CHAPITRE LXVIII
ESPÉRANCE DE MAKIE. DESCENTE DC SAUVEUR DANS LES LIMBES ET DÉLI- VRANCE DES JUSTES.
Dès le matin de ce grand sabbat que nous appelons Samedi saint , la divine Mère et les pieuses femmes qui l'avaient accompagnée, se trouvaient réunies avec saint Jean, dans sa propre maison dont les portes étaient fermées. Là,
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assises ensemble, elles pensaient avec une profonde tristesse aux scènes lamentables de la journée précédente ; puis, les yeux baignés de larmes, elles se regardaient les unes les autres en silence, comme le font d'ordinaire les personnes accablées de peines et de chagrins. Les disciples viennent successivement les rejoindre pour partager leur deuil ; cessant enfin de pleurer, ils commencent à s'entretenir de leur bon Maître, et s'accusent en gémissant de l'indigne lâcheté avec laquelle ils l'ont abandonné ; ils se rappellent alors mutuellement et avec une vive émotion les miracles et les enseignements dont ils ont été témoins. Ame chrétienne, transporte-toi en esprit au milieu de cette religieuse assemblée pour compatir à son extrême douleur. Qui ne serait touché de voir ainsi renfermés dans une étroite demeure la Reine du monde, les princes de l'Eglise chrétienne, les chefs de l'armée divine ? Saisis de frayeur, accablés d'affliction, ils ne savent ce qu'ils doivent faire et ce qu'ils vont devenir ; mais ils cherchent à se rassurer et à s'encourager réciproquement par le souvenir de ce que le Seigneur a dit et opéré en leur compagnie. Pour se conformer aux prescriptions légales, les Apôtres, ainsi que les saintes femmes, restèrent sans agir durant tout le sabbat ; car il n'était permis ni de vendre, ni d'acheter, ni de se livrer à des occupations manuelles en cette fête hebdomadaire, justement appelée sabbat qui signifie repos. En ce jour de la semaine, les trois personnes divines se sont elles-mêmes reposées à des époques différentes. Dieu le Père s'y reposa, après l'œuvre de la création qui manifestait sa toute-puissance ; Dieu le Fils s'y reposa anssi, après l'œuvre de la rédemption qui révélait, son infinie sagesse ; Dieu le Saint-Esprit s'y reposa pareillement dans le cœur de Marie par une grâce merveilleuse de sa
bonté souveraine ; car il maiiitiat alors eu son épouse privilégiée l'espérance qu'avaient perdue les Apôtres et les saintes femmes. Saint Augustin dit à ce sujet : « La sainte Vierge pleurait amèrement la mort injuste de son divin Fils ; mais elle croyait fermement que, comme lui-même l'avait promis, il sortirait victorieux du tombeau le troisième jour après y avoir été enseveli. Pendant ce temps d'épreuve, elle seule conserva dans le fond de son âme la foi de l'Église. Tandis que tous les autres étaient agités par la crainte et l'incertitude, elle n'abandonna jamais cette foi parfaite qui lui avait mérité l'honneur insigne de concevoir en son cliaste sein Dieu lui-même. Aussi, attendaitelle avec une confiance inébranlable qu'il ressusciterait bientôt glorieusement. » Néanmoins, le souvenir déchirant de la cruelle Passion, à laquelle elle venaitd'assister, l'empêchait de témoigner aucune joie sensible, avant que le triomphe annoncé eût reçu un accomplissement notoire. Pour honorer cette foi constante de Marie à la prochaine résurrection du Sauveur, l'Eglise a consacré le samedi de chaque semaine au culte spécial de cette divine Mère ; et c'est pour la même raison que dans les trois derniers jours de la semaine sainte, à l'office des ténèbres, après avoir éteint toutes les autres lumières, on garde un seul cierge allumé, en le plaçant derrière l'autel.
