‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 2 sur 48 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

QCAND ET PODRQUOI JUDAS VENDIT LE SEIGNECR JÉSUS.

Matth. XXVI — Luc. xxii.

Le mercredi suivant, les princes des prêtres qui avaient entendu dire à Jésus : Vous ne me verrez plus désormais (Matth. XXIII, 39), ne le voyant plus paraître, pensèrent qu'il s'était enfui pour se dérober à leurs poursuites. lisse réunirent donc dans la salle du grand prêtre nommé Caïphe avec les anciens du peuple . Là, ils tinrent conseil ensemble pour inventer quelque prétexte de le saisir et de le mettre à mort (Matth. xxvi, 3, 4) ; ils étaient ainsi forcés de recourir à la ruse, parcequ'ils ne découvraient en lui aucune raison plausible de le condamner. Précédemment ils avaient délibéré et résolu de le faire périr ; maintenant ils cherchaient le moyen secret d'exécuter leur infâme dessein, de manière à ne point exciter de sédition parmi le peuple. Les insensés ! au lieu de se purifier suivant; les prescriptions légales pour se rendre dignes de manger l'agneau pascal, ils s'arment avec fureur contre le véritable Agneau sans tache, et de peur que la multitude ne l'arrache de leurs mains, ils songent à l'arrêter par surprise. Mais que ce ne soit point durant la fête, disent-ils. S'ils parlaient ainsi, ce n'était point assurément pour observer avec plus de respect, la grande solennité, mais pour ne point occasionner de tumulte public (Ibid. 5) ; car la foule était trèspartagée au sujet du Sauveur ; les uns l'aimaient, et; les autres le haïssaient. Parmi les nombreux Juifs assemblés pour célébrer la Pâque prochaine, plusieurs regardaient

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Jésus comme le Messie, en sorte que s'ils l'avaient vu maltraité, ils auraient pu se lever pour le défendre, et l'innocent pouvait échapper ainsi à la violence de ses ennemis. Ils craignaient donc le peuple (Luc, xxii, 2), parce qu'ils redoutaient non point de le scandaliser, mais de le révolter ; encore appréhendaient-ils moins de provoquer une émeute générale que de voir leur victime délivrée ; c'est pourquoi ils voulaient attendre que la fête fût passée. Ils changèrent ensuite d'avis, lorsqu'ils eurent rencontré l'occasion favorable de s'emparer secrètement de Jésus par la trahison d'un de ses disciples. Ainsi ce sont les chefs des Juifs qui conspirèrent la perte du Sauveur ; déjà Daniel avait dit (xiii, 5) : Uiniquité lest sortie de Babylone par les anciens et les juges qui semblaient conduire le peuple ; aujourd'hui encore ce sont les grands qui s'élèvent principalement contre le Christ et qui donnent les plus grands scandales. 0 bon Jésus ! s'écrie saint Bernard (in ea verba : Qui vult venirepost me), le monde entier parait être conjuré contre vous, et ceux qui devraient diriger les nations sont les premiers à vous persécuter.

Cependant le démon entra dans Judas, surnommé Iscacarioth, à cause du lieu de sa naissance (Luc. xxii, 3). Pour pénétrer dans l'âme de cet homme, Satan n'avait pas eu besoin d'employer la violence ; car il avait trouvé la porte ouverte par l'avarice à laquelle s'abandonnait le malheureux disciple, oubliant toutes les œuvres merveilleuses dont il avait été témoin. Le démon était entré en lui, non point en vertu de son essence ; car Dieu seul, dit saint Augustin (de Dogmat. eccles. c. 83), peut s'introduire ainsi dans l'âme dont il est le créateur ; mais il était entré d'abord par l'effet de la suggestion, lorsqu'il lui avait inspiré la funeste pensée de trahir et de vendre le divin Maître. Il entra

