‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 16 sur 48 · INSTITUTION DE L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

INSTITUTION DE L'EUCHARISTIE

sommation dans la communion. — 5° C'est le même corps qui se trouve en même temps en plusieurs lieux, dans toutes les hosties consacrées. Il est propre exclusivement à Dieu d'être présent partout en même temps, tandis que la créature ne peut être naturellement présente qu'en un seul endroit : mais le corps du Christ tient le milieu entre les deux ; étant une créature, il ne peut être tellement semblable au Créateur qu'il existe comme lui partout à la fois ; mais parce qu'il est uni à la Divinité, il doit l'emporter sur les autres corps, de sorte qu'il puisse être en plusieurs lieux à la fois, et c'est ce qui se produit sous les voiles du Sacrement. — 6' Quand l'hostie est rompue, le corps du Christ n'est cependant point divisé, mais demeure tout entier en chaque partie ; car la fraction se fait seulement dans les apparences du pain et non dans le corps du Christ que l'on reçoit intégralement en chacune des parcelles. Ainsi un miroir intact réfléchit une seule fois l'image de l'objet que vous lui présentez ; si vous brisez le miroir, chacun de ses fragments réfléchira encore l'image de ce même objet tout entier. — 7° Quand on touche de ses mains ou que l'on voit de ses yeux la sainte hostie, les sens n'atteignent que les apparences du pain et non point le corps du Christ, comme il arrive dans la fraction de l'Eucharistie. — 8° Quoiqu'il n'y ait plus dans le Sacrement ni pain ni vin, leurs accidents néanmoins conservent les qualités qu'ils avaient auparavant et produisent les mêmes efi'ets naturels, qui sont de rassasier ou de désaltérer, etc. — 9° Lorsque les espèces cessent d'être, le corps et le sang de Jésus- Christ disparaissent également. Tant que nos sens peuvent percevoir les apparences, dit Hugues de Saint-Victor, nous possédons la présence corporelle du Sauveur; mais lorsqu'ensuite il passe de notre bouche dans notre cœur, nous

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ne jouissons plus que de sa présence spirituelle et des effets salutaires du Sacrement, Toutefois, celui qui vient de communier doit bien se garder de cracher peu. de temps après avoir reçu la sainte hostie, afin d'éviter le péril de profanation et par respect pour un si auguste Sacrement.

Enfin pour perpétuer le souvenir de son amour, le Seigneur ajouta (Luc. xxii, 19) : Faites ceci en mémoire de moi, c'est-à-dire consacrez et célébrez, recevez et distribuez ce Sacrement en mémoire de ce que j'ai souffert pour vous. Le sacrifice de l'Eucharistie est en effet un mémorial de la Passion du Sauveur, comme le déclare l'Apôlre en ces termes (I Cor. xi, 26) : Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne au grand jour du jugement dernier, La Pâque légale des Juifs était la figure de la Pâque future des Chrétiens ; la Pâque évangélique au contraire est la commémoration d'un événement passé, à savoir la Passion du Christ. C'est donc afin de nous rappeler le bienfait inestimable de notre rédemption que le Seigneur a institué le Sacrement de l'autel. Par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi, il conféra le sacerdoce à ses Apôtres, en leur donnant le pouvoir de reproduire le Sacrement de son Corps et de son Sang. Aussi dans la célébration de ce mystère l'Église honore et retrace la Passion ùu Sauveur ; par exemple, l'élévation de la sainte hostie à la messe représente l'élévation de Jésus- Christ sur la croix. Sur l'autel en effet c'est le même Corps que lui-même a consacré, qui a souffert et qui est mort pour nous, Ce souvenir ineffable doit enflammer d'amour, enivrer de dévotion et transformer tout en Jésus-Christ l'âme reconnaissante qui le reçoit par la sainte communion ou qui l'attire par une fervente méditation. Pouvait-il nous laisser rien de plus

