‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 20 sur 33 · ARRIVÉE DE JÉ5DS A NAZARETH; ATTENTAT SUR SA PERSONNE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE JÉ5DS A NAZARETH; ATTENTAT SUR SA PERSONNE

Mattli. xiii, 54-58. — Marc, vi, 1-G. — Luc. iv, 15-30. — Joan. iv, 43-45.

Après que Jésus eut achevé d'expliquer les paraboles précédentes, il partit avec ses disciples, et traversant la Galilée il enseignait dans les synagogues, soit pour profiter à une rjlus grande multitude réunie, soit pour parler avec une autorité plus imposante. Aussi tout le monde l'exaltait, à cause de sa doctrine sublime et de ses miracles étonnants ; mais ce concert de louanges, bien que général de la part de toutes les conditions, n'était pas unanime de la part de toutes les personnes ; car le Sauveur était en butte au mépris et à

l'opposition d'un grand nombre (Luc. iv, 15). // vint à Nat. in. ?o

zareth où il avait été élevé, quoiqu'il fût, né à Bethléem (Ibid. 16). Un jour de sabbat où il y avait concours de peuple, il entra selon sa coutume dans la synagogue, lieu public de la prière et de l'instruction auxquelles la Loi obligeait les Juifs d'assister le jour du sabbat. Il se leva pour lire, parce qu'il ne voulait pas établir sa prédication sur sa simple parole, mais aussi sur des preuves tirées de l'Écriture sainte. Les ministres, suivant leur office., lui mirent entre les mains le Livre du prophète Isaïe qui parle de Jésus- Christ si clairement que, selon saint Jérôme, il mérite plutôt le titre d'Ëvangéliste que de Prophète (Hier. In prsemio in Is.). D'après la Glose, ce livre prophétique n'était pas donné à Jésus-Christ sans mystère ; la tradition qui lui en était faite montrait que lui-même avait parlé par l'organe des Prophètes, que toutes les prophéties se rapportaient à sa personne, trouvaient en lui leur accomplissement et recevaient de lui leur explication ; elle signifiait aussi que tous les Écrivains sacrés lui avaient remis leurs livres inspirés, en lui attribuant tout ce qu'ils avaient dit.

Jésus déroula le volume, c'est-à-dire ouvrit le livre, marquant par cette action que lui-même devait découvrir le sens des Écritures (Luc. iv, 18); et, comme il connaissait les passages où il était question de lui, il trouva, non par hasard mais à dessein, l'endroit où il est écrit : U Esprit du Seigneur est sur moi, etc. (Is. xxi, 1). Or, les Juifs espèrent que les promesses faites en leur faveur dans cette prophétie seront accomplies par le Messie futur qui, d'après leur attente, doit étendre sa domination temporelle sur le monde entier, et ramener les Israélites de la captivité, en les élevant au plus haut degré de gloire par-dessus toutes les nations. Mais, comme le temps de l'avènement du Christ est passé, le Sauveur s'applique ce passage avec beaucoup de raison, en

