La grande vie de Jésus-Christ
« C'est nmintenant, dit saint Jérôme (in cap. 16 Marc), qu'à l'exemple de l'Épouse et de ses jeunes compagnes, nous devons préparer en notre âme une demeure parfumée des plus excellents aromates. Le Roi va nous introduire dans ses celliers pour nous enivrer de délires ; déjà se lève la bien-aimée Marie. Car l'hiver est passé et les pluies ont cessé ; les fleurs sont écloses en noire terre., la tourterelle a fait entendre sa voix dans nos campagnes et la vigne fleurie a exhalé son agréable odeur (Gant. II, 11-13). L'Époux revient de l'ombre sous laquelle il a reposé durant les chaleurs de l'après-midi. Désormais, la racine de la croix a perdu son amertume, et l'arbre de vie a porté son fruit ; Celui qui était couché dans les ténèbres de la mort est ressuscité dans les splendeurs de la gloire ; le Soleil, qui s'était caché à l'occident, est remonté à l'orient ; les aigles
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se rassemblent autour du Corps qui doit leur servir de pâture. Aux tristesses du sabbat succèdent les consolations du lendemain tout radieux qui occupe le premier rang parmi les autres jours ; dès qu'il a commencé à projeter sur le monde ses premiers rayons, il a vu le Christ s'élancer victorieux du tombeau en s'écriant (Ps. cxvii, 24) : Voici ce jour que le Seigneur a fait ; livrons-nous-y à la joie et tressaillons d'allégresse. » Ainsi parle saint Jérôme. Saint Augustin sur le même sujet ajoute (Serm, de Resurrect.) : « Après avoir enduré toutes sortes de coups et d'afTronts, après avoir goûté le breuvage mélangé de fiel et de vinaigre, après avoir souffert le supplice de la croix avec de cruelles blessures, après avoir subi les douleurs de la mort et les humiliations de la sépulture, la chair que l'on jugeait vouée à la corruption du sépulcre en sort toute transformée, la vie qui semblait à jamais éteinte reprend une nouvelle naissance, et la santé qui paraissait absorbée pour toujours revient plus brillante après le trépas. »
En eflet, au jour même du Seigneur, c'est-à-dire le dimanche, de grand matin, le Sauveur, honorablement escorté par de nombreux esprits célestes se rendit au monument funéraire. Là, sa bienheureuse âme se réunissant à son corps sacré, le ressuscita par sa propre vertu ; et, sans ouvrir le sépulcre où il était enseveli, elle l'en retira plus facilement qu'on ne retire quelqu'un du lit oiî il est simplement endormi. C'est ce que le Christ a voulu signifier en disant par la bouche de son Prophète (Ps. ni, 6) : J'ai dormi et j'ai sommeillé, puis je me suis réveillé, parce que le Seigneur m'a soutenu. De même encore qu'il naquit sans violer l'intégrité de sa Mère, de même aussi il ressuscita sans briser ou ôter la pierre de sa tombe. Entre ces deux faits il y a toutefois cette différence, que sa sortie du sein
Tirginal fut un miracle de la toute-puissance divine, tandis que sa sortie du sépulcre fermé fut le résultat de la subtilité propre à son corps glorifié, dont rien de matériel ne pouvait empêcher le mouvement. En outre, selon la remarque du Vénérable Bède (Hom. 1 in ter sestivales), si le dimanche matin ce corps adorable fut relevé du tombeau où il avait été déposé le vendredi soir, c'était pour accompHr l'oracle du Psalmiste qui avait dit : Le soir apporte la tristesse et le matin ramène la joie (Ps. xxix, 6).
Et tout à coup, à l'instant où le Sauveur ressuscitait, une grande commotion de la terre se fit sentir. L'Evangéliste en signale la cause par ce qu'il ajoute : Car un Ange du Seigneur descendit du ciel (Matth. xîviii, 2) ; d'où l'on peut cjonclure que le mouvement local de la matière est soumis à la volonté supérieure des esprits célestes. Naguère, quand le divin Rédempteur avait expiré sur la croix, la terre avait tremblé comme pour témoigner sa douleur; maintenant qu'il sort du tombeau, elle tressaille comme pour exprimer son allégresse. D'après le Vénérable Bède (loc. cit.), la double commotion produite à l'occasion de ces deux événements signifie que, par la foi à la Passion et à la Résurrection de Jésus-Christ, les cœurs terrestres doivent être saisis d'une crainte salutaire pour embrasser la pénitence et transportés d'un saint zèle pour rechercher la vie éternelle. Selon la remarque de saint Sévérien (Serm. de Passione), si la terre fut agitée fortement lorsque le Seigneur ressuscita pour justifier les siens, comment ne serait-elle pas profondément bouleversée lorsqu'il reparaîtra pour punir tous les coupables ? Et puisqu'elle n'a pu supporter la présence d'un Ange, comment pourrait-elle soutenir celle d'un Dieu ? Jadis, à la promulgation de la Loi sur le mont Sinaï, comme l'atteste le Psalmiste (Ps. livii,
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9), la terre avait été ébranlée, elle le fut également à la Passion et à la Résurrection de Jésus-Christ, elle le sera davantage encore à l'avènement du souverain Juge. L'ébranlement miraculeux du globe en ces quatre circonstances nous fait entendre que la contrition surnaturelle du coeur peut êtreeicitée par quatre motifs difîérents. En effet, si nous considérions l'importance des commandements que le Seigneur a promulgués sur le mont Sinaï, si nous nous rappelions les souffrances qu'il a endurées dans sa Passion, si nous appréciions l'excellence des biens spirituels qu'il a procurés par sa Résurrection, enfin si nous redoutions l'éternité des peines qu'il infligera au jugement général, n'éprouverions-nous pas aussitôt un vif repentir de toutes nos fautes passées?