Lors donc que le sabbat fut écoulé^ c'est-à-dire le soir de cette fête, après le coucher du soleil, quand il fut permis de se livrer au travail, Marie Madeleine, Marie Cléophas et Marie Salomé allèrent acheter des parfums Çslarc, xvi, 1). Voyez-les marcher par la ville, le visage tout abattu, comme de pauvres orphelines ou des veuves abandonnées. De retour à la nviison, elles se disposent à préparer les parfums qu'elles pensent être nécessaires pour préserver
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de la décomposition le corps de leur bon Maitrç, comme si elles eussent ignoré cet oracle du Prophète : Vous ne permettrez pas, Seigneur, que votre Saint éprouve la corruption du tombeau (Ps. xv^ 10), En agissant de la sorte, dit saint Théophile (in cap. 16 Marc), ces pieuses femmes ne montraient pas une foi parfaite ; car elles voulaient embaumer Jésus-Christ comme un pur homme, Suivant l'usage que pratiquaient les Juifs à l'égard des cadavres ordinaires, sujets à la putréfaction. Néanmoins, par leur conduite en cette circonstance, elles prouvaient leur fidèle dévouement ; car non contentes d'avoir accompagné et assisté Jésus- Christ pendant sa vie, elles désiraient encore le visiter et le servir après sa mort. Mais comme l'obscurité ne leur permettait pas de se rendre le soir même au sépulcre, elles se proposaient d'y aller, dès le grand matin, pour embaumer le corps sacré. Dans cette religieuse intention, elles employèrent toute la nuit à préparer les parfums, symboles de leurs vertus édifiantes et surtout de la bonne odeur que l'Évangile du Sauveur crucifié devait répandre dans tout l'univers. Considérez avec quel zèle et quelle application elles travaillent pour leur Maître bien-aimé en versant des larmes et poussant des soupirs ; c'est à peine si elles songent à prendre quelque repos. La sainte Vierge et les Apôtres les regardent, et peut-être même les aident dans leurs pieuses occupa tions.-Et vous, Chrétiens, joignez-vous à ces saintes personnes, autant du moins qu'il vous est permis et que vous le pouvez.
Considérons maintenant ce que fit Notre-Seigneur durant les trois jours qui précédèrent sa résurrection. Tandis que îon corps sacré restait dans le tombeau, son âme bénie demeura dans les limbes avec les âmes des justes. Comme la souffrance n'avait pu atteindre en Jésus-Christ
que l'humanité, la mort ne fît que séparer l'âme et le corps, sans les séparer l'un et l'autre de la divinité inaccessible à la douleur. En efîet, comme le dit saint Léon (Serm. de Passione), la nature divine et la nature humaine sont unies dans la personne du Sauveur d'une manière tellement indissoluble et indestructible que, malgré toutes les violences et toutes les injures, elles conservent en lui leurs propriétés respectives et distinctes. Lors donc que le Rédempteur eut expiré sur la croix, son âme, quittant son corps mais non point sa divinité, descendit dans les enfers pour en retirer de nombreuses dépouilles. L'armée des Anges qui précédait sa marche royale fit ouvrir les portes de l'abîme ; et le peuple des Saints qui gémissait dans l'esclavage de la mort, s'élança à la rencontre de son Libérateur, en s'écriant avec allégresse : Vous voilà donc enfin, vous que nous désirions et que nous attendions depuis si longtemps ! Âh ! venez briser les liens qui nous retiennent captifs dans ces demeures ténébreuses. Soyez à jamais béni, ô vous que nos soupirs et que nos larmes appelaient sans cesse 1 vous qui êtes la vraie consolation des afiligés et le seul espoir de ceux qui n'en ont plus ! Mais qui pourrait peindre les joyeux transports de ces saintes âmes, lorsque le Soleil de justice apparut à leurs yeux éblouis, et que sa divine lumière éclaira leur sombre prison ? Le Seigneur s'arrêta Ik quelque temps avec ces anciens Pères, et les mit en possession de la gloire qui consiste dans la vue de Dieu. Là se trouvait aussi le voleur repentant auquel le Sauveur avait dit sur la croix : Aujourd'hui même vous serez aûec moi dans le paradis. Or le paradis, c'est la jouissance que procure la vision intuitive ; et aussitôt après la Passion, le bon larron avec les âmes qui étaient dans les limbes put contempler l'essence divine.