disant : L'Esprit du Seigneur, de Dieu le Père, est sur moi, y repose comme le guide et le maître aux exhortations et aux ordres duquel j'obéis toujours ; c'est pour cela que, dès le premier instant de ma conception, il ni a oint de la plénitude de sa grâce, pour être roi, pontife, prophète et tabernacle de la Divinité. 77 m'a envoyé prêcher l'Évangile ou les véritables biens aux pauvres, c'est-à-dire aux humbles auxquels la doctrine profite, mais non pas aux orgueilleux. Il m'a envoyé pour guérir de leurs infirmités corporelles et spirituelles ceux qui sont accablés de douleur, à cause des blessures du péché; pour annoncer aux captifs du démon la rémission de leurs fautes et la rupture de leurs chaînes, en les appelant à la pénitence ; pour offrir aux aveugles, c'est-à-dire aux Gentils plongés dans l'erreur, le recouvrement de la vue, la véritable connaissance de Dieu ; pour affranchir ceux qui sont écrasés sous le fardeau insupportable de l'ancienne loi, en leur procurantla grâce consolante de la loi nouvelle ; il m'a envoyé pour publier l'heureuse année du Seigneur, l'année des miséricordes; car voici maintenant, comme ledit saint Paul (II Cor.vi, 2) Je temps favorable, voici le jour du salut. L'année dont parle le Sauveur, c'est toute la durée de l'Église, etspécialementl'époque, où par sa Passion il apaisa la colère de Dieu, en payant pour le genre humain la dette contractée par le premier péché. Enfin, ajoute Jésus-Christ, j'ai été envoyé pour publier le jour de la rétribution, dans lequel chacun recevra selon ses œuvres, lorsqu'au jugement dernier la sentence suprême décernera les récompenses ou les châtiments mérités. Dans tout ce passage, nous trouvons indiquées les six conditions que le prédicateur ou prélat doit réaliser, à l'exemple du divin Maître. Il doit consoler les malheureux, evangelizare pauperibus ; encourager les pénitents, sanare contrUos ; visii

les prisonniers, prsedicare captivis remissioncm ; instruire les ignorants, cœcis visum; soulager les opprimés, dimittere confractos ; enfin exciter les paresseux, prsedicare annum Domini acceptum et diem retributionis.

Après avoir lu ce que nous venons de citer, le Sauveur roula ou replia le volume, comme pour nous faire comprendre que toutes les Écritures ne doivent pas être prêcliées à tous, et pour nous montrer avec quel respect nous devons traiter les Livres saints. Les Juifs les entourent d'un si grand respect qu'ils ne se tiennent jamais assis dans un endroit où ils seraient élevés au-dessus de leurs livres canoniques de l'Ancien Testament. Quelle ne doit donc pas être notre vénération pour les ' divins Évangiles ! S'il faut que nous les touchions, dit saint Chrysostônie, purifions nos mains, ou bien renonçons à cet honneur. Qu'ils sont répréhensibles les Chrétiens qui traitent les livres sacrés de l'Ancien Testament et même du Nouveau, particulièrement les divins Évangiles, avec si peu de respect, que dis-je, avec beaucoup moins de respect que n'en ont les Gentils pour leurs livres pernicieux. Jésus, ayant replié le volume, en forme de rouleau, selon la coutume des Juifs, le remit au ministre, comme pour montrer qu'il donnait à d'autres la charge de prêcher l'Évangile, et qu'il leur confiait le soin de dispenser la parole de Dieu, suivant la portée des auditeurs -, puis, il s'assit, pour exposer à loisir et avec calme ce qu'il venait de lire debout avec respect et dévotion (Luc. iv, 20). Il lit debout et s'assied ensuite, parce que, pour expliquer l'Écriture aux hommes, il mena sur la terre une vie laborieuse, et, qu'après avoir rempli cette mission sublime, il rentra dans 5011 repos céleste.

Et tous les assistants avaient les regards arrêtés sur lui, tant ils étaient impressionnés par sa parole douce et forte,

et par sa physionomie noble et modeste; car la grâce divine qui éclatait sur son visage captivait l'attention de tous ses auditeurs. Jésus en effet, conçu miraculeusement d'une vierge, sans le concours de l'homme et par l'opération de Dieu, n'était pas moins remarquable par sa beauté que par son éloquence ; aussi, le Prophète avait admiré en lui cette double qualité, lorsqu'il disait: Il surpasse far ses charmes extérieurs les enfants des hommes et ravit leurs cœurs par ses discours persuasifs (Ps. xliv, 3). Alors Jésus, voulant montrer qu'il réalisait en sa personne ce qu'il venait de lire dans l'Écriture, commença à dire à ceux qui l'entouraient (Luc. iv, 21) : Sachez et comprenez-le bien : aujourd'hui même ce que vous avez entendu de vos oreilles est accompli sous vos yeux. Comme s'il disait : Vous pouvez voir dans moi l'accomplissement de la prophétie ; car je fais ce qu'elle annonce : par moi, les aveugles voient, les boiteux marchent, les pauvres sont évangélisés. Considérez avec quelle humilité il se manifeste; car il ne dit pas orgueilleusement : C'est de moi-même que parle le Prophète ; mais simplement : Aujourd'hui se sont réalisées les paroles que vous venez d'entendre.