C'est bien justement que Dieu le Père a eialté Jésus- Christ par la gloire de la Résurrection, puisque, pour lui obéir, ce divin Fils s était humilié jusqu'à la mort de la croix, a Avant d'être élevé à la gloire de sa Résurrection, dit saint Anselme (lib. cur Deus homo), Notre-Seigneur a voulu subir les plus atroces injures et les plus barbares traitements, l'amertume du fiel et l'opprobre de la croix, enfin la mort la plus douloureuse et la plus infâme, pour enseigner à ses fidèles serviteurs qu'ils doivent supporter actuellement avec résignation les outrages et les contradictions, les fatigues et les angoisses, s'ils désirent participer un jour au triomphe de leur Maître ; bien plus, il nous a appris, par son exemple, à chérir, à souhaiter, à recevoir avec gratitude toutes les épreuves temporelles en ' vue des récompenses éternelles. » De même donc que le Sauveur s'est profondément humilié en se condamnant au trépas pour nous délivrer de nos maux, de même aussi il a été souverainement glorifié en sortant victorieux du tom-
beau pour nous enrichir de ses biens ; car, comme le déclare le grand Apôtre (Hom. iv, 25), il est livré four nos péchés et il est ressuscité pour notre justification.
Ainsi, le divin Rédempteur par sa Passion nous a soustraits aux peines de l'enfer, puis par sa Résurrection il nous a retirés des ombres de la mort. En'effet, par suite du péché originel, la nature humaine était assujétie à une double mort, celle de l'âme et celle du corps. Or, Jésus- Christ nous a justement rachetés de ces deux morts en se condamnant miséricordieusement à celle du corps; mais s'il s'était soumis à celle de l'âme, il ne nous aurait rachetés d'aucune. Néanmoins, tant que dure ce monde, il n'affranchit ses élus que de la mort spirituelle, en les laissant sujets à la mort corporelle pour les exercer et les perfectionner ; mais il viendra détruire également cette dernière, quand le monde finira. La Résurrection du Sauveur est donc pour nous la cause efficiente d'une double résurrection : l'une spirituelle s'opère dès maintenant par la grâce, et l'autre corporelle s'accomplira plus tard dans la gloire. La résurrection présente consiste dans la justification ou dans la réconciliation de l'âme avec Dieu ; c'est d'elle qu'il est dit dans l'Apocalypse (xx, 6) t Heureux et saint est celui qui a part à la première résurrection ! La résurrection future consiste dans la réunion de l'âme avec le corps ; elle est appelée seconde résurrection, parce qu'elle doit toujours être précédée de la première ; car nul ne ressuscitera pour la vie éternelle, s'il ne ressuscite préalablement à la vie surnaturelle.
Jésus-Christ est demeuré quarante heures dans le tombeau, comme pour marquer qu'il voulait rendre la vie spirituelle aux hommes morts des quatre côtés de la terre par la violation du Décalogue. Au premier jour de la
semaine, il s'élance hors du sépulcre, afin de renouveler l'univers en ce même jour où il avait commencé à le créer. Il ressuscite au troisième jour après sa Passion, pour montrer qu'il venait retirer le genre humain des abîmes du péché où il était resté plongé durant les trois époques antérieures de son existence, sous la loi naturelle, la loi mosaïque et la loi évangélique ; c'était aussi pour nous apprendre que, si nous avons le malheur de tomber dans quelque faute par pensées, paroles ou actions, nous ne pouvons en sortir sans la foi à la sainte Trinité. Selon saint Augustin (Lib. 4 de Trinitate), le Sauveur ressuscita trois jours après sa mort, afin de signifier que les trois personnes divines avaient consenti à sa Passion ; car ces mêmes personnes adorables qui, à l'origine des siècles, avaient concouru à la formation de l'homme, voulurent, vers la fin des temps, coopérer à sa réparation par les souffrances de Jésus-Christ.