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Cette heureuse descente de Jésus-GInisL aux enfers avait été figurée à Babylone par l'apparition de l'Ange, qui changea en une douce rosée les flammes dévorantes de la fournaise où avaient été jetés les trois jeunes hébreux ; ces enfants étaient purs et innocents comme les âmes retenues dans les limbes ; car celles qui sortaient de ce monde avant d'avoir entièrement satisfait à la justice divine ne passaient dans les limbes qu'après avoir expié leurs fautes dans le purgatoire. Cette salutaire visite du Sauveur aux enfers avait été figurée également par la présence miraculeuse du prophète Habacuc, qui vint apporter la nourriture à Daniel dans la fosse aux lions. De même que Dieu, après avoir protégé Daniel contre la voracité de ces animaux féroces, le fit nourrir par son envoyé; de même aussi le Seigneur, après avoir défendu les justes contre la fureur des démons leurs ennemis, vint enfin les réjouir et les rassasier par sa présence glorieuse.
Remarquons que le mot enfer est susceptible de divers sens. Tantôt il exprime une peine subie dans l'autre vie ; et suivant cette première signification, on dit que les démons portent partout avec eux leur enfer. Tantôt il indique le lieu spécialement réservé pour cette même peine ; et d'après cette seconde acception, on distingue quatre sortes de régions inférieures. — La plus éloignée de nous est l'enfer des damnés ; ils y souffrent une double peine ; celle du clam ou privation de la vue de Dieu, et celle du sens qui consiste dans la douleur causée par les tourments physiques ; là régnent perpétuellement les ténèbres intérieures, produites par l'absence de la grâce ou lumière divine, et les ténèbres extérieures ou corporelles. — Audessus de ce premier lieu est le limbe des enfants morts sans baptême ; ils y sont soumis à la peine du dam mais
non à celle du sens; ils y sont néanmoins plongés dans les ténèbres intérieures et extérieures. — Plus haut est le purgatoire ; les âmes des justes qui, avant leur mort, n'ont pas entièrement satisfait à la justice divine, y endurent tout à la fois la peine du dam et la peine du sens, mais seulement pour un temps ; elles sont dans des ténèbres extérieures, mais non point intérieures, puisqu'elles sont éclairées de la grâce divine. — Plus près de nous encore était le limbe des Saints morts avant Jésus-Christ ; ils y éprouvaient la peine du dam mais non celle du sens ; ils y étaient aussi dans des ténèbres extérieures, mais non point intérieures.
C'est en ce dernier lieu que le Sauveur descendit pour délivrer ceux qui y étaient retenus, non point en expiation de quelque faute personnelle mais par suite du péché originel. Ce fut alors qu'il entama l'enfer en lui ravissant la meilleure partie de ce qu'il possédait; car, après avoir abattu l'auteur de la mort, il arracha complètement les élus à l'empire de la mort. N'était-il pas juste, en effet, que le démon, assez téméraire pour attaquer le Chef sur lequel il n'avait aucun droit, fût lui-mêm^e frustré des droits qu'il semblait avoir acquis par ruse sur des membres abusés ? Or, voici comment il fut évincé. Jésus-Christ, non-seulement comme Dieu mais aussi en tant qu'homme, était impassible et immortel ; car la soufïrance et la mort sont les châtiments du péché, soit originel, soit actuel, dont il ne fut jamais souillé, ni en sa conception ni en sa vie ; néanmoins, par un effet de sa puissance et de sa bonté, il se rendit passible et mortel ; puis, appliquant aux autres hommes les mérites qu'il avait obtenus par sa Passion et par sa mort, il leur communiqua l'impassibilité et l'immortalité, en même temps que, par son pèlerinage sur la terre