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grand, de plus précieux, de plus doux et de plus utile que lui-même ? Celui que nous recevons dans le Sacrement de l'autel, c'est Celui-là môme qui a daigné se revêtir de notre faible nature dans le sein de Marie et se nourrir de son lait virginal ; qui a bien voulu sacrifier sa vie pour notre rédemption, et qui, après avoir été crucifié et enseveli, est ressuscité et monté glorieux dans le ciel où il est assis à la droite de son Père ; c'est lui qui par sa toute-puissance a créé de rien le monde entier, qui maintient et régit l'univers par sa providence souveraine ; c'est lui dont notre salut éternel dépend et qui seul peut nous accorder la gloire du paradis ; ce Seigneur Jésus qui s'offre et se montre à nous sous l'humble apparence d'une petite hostie, c'est le Fils du Dieu vivant (Matth. xvi, 16). C'est donc à juste titre que ce sacrement est appelé Eucharistie, c'egt-à-dire bonne grâce, puisque nous y trouvons non-seulement une augmentation de grâces excellentes, mais que nous y recevons tout entier l'auteur même et la source de toute grâce.

« Lorsqu'un homme se dispose à partir pour un lointain voyage, dit saint Jérôme, il laisse à ses amis quelque gage signalé de sa tendresse, afin qu'ils n'oublient pas les témoignages précédents de son affection ; et si ses amis lui sont étroitement attachés, ils ne pourront regarder ce précieux souvenir sans verser des larmes, ou sans désirer le retour de celui dont ils regrettent l'absence. Ainsi notre divin Sauveur, avant de quitter la terre, nous a laissé le sacrement de l'Eucharistie, afin de nous rappeler continuellement qu'il a souffert la mort pour nous. Aussi, quand nous recevons ce legs divin, le prêtre nous avertit que c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, afin d'exciter notre vive reconnaissance pour un si grand bienfait. » Le sacrement de l'Eucharistie a donc été institué : 1° Eu mémoire de la Passion par la-

quelle Jésus-Christ nous a délivrés de l'enfer ; 2° comme signe de l'amour qu'il a voulu nous témoigner et que nous devons lui rendre; 3» pour nous prémunir contre les chutes fréquentes auxquelles noas expose la faiblesse humaine ; 4° pou-r conserver en nous la vie spirituelle en purifiant notre cœur ; 5° pour nous servir de viatique pendant le pèlerinage de ce monde ; 6° comme un gage assuré de l'héritage éternel qui nous est réservé ; 7* comme un remède efficace pour la satisfaction de nos péchés. De même que les Hébreux échappèrent aux ravages de l'Ange exterminateur, en marquant les poteaux de leurs maisons avec le sang de l'agneau pascal ; de même aussi nous éviterons les poursuites de notre ennemi infernal, en lavant notre corps et notre âme dans le sang de Jésus -Christ, le véritable Agneau sans tache.

En celui qui s'approche du Sacrement de l'autel deux dispositions sont requises: un désir ardent de s'unir à Jésus-Christ, et un profond respect pour cet auguste Sacrement. Le désir, excité par l'amour, nous porte à la communion quotidienne ; mais le respect, causé par la crainte, nous détourne de cette fréquente réception. Si quelqu'un reconnaît par sa propre expérience que la communion quotidienne augmente l'ardeur de son amour, sans diminuer en rien son respect pour le Sacrement, il doit s'approcher tous les jours de la sainte Table ; mais celui qui sent qu'une réception si fréquente diminue sa vénération, sans accroître notablement sa ferveur, doit s'éloigner de temps en temps du banquet eucharistique, afin d'y retourner ensuite avec plus de révérence et de dévotion. Chacun doit en cela se guider d'après ce qu'il éprouve lui-même.