Suivant saint Léon (Serm. 1 de Resurrect.), « Notre-Seigneur hâta le moment de sa Résurrection, de crainte qu'une trop longue affliction ne décourageât entièrement ses disciples consternés. Il abrégea donc le plus possible le délai fixé ; car des trois jours qu'il avait annoncés, il ne prit qu'une très-petite partie du premier et du dernier, à savoir la fin du vendredi soir et le commencement du dimanche matin. Ainsi le Sauveur ne laissa que peu de temps son âme dans les limbes et sa chair dans le tombeau ; son corps, resté sans corruption, recouvra si promptement la vie qu'il semblait avoir goûté le sommeil plutôt que ressenti la mort. La Divinité, qui ne s'était point séparée des deux substances essentielles à la nature humaine en Jésus-Christ, les réunit par l'effet de cette même puissance qui les avait divisées momentanément. » Telles sont les paroles de saint Léon. Ainsi notre divin Rédempteur s'est proposé de nous
donner successivement par sa Passion et par sa Résurrection deux exemples de perfection chrétienne; par sa Passion, il aflermit notre patience et par sa Résurrection il excite notre espérance, en nous montrant deux vies différentes en la chair, l'une laborieuse que nous devons supporterai l'autre bienheureuse que nous devons désirer.
Jésus-Christ ressuscita avec un corps qui possédait les quatre principales prérogatives de la gloire, la clarté, l'agilité, la subtilité et l'impassibihté. Sans doute, depuis le premier instant de l'Incarnation, sa très-sainte âme possédait les deux conditions essentielles de la gloire, la vision intuitive et la jouissance parfaite de la Divinité ; néanmoins, par une disposition toute particulière de la Providence, cette jgloire ne rejaillit point sur son corps sacré qui resta passible et mortel, afin de fournir, par les mérites infinis de sa Passion et de sa mort, le prix nécessaire à la rédemption du genre humain. Mais aussitôt que le Sauveur eut accompli ce grand œuvre, son âme, reprenant son corps qu'elle avait quitté, lui communiqua la gloire dont elle était douée; car, comme le dit saint Augustin (Serm, de Resurrect.), toutes les misères auxquelles la chair était précédemment assujétie, furent absorbées sans retour par sa Résurrection. « En effet, ajoute saint Léon (Serm. 1 de Resurrect.), la Résurrection du Sauveur ne fut point la destruction mais la transformation de sa chair adorable ; sa substance ne fut point anéantie mais perfectionnée ; elle changea de qualité sans perdre sa nature. En parlant de ce nouvel état, saint Paul a pu dire avec vérité : Si autrefois nous avons connu le Christ selon la chair, maiîUenatit nous ne le connaissons plus de la sorte (II Cor. v, 16) ; car sa chair n'a rien conservé de corruptible ou d'infirme, et bien qu'elle soit restée identiquement la même quant à
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l'essence, elle a été toute transfigurée par la gloire. » Ainsi s'exprime saint Léon.
En conséquence, 6 mon âme, écartons tout sujet de chagrin, dissipons tout nuage de tristesse, et respirons l'air pur et serein de la joie. Après avoir assisté avec larmes aux funérailles de l'aimable Rédempteur qui, en expirant, a détruit notre mort, contemplons avec allégresse le triomphe du Sauveur victorieux qui, en ressuscitant, a réparé notre vie ; car, selon l'Apôtre (Rom, vi, 9), le Christ une fois sorti d'entre les morts ne meurt plus, la mort n'a plus d'empire sur lui. Son Père céleste l'a revêtu d'une impérissable beauté, il l'a couronné d'une magnificence souveraine, il l'a enrichi des plus précieux trésors, de telle manière qu'en lui réside la plénitude de la félicité, le comble du bonheur et l'abondance de tous les biens. Comme une fleur délicieuse éclose sur la tige de Jessé, le corps de Jésus s'était épanoui à l'époque de sa naissance lorsqu'il sortit sans tâche ni souillure du sein virginal de sa chaste Mère ; il avait été flétri au temps de sa Passion, où il parut sans forme ni beauté ; mais au moment de sa Résurrection, quand il eut repris toutes les parties constitutives de sa nature humaine avec le sang qu'il avait répandu sur le Calvaire, il brilla d'une splendeur nouvelle qui le rendit le chef-d'œuvre de la création. Ce corps adorable, devenu subtil, agile, immortel et lumineux au suprême degré, est le type parfait de la gloire qui environnera les corps des élus à la résurrection générale. Alors, dit le Seigneur, les justes resplendiront comme le soleil, dans le royaume de leur Père (Matth. xni, 43). Or, si telle sera la splendeur de chaque juste, quelle n'est pas celle de leur divin Maître, ce véritable Soleil de justice ? Assurément, il doit surpasser de beaucoup en éclat l'astre du jour avec toutes les constella-
RÉSURRECTION DE NOTRli-SEIGNEUR S
lions célestes. En s'élancanl hors du tombeau, le Christ, comme l'aigle, renouvelle sa jeunesse et, comme le phénix, recouvre sa vie. Alors le lion de Juda réveille son lionceau '■> le tabernacle de David qui était tombé est rétabli ; le candélabre du temple est revêtu d'or. Ainsi, après que le premier vase a été brisé, le divin Potier en fabrique un autre à son gré avec le même limon ; après avoir été caché sous un nuage, le soleil reparaît étincelant plus que jamais; le grain de froment qui avait péri dans la terre où il avait été jeté, en sort plein de vigueur. Le nouveau Jonas s'échappe sain et sauf des entrailles du monstre qui l'avait englouti ; le nouveau Samson enlève les portes de la ville où il était captif; le nouveau Joseph, délivré de prison est établi gou-
verneur de l'Egypte. Enfin Celui qui était couvert d'un sac et enveloppé d'un linceul, est maintenant revêtu d'immortalité et environné d'allégresse.