il leur fraya le chemin vers l'éternelle patrie. « Gomme un avare exacteur, dit saint Léon (Serm. de Passione), le brigand infernal avait osé x^oursuivre Celui qui ne lui devait rien, et il avait fait châtier rigoureusement comme coupable d'iniquité Celui en qui il n'avait pas découvert trace du péché ; mais en réclamant ce qui ne lui était point dû, il perdit justement tout ce qui lui était dû par ailleurs ; car malgré sa force, il fut pris dans ses propres filets, de sorte que toutes ses calomnieuses accusations retombèrent sur sa tête ; et lorsque ce prince du monde eut été enchaîné, les victimes de sa rapacité furent affranchies. t> Saint Anselme dit à ce -propos (CurDeushomo): «L'Homme- Dieu n'était point sujet à la mort, puisqu'il n'était coupable d'aucun péché ; néanmoins, pour honorer son Père, il offrit spontanément sa vie, en permettant qu'elle lui fût enlevée afin de satisfaire à la justice suprême. Par ce don de luimême qu'il fit de plein gré sans y être obligé, un seul homme paya pour tous les autres les dettes qu'ils ne pouvaient acquitter eux-mêmes envers la majesté divine. Grâce à ce sacrifice volontaire de Jésus-Christ, le pécheur n'est pas racheté seulement une fois, mais il est accueilli chaque fois qu'il se convertit sincèrement. » Ainsi parle saint Anselme. Nous ne devons pas conclure de là que, par le -mystère de l'Incarnation, le Fils de Dieu chercha à tromper le démon, mais ce fut bien plutôt le démon qui se trompa lui même en s'élevant contre Dieu; car le même saint Docteur dit en un autre endroit (Méditât, de Rédemption e) : « Pourquoi donc. Seigneur débonnaire, Sauveur tout-puissant, pourquoi avez-vous caché tant de vertu sous le voile d'une si grande humilité ? Youliez-vous tromper le démon qui, en trompant l'homme, l'avait fait chasser du paradis? Non assurément, car la vérité ne trompe jojnais
LE LENDEMAIN DE L\ PASSION 'Al
personne ; celui qui l'ignore ou qui ne la croit pas, comme aussi celui qui, la connaissant, la hait ou la dédaigne, se trompe lui-même, mais ce n'est point vous qui le trompez. Vouliez-vous donc cependant que le démon se trompât luimême ? Mais si la Vérité ne trompe personne, elle ne veut pas non plus que quelqu'un se trompe, elle le permet simplement. Vous n'avez point revêtu la forme humaine, avec l'intention de vous cacher à ceux qui vous connaissaient, mais plutôt dans le hut de vous découvrir à ceux qui vous ignoraient. Aussi, vous avez déclaré et vous avec prouvé par vos œuvres que vous étiez tout à la fois vrai Dieu et vrai homme. Votre Incarnation fut occulte par elle-même, mais non point par un dessein formel ; elle s'opéra secrètement, non point pour s'envelopper de voiles impénétrables, mais pour s'accomplir d'une manière plus convenable. Si elle est dite occulte, c'est en ce sens qu'elle n'a point été révélée à tous ; car bien que la vérité ne se manifeste point à tous, elle ne refuse pas néanmoins ses lumières à ceux qui les recherchent avec de bonnes dispositions. Ce n'est donc point pour que vous trompiez quelqu'un ni pour que quelqu'un se trompât, que vous avez agi de la sorte, ô Seigneur ! vous avez tout conduit selon la vérité, pour exécuter de la façon la plus avantageuse ce que vous aviez résolu de faire. Silence donc à l'impie ! S'il s'égare loin de votre vérité, qu'il ne vous en accuse point, mais qu'il s'en prenne à sa propre fausseté. ■» Telles sont les paroles de saint Anselme.