Il y a trois manières différentes de recevoir Jésus - Christ : la communion sacramentelle par laquelle ou le

reçoit uniquement de bouctie; la communion spirituelle qui consiste à s'unir à lui seulement de cœur ; enfin la communion complète, par laquelle on le reçoit de cœur et de bouche en même temps. La communion simplement sacramentelle est celle des mauvais Chrétiens qui, sous les espèces visibles du Sacrement, reçoivent le corps de Jésus-Christ sans se nourrir du pain céleste, parce qu'ils manquent d'une foi vive ou d'une véritable charité. La communion purement spirituelle est le partage des bons qui, lors même qu'ils ne reçoivent pas le corps du Christ sous les espèces visibles du Sacrement, se nourrissent néanmoins du pain céleste eu s'unissant à lui par la foi et la charité. Pour manger cette divine viande, dit saint Augustin [Tract. 25, in Joan.), il n'est pas besoin d'avaler et de digérer, il suffit de croire et d'aimer. La communion est en même temps spirituelle et sacramentelle, quand, sous les apparences des éléments, nous recevons le corps du Sauveur avec les dispositions nécessaires pour participer au pain de vie ; car alors, par la vertu de sa chair et de son sang, Jésus-Christ demeure en nous ,et nous demeurons en lui, comme il l'a promis (Joan. vi, 57). Ainsi donc, les uns reçoivent ce Sacrement pour leur propre condamnation, parce qu'ils ne profitent pas de la nourriture divine ; les autres le reçoivent pour leur salut, parce qu'ils s'unissent au Yerbe éternel.

Saint Chrysostôme dit à ce sujet (Hom. de proditione Judse) : « L'Eucharistie est véritablement la Cène à laquelle Jésus- Christ présida ; entre l'une et l'autre il n'y a nulle différence ; c'est le même Homme-Dieu qui agit également dans les deux. Lors donc que vous voyez un prêtre vous donner la sainte hostie, croyez que Jésus-Christ vient vous la présenter. De même que, dans le baptême, ce n'est pas le ministre mais le Seigneur lui-même qui

VOUS purifie de vos péchés. Qu'il n'y ait donc ici aucun Judas ; que nul n'ose approcher s'il est avare et inhumain, impitoyable et cruel, ou souillé de tout autre vice ; si quelqu'un n'est pas vraiment disciple du Sauveur, qu'il s'éloigne. Ceux qui sont fidèles sont seuls admis à cette table Sacrée, et le Sauveur lui-même a dit : Je fais ma Pâque avec mes disciples (Matth. xxvi, 18). C'est ici la même table qui ne le cède en rien à celle des Apôtres ; c'est ici le même cénacle où ils étaient réunis et d'où ils sortirent pour se rendre à la montagne des Oliviers. A leur exemple, sortons nous aussi du festin eucharistique pour aller vers la multitude des pauvres, qui est pour nous comme la montagne des Oliviers. Les pauvres sont en effet des oliviers plantés dans la maison de Seigneur ; si nous en prenons soin, ils distillent l'huile salutaire dont nous avons un si pressant besoin ; car l'aumône que nous leur faisons, nous rend Dieu propice, en nous méritant de magnifiques récompenses, y* Ainsi s'exprime saint Chrysostôme.

Peut-être vous demanderez : Pourquoi devons-nous être à jeun pour recevoir le corps et le sang du Sauveur, tandis que lui-même les présenta à ses Apôtres après avoir mangé avec eux ? Écoutez la réponse du Vénérable Bède (in cap. 22 Luc). Il f allai u alors que Jésus-Christ commençât par accomplir la Pâque figurative pour passer ainsi à la Pâque véritable, et qu'il observât les cérémonies anciennes avant de leur substituer des sacrem^ents nouveaux. Maintenant, au contraire, par respect et par honneur pour la divine Eucharistie, l'Éghse nous a imposé l'obligation de la recevoir à jeun. Ne convient-il pas, d'ailleurs, que nous cherchions la nourriture spirituelle de notre âme, en participant au sacrem.ent de la Passion, avant de donner à notre corps h. nourriture grossière?