Elle est donc bien mémorable cette grande solennité de Pâques ; elle l'emporte à bon droit sur toutes les autres. Aussi, tous les dimanches de l'année sont comme l'octave de celui-ci qui nous rappelle les principaux sujets de joie et d'admiration. Voulez-vous connaître l'excellence et la dignité de ce saint jour dominical? Il fut le premier des jours sans qu'il ait été précédé de la nuit, et il sera le dernier des jours sans qu'il soit suivi d'aucune nuit. C'est un dimanche que le ciel et la terre furent créés, que les Anges furent tirés du néant puis confirmés en grâce, après avoir été soumis à l'épreuve. C'est un dimanche que le Seigneur donna sa loi aux Israélites sur le mont Sinaï, que le Sauveur naquit à Bethléem et sortit du tombeau, que le Saint-Esprit descendit sur les Apôtres réunis dans le Cénacle. Enfin, ce sera le dimanche que nous ressuscilerons
tous pour comparaître devant le souverain Juge, et qu'alors T. vn. ' i%
les élus de Dieu ontonneront l'hymne de la reconnaissance pour la continuer pendant toute l'éternité. Saint Grégoire dit à ce propos (Hom, 22 in Evang.) : « De môme que l'Écriture appelle Saint des saints ou Cantique des cantiques les plus sublimes objets désignés par ces termes, de même aussi rÉglise proclame justement cette fête de Pâques la solennité des solennités; car la Résurrection du Sauveur que nous y célébrons nous présente le modèle de noao propre résurrection ; elle dispose nos cœurs à l'espérance de la céleste patrie, en nous donnant un exemple de la gloire qui nous est réservée dans le royaume éternel. C'est aussi à pareil jour que les âmes des justes, qui reposaient dans le sein d'Abraham, ont été retirées des prisons de l'abîme pour être admises aux joies du paradis. Combien donc est admirable cette fête, en laquelle notre divin Sauveur a brisé les portes de l'enfer de manière à nous ouvrir celles du ciel ! (1) »
« Qu'il est beau 1 s'écrie saint Augustin (Serm. de Resurrect.), qu'il est brillant ce jour de Pâques ! non qu'il'Soit éclairé extraordinairement par !es rayons du soleil matériel mais parce qu'il est merveilleusement illustré par la lumière de l'Agneau divin sortant du tombeau ; car aujourd'hui même le Christ, vrai Soleil de justice, s'est levé des régions inférieures où il était descendu, Prenons donc la cithare du Roi prophète et chantons avec lui (Ps. cxvii, 24): Voici le jour que le Seigneur a fait; tressaillons d'allégresse et livrons-nous à la joie. Considérons combien est illustre la nuit qui a produit ce jour magnifique. C'est celle qui remplit de splendeur et de jubilation le ciel et la terre, comme si elle était illuminée par tous les astres du flrma-
(1) Voir la note 1 i la fin du Tolume.
ment à la fois. C'est la nuit d'une heureuse naissance et d'une sainte régénération ; celle dont il est écrit qu'elle sera lumineuse comme le jour (Ps. cxxxviii, 12) ; celle d'où provient le dimanche, ce jour du Seigneur par excellence. Aussi, ce jour, dans lequel les ténèbres de l'aveuglement ont été dissipées, est appelé avec raison jour de lumière. A la vue de cette clarté nouvelle, les peuples assis dans les ombres de la mort ont été ravis; d'accord avec les hommes, les Anges ont béni le Seigneur de ce qu'il avait daigné éclairer les pécheurs ; les démons épouvantés de cette splendeur extraordinaire ont frