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La grande vie de Jésus-Christ

« Voici, dit saint Jérôme,*le temps de tremper notre plume dans le sang, d'en arroser les pages de notre livre, et, à l'exemple des Israélites, d'en marquer les portes de notre demeure ; maintenant, comme Raliab, attachons à nos fenêtres le cordon d'écarlate, et, comme Zara, tenons en nos mains le ruban de couleur rouge, afin que nous puissions raconter convenablement le sacrifice san^ glant de la victime sans tache immolée hors du camp. » Nous arrivons enfin à la Passion du Sauveur que nous devons considérer avec amour et imiter avec courage, suivant cette recommandation de Dieu même : Regardez et faites selon le modèle qui vous a été montré sur la montagne (Exod, xxv, 40). Jésus-Christ, en effet, est comme un livre modèle, d'après lequel nous devons régler et corriger toute notre vie. Dans la sainte Écriture il est souvent désigné sous la

figure d'une montagne, à raison de sa grandeur divine et de sa sublime perfection ; mais c'est surtout lorsqu'il nous apparaît élevé sur la croix qu'il mérite ce nom de montagne, à cause des mérites excellents de sa très-sainte Passion. En lui donc, comme sur le sommet éminent de toutes les vertus, nous est proposé le type que nous devons non-seulement examiner, mais reproduire avec soin . Car il ne suffit pas au Chrétien de contempler Jésus accablé de douleurs et d'ignominies, comme le virent ses bourreaux ; mais il faut en outre qu'il s'efforce de lui ressembler en ses sentiments et en ses actes. C'est ce que signifient les paroles précédentes appliquées à chaque fidèle : Regarde et fais ; comme si le Seigneur lui disait : Considère la Passion du Sauveur, afin de la graver profondément en ton cœur par une vive compassion ; puis essaie de la retracer exactement en ta conduite par une continuelle imitation. Tel est le double devoir que saint Pierre nous rappelle en ces termes : Le Christ a souffert pour nous, vous laissant un exemple, afin que vous marchiez sur ses traces (I Ep. ii, 21). •

Relativement au premier devoir, si nous entreprenions de raconter en détail tout ce que Jésus-Christ a souffert en ce monde, nous ne pourrions y suffire, puisque toute sa vie mortelle fut une Passion continuelle. Si, comme le dit saint Augustin (Serm. 2, de YerUsDom.), la vie entière da Chrétien, quand elle est conforme à toutes les prescriptions de l'Evangile, est une croix permanente et un martyre prolongé, à plus forte raison en fut-il ainsi de la vie du Sauveur qui institua et accomplit parfaitement cet Evangile. Remontant jusqu'à sa naissance, remarquez l'extrême indigence à laquelle il est réduit : il n'a ni demeure ni vêtement ; il est né en une étable, il est couché dans une crèche sur un peu de foin, et au milieu de grossiers animaux ; il

est emmaillotté de viles langes. Au huitième jour, en la circoncision, il commence à répandre son sang précieux pour notre salut ; bientôt après, pour échapper à la persécution d'Hérode, il est transporté en Egypte ; puis au retour de son exil, il passe toute son enfance et son adolescence dans une complète soumission et sans doute aussi dans une grande pauvreté. Plus tard, quand vint le temps où il devait se manifester au monde, il alla par la plus froide saison se plonger dans le Jourdain pour y recevoir le baptême ; il jeûna ensuite saris prendre aucune nourriture pendant quarante jours et quarante nuits. Quelles tentations il soutint contre Satan dans le désert ! que d'injures et d'affronts il subit de la part des Juifs qui le traitèrent de samaritain, de démoniaque, d'homme livré à la bonne chère, de blasphémateur et de séducteur du peuple ! Non contents de vomir contre lui toutes sortes d'outrages, ses compatriotes attentèrent plusieurs fois à sa liberté et à sa vie, ils voulurent souvent l'arrêter, tantôt le lapider et tantôt le précipiter d'un rocher. Observez à combien de pénibles labeurs il s'est condamné pendant tout le cours de sa carrière pubhque : chaque jour il prêche dans le temple ou dans les synagogues, et il va de ville en ville, de contrée en contrée; il passe des nuits entières en oraison, guérit d'innombrables infirmes, délivre les possédés, ressuscite les morts, nourrit miraculeusement des multitudes affamées ; au milieu de toutes ces fatigues, lui-même n'en est pas moins assujéti à tous les besoins de notre nature, à la faim, à la soif et à toutes les autres faiblesses humaines, excepté toutefois le péché. Voilà comment toute la vie de notre divin Sauveur fut remplie de travaux et de souffrances jusqu'aux derniers jours de sa Passion qui doit seule nous occuper maintenant ; arrêtons-nous donc à considérer toutes les principales cir-

constances dans lesquelles il a daigné endurer alors pour nous les plus horribles tourments.