Considérez aussi avec quelle modestie le Seigneur fait la ■ lecture publique au milieu de la synagogue; car, « selon la remarque de saint Ambroise (Lib. iv in Luc), il s'est appliqué à rendre toutes sortes de services, jusqu'à remplir la fonction de lecteur «.Ainsi, dans la circonstance présente, il recommande cette fonction par son exemple, comme il avait déjà recommandé l'office de portier, en chassant du temple les marchands ; celui d'exorciste, en délivrant du démon les possédés ; celui d'acolyte ou céroféraire, en se proclamant "t se montrant la Lumière du monde. Par ces quatre espèces d'o)uvres différentes, le Seigneur a donc rempli et consacré t. m 10,

les quatre offices spéciaux des Ordres mineurs ; qu'aucun donc, quelque grand qu'il soit, ne dédaigne de recevoir ces ordres et d'en exercer les fonctions. Ne devons-nous pas regarder comme un grand honneur de marcher sur les traces de notre divin Maître, en faisant ce qu'il a fait pour nous servir de modèle ? Et toutes ses actions ne sont-elles pas pour nous autant d'utiles instructions? Jésus encore exerça le sous-diaconat, lorsque s'étant ceint d'un linge, il lava les pieds à ses disciples ; il exerça le diaconat, quand à la dernière cène il distribua son corps et son sang aux Apôtres réunis ; il exerça le sacerdoce, lorsque, dans ce même repas, il changea le pain et le vin en son corps et en son sang ; enfin il exerça le pontificat, quand il s'offrit lui-même sur l'autel de la croix.

Cependant, l'oracle prononcé par Jésus avait frappé l'assistance ; tous lui rendaient témoignage, en reconnaissant que la prophétie s'était accomplie et qu'il était lui-même le personnage annoncé par Isaïe et par les autres Prophètes. C'était là assurément un signe frappant de la vérité ; car, comme dit Sénèque, l'assentiment général est une preuve certaine. Ainsi, tous admiraient les paroles pleines de grâce gui sortaient de sa bouche (Luc. iv, 22). Car, puisque tout homme de bien tire de bonnes choses du bon trésor de son cœur (Luc. vi, 45), du cœur où se trouve le trésor de la grâce ne pouvaient sortir que des paroles de grâce. Jésus- Christ en effet ne possède -t-il pas la plénitude de la grâce et de la vérité, dont il nous a communiqué à tous quelque partie (Joan. i, 14 et 16) ?

Mais, à l'admiration et à l'approbation des âmes simples succédèrent l'envie et la calomnie des Scribes et des Pharisiens qui disaient avec un ton de mépris et d'ironie : D'où vient à cet homme une telle sagesse pour enseigner et pour

