‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 27 sur 33 · CHAPITRE LXXIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIT

Matth. xn, 9-1(3. — Marc, m, 1-6. — Luc. VI, 6-11.

Un autre jour de sabbat, Jésus entra dans la srjnagogue, où il enseigna (Luc. vi, 6). « Selon saint Hilaire (Can. xn, in Matth..), ce qui a été rapporté précédemment s'était passé dans la campagne ; mais alors le Sauveur entra dans la synagogue pour y instruire le peuple qui s'y réunissait en plus grand nombre au jour du sabbat. » Le Vénérable Bède dit aussi (in cap. vi Luc.) : « Jésus-Christ instruisait spécialement dans la synagogue au jour du sabbat et y opérait ses miracles, non-seulement pour nous initier au repos spirituel, mais encore parce que les Juifs avaient coutume de s'y rassembler en plus grand nombre ; car, selon la prescription de la Loi, ils devaient ce jour-là suspendre leurs

travaux manuels pour lire ou entendre lire les Saintes-Écritures. Or, de même qu'un chasseur tend ses pièges et qu'un pêcheur jette ses filets dans les endroits qu'ils savent être les plus giboyeux ou les plus poissonneux, ainsi Jésus-Christ enseignait dans la synagogue et dans le temple où les Juifs se réunissaient habituellement (Joan. xvm, 20); car il veut sauver tous les hommes et les amener à la connaissance de la vérité (I Tint, u, 4).» Dans cette conduite du Sauveur nous devons remarquer trois choses: d'abord la fermeté de son caractère, car, malgré les embûches que lui dressent les Pharisiens, il ne craint pas de se montrer où ils sont, donnant ainsi une leçon aux hommes pusillanimes ; puis la vérité de sa doctrine qu'il enseignai t publiquement, blâmant par là l' usage des hérétiques qui prêchent clans l'ombre ; enfin la grandeur de son zèle, car il n'agit que pour le salut des hommes, condamnant ainsi par avance ceux qui dans leur prédication recherchent la vaine gloire ou quelque avantage temporel.

// se trouvait alors dans la synagogue un homme qui avait la main droite desséchée de telle sorte qu'il ne pouvait en faire usage. Les Scribes et les Pharisiens examinaient si Jésus te guérirait en ce jour de sabbat, afin d'avoir sujet de le blâmer et de l'accuser (Luc. vi, 7). Ils lui adressèrent donc cette question insidieuse : Maître, est-il permis d'opérer quelque guérison au jour du sabbat ? S'il îépondait non, ils le taxeraient de dm été ou d'impuissance ; s'il disait oui, ils lui reprocheraient de violer la Loi (Matth. xn, 10). Mais Jésus, connaiisanl leurs pensées, dit à l'homme infirme de se lever cl de se tenir au milieu de l'assemblée, pour que le miracle fut plus manifeste, et aussi afin de confondre leur malice d'une manière plus évidente (Luc. vi, 8). Alors, reprenant la question qu'ils avaient soulevée, il leur demanda

en d'autres termes, s'il était permis de faire du bien le jour du sabbat (Ibid. 9). Comme ils gardaient le silence, luimême à l'aide d'une comparaison résolut la question par ce raisonnement aussi simple que solide (Mattli. xii, 11,12): On doit secourir l'homme de préférence à la bête ; or, il est permis de retirer et de délivrer, au jour même du sabbat, un animal tombé dans un puits ou dans un précipice;donc à plus forte raison il doit être permis ce jour-là de guérir et de sauver un homme infirme ou malade qui est plus noble et meilleur que la bête, puisqu'il est créé à l'image de Dieu. C'est ainsi que par un exemple tiré de la vie commune et de leur propre coutume le Sauveur confondit ses ennemis. Écoutons saint Chrysostôme qui le fait parler en ces termes : «Quoi donc! il vous serait permis de sauver la vie à une brebis un jour de sabbat, et il ne me serait pas permis de sauver un homme en ce même jour ! Vous pourriez à force de bras retirer d'un puits un animal qui y serait tombé, et moi je ne pourrais d'une seule parole guérir une créature raisonnable ! Vous le voyez, je ne prépare aucun remède, je n'étends pas même la main sur cet infirme ; un seul mot de ma bouche lui rend la santé ; je ne viole donc pas la loi de votre sabbat, puisque sans effort ni travail j'accomplis un acte de bienfaisance et de vertu. » — Mais les Pharisiens aveuglés par l'avarice préféraient une brebis à un homme; ils louaient celui qui sauvait l'une et blâmaient celui qui guérissait l'autre.