Selon la remarque de saint Augustin (Serm. de Vigilia Pentec); nous devons trouver une règle de conduite nonseulement en tout ce que Jésus-Christ a fait de bien, mais aussi en tout ce qu'il a supporté de mal. Ainsi sa douloureuse Passion renferme en elle seule toutes les vertus que l'homme peut pratiquer ici-bas ; car le Sauveur accomplit alors de la manière la plus excellente tout ce qu'il enseigne dans son Evangile, relativement à la perfection. Sa croix est la fin de la Loi et de l'Ecriture, sa Passion est l'abrégé de toutes ses vertus, sa mort la consommation de tous ses enseignements. Voilà pourquoi saint Paul disait aux Corinthiens (I Ep. II, 2) : Je n'ai j)oint estimé savoir autre chose parmi vous que Jésus et Jésus crucifié, parce qu'en lui est renfermé tout ce qu'il est nécessaire de savoir pour arriver au salut. — S'agit-il de la pauvreté volontaire ? fut-il jamais un homme plus dépouillé que Jésus-Christ, suspendu tout nu sur l'arbre de la croix où il ne pouvait pas même reposer sa tête endolorie ? Voulez-vous parler de l'obéissance et de l'humilité ? Quelqu'un s'est-il abaissé et anéanti comme le Fils de Dieu qui, prenant la forme d'esclave, s'est soumis à la mort de la croix et s'est exposé à toutes sortes d'opprobres ? Si vous faites mention de la chasteté virginale, qui peut-on comparer à Celui dont la mère est toujours restée vierge et dont le père est la pureté même ? S'il est question de la charité, personne a-t-il jamais surpassé ou même égalé le Rédempteur, qui a donné sa vie non-seulement pour ses amis mais aussi pour ses ennemis, en soufirant les plus cruels supplices lorsqu'il pouvait s'en délivrer par un seul acte de sa volonté suprême ? Ainsi dans la Passion du Seigneur, nous voyons briller le modèle parfait de toutes les

vertus, comme nous l'avons déjà dit ; de plus, nous y rencontrons un remède efficace contre toutes nos maladies spirituelles. — En effet la mort ignominieuse qu'il consent à subir n'est-elle pas un puissant correctif pour notre orgueil? En se laissant condamner avec les scélérat:^, ne doitil pas nous guérir de l'envie ? Son silence en face de ceux qui l'accablent d'insultes n'est-il pas bien propre à réprimer en nous la colère ? En le voyant s'étendre sur la croix où il se laisse clouer, ne devons-nous pas secouer la paresse qui nous empêche d'embrasser la pénitence? Par sa nudité et sa pauvreté, ne nous détourne-t-il pas de l'avarice et de la cupidité ? Si nous le considérons abreuvé de fiel et de vinaigre, pourrons-nous nous abandonner à la gourmandise et à l'intempérance? Enfin, ne combat-il pas en nous la luxure par toutes ses plaies et ses douleurs ? Ainsi dans sa Passion Jésus-Christ a rompu les sept sceaux qui nous fermaient le livre de vie, et par ce moyen il nous a ouvert l'entrée du ciel.

Si maintenant nous venons à l'examen de la patience, toute la Passion du divin Sauveur en est la plus admirable démonstration. Si nous recherchons quelque part le mépris du monde et le renoncement à tous ses biens, où les trouverons-nous dans un degré aussi éminent que dans Jésus- Christ élevé sur la croix au-dessus de la terre et séparé de toutes les choses inférieures? S'agit-il d'abstinence, déjeune ou d'autres semblables privations ? Jésus sur le Calvaire n'eut que du fiel, du vinaigre, ou du vin mêlé de myrrhe pour étancher sa soif. Est-il question des macérations de la chair? Quel corps fut traité aussi cruellement que celui du Sauveur sur la croix ? Désirez-vous voir une prière efficace? En est-il une pareille à celle de Jésus qui, dans la ferveur de son oraison répandit une sueur de sang ? Voulez-vous