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■ En outre, pour la réception de l'Eucharistie, distinguons trois sortes de sacrifices : le premier est celui du corps de Jésus-Christ; le second, la contrition du cœur ; le troisième, la mortification de la chair. Or, nous devons offrir d'abord à Dieu un coeur humilié et une chair pénitente, afin de recevoir et de consacrer avec dévotion le corps de Notre- Seigneur. Approchez maintenant, âme pieuse, présentezvous comme mendiante à cette Cène divine, afin d'obtenir quelque aumône. C'est saint Anselme qui vous y exhorte en ces termes (de Passione Domini) • « Montez avec Jésus à ce cénacle orné et spacieux, allez avec joie prendre part aux délices de ce festin salutaire. Q\ie l'amour en vous triomphe de la honte, que le dôeir bannisse la crainte. Sollicitez au moins quelques-unes des miettes qui tombent de cette table sacrée. Ou bien, tenez-vous à quelque distance, et comme un pauvre, fixant les yeux sur le Maître libéral qui préside à ce banquet magnifique, étendez vers lui vos mains suppliantes ; que vos larmes décèlent la faim qui vous presse, et ce Maître compatissant ne vous renverra pas sans vous avoir rassasié généreusement. »

La Cène du Seigneur fut autrefois figurée par la manne que Dieu fournit dans le désert aux enfants d'Israël. En cette nourriture matérielle et temporelle, il donna aux Juifs un symbole du pain surnaturel et éternel qu'il destinait aux Chrétiens. La manne tombait du ciel aérien où elle était formée, mais Jésus-Christ est descendu du ciel empyrée pour être notre véritable aliment. — La Cène du Seigneur fut également figurée par l'agneau pascal. Dieu ordonna pour la première fois aux Israélites de manger cet agneaU; lorsqu'il eut résolu de les délivrer de la captivité d'Egypte ; et Jésus-Christ institua le sacrement de l'Eucharistie, lorsqu'il voulut nous arracher à la tyrannie du dé-

mon. Quand les Juifs mangeaient l'agneau pascal, ils se tenaient debout, les reins ceints, un bâton à la main ; de même les Chrétiens qui s'approchent de la sainte Table doivent être ceints de la chasteté corporelle et spirituelle, prendre la foi pour règle de conduite, et persévérer constamment dans la vie pure qu'ils ont embrassée, sans retomber dans la fange des vices d'où ils se sont relevés. L'agneau pascal se mangeait avec des laitues sauvages qui sont amères, nous devons aussi recevoir la sainte communion avec un repentir sincère de nos fautes passées. Les .Tuifs, pour manger l'agneau, devaient avoir les pieds chaussés ; ainsi les Chrétiens, pour participer au banquet eucharistique, doivent préserver de toutes souillures leurs affections et leurs désirs. L'agneau pascal n'était pas cuit dans l'eau mais rôti au feu, comme pour signifier que le corps du Sauveur ne doit servir de nourriture qu'aux hommes embrasés de l'amour divin. — Melchisédech, roi et pontife du Très-Haut, par l'oblation du pain et du vin, avait aussi figuré le Sacrement que Notre-Seigneur a institué sous les espèces du pain et du vin ; voilà pourquoi Jésus-Christ a été justement annoncé dans l'Écriture comme prêtre pour Véternité selon l'ordre de Melchisédech (Ps. cix, 4).