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ensuite par l'effet d'une possession complète, quand après la dernière Cène, il s'empara absolument de ce criminel devenu son esclave. Ainsi par tout péché mortel le démon pénètre dans l'homme dont il se rend maître d'une manière nouvelle ou plus spéciale. Judas, ayant donc appris que les princes des prêtres étaient assemblés pour tramer la mort du Sauveur, fit en lui-même ce raisonnement : Puisque cet homme doit être crucifié durant la prochaine Pâque, comme lui-même l'a prédit, si je le livrais je pourrais retirer un grand bénéfice. Conduit par cette pensée il s'en alla, quittant non-seulement de corps mais plus encore de cœur la compagnie du Christ. L'apostat vint alors trouver les anciens réunis chez Caïphe, et leur dit : Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai sûrement et sans bruit ? (Matth. XXVI, 15, 16). A cette nouvelle ils furent remplis de joie, car cette manière de s'emparer du Christ avec l'aide d'un de ses disciples leur parut plus convenable et plus cachée; c'est pourquoi ils renoncèrent à leur première résolution de différer sa mort jusqu'après la fête de Pâque. La divine Providence avait ainsi disposé tous les événements, comme le remarque saint Léou (Serm. 7 de Passione). Ne fallait-il pas en effet que les diverses circonstances de la Passion fussent accomplies alors manifestement d'après les figures et les prophéties qui en avaient paru depuis longtemps ? Judas convint avec les princes des prêtres de leur livrer Jésus-Christ pour trente pièces d'argent ; c'était au mêmeprix que Joseph, image du Messie futur, avait été vendu par ses frères. A l'exemple du traître qui se rendit dans une assemblée où il vendit son Maître, hélas ! combien de Chrétiens se rendent dans des réunions mondaines où ils vendent leur Sauveur pour une légère satisfaction, pour un plaisir momentané ! Ainsi que le dit encore Saint Léon (serm. 9 de

Passione), l'âme avide de gain ne craint pas de se perdre pour la moindre chose et il ne reste aucune trace de justice dans un cœur dominé par la cupidité. 0 trafic insensé de Judas, qui échangea un si grand bien pour un si petit, qui céda Dieu pour un peu d'argent, qui sacriûala vérité pour la vanité, l'éternité pour le temps ! Comme il portait la hourse oii l'on mettait l'argent dont il volait une partie, il voulait recouvrer la somme qu'il croyait avoir perdue, quand Marie- Madeleine avait embaumé les pieds et la tête du Seigneur ; car il prétendait qu'au lieu de répandre le parfum on aurait dû le vendre trois cents deniers, pour lui en remettre le prix destiné aux pauvres (Joan. xii, 5, 6). Afin de compenser le dommage qu'il pensait avoir éprouvé, il résolut donc de vendre son Maître trente pièces d'argent, qui équivalaient justement cà trois cents deniers ordinaires. C'est peut-être la raison pour laquelle Saint Matthieu, avant de rapporter la trahison de Judas, rappelle l'action de Madeleine, afin de joindre ainsi l'efi'et à la cause; car l'efîusion du parfum servit précisément d'occasion à la vente dû Seigneur. — Judas cependant était un des douze principaux disciples (Matth. XXVI, 14); mais il participait à leur société sans participer à leurs mérites, il portait le titre d'apôtre sans en remplir le devoir, il l'était de corps et non de cœur. Bien qu'il ne soit ni invité, ni forcé parles princes des prêtres, il va les trouver sans aucune nécessité ou contrainte, de son propre mouvement ; et sa malice seule lui fait concevoir un infâme projet. Pour prix de la personne de son Maître il ne réclame point une somme fixe, comme on a coutume de le faire pour mi objet très-estimable ; mais il laisse à la volonté des acheteurs de lui donner ce qu'ils voudront, comme s'il leur livrait une vile matière ou qu'il mît en vente un esclave. En effet, lorsqu'un marchand expose des choses peu

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