parler de l'aumône et des autres œuvres de miséricorde ? Qui jamais les pratiqua plus libéralement que Notre-Seigneur ? Pour assister jusqu'à la fin des siècles les mortels indigents, il leur a donné sou corps comme nourriture et son sang comme breuvage ; il a fortifié les cœurs abattus de ses faibles disciples, il a guéri beaucoup de malades, il a délivré les Justes captifs dans les limbes, et ressuscité plusieurs morts des tombeaux. S'agit-il de l'amour des ennemis? Entendez-le sur la croix prier pour ses propres bourreaux en conjurant son Père céleste de leur faire miséricorde. S'agit-il du pardon des injures? Quel liomme se montra aussi généreux que Jésus-Christ à remettre leurs dettes à ses débiteurs ? Non-seulement il rendit sa grâce au larron pénitent, mais encore il lui promit son paradis. Si nous parcourrions également toutes les œuvres de surérogation, nous les trouverions toutes surabondamment accomplies dans la Passion de Jésus-Christ. Si donc nous voulons être ses parfaits imitateurs, nous devons à notre tour les accomplir ou en réalité ou par le désir. Suivant la remarque, de saint Jérôme (in Matth.), quoique les Juifs et les autres qui ont pris part à la Passion dn Sauveur aient agi avec des intentions bien différentes, tout ce qu'ils ont fait n'en est pas moins rempli d'instructions mystérieuses. Ainsi Caïphe ne savait ce qu'il disait quand il prononça ces paroles (Joan. xi, 50) : Il faut qu'un seul liomme meure pour tout h peuple^ et cependant il prophétisait. De même en est-il de toutes les circonstances de cette Passion que nous devons méditer attentivement, afin d'y conformer notre conduite.

Après avoir achevé tous ces discours^ relatifs à son second avènement, comme nous les avons rapportés, (Matth. xxvi, 1), après avoir prédit qu'il devait un jour paraître avec majesté pour juger le genre humain, Jésus annonce qu'il

doit auparavant souffrir beaucoup pour le racheter. Il veut montrer par ce rapprochement que le mystère de la croix est intimement lié à la gloire de l'éternité, en sorte que quiconque consent à partager sa Passion, ne craindra point de subir son jugement, car le mérite de la souffrance et la récompense du ciel ont ensemble les mêmes rapports que la cause et l'effet. Ayant donc décrit les pompes de son futur triomphe, le Sauveur exposa les ignominies de son prochain trépas qui devaient en être la cause, selon cette déclaration de l'Apôtre (Philip, n, 8 et 9) : U s'est abaissé lui-même en se faisant obéissant jusqu'à la mort de la croix ; voilà pourquoi Dieu l'aexalté, en lui donnant un nom supérieur à tout o^wfreno?n. Jésus commença donc le récit de sa Passion, en laquelle lui-même devait être sacrifié comme notre véritable Pâque. Ainsi en ce jour qui était le mardi soir, au lieu même où sa prédiction devait s'accomplir, sur le Mont des Oliviers, il dit à ses disciples : Vous savez que dans deux jours, c'est-à-dire le jeudi soir, se fera la Pâque, oiî l'agneau pascal doit être immolé. Mais voici ce que vous ignorez : C'est que, durant cette même solennité, le Fils de lliomme^ ou autrement de la Vierge, sera livré pour être crucifié, et il fera la Pâque en passant du monde à son Père (Matth. XXVI, 2). Ces paroles prouvent clairement que le Sauveur ne fut point livré par surprise et contre son gré, mais qu'il avait prévu et accepté d'avance sa Passion. Il s'appelle justement alors Fils de lliomme, puisqu'il fut saisi et crucifié comme homme et non comme Dieu, car en cette dernière qualité il est immortel. Il dit aussi avec raison, sans déterminer aucune personne, qu'il sera livré {tradetur), exprimant par ce seul mot des volontés très-diverses. En effet, Dieu le Père a livré son Fils par un motif de charité, pour le salut du monde ; Judas au contraire a livré son Maître