parler, une telle puissance pour produire des miracles et des prodiges (Matth. xni, 54) ? Ce qui leur faisait tenir ce langage, c'est qu'ils n'avaient jamais vu Jésus apprendre les lettres ni étudier la Loi. Gomme s'ils disaient :Tout cela ne lui vient ni de Dieu ni du travail, mais plutôt du démon. Appuyant leur assertion téméraire sur la condition humble et pauvre de ses parents, ils ajoutaient (Matth. xm, 55) : N'est-ce pas là ce fils du charpentier ? Car Joseph, qui travaillait le bois, était regardé comme le père de Jésus que Marie, épouse de Joseph, avait mis au monde. Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie ? Ses frères et ses sœurs, c'est-à-dire ses cousins et ses cousines, ne sont-ils pas tous parmi nous? Ainsi, selon l'usage des Juifs que les Écritures ont également suivi, les consanguins et les proches parents du Seigneur ont coutume d'être appelés ses frères et ses sœurs. D'où lui vient donc tout cela ? demandaient les Juifs ; ils semblaient dire : Si la naissance et l'étude ne lui ont rien donné, il tient donc tout du démon. C'est pourquoi, ils se scandalisaient à son sujet, c'est-à-dire ils se laissaient aller à l'emportement et à la fureur, en considérant la pauvreté et la bassesse de son extraction, comme si Dieu n'eût pas pu tirer de la boutique d'un charpentier un homme puissant en œuvres et en paroles. Ils auraient dû tout au contraire être saisis de stupéfaction et de respect à son égard ; car, n'était-ce pas un miracle plus rare et plus étonnant de voir un homme d'une origine aussi infime, aussi obscure, parler un langage si sublime, et montier une vertu si extraordinaire? N'était-il pas évident qu'un tel phénomène moral ne pouvait provenir de l'opération humaine, mais seulemenl de la grâce divine? car le Très- Haut abaisse ses regards -sur l'humilité, t ndis qu'il détourne de l'orgueil T.-. cxxxvn,

Us étaient donc bien peu logiques, bien peu raisonnables dans leur colère et leur dédain pour Jésus, ceux qui, à cause de sa condition humble et pauvre, attribuaient à la puissance du démon ce qu'ils devaient faire remonter à la puissance de Dieu. David qui devint le chef d'une dynastie et le plus célèbre des Prophètes, n'était-il pas gardien de brebis et fils d'un laboureur nommé Jessé ? Moïse, le législateur des Hébreux, n'était-il pas issu d'un père qui lui était de beaucoup inférieur ? Nous pourrions multiplier à l'infini de pareils exemples. Ainsi, ce qui portait les ennemis de Jésus-Christ à le mépriser devait au contraire les exciter à l'admirer ; mais de ce qui devait prouver la vérité et attirer le respect les Scribes font un sujet de blâme et un prétexte d'incrédulité, en disant : N'est-ce pas le fils du * charpentier ? n'est-il pas charpentier lui-même? Oui, c'est vraiment le fils du charpentier, puisque, dès le commencement du monde, Dieu le Père a tout fait par lui, et le Fils par qui tout a été fait est vraiment charpentier lui-même. Voilà comment l'erreur fait ressortir la vérité. Il était bien le fils de l'artisan, non pas toutefois de celui qu'ils avaient en vue, mais de Celui qui a façonné l'univers, qui a établi Vaurore et le soleil (Ps. lxxiii, 16), c'est-à-dire l'Église primitive et l'Église chrétienne. Aveuglement étrange des Pharisiens ! Us pouvaient reconnaître le Christ à ses paroles et à ses actes ; néanmoins, à cause de l'obscurité de sa naissance et à raison de la faiblesse de son humanité, ils ne lui témoignaient qu'un profond dédain et rejetaient sa majesté suprême.

Ayant appris les miracles fameux que Jésus avait faits à Capharnaùm, les habitants de Nazareth étaient indignés contre lui, de telle sorle qu'ils ne voulaient point regarder cns miracles comme véritables. Mais Jésus, qui pénétrait

leur pensée secrète, se fit à lui-même leur objection, tacite, pour mieux la réfuter. Il répondit donc aux Scribes et aux Pharisiens (Luc. iv, 23) : Puisque j'ai opéré de fréquentes guérisons à Capharnaùm, vous allez sans doute m'alléguer ce proverbe tiré d'une comparaison entre le médecin du corps et celui de l'âme : Médecin, guéris-toi toi-même, c'està-dire guéris tes compatriotes ; car tu es obligé d'exercer la charité envers nous plus qu'envers les autres. Un vrai médecin se hâte de donner les soins de son art à lui-môme et à ses proches plutôt qu'aux étrangers ; de même, si vous opériez de vrais miracles, vous vous empresseriez de les opérer dans votre ville natale plutôt que dans des villes étrangères. Voilà pourquoi ils ajoutent : Les merveilles que vous avez faites à Capliarnaùm, comme on nous l'a rapporté, faites-les donc aussi dans votre patrie, dans cette même cité, où vous avez été conçu, puis élevé ; faites-les aussi grandes et aussi nombreuses, afin que nous croyions. Comme s'ils disaient : Nous avons appris que vous avez opéré beaucoup de miracles, mais nous ne croyons pas ce que la renommée en a publié ; elle nous semble mal fondée, puisque nous n'avons vu aucun fait semblable de votre part et de nos propres yeux. Il convenait cependant que vous nous accordassiez de telles faveurs à nous de préférence à tous les autres.

Le Seigneur leur répondit en déclarant que s'il ne faisait pas des miracles en présence de ses concitoyens, ce n'était ni par haine pour sa patrie, ni par défaut de puissance, mais à cause de leur malice et de leur incrédulité. 11 leur prouva que la véritable <;iuse de son refus était leur indignité, en leur citant plusieurs exemples tirés dus Livres saints. Aussi il ajouta (Luc. iv, 24) : Je vous dis en irrité, je vous assure que nul Prophète n'est bien accueilli en sa

patrie et en sa maison, et n'est traité avec le respect convenable dans le lieu même de son éducation et parmi les personnes de sa famille. Ainsi, Élie et les autres Prophètes furent moins environnés d'honneurs dans leurs' propres villes que dans les villes étrangères. Nous en trouvons des preuves remarquables dans Isaïe qui fut scié par le milieu du corps, dans Jérémie qui fut jeté au fond d'une citerne, et dans beaucoup d'autres qui furent abreuvés d'opprobres par leurs concitoyens. La jalousie réciproquedes concitoyens est en effet un sentiment ordinaire et comme naturel ; sans considérer les œuvres et les vertus présentes d'un homme, ils ne rappellent à leur souvenir que les faiblesses de son enfance, comme s'ils n'avaient point eux-mêmes passé par les divers degrés qui conduisent à l'âge mûr. Un homme s'est-il élevé à un éminent degré de vertu ou de probité jusqu'à obtenir une réputation étendue, ses compatriotes ou condisciples qui ne recueillent pas les mêmes éloges sont en quelque sorte blessés de cette préférence et ils se croient même méprisés s'ils voient un homme qui leur est inférieur par la naissance les surpasser en renommée ; témoin l'histoire mémorable du patriarche Joseph vendu par ses frères envieux. Il résulte de là que les hommes sont exaltés plus facilement sur une terre étrangère que dans leur propre pays. Ainsi donc, je ne guéris point mes compatriotes, parce qu'ils ne me reçoivent pas, et ne croient point en moi comme les autres ; bien plus, parce qu'ils me connaissent maintenant d'autant moins qu'autrefois ils m'ont connu davantage.

Voilà pourquoi le Sauveur ne pouvait faire là opportunément les prodiges nombreux qu'on lui demandait. Les habitants de Nazareth s'en étaient rendus indignes par leur incrédulité qui étonnait le Seigneur lui-même, comme l'at-