Le limbe des anciens justes que visita Tâmie du Sauveur
était appelé sein d'Abraham., parce que les âmes des Saints
y étaient réunies avec ce Patriarche, qui le premier avait
leçu la promesse d'un Libérateur. Depuis q'-ie ce Père des
croyants a été transporté dans le ciel, c'est en ce séjour de
Lonheurque se trouve maintenant le sein d'Abraham. Dans ces lieux inférieurs, on ne pouvait passer de l'un à l'autre, si ce n'est pourtant que les âmes du purgatoire, après avoir expié leurs fautes, s'élevaient dans le limbe des Saints. Le nom d'enfer peut néanmoins être donné à ces différents lieux ; ainsi, lorsque l'Eglise prie le Seigneur de délivrer les âmes des fidèles défunts des peines de l'enfer, elle parle des peines du purgatoire, de même aussi nous parlons du limbe des Saints, quand nous disons que Jésus-Christ est descendu dans l'enfer et qu'il l'a détruit. De cette manière, comme saint Grégoire l'explique (Hom. 22 in Evang.),Notre- Seigneur dans sa résurrection a accompli ce qu'il' avait promis avant sa Passion en disant (Joan. xii, 32): Quand j' aurai été élevé de la terre ^j'attirerai tout à moi, c'est-àdire tout ce que je me suis réservé. N'a-t-il pas effectivement attiré tout à lui, ce Maître qui ne laissa dans les enfers aucun des élus unis à lui par leur foi et par leurs œuvres ? 0 doux Jésus ! vous qui avez voulu être élevé de terre, en étendant les bras sur la croix, pour attirer tout à vous, je vous en conjure, je vous en supplie instamment, ne me laissez pas croupir dans la fange du péché; attirezmoi fortement à vous, afin que je sois crucifié £?vec vous, et que mort entièrement à ce monde, je ne vive plus que pour vous, ou plutôt que ce ne soit plus moi qui vive, que. ce soit vous qui viviez désormais en moi.
Considérons ici avec quelle bonté, quelle charité, quelle humihté, le Sauveur daigna descendre jusqu'aux enfers. Sans, doute, il aurait pu, s'il l'avait voulu, charger quelqu'un des esprits célestes d'en retirer les saintes âmes pour les lui présenter, mais une pareille commission ne suffisait pas pour son amour si condescendant. Il voulut aller luimême visiter et délivrer ses élus, qu'il traita non comme
de simples serviteurs, mais comme de vrais amis, en demeurant avec eux jusqu'au matin du dimanche. A la vue du Rédempteur, les anciens Pères, au comble de leurs vœux, furent transportés d'une vive allégresse et remplis d'une joie immense. Voyez-les s'avancer avec empressement à sa rencontre ; ils se prosternent pour lui rendre leurs adorations, puis ils se relèvent pour célébrer ses louanges ; tant qu'il les favorise de sa présence, ils l'entourent de leurs hommages qu'ils témoignent par des chants continuels jusqu'au troisième jour. Les Anges euxmêmes sont venus participer à cette fête et contribuer à ce triomphe. Vous aussi, Chrétiens, faites éclater votre pieux enthousiasme de concert avec les bienheureux Pères, et mêlez vos humbles prières à leurs voix mélodieuses. 0 qu'il est doux et qu'il est agréable d'assister ou du moins de penser à une pareille ovation ! Après avoir brisé les portes des enfers, le Seigneur enchaîne le cruel tyran de ce ténébreux empire où les justes étaient retenus provisoirement ; puis les faisant sortir de leur prison, il marche victorieusement à leur tête, et les conduit du côté de l'orient, vers un lieu de délices, jusque dans le paradis situé au delà des mers. Alors donc le fort armé, c'est-à-dire le démon, qui gardait les limbes comme l'entrée de sa maison, fut vaincu par un adversaire plus puissant, par le Christ qui lui ravit ses plus précieuses dépouilles après l'avoir lié luimême.