aux Juifs par un sentiment d'avarice et pour l'amour du gain. Le Saint-Esprit le livra par un effet de sa bonté, mais les Juifs le mirent aux mains de Pilate par malice et par jalousie. Jésus-Christ s'est livré lui-même pour accomplir la volonté de son Père céleste, et Pilate le fit mourir sur la croix pour satisfaire la liaine des Juifs déicides. Enfin le démoule livra dans la crainte de perdre la domination qu'il exerçait depuis si longtemps sur le genre humain ; mais il ne prévoyait pas que son propre empire serait détruit par la Passion et la mort, bien plus encore que par les miracles et les enseignements du Christ. Ainsi toutes ces personnes différentes concouraient à produire le même oeuvre, mais avec des vues tout opposées. C'est pourquoi nous devons aimer et glorifier à jamais le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui ont agi pour des fins excellentes ; tandis que nous devons détester et abhorrer Judas, les Juifs, Pilate et le démon, qui ont agi d'après les desseins les plus pervers. Jésus prédit donc aux Apôtres qu'il serait prochainement arrêté et crucifié, afin qu'ils fussent moins éurpris et moins troublés quand l'heure serait venue.

Comme le nom de Pâque se rencontre en divers endroits de la Sainte-Ecriture avec des significations différentes, pour éviter les équivoques il ne sera pas inutile d'exposer ici les acceptions variées dans lesquelles cette expression doit être prise. Ainsi, afin de résoudre bien des difficultés, il faut savoir que, sous le nom de Pâque on désignait premièrement les sept jours des azymes, c'est-à-dire toute la semaine durant laquelle les Juifs n'usaient point de pain fermenté, mais seulement de pain azyme ou sans levain; et c'est en ce sens que cette expression est employée aux Actes des Apôtres (xii, 4). Volens post Pascha producere cum populo. Le premier et le dernier jour de cette même

semaine étaient néanmoins plus solennels que les autres. — Secondement, ce mot de Pâque signifiait l'heure du soir à laquelle l'agneau pascal devait être immolé, et alors seulement commençait le premier jour des azymes qui était le plus solennel ; c'est en ce sens que le Seigneur disait à ses disciples (Matth. xxvi) : Scitis quia post biduum Pascha fiet. Aussi l'Église chante dans la lecture du Martyrologe : Quartadecima die ad vesperam, Pascha Domini est. Mais le jour qui précédait cette heure de l'immolation ne faisait point partie de la fête et n'était point appelé Pâque. — Troisièmement, le nom de Pâque indiquait le premier jour des azymes, le plus célèbre de tous; car en ce jour qui était le quinzième du premier mois lunaire les Israélites étaient sortis de l'Egypte. C'est en ce sens qu'il est pris par saint Luc (xxii, 1). Appropinquabat dies festus azymorum, qui dicitur Pascha, et par saint Jean (xiii, 1) Ante diem festuru Pasc]ip£^ — Quatrièmement, on donnait aussi ce nom au festin solennel que l'on faisait en ce jour, comme nous le voyons dans le second livre des Paralipomènes (xxxv, 18). Non fuit Phase simile huic in Israël. — Cinquièmement, on appelait Pâque l'agneau lui-même que l'on mangeait en cette fête, d'après les prescriptions légales ; nous en trouvons des exemples en saint Matthieu (xivi, 17): Ubi vis paremus tibi comedere Pascha ? et en saint Luc (xxii, 7): Venit dies azymorum in qua necesse erat occidi Pascha. — Sixièmement, ce nom désignait encore les pains azymes et les autres mets que l'on devait manger durant toute l'octave de la fête, en évitant les souillures défendues par la Loi ; c'est ce que nous voyons en saint Jean (xviii, 28) : Non introicnmt prœtorium, ut non contaminarentur, sed manducarent Pascha. — Septièmement enfin, Jésus-Christ luimême, figuré par l'agneau pascal, est appelé la Pâque,

jO LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST

suivant ces paroles de saint Paul (I Cor. v, 7) : Pascha nostrum immolatus est Christus. Toutes ces différentes significations du mot Pâque sont exprimées dans les vers suivants :

Hebdomaa, hora, dies, epulœ, agnus, azyma, Christus Pascha soient dici : velut exemplis patefeci.