En second lieu, Jésus-Christ résolut par le fait même la question qui lui avait été proposée, en guérissant aussitôt la main desséchée de ce pauvre infirme. Étends la main, lui ditil; et aussitôt qu'elle fui étendue, elle devint saine (Luc.vi, 10). Selon la remarque de saint Chiysostoine, cette parfaite guérison manifeste clairement le véritable but de la Loi, que les

Juifs ne comprenaient pas; car, si cette action opérée au jour du sabbat eût offensé Dieu, cette infirmité n'eût certainement pas disparu, parce que Dieu ne peut favoriser le résultat d'un acte qui devrait l'offenser. Saint Jérôme (in cap. 12 Matth.) rapporte que, d'après l'Evangile des Nazaréens, cet homme était un maçon qui implorait du secours en disant : J'étais un pauvre ouvrier qui gagnait sa vie par son travail manuel ; je vous supplie, ô Jésus, de me rendre la santé, afin que je ne sois pas réduit à mendier honteusement ma nourriture.

C'est surtout au jour du sabbat que le Sauveur instruisait le peuple et opérait ses miracles, et cela pour plusieurs motifs : premièrement, afin de nous apprendre que le sabbat ancien de la Loi allait être remplacé d'une manière excellente et avantageuse par le sabbat ou repos spirituel de l'Évangile ; secondement, pour que les Juifs, réunis ce jour-là en plus grand nombre, pussent tirer un plus. grand profit de sa présence, et qu'à la vue de ses miracles' éclatants, ils pussent le reconnaître pour le Sauveur promis au monde ; troisièmement, pour montrer qu'il était le Maître souverain de la Loi et du sabbat ; quatrièmement enfin, pour redresser la mauvaise interprétation que les docteurs eux-mêmes donnaient de la loi sabbatique, en leur prouvant que ce n'était pas l'enfreindre que de faire une bonne œuvre, comme guérir un malade. — Nous devons remarquer ici que certaines œuvres bonnes en elles-mêmes peuvent devenir illicites d'après les circonstances, comme serait la construction d'une maison au jour du sabbat. Au contraire, les œuvres vertueuses sont bonnes dans toutes les circonstances, de sorte qu'on peut les accomplir d'une manière non-seulement licite, mais louable même, au jour du sabbat. Telle était la guérison miraculeuse opérée par Jésus-Christ comme

un acte de miséricorde pour manifester la gloire de Dieu- Selon l'explication mystique donnée par le Vénérable Bède et par Raban-Maur, cet homme à la main desséchée figure le genre humain, incapable de produire aucune bonne œuvre pour le salut, à cause du péché de notre premier père qui avait étendu la main pour saisir le fruit défendu ; mais, grâce à la miséricorde divine, cette heureuse aptitude lui fut rendue par l'entremise du Sauveur dont les mains innocentes furent étendues sur l'arbre de la croix. Cet homme infirme est justement placé dans la synagogue, pour nous apprendre que plus on est instruit, plus aussi on est coupable, et par là même moins digne d'excuse et de pardon. Avant de le guérir, Jésus lui fait étendre la main, pour nous montrer que la faiblesse stérile de l'âme se guérit par la distribution d'abondantes aumônes. Cette main droite desséchée nous représente la dureté envers les pauvres, et la gauche qui est saine le désir d'amasser pour soi-même. Mais à l'arrivée du Sauveur, la main droite devint saine comme la gauche, parce que dès lors ce qui avait été accumulé par avarice fut distribué aux malheureux par charité. Dans cet homme infirme qui, pour être guéri, se lève, se tient debout, se place devant l'assistance et étend la main, nous voyons les quatre conditions nécessaires au pécheur pénitent : il doit sortir du péché par la pénitence, demeurer dans la grâce par la persévérance, montrer aux autres le bon exemple, s'appliquer à produire des œuvres salutaires; pour cela qu'il étende ses mains d'abord vers les indigents en leur faisant de généreuses aumônes, puis vers le Seigneur en lui adressant de ferventes prières; car, selon saint Grégoire (Epist. 57), celui qui n'ouvre pas les mains poulies malheureux les élève inutilement vers Dieu pour implorer le pardon de ses fautes.