Cette admirable rédemption du genre humain avait été figurée de plusieurs manières, et spécialeftient par la délivrance d'Abraham, par celle de Loth et par celle d'Israël. Les Saints ont été retirés de l'enfer comme Abraham l'avait été d'Ur en Chaldée ; car d'après une tradition hébraïque que rapporte saint Jérôme, le peuple de cette contrée, fu-
5ii LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST
rieux Je ce que l'illustre Patriarche refusait d'adorer le feu, l'avait jeté dans uue fournaise dont il s'échappa miraculeusement. Un Auge sauva pareillement de la ruine de Sodome Lolh avec sa famille, taudis que les infâmes habitants furent consumés par une pluie ardente de soufre enflammé. Jésus-Christ de même fit sortir les bons des limbes, tandis qu'il laissa les damnés dans les flammes. Un Ange aussi avait frappé les Égyptiens oppresseurs, pendant (ju'i! avait épargné les Israélites opprimés ; Dieu, ému des cris suppliants que ces derniers lui adressaient, les avait arrajchés à l'esclavage de Pharaon et introduits dans la terre de promissiou. Le Seigneur eut également pitié des ho.nmes qui gémissaient sous le joug de Satan ; enfin touché de leurs instantes prières, il les affranchit de cette tyrannique domination et les admit dans la céleste patrie. — L'Ancien Testament nous offre encore plusieurs images prophétiques du divin Rédempteur, spécialement dans l'agneau pascal dont le sang protecteur préserva les Hébreux d'une terrible extermination, dans le célèbre Samson qui par sa mort volontaire fit périr de nombreux ennemis, dans le vaillant Bauanias qui descendit dans une citerne où il tua un lion (1 Parai, xi, 22).
Qui peut dire avec quelle jubilation les Saints s'élancèrent hors des demeures souterraines, à la suite du divin Libérateur? Mais d'un autre côté qui peut concevoir les cruelles angoisses, les amers regrets et l'affreuse désolation des damnés en voyant qu'ils restaient là pour toujours, brûlés par des flammes inextinguibles, dévorés par des vers impérissables, plongés en d'épaisses ténèbres et abandonnés à une mort continuelle ? Si nous voulons éviter ce malheur épouvantable, ne cessons de le craindre ; c'est par une foi vive que nous nous garantirons d'en faire l'expérience à
jamais déplorable. — Après avoir délivré les âmes saintes des abîmes infernaux, le Sauveur demeura quelques instants avec elles dans le paradis terrestre, en la compagnie d'Élie et d'Enoch qui furent ravis de le recpnnaitre pour leur Seigneur et leur Dieu, Il leur dit ensuite que l'heure approchait où il devait retourner au sépulcre pour reprendre son corps qu'il y avait laissé. Tous alors, prosternés devant lui, l'adorèrent humblement, le conjurant de venir les rejoindre au plus tôt, parce qu'ils souhaitaient ardemment de le revoir revêtu de son corps très -glorieux. Aimable Jésus, je vous en supplie, accordez-moi de posséder un pareil, bonheur quand vous reviendrez pour juger le monde entier ; et faites que je puisse contempler éternellement votre personne adorable dans la compagnie de vos élus. — Afin d'obtenir un jour cette faveur inestimable, considérons maintenant que si Jésus-Christ s'est condamné lui-même à tant de souffrances ici-bas, c'est uniquement pour notre avantage. En effet, comme le déclare saint Jérôme (in cap. 14 Marc), ses ignominies nous ont préservés des opprobres, ses liens nous ont délivrés de nos chaînes, ses plaies ont guéri nos blessures, sa couronne d'épines nous a valu un diadème royal, sa mort et sa sépulture nous ont procuré la vie éternelle et la résurrection glorieuse, enfin il n'est descendu aux enfers que pour nous élever jusqu'aux rieux.
Prière.
0 mon bon Jésus ! votre ineffable clémence n'a point été satisfaite jusqu'à ce que vous ayez brisé les portes de l'enfer pour ramener vos élus de la captivité ; votre âme bienheureuse cl très-sainte est allée elle-même retirer des enr. VI, 'j^'
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trailles de la terre les justes qui y étaient retenus dans les ombres de la mort. 0 doux Sauveur ! maintenant encore, par votre immense charité, faites descendre votre grâce miséricordieuse sur les âmes de vos serviteurs et de vos servantes, de mes parents et de mes proches, de mes amis et de mes bienfaiteurs, et de toutes les personnes qui m'ont été spécialement unies ou recommandées ; daignez les afiranchir des peines temporelles qu'elles ont encourues par leurs fautes passées et les admettre aux joies éternelles. Ainsi soit-il.