Cependant le nom de Pâque désignait plus ordinairement le jour où l'on immolait l'agneau propre à la solennité; et ce mot ne vient point de Passion, mais bien de passage, car il est tiré originairement du mot hébreu Phase qui signifie passage. Or la Pâque des Juifs s'appelait passage pour deux raisons : 1» parceque dans la nuit mémorable où ils immolèrent l'agneau, l'Ange exterminateur, voyant les portes marquées du sang de cette victime, passa outre sans faire aucun mal aux Israélites; 2° parce que les Hébreux, échappés en cette même nuit à la servitude des Égyptiens, passèrent bientôt la Mer-Rouge pour conquérir la terre qui leur avait été promise comme un ^héritage de paix. La fête instituée en mémoire de ce double passage est donc nommée avec raison la Pâque ; de plus, elle figurait d'avance pour le Christ son passage de la mort à la vie, et pour nous notre passage du vice à la vertu et de la terre au ciel. Aussi, selon le sens mystique, la Pâque des Chrétiens est pareillement la célébration d'un double passage ; car en ces mêmes jours le Christ, par sa mort et sa résurrection passa de ce monde à son Père ; et à son exemple, tous les fidèles qui veulent suivre leur divin Chef, doivent par la vertu de son sang précieux passer de ce lieu d'exil à la possession de l'éternelle patrie, soit en embrassant la pénitence et le martyre, selon cette parole du Psalmiste : Nous avons passé par l'eau et le feu (Ps. lxv, 12), soit eu

soupirant après les biens célestes, suivant cette invitation de la Sagesse : Passez jusqu'à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur (Eccli. xxiv, 26). Dans ce but, de même que les Israélites teignirent avec le sang de l'agneau les deux poteaux de leurs portes, ainsi les Chrétiens doivent imprimer le sang du Christ sur leur intelligence par un pieux souvenir de sa Passion, et sur leur cœur par la pratique fervente de la mortification dont il nous a donné l'exemple. Le signe de la croix, dit saint Augustin (Tract. 50 in Joan.), éloigne de nous l'exterminateur qui est le démon, si toutefois le Christ habite en nous ; car en traçant ce signe sacré sur nos fronts, nous appliquons à nos âmes son sang préservateur, en sorte que, affranchis de la captivité du monde corrompu, nous passons heureusement de l'esclavage de Satan sous l'empire de Jésus, et de ce siècle inconstant dans le royaume éternel. « Chez les Juifs, dit le Vénérable Bède (in cap. 22 Luc), la fête de Pâque se célébrait en mangeant des pains azymes pendant sept jours consécutifs à partir du soir où l'on immolait l'agneau ; de même, après avoir été une fois immolé pour notre salut, Jésus passant de ce monde à son Père, nous a commandé de vivre avec les azymes de la sincérité et de la vérité, pendant toute la durée du temps que compose la répétition successive des sept jours de la semaine ; il nous a prescrit ainsi de célébrer comme une Pâque continuelle, en nous éloignant toujours davantage de ce monde dépravé, de fuir avec grand soin les désirs de la terre qui nous rappellent les faux biens de l'Egypte. »

Après tout ce que nous venons de rapporter, Notre- Seigneur revint à Béthanie avec ses douze Apôtres. Retiré dans la maison de Lazare, de Marthe et de Marie, il continua d'y instruire et d'y encourager ses disciples, selon sa

coutume ; mais il ne reparut plus à Jérusalem, comme d'habitude, jusqu'au moment de la Cène ; c'est ainsi qu'il laissa aux Juifs tout le temps et toute la liberté nécessaires pour tramer sa mort.

Prière.

Seigneur Jésus, qui, trois jours avant votre Passion et votre mort, avez prédit à vos disciples votre Pâque et votre passage de ce monde, faites que, durant tout le cours de ma vie, je nourrisse mon âme avec les azymes de la sincérité et de la vérité. Ne me laissez pas sortir de ce monde avant d'avoir effacé tous mes péchés par les trois actes de la pénitence, qui sont comme les trois jours de préparation au dernier passage ; savoir par la contrition intérieure, la confession orale et la satisfaction extérieure. Donnez-moi de participer à la communion de votre corps et de votre sang -adorables, de recevoir l'onction de l'huile sainte et d'arriver au terme de la perfection par l'accomplissement de votre volonté souveraine. Faites enfin que comblé de mérites je parvienne heureusement à la possession de votre royaume, ô mon très-doux Seigneur béni par-dessus toutes choses I Ainsi soit-il.

JUDAS VEND LE SErGNEUR JÉSUS t3

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