Cet homme infirme représente les pécheurs. Les uns, qui son t sans compassion et sans charité, ont le cœur sec; d'autres, qui n'instruisent point le prochain et ne bénissent pas le Seigneur, ont la langue desséchée ; d'autres enfin ont la main aride, parce qu'ils ne produisent point d'œuvre surnaturelle. Les uns et les autres ressemblent à un arbre mort qui n'a ni sève, ni feuilles, ni fruits. L'envieux a le cœur sec, le médisant a la langue desséchée et l'avare a la main contractée. Pour guérir, d'après les prescriptions divines, le premier doit élever son cœur vers le ciel par de saintes méditations ; le second doit crier vers le Seigneur par de ferventes oraisons ; le troisième doit verser dans le sein des pauvres des aumônes libérales. « Celui-là, dit saint Théophile (in Matth.), a la main droite desséchée, qui n'accomplit point les œuvres de Dieu, parce qu'en faisant le mal il devient incapable de faire le bien ; ce pécheur ne peut être guéri qu'en revenant sincèrement à la pratique de la vertu. » — La main, étant un organe princijjal, est le signe convenable de l'œuvre méritoire, et par conséquent la main devient aride, lorsqu'elle devient incapable d'accomplir une œuvre méritoire ; mais, sur la parole de Jésus-Christ, elle redevient saine, lorsque l'homme se lève par le secours de la grâce pour faire le bien surnaturel.

Cet homme infirme figure encore l'oisif et le paresseux qui sont incapables de tout bien, mais spécialement l'avare dont la main paralysée est impuissante à toute œuvre de pitié et de bienfaisance. Les cinq doigts de cette main sont: le désir effréné de posséder les richesses, la peine qu'on se donne pour les acquérir, la sollicitude qu'on prend pour les conserver, l'empressement qu'on montre pour les multiplier, et le chagrin qu'on éprouve pour les partager. Mais afin de convertir cet avare, la grâce lui dit : Étendez votre main ;

et en effet, il ne sera guéri, que quand, par un secours de la bonté divine, il ouvrira sa main aux œuvres de miséricorde. «Vous avez entendu, nous dit saint Ambroise (Lib.5iiiLuc.), ces paroles du Seigneur : Étendez votre main; c'est là le remède général et commun à bien des maux. Vous croyez avoir la main saine, mais prenez garde qu'elle ne soit resserrée par l'avarice ; étendez-la souvent pour assister le pauvre qui vous implore, aider le prochain dans ses besoins, protéger la veuve dans son abandon, arracher à l'injustice une victime de la calomnie, et enfin pour obtenir de Dieu le pardon de vos fautes. C'est ainsi qu'en étendant la main, vous serez guéri. » Telles sont les paroles de saint Ambroise. 0 avares qui avez toujours ia main ouverte pour recevoir ou prendre, mais resserrée pour donner et répandre, étendez-la vers les pauvres et les indigents ; de cette manière vous pourvoirez à vos propres intérêts et vous amasserez dans le ciel des trésors inépuisables ! « Faisons donc l'aumône autant que nous le pourrons, dit saint Chrysostôme, ne méprisons pas ceux qui ont faim; en contribuant au bonheur des autres, nous travaillons plus encore à notre propre bonheur; car si nous leur procurons les biens présents, nous nous préparons à nous-mêmes les biens futurs et la gloire éternelle. » Parmi toutes les œuvres de miséricorde, l'aumône tient un rang principal ; aussi les Saintes-Écritures nous la recommandent souvent et avec grand soin.

Les Pharisiens, aveugles par leur sotte jalousie, au lieu d'être reconnaissants des bienfaits prodigieux du divin Sauveur, sortirent de la synagogue, pour fuir sa présence et la vue de la lumière ; ils tinrent conseil avec les Hérodiens, partisans du prince séculier, pour tramer la perte de Jésus (Marc, ni, G. Luc vi, 1 1). Les insensés ! s'écrie saint Ambroise ; ils délibèrent pour perdre Celui qui est

la véritable vie, et non point pour la trouver eux-mêmes. Quelle folie de comploter la mort cle Celui dont le secours leur était si nécessaire ! Mais entraînés, subjugués par la funeste passion de l'envie, malgré les avertissements et les miracles du Christ, ils s'obstinèrent et restèrent inébranlables dans leurs criminels desseins. Selon saint Chrysostôme, les Pharisiens poussés par le démon formèrentle projet de perdre le Sauveur. Dans la crainte qu'il n'acquît de la gloire et ne réunît des disciples, ils ne pouvaient souffrir qu'il fît des miracles ; cependant, pour cacher la bassesse de ■ leur envie sous une apparence de zèle, ils feignaient de maintenir l'observation du sabbat; mais en réalité ils cherchaient à satisfaire la violence de leur passion.