Cependant il s'éleva une contestation ou discussion parmi les disciples pour savoir lequel d'entre eux devait passer pour le plus grand (Luc. xxii, 24) . Comme ils avaient entendu Jésus-Christ prédire qu'il allait être livré à la mort, ils commençaient à se demander mutuellement qui d'eux était le plus grand, c'est-à-dire qui était le plus capable et le plus digne de le remplacer et de leur servir de maître. Le Sauveur profita de cette occasion pour leur enseigner que le plus apte à leur commander, c'était celui qui était véritablement le plus humble. Afin donc de réprimer ces

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désirs orgueilleux de domination et de primauté, il leur recommanda de ne point ressembler aux princes superbes de la terre et de la gentilité. Les rois des nations, dit-il, les traitent avec hauteur, et ceux qui exercent la puissance sur elles, sont appelés bienfaisants ^a.v leurs sujets qui cherclierchent à les flatter (Ibid. 25). Quant à vous, n'agissez point ainsi ; que celui au contraire qui est le plus grand parmi vous par l'excellence de ses vertus, devienne coiyime /e/>/w5/?eii^ par l'humilité de ses sentiments; et que celui qui est supérieur aux autres par sa dignité ou même par sa sainteté, devienne comme serviteur de tous, en concevant de lui-même une basse opinion et en remplissant les dernières fonctions suivant les diverses circonstances (Ibid. 26). Mais aujourd'hui, hélas ! combien portent le nom de Chrétiens et imitent la conduite des Païens ; comme ceux-ci ils briguent les premières places, recherchent de vaines louanges, se plaisent à être nommés maîtres et seigneurs. Ne voyons-nous pas en effet dans le monde, dans l'Église et même dans la religion de fréquentes contestations pour obtenir des préséances, des prérogatives ou des prélatures ? Ne pourrait-on pas comparer tous ces concurrents ambitieux à des chiens affamés qui se disputent un os garni de chair et de moelle ; plus misérables encore que ces vils animaux, ils se combattent avec acharnement pour acquérir des dignités et des charges qui ne leur procureront souvent que sollicitudes et chagrins.

Non content d'avoir détourné ses disciples de l'orgueil propre aux gens du siècle, Jésus-Christ les exhorta à pratiquer l'humilité en leur proposant son exemple. De celui qui est à table ou de celui qui sert, leur dit-il, quel est le plus grayid, non point au jugement de Dieu mais aux yeux des hommes? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien!

moi, dont les maximes et les actions sont opposées à celles du monde, quoique je sois réellement le plus grand, je suis au milieu de vous comme celui qui sert (Ibid. 27). C'est en effet, ce qu'il venait de montrer en s'abaissant jusqu'à leur laver les pieds. Or de la manière dont le Seigneur en avait usé à leur égard, les Apôtres devaient conclure que le plus fidèle à le suivre dans la voie de l'humilité était aussi le plus apte à lui succéder dans le gouvernement de son Église ; car ils ne pouvaient prendre de meilleur modèle que leur divin Maître. Ainsi donc, afin de guérir notre orgueil par son humiliation, Dieu lui-même a daigné descendre vers nous jusqu'au plus profond degré d'abaissement ; et il a voulu prouver par sa conduite sur la terre que, pour lui ressembler ici-bas, nous devions nécessairement nous humilier, a 0 homme ! s'écrie saint Augustin, comment oserais -tu t'enorgueillir, en voyant un Dieu s'anéantir pour toi? Peut-être rougirais-tu d'imiter un homme humble, mais tu ne dois pas rougir d'imiter uu Dieu humilié. » Humilions-nous donc en servant notre prochain ; et quand l'occasion s'en présente, embrassons avec joie les offices les plus abjects que les autres dédaignent de remplir.

