ÉPILOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE UE LA GUOIX 5ÎI
il est un autre motif qui me touche, me sollicite, m'enflamme encore davantage. Je dois vous chérir surtout, ô mon doux Jésus, parce que vous avez consenti à boire jusqu'à la lie le calice de votre Passion pour accomplir l'œuvre de notre rédemption. C'est par là que vous m'attirez avec plus de charme, que vous m'obligez avec plus de justice, que vous me pressez plus étroitement et que vous me captivez plus fortement. Pour nous sauver, en effet, vous avez travaillé et vous vous êtes fatigué beaucoup plus que pour créer le monde entier. Comme Créateur, vous avez parlé et tout a été fait, vous avez commandé et tout a été tiré du néant ; comme Sauveur, au contraire, vous avez été contredit dans toutes vos paroles, blâmé dans toutes vos actions, insulté au milieu de vos tourments et outragé jusqu'à votre mort. » — « 0 homme I s'écrie encore le même saint Docteur (Serm. 2 de Verbis Apost.), souviens-toi que, si tu as été créé de rien, tu n'as pas été racheté de même. Dieu a mis six jours à façonner le monde dont tu fais partie, mais pour réparer ta nature il a passé trente années sur cette terre que tu habites ; durant ce temps que de peines il a endurées I >- Aussi, est-ce avec raison que saint Ambroise conclut: a Le Seigneur a fait beaucoup plus pour moi par la rédemption que par la création. En me créant, il m'a donné moi-même à moi-même; en me rachetant, il m'a rendu à moi-même et s'est donné lui-même à moi. Si donc je me dois tout entier à lui parce qu'il m'a fait, comment le remercierai-je de ce qu'il m'a refait ? car il lui en a coûté beaucoup plus pour me refaire que pour me faire. Il lui a suffi, de prononcer quelques mots pour former l'univers entier, tandis que pour réformer mon être vicié, il a multiplié ses prédications et ses miracles, il a supporté toutes sortes de douleurs et d'ignominies. »
Ne pensons pas que la Passion du Sauveur ait commencé seulement au moment où, dans le jardin des Oliviers, il fut livré entre les mains de ses ennemis ; elle remontait au premier instant de la conception, et ne cessa point jusqu'à son dernier soupir sur la croix. Jésus-Christ en effet conraissait d'avance tous les maux qu'il s'offrait à subir pour le salut du monde ; par un effet infaillible de sa prescience divine, il voyait l'extrême violence et la nombreuse diversité des douleurs et des afflictions qu'il devait ressentir dans toutes les parties de sa chair et dans toutes les puissances inférieures de son âme ; cette connaissance anticipée les lui rendait présentes à l'esprit d'une manière si vive qu'elles firent de son existence temporelle un continuel martyre. Voulez-vous concevoir ce que Jésus-Christ a souffert pour nous sur la terre? écoutez et méditez sérieusement les réflexions que saint Augustin exprime en ces termes : « 0 mon âme, considère attentivement comment Jésus, ton doux Sauveur, lui qui est ton amour et ton espoir unique, ta consolation et ta béatitude souveraine, a souffert dans toutes ses œuvres, à tout âge et en tout son corps. 11 a souffert dans toutes ses œuvres ; car les Juifs envieux ont blâmé ses prédications, censuré ses actions et attribué à une vertu diabolique ses miracles les plus éclatants. Il a souffert à tout âge ; dès sa conception, il est renfermé avec le plein usage de sa raison dans le sein étroit de sa Mère ; à sa naissance, il est couché dans une pauvre crèche parmi de vils animaux ; dès son enfance, il est contraint de fuir loin de sa patrie et d'habiter en Egypte pour échapper à la cruauté d'Hérode ; durant son adolescence et sa jeunesse, il se condamne aux fatigues et aux privations, il se réduit à l'abjection et à l'obscurité la plus profonde ; pendant plusieurs années il accompht ses courses évangé-