Jésus à qui rien n'était -caché, pénétrant leurs sinistres desseins, s'éloigna de ce lieu (Matth. xn, 15), et se retira près de la mer avec ses disciples (Marc, m, 7). Plusieurs raisons déterminèrent cette retraite: lu c'était d'abord par ménagement pour les Pharisiens, afin de leurôter l'occasion de commettre un crime, et aussi, dans l'intérêt de l'Église, pour travailler à sa formation ; 2° parce que le temps de la Passion, fixé par Dieu le Père, n'était pas encore arrivé et que toutes les prédictions des Prophètes n'étaient pas encore accomplies ; 3° parce que Jésus-Christ ne devaitpas souffrir la mort hors de Jérusalem, désignée comme devant être le théâtre de son supplice ; 4" pour apprendre aux Chrétiens qu'ils peuvent quelquefois se soustraire à la persécution sans que la fuite leur soit imputée à péché ; 5° pour nous donner une nouvelle preuve de sa patience et de son humilité, puisqu'il aurait pu par sa seule volonté confondre ses ennemis et les précipiter dans les abîmes ; G0 pour attester qu'il était véritablement revêtu de notre humanité; car, bien qu'il ne craigne pas la mort, il se dérobe cependant comme homme

à la fureur de ses ennemis. Il nous apprend également par là à nous éloigner des pécheurs que nous ne pouvons ramener au bien par nos avertissements ; car l'homme qui s'opiniâtre dans le mal ne saurait être corrigé par la raison. « Le Sauveur, dit saint Chrysostôme, ne discuta pas longtemps avec eux; mais, après avoir motivé sa conduite, il se retira dans la crainte de les irriter davantage, parce que le raisonnement ne guérit point la malice. De sages observations peuvent bien éclairer l'homme ignorant, mais elles ne font souvent qu'exciter davantage l'homme furieux. Sans doute, le pécheur disposé à commettre un crime est aux yeux du Seigneur aussi coupable que s'il l'avait commis ; cependant, celui qui le voit dans ces dispositions ne peut pas l'y provoquer en lui fournissant l'occasion de le réaliser, sans se rendre lui-même coupable de participation au crime. »

« Plusieurs malades qui avaient été témoins de la guérison précédente suivirent Jésus, et il les guérit tous pour récompenser leur foi, peut-être aussi parce qu'ils s'étaient rendus dignes d'une telle faveur par leur conduite (Matth. xii, 15). Les savants qui voient les miracles du Sauveur le persécutent ; les ignorants au contraire, remplis d'estime pour lui, le suivent avec amour et méritent ainsi d'être guéris. Rémi d'Auxerre dit à ce sujet (in cap. xn Matth.) : Les Pharisiens, unis par un commun sentiment de haine, trament en secret la mort du Christ ; la foule illettrée au contraire, entraînée par un même sentiment d'affection, se précipite publiquement sur ses pas, et obtient bientôt de lui ce qu'elle demande. Vous aussi, Chrétiens, voulez-vous être guéris des nombreuses maladies qui vous affligent et être délivrés de la mort éternelle qui vous menace, attachez-vous à Jésus-Christ, invoquez-le, imitez-le ; il ne rejette point celui qui l'implore, et guérit tous ceux

qui recourent à lui. Les Pharisiens, dont le nom signifie division, représentent ceux qui se plaisent à semer la discorde parmi leurs frères, et les Hérodiens, c'est-à-dire les partisans de l'usurpateur, figurent les orgueilleux parés des dépouilles d'autrui. Les uns et les autres se coalisent ensemble pour perdre le Sauveur qui se plaît au milieu des humbles et des débonnaires ; c'est pourquoi il s'éloigne des premiers qui le persécutent et se communique aux seconds qui l'accompagnent, attirés par les bienfaits qu'il leur accorde. — Mais, en guérissant tous ces malades, Jésus leur . recommandait de ne pas le découvrir, pour nous apprendre qu'en toutes choses nous devons, à son exemple, fuir la vaine gloire (Mattli. xn, 16). « Par là, dit saint Ambroise, notre divin Maître veut nous montrer que, quand nous faisons quelque bonne œuvre, nous ne devons pas chercher la louange humaine. » Saint Chrysostôme ajoute : « Lorsque le Sauveur guérissait des malades en vue des autres, il ne leur défendait pas de publier les miracles dont ils étaient l'objet ; c'est ce qui arriva quand il ouvrit les yeux de l'aveuglo-né et quand il rendit le mouvement à l'homme paralytique depuis trente-huit ans. Mais lorsqu'il guérissait les malades uniquement en vue de leur avantage et à cause de leur mérite, il recommandait le secret, comme il fit à l'égard du lépreux. Il nous montrait par là qu'en opérant ces divers prodiges, il avait pour but non pas l'applaudissement des hommes, mais le salut des fidèles. » Ainsi parle saint Chrysostôme.