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teste saint Matthieu (xin, 58) ; car ils perêévéraient dans leur infidélité, quoiqu'ils possédassent an milieu d'eux Jésus qui cherchait à s'en faire connaître par ses discours et ses miracles. D'après cela, il est évident que la foi contribue beaucoup à produire les miracles, puisqu'ils furent refusés aux habitants de Nazareth à cause de leur incrédulité. Toutefois il en opéra quelques-uns, en guérissant quelques malades fidèles et pieux sur lesquels il imposa ses mains divines. C'est ce que prouvent les paroles citées plus haut : D'où viennent à cet homme une telle sagesse et mie telle puissance ? Si donc, d'après saint Marc (vi, 5), le Seigneur ne put faire beaucoup de miracles dans Nazareth, c'est qu'il ne le voulut pas, et qu'il ne le dut pas réellement, à cause de leur incrédulité. Il ne s'agit point ici d'une impuissance absolue, mais d'une impuissance relative aux circonstances présentes qui ne lui permettaient pas d'agir conformément aux dispositions de sa sagesse ; car, puisque les miracles ne sont ordinairement accordés qu'à ceux qui les méritent de congruo par leur foi, il n'était pas convenable ni expédient d'en accorder un grand nombre à des hommes qui ne les avaient aucunement mérités. Dans le môme lieu cependant Jésus fit quelques prodiges, pour fortifier les croyants et enlever aux incrédules toute excuse dans leur péché, puisqu'ils voyaient éclater en lui les œuvres de la Divinité ; mais il ne les multiplia pas, pour ne point aggraver leur condamnation et leur châtiment en raison de leur dédain plus profond e1 plus coupable. Selon saint Chrysostôme (in Matth.), le Sauveur opéra quelques miracles à Nazareth, pour que ses concitoyens ne pussent pas dire de lui : C'est notre ennemi, il méprise les siens ; s'il avait fait des prodiges parmi nous, nous aussi certainement eussions cru en lui. Voilà pourquoi Jésus-Christ fit ce qu'il devail afin de

remplir sa mission, mais il contint son zèle en certaines limites pour ne pas rendre ses compatriotes plus répréhensibles.

Pour s'excuser de n'avoir pas fait de nombreux prodiges dans sa patrie, où il n'était pas bien vu, le Seigneur rappelle l'exemple d'Élie et d'Elisée (Luc. iv, 25-27). Ces anciens Prophètes multipliaient davantage leurs prodiges chez les étrangers et les Gentils qui les accueillaient avec respect, que parmi leurs concitoyens et les Juifs qui les chassaient avec mépris. Un jour Élie fut envoyé parle Seigneur, dans la province de Sidon, vers une veuve de Sarepta qui le reçut honorablement (Luc iv, 26). Aussi, il fit chez elle deux miracles : car il multiplia sa farine et son huile qui ne manquèrent point, puis il ressuscita son fils (III Pieg. xvn). Pourquoi donc Élie opérait-il ses miracles chez cette veuve de Sarepta et non point parmi les veuves d'Israël qui étaient nombreuses ? Celles-ci n'avaient point la dévotion fervente qui animait celle-là ; d'ailleurs le Prophète était persécuté et banni par les Juifs qui auraient dû l'environner de leur reconnaissance et de leur vénération. Sarepta est située sur le bord de la mer ; devant la porte de cette ville on montre l'endroit où Elie rencontra la veuve ; une chapelle remplace maintenant la chambre où il prit son repos et ressuscita le fils de cette femme. Mais pourquoi dans ce même temps, à la prière d'Elie, le ciel resta-t-il fermé pendant trois ans et demi, sans verser une goutte de pluie, en sorte qu'une grande famine désola toute la contrée (Luc. iv, 25) ? Selon saint Basile (Orat.2 dejejun.), le Prophète, voyant que les peuples abusaient de la prospérité pour offenser Dieu davantage, obtint par sa prière qu'ils fussent réduits à la famine pour réprimer par le jeûne leurs crimes toujours croissants. Ne soyons donc pas éton-

nés si nous voyons encore le même fléau fondre sur les peuples à cause de leurs déportements. Pendant que les Juifs repoussaient Elisée avec dédain, Naaman le Syrien le recherchait avec estime ; aussi, fut-il délivré de sa lèpre par ce même Prophète qui reconnut sa foi sincère. Et cet excellent général qui avait sauvé la Syrie se rendit trèsagréable à Dieu et au Prophète, en devenant meilleur qu'il n'était avant sa guérison. Elisée guérit ainsi un étranger, un Gentil, et non pas les Juifs ses compatriotes à cause de leur ingratitude envers Dieu; car ils s'étaient adonnés à l'idolâtrie, en adorant les veaux d'or dressés par Jéroboam. Mais si ces deux illustres Prophètes furent mal reçus de leurs concitoyens envieux et dépravés, quel traitement durent en recevoir des Prophètes moins célèbres ? Jésus a donc pu dire en toute vérité : Nul Prophète n'est bien venu en son -pays.

