ÉPILOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE DE LA CROIX
ramertiime du fiel, en faisant goûter et reconnaître à ma raison, par le moyen de l'Écriture-Sainte, que le monde avec son éclat est comme une éponge sans consistance, et que toute sa concupiscence est plus amère que le fiel ; ainsi, Père saint, ne permettez pas que cette coupe d'or, avec laquelle Babylone fascine toute la terre, me séduise par sa vaine splendeur ou m'enivre par sa fausse douceur. De plus, Seigneur, accordez moi d'imiter votre mort qui a été un principe de vie, en me faisant mourir au péché selon la chair et vivre de la justice selon l'esprit. Pour que je vous ressemble mieux, imprimez en moi de quelque façon la dernière plaie qu'une malice impitoyable ne vous épargna pas même après votre mort douloureuse ; blessez mon cœur jusqu'au fond de l'âme par le vif sentiment de votre parole efficace, plus pénétrante que la lance la plus acérée ; qu'au lieu de sang et d'eau, jaillisse abondamment, comme de mon côté droit, l'amour pour vous, Seigneur, et pour mon prochain. Eûfin, je vous prie de me rendre la robe première de mon innocence baptismale, afin d'y envelopper mon âme comme dans un suaire très-blanc ; je m'y cacherai et je m'y reposerai jusqu'à ce que, votre colère étant passée, je puisse entrer dans votre admirable tabernacle. Alors au troisième jour, c'est-à-dire dans la vie éternelle qui suivra le présent labeur de ce monde et le prochain repos du tombeau, dès le lendemain matin de ce dernier sabbat, veuillez. Seigneur, me ressusciter parmi vos enfants, afin que, rempli d'une joie ineffable, je voie avec les yeux démon corps les splendeurs de votre visage. » Ainsi parle saint Anselme.
Ame chrétienne, si tu portes en toi-même de la manière susdite l'image de Jésus crucifié, aie soin par tes prières et par tes efforts de t'envelopper dans le linceul
de l'innocence et de la pureté ; disant donc adieu aux vanités du siècle, ensevelis-toi dans le secret de ton cœur et reposetoi dans la méditation des souffrances du Seigneur, afin de mourir entièrement au monde et de vivre uniquement pour Dieu. N'est-ce pas là ce que signifie le champ du potier, lequel fut acheté, au prix du sang de Jésus, pour servir de sépulture aux étrangers ? Selon la Glose, la sépulture corporelle du Sauveur figure la sépulture spirituelle du Chrétien qui, pour trouver un véritable repos, doit appliquer le sceau de la Passion divine sur la porte de son coeur, en le tenant fermé et gardé avec beaucoup de précaution, A l'exemple de ton divin Maître qui resta trois jours dans le sépulcre, toi aussi, disciple fidèle, après avoir renoncé à la vie terrestre, tu dois passer dans le recueillement intérieur trois jours différents. Le premier de ces jours, qui est celui de l'affliction et de la pénitence, efforce-toi de satisfaire à la justice de Dieu pour tout le mal que tu as commis et pour tout le bien que tu as omis volontairement. Le second jour, qui est celui de la paix et de la grâce, tu t'abandonneras tout entier à Dieu, qui seul peut te procurer le calme de l'esprit et la tranquillité du cœur. Le troisième jour, qui est celui de la gloire et de la rétribution, tu cherclieras avec des désirs ardents à t'unir au Seigneur par d'éternels embrassements. Quand ces différents jours seront passés, le lendemain matin du sabbat, c'est-à-dire dans le jour sans fin qui suivra le repos de la tombe, tu ressusciteras glorieusement parmi les fils et les élus du Très-Haut. C'est alors, qu'après le jugement dernier, tu verras en ta chair l'humanité triomphante du Sauveur, tandis que tu contempleras en esprit l'essence infinie de la Divinité ; c'est alors aussi que, dans la possession parfaite du souverain bien, tu jouiras d'une béatitude complète, sans crainte de la perdre jamais.
Prière.
Seigneur Jésus, puisque, pour la rédemption du monde, vous avez voulu supporter patiemment les privations et les angoisses, les opprobres et les affronts, les calomnies et les injures, les afflictions et les tourments, la Passion et la mort, je vous supplie, en considération de tout ce que vous avez souflert pour expier mes fautes, de me délivrer de tous les vices et de tous les péchés, des périls de ce monde £t des supplices de l'enfer, de la mort subite du corps et de la mort éternelle de l'âme. Je vous en conjure, accordezmoi de ne point méconnaître et de ne point oublier les peines immenses et innombrables que vous avez endurées pour moi, mais d'en conserver un souvenir perpétuel et d'en concevoir une vive compassion ; faites enfin qu'après avoir participé à vos travaux et à vos douleurs, je sois associé à votre repos et à votre consolation. Ainsi soit-il.