Prophétisant ensuite ce qui allait arriver, Jésus dit à ses disciples : Cette nuit même, je serai pour tous une occasion de scandale ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées (Matth, xxvi, 31). Il annonce ainsi leur chute prochaine, afin que, sans désespérer de leur propre salut, ils pussent se relever par une prompte pénitence. Les Apôtres tombèrent en efïet dans le doute, lorsqu'ils virent les soldats se saisir de leur Maître, le garrotter et l'amener comme un homme impuissant et faible. Le Seigneur dit justement que ce scandale

devait avoir lieu pendant la nuit ; car ceux qui se scandalisent sont dans les ténèbres, comme les Apôtres qui abandonnèrent le Seigneur au milieu de l'adversité. Cependant Pierre, plus ardent que les autres, osa nier dans son amour ce que Jésus venait de prédire en sa prescience, et il répondit : Quand bien même vous seriez pour tous les autres un sujet de chute, vous ne le serez jamais pour moi (Ibid. 33). L'imprudent! il vante sa volonté dont il ne conûaît pas la faiblesse. Selon la Glose, Pierre qui sentait la grandeur de son affection, sans prévoir le malbeur de sa défection, ne croyait pas qu'il pût abandonner son bon Maître. Comptant sur l'amour qu'il éprouvait pour lui, il ne considérait point la foi qu'il devait ajouter à la parole infaillible de l'Homme-Dieu, ni la défiance qu'il devait concevoir relativement à la fragilité naturelle de sa propre chair. Pourtant il ne proférait point un mensonge en parlant de la sorte, parce qu'il croyait sincèrement qu'il tiendrait sa promesse ; mais il commet un mensonge celui qui, ayant la volonté etlïntention de tromper, assure comme vrai ce qu'il sait être faux. Pierre néanmoins disait une chose fausse, puisqu'il arriva tout le contraire de ce qu'il avait protesté ; ainsi arrive-t-il souvent que ceux-là font de plus lourdes chutes qui s'estiment plus vertueux que les autres. Jésus lui repartit : Je te dis en vérité, que toi-même dès aujourd'hui et en cette nuit, avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renonceras trois fois (Marc.xiv, 30). Selon la remarque de saint Jérôme (in cap. 26 Matth.), Pierre promettait ce qu'il espérait fermement pouvoir exécuter, mais le Sauveur prédisait ce qu'il savait certainement devoir s'accomplir. Que personne donc ne se confie en soi- . même et ne s'appuie sur ses propres forces, parce que toute constance, toute vertu et toute persévérance dans le

bien viennent de Dieu et non pas de l'homme. Aussi, d'après le Vénérable Bède (in cap. 22 Luc), pour nous apprendre à ne point présumer imprudemment de notre fidélité et à ne point nous décourager plus imprudemment encore après nos chutes, Jésus-Christ, qui seul connaît le cœur humain, a déclaré comme Dieu àPierre quand et comment et combien de fois il devait le renier. Suivant Rémi d'Auxerre (in cap. 26 Matth.), retirons de là cette instruction morale : plus la vivacité de notre foi nous inspire de confiance, plus aussi l'infirmité de notre nature doit nous pénétrer de crainte. — Pierre néanmoins, toujours présomptueux, répondit : Lors même qu'Urne faudrait mourir avec vous, je ne vous renoncerai point (Matth. xxvi, 35). Il avait compris que son Maître prédisait ce triple renoncement comme devant être causé par la frayeur de la mort ; c'est pourquoi il affirmait qu'au péril même de la vie il ne voudrait en aucune manière lui manquer de fidélité. Tous les autres disciples, enflammés d'un pareil amour, firent la même protestation et montrèrent un courage intrépide ; car la ferveur de la charité leur faisait mépriser le danger de la mort. Mais ils ne persévérèrent pas longtemps, et ils éprouvèrent bientôt que la présomption humaine est trompeuse quand elle n'est pas fondée sur la protection divine. Nous devons recueillir ici une grande leçon, dit saint Chrysostôme (Hom. 42 in Matth.): c'est que le désir de l'homme est impuissant, si la grâce de Dieu ne vient à son secours.

Remarquons que Dieu a permis la chute de saint Pierre pour plusieurs raisons : 1° pour nous apprendre que personne ne doit se confier en soi-même ; 2" que chacun de nous doit s'en rapporter à Jésus-Christ plutôt qu'à ses propres sentiments ; 3° pour réprimer la témérité de cet

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