Selon le sens moral, la veuve de Sarepta est la figure de l'âme pécheresse, privée des caresses de Jésus-Christ son tendre époux. Ah ! qu'elles sont nombreuses dans le monde ces pauvres âmes veuves de la grâce divine ! Élie cependant n'est envoyé à aucune d'elles, excepté à celle de Sarepta, dans la Sidonie. Sarepta qui signifie incendie ou disette de pain, et Sidonie poursuite, chasse inutile, désignent aussi l'âme pécheresse. Considérant qu'il est inutile de rechercher tous les avantages du monde, richesses ou plaisirs, elle éprouve comme une disette et un incendie ; elle est affamée, parce qu'elle a perdu sa vraie nourriture, Jésus-Christ, qui a dit : Je suis le pain vivant, descendu du ciel (Joan. vr, 51) ; elle est consumée par le mépris des biens terrestres et par le désir des biens célestes. Alors Jésus-Christ qui est le véritable Elie vient trouver cette âme infortunée pour apaiser sa faim et sa soif, en la restaurant elle et ses enfants qui SOill

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ses pensées et ses affections. — Naaman le Syrien figure également le pécheur, parce que le péché comme une lèpre infecte l'homme. Combien de lépreux spirituels existent dans le monde ! Elisée néanmoins ne vient qu'auprès de Naaman le Syrien. Naaman signifie beau ou qui m'émeut, et Syrien élevé ; le pécheur, en effet, s'émeut lui-même par la contrition ; il court au Jourdain qui signifie ruisseau du jugement, c'est-à-dire à la confession qui est l'effet du jugement; il recouvre alors la beauté de la grâce qui lui rend son élévation auprès de Dieu. Tel est l'homme auprès duquel se rend Jésus-Christ, le véritable Elisée.

Mais tous ceux de la synagogue, entendant les paroles par lesquelles le Seigneur les estimait indignes de voir ses miracles, furent saisis d'indignation et remplis de colère, tandis que ses leçons auraient dû les faire revenir de leur malice (Luc. iv, 28). Ainsi font tous ceux qui, ne pouvant souffrir d'utiles corrections, se déchaînent contre les prédicateurs et les défenseurs de la vérité. L'emportement qui alors éclata contre Jésus-Christ servit à confirmer la précédente déclaration : Nul n'est prophète dans son pays. Car les habitants de Nazareth furent transportés d'une fureur et d'une jalousie de plus en plus violentes, lorsqu'ils entendirent leur concitoyen se déclarer prophète, se comparer aux Prophètes, les taxer eux-mêmes d'incrédulité, et leur préférer les Gentils qu'ils regardaient comme des chiens. Ce que le Seigneur s'était contenté de dire et d'affirmer à leur sujet, eux-mêmes ne tardèrent pas à le montrer et à le prouver par leurs actes, en lui rendant le mal pour le bien. S'élevant aussitôt contre lui, ils le chassèrent hors de leur ville, afin de le mettre à mort comme s'il l'eût mérité. (Luc. iv, 29). Ah! s'écrie saint Ambroise (Lib. iv in Luc), faut-il s'étonner s'ils perdirent leur salut, ces

hommes qui rejetèrent brutalement du milieu d'eux le Sauveur même !

Mais Jésus, qui par son exemple avait enseigné aux autres à se faire tout à tous, ne repousse pas ceux qui le recherchent, ne force pas ceux qui le rejettent, ne résiste pas à ceux qui le chassent et ne fait pas défaut à ceux qui l'invoquent. Dans le desseinde le précipiter , les habitants de Nazareth le menèrent jusqu'au sommet de la montagne sut laquelle leur ville était bâtie. En cela, dit le Vénérable Bède (in cap. iv Luc), les Juifs disciples du démon se montrèrent pires que leur maître ; il s'était borné à tenter le Seigneur, en lui disant : Jette-toi en bas (Matth. iv, 6) ; tandis queux osèrent porter des mains criminelles sur sa personne sacrée. Mais Jésus, par la puissance de sa divinité qui pouvait à son gré le préserver de la mort, se retira en passant au milieu d'eux (Luc. iv, 30) ; et il descendit de la montagne, sans être aperçu de ses ennemis, soit qu'il eût tout à coup apaisé leur fureur ou qu'il les eût frappés de stupéfaction. Si nous parcourons la vie de Jésus, nous voyons que, quand il le voulut, il se laissa prendre ou s'échappa, il se laissa crucifier ou se ressuscita lui même. Si plus tard quelques hommes parvinrent à le saisir, aie garrotter, ce fut un effet de sa permission ; mais si tout une ville, comme ici, ne put l'enchaîner ou le retenir, ce fut un effet de sa puissance souveraine. Pour nous montrer la conduite à garder en face des injures, il ne résiste pas, ne se venge pas ; mais il passe au milieu de ses ennemis furieux, sans paraître les craindre; il préfère les guérir que de les perdre; car en voyant que leur méchanceté ne pouvait atteindre son but, ils auraient dû se désister de leur perfide dessein. Il voulut donc leur échapper, parce qu'il leur ménageait l'occasion de faire pénitence, et parce qu'il ne devait pas mourir à celte heure

ni en cet endroit, ni de cette manière ; car il avait choisi le supplice de la croix, comme les Prophètes l'avaient annoncé.

A un mille de Nazareth, vers le midi, du côté de Jérusalem, on montre encore l'endroit appelé précipice ou saut du Seigneur. D'après le Vénérable Bède (in cap. îv Luc), c'est là que Jésus, échappant aux mains de ses ennemis, descendit au milieu d'eux, pour trouver un refuge dans la roche même d'où il devait être précipité. Tout à coup, au contact de son vêtement, la roche semble s'ouvrir sous ses pieds et s'amollir comme de la cire, pour offrir une retraite convenable à sa personne sacrée. On y voit encore les traces de ses pas, tous les linéaments et les plis de sa robe, comme s'ils étaient restés gravés par le ciseau d'un sculpteur. Le rocher perdant sa dureté s'affaisse pour le laisser descendre, et s'attendrit sous les pieds de Celui qui le presse, comme s'il craignait de le blesser. Etrange renversement des lois de la nature ! La pierre s'attendrit, et l'homme, loin de s'attendrir aussi, se pétrifie en quelque sorte ; la pierre reconnaissant son Créateur s'amollit, et l'homme qui devait surtout . le reconnaître s'endurcit davantage I

Dans le cours de l'Évangile, nous remarquons que les hommes ont attenté de quatre manières différentes à la vie du Sauveur : Hérode a cherché à le tuer par le glaive, les habitants de Nazareth ont essayé de le précipiter d'un rocher, les Juifs dans le Temple ont voulu d'abord le lapider et dans sa Passion ils ont réussi à le crucifier. Eh bien ! pécheurs que nous sommes, nous le crucifions encore spirituellement par notre rechute, nous le lapidons par notre endurcissement, nous le précipitons par notre désespoir et nous le tuons, autant qu'il est en nous, par le blasphème comme par un glaive tranchant.

Prière

Seigneur Jésus, vous vous êtes assujetti à toutes les fonctions, jusqu'à daigner remplir l'office de lecteur ; et, après avoir humblement communiqué aux habitants de Nazareth le bienfait de votre doctrine, vous en avez reçu sans colère le mal pour le bien, lorsque vous vous êtes laissé conduire sans résistance sur le rocher d'où ils voulaient vous précipiter. 0 doux Jésus, faites-moi la grâce de désirer à votre exemple exercer les plus vils emplois, et de me montrer toujours prêt à les remplir avec joie. Faites aussi que je supporte patiemment les injures sans en chercher aucune vengeance, et que j'aime tous mes ennemis d'un cœur sincère, en ne leur refusant aucun service. Ainsi soit-il.

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