pensons aussi qu'étant hommes comme les autres , nous pouvons comme eux éprouver les malalies et infirmités, soit corporelles, soit spirituelles ; nous serons alors disposés à compatir à leurs maux et à les secourir, comme nous voudrions que les autres se comportassent à notre égard si nous étions à leur place. C'est ainsi qu'agissait le grand Apôtre : Je me suis fait tout à tous, dit-il, afin de (es gagner tous à Jésus-CJirist (I Corin. ix, 22). Il pensait alors qu'il aurait pu être luimême dans le malheureux état dont il voulait les délivrer. Croyons également que tout homme, quel qu'il soit, peut avoir quelque qualilé secrète, quelque vertu cachée qui le rende meilleur que nous. Ne faites rien par esprit de contention ou de vai)ie gloire, dit saint Paul : mais que chacun.
par humilité, croie les autres au-dessus de soi (Philip, n, 3). Ces pensées suffiront pour abattre notre orgueil, exciter notre charité, et nous faire supporter, non-seulement avec patience et résignation, mais encore de bon cœur et avec joie, les imperfections et les défauts de nos frères. » Ainsi parle saint Augustin.
Saint Grégoire dit également (Hom. 13inEzech.): « Celui
qui considère attentivement tout ce que les autres ont à supporter de ses propres défauts et imperfections, sera plus disposé à supporter les imperfections et les défauts du prochain. Plus loin il ajoute : La Jérusalem céleste, cette cité de la paix, est bâtie comme une ville, formée par la réunion des Saints (Psal. cxxi, 3). Les pierres, ou plutôt les âmes destinées à entrer dans cette sublime construction, sont préparées, taillées et polies ici-bas par les peines, les chagrins et les tribulations de toute sorte. Dans un édifice matériel, les pierres superposées se soutiennent mutuellement, celles qui sont supportées en supportent d'autres à leur tour. Ainsi, dans l'Église de Dieu, il est nécessaire que les Chrétiens supportent leurs frères, s'ils veulent eux-mêmes être supportés par les autres ; de cette manière s'élève l'édifice de la vraie charité qui repose sur une base unique, à savoir notre divin Rédempteur ; car c'est de lui que saint Paul a dit (I Cor. ni, 11) : Personne ne peut placer un autre fondement que celui qui a été posé, c'est-à-dire Jésus- Christ. Voilà le fondement qui porte tout, sans que rien le porte lui-même ; car Jésus-Christ supporte seul toutes nos imperfections et tous nos défauts, mais il ne nous laisse rien supporter de lui, puisqu'il est la perfection même. » De ces paroles de saint Grégoire, nous devons conclure que plus nous aurons souffert ici-bas de la part des autres pour l'amour de Dieu, plus aussi nous serons rapprochés du fonde-
ment qui est Jésus-Christ, et moins nous aurons souffert, plus aussi nous en serons éloignés. Méditons attentivement ces paroles, et alors nous serons disposés à supporter les défauts et les imperfections du prochain, non-seulement avec patience, mais encore avec joie en vue de Dieu.
Laissons parler saint Anselme sur cette matière (Lib. de simililudinibus, xlv) : « C'est ressembler aux Saints que de se réjouir des avantages des autres, mais s'en attrister c'est ressembler aux démons. Aussi, l'homme qui, faisant peu de bien, applaudit néanmoins à celui que fait son prochain, doit inspirer plus d'espérance pour son salut qu'un autre qui, faisant beaucoup de bien, est envieux de celui que fait son semblable. » Le même saint Docteur ajoute : a Lorsque nous sommes contents de la ruine de notre frère, nous ne sommes plus comptés parmi les membres vivants de l'Eglise, parce que nous détruisons en nous la charité qui doit les unir et les animer tous. Si nous étions encore un d'entre eux, nous serions affligés de la perte de notre frère ; car, tant qu'un membre est vivant il souffre avec les autres, mais il n'éprouve plus de douleur et ne peut rien ressentir lorsqu'il est mort. Ce qui se dit de la compassion et de la congratulation relativement au bien ou au mal du prochain s'entend également de la communication de nos propres biens. En effet, de même que dans le corps humain un membre transmet à un autre l'action qu'il exerce et la nourriture qu'il reçoit ; de même, dans le corps mystique de Jésus-Christ qui est l'Église, chaque Chrétien doit communiquer aux autres les biens spirituels et même temporels dont Dieu l'a favorisé. Il faut en dire autant de la considération réciproque; comme les membres sont unis ensemble par une si 'Hroite sympathie que, dans aucun cas et pour aucune raison, t il ne saurait exister entre eux la
moindre dissension, il doit en être ainsi parmi nous. En vertu du même principe, on doit encore se supporter mutuellement ; car un membre souffre qu'on le blesse pour en guérir et protéger un autre, il endure même sans se venger la lésion qu'un autre lui a directement causée. Voilà comment nous devons nous conduire les uns à l'égard des autres. » Ainsi parle saint Anselme.
Prière
Seigneur Jésus, gardez-nous lorsque nous passons de la contemplation à l'action, ou des exercices spirituels aux occupations extérieures, de peurque nous ne tombions entre les mains des voleurs en succombant aux appétits des sens ; car nous serions alors dépouillés de vos dons gratuits et blessés dans nos facultés naturelles. Que le prêtre et le lévite, c'est-à-dire la partie supérieure et la partie inférieure de notre âme ne descendent point par la même voie jusqu'à consentir au péché, mais tendent plutôt à s'élever vers vous et à monter vers le ciel. 0 bon Samaritain, approchez de nous par la grâce de la prédestination, cicatrisez en nous les blessures du péché, répandez sur nos plaies l'huile et le vin en nous inspirant l'espoir du pardon et la crainte de la justice ; placez-nous sur votre monture en assujétissant notre sensualité à la raison ; conduisez-nous dans l'hôtellerie de l'Eglise par le repentir de nos péchés, et le lendemain de cette vie, au jour de la résurrection, donnez-nous, comme prix des deux deniers que vous avez payés, le double vêtement de la gloire pour l'âme et pour le corps. Ainsi soit-il.