Le soir étant venu, Jésus et ses disciples arrivèrent à une maison pour y loger, mais la foule se rassembla de nouveau pour entendre la parole de Dieu (Marc, m, 20) ; et le peuple montra tant de zèle pour se faire instruire, que les Apôtres avec leur divin Maître ne trouvaient pas même le temps de

prendre leur repas. Belle leçon pour ceux qui abandonnent le ministère de la prédication, afin de se reposer et de satisfaire au bien-être de leur corps. « Heureuse occupation du Sauveur ! s'écrie le Vénérable Bède (in cap. m Marci), admirable empressement de ce peuple, dont l'ardeur pour écouter la parole divine et obtenir le salut éternel ne laisse pas même au Sauveur et à ses collaborateurs le loisir nécessaire afin de pourvoir aux besoins les plus urgents de la nature ! Puissions-nous par votre grâce abondante, ô Seigneur Jésus, voir renaître ce même désir fervent dans le cœur des Chrétiens de nos jours ! »

Lorsque ses proches, c'est-à-dire les Juifs, ses parents du côté de sa sainte Mère, le virent déployer un zèle si extraordinaire, et qu'ils l'entendirent expliquer les profonds mystères qu'ils ne pouvaient comprendre, ils s'imaginèrent qu'il avait perdu l'esprit et qu'il parlait ainsi dans un accès d'aliénation. Ils vinrent donc pour se saisir de lui et l'enfermer de peur qu'il n'arrivât quelque malheur. « Tant il est vrai, selon la remarque du Vénérable Bède (loc. cit.), que, comme le Sauveur lui-même le dit en un autre endroit, nul prophète n'est sans honneur que dans sa patrie et dans sa famille (Marc, vi, 4). En effet, tandis que des étrangers s'empressaient de voir et d'entendre Jésus comme l'Auteur même de la vie et la Sagesse de Dieu, ses propres parents voulaient le lier comme un insensé. Cette erreur des parents et ce concours des étrangers figurent d'un côté la vocation des Gentils et de l'autre la réprobation des Juifs dont saint Jean l'Évangéliste veut parler quand il dit du Sauveur : Il est venu parmi les siens, et les siens ne Vont pas reçu (Joan. i, 11). » De nos jours également, ceux qui sont fervents à suivre Jésus-Christ sont regardés comme des extravagants par les mondains qui s'efforcent de les détourner de la voie droite. Combien

ne devrions nous pas payer une seule goutte de ce vin généreux qui cause cette sainte ivresse! Heureux ceux qui sont possédés d'une telle folie ! Ce sont ceux-là mêmes dont les méchants parlent en ces termes rapportés par le Livre de la Sagesse (v, 4) : Insensés que nous étions ! nous regardions leur conduite comme une folie. Ah! puissé-je moi-même leur ressembler pour être admis dans la société des Saints et être compté parmi les enfants de Dieu !

Prière

Seigneur Jésus, je vous supx-tlie, par les entrailles de votre miséricorde, d'avoir pitié de moi qui suis un pauvre infirme, incapable de faire aucun bien surnaturel. Touché de ma misère, daignez m'accorder la santé, la force, l'aptitude pour accomplir toutes sortes de bonnes œuvres. Faites que je me tienne dans le juste milieu des vertus, afin que, sur votre ordre et avec votre secours, j'étende mes mains pour exercer les actes de la justice et non point ceux de l'iniquité; que m'adonnant au bien, je cherche en tout à vous plaire, et que m'éloignant du mal, j'évite par-dessus tout de vous offenser. Donnez-moi, ô bon Jésus, de mépriser toutes les richesses et les délices du siècle pour m'appliquer à la parole de Dieu, au salut de mon âme et à celui du prochain. Ainsi soit-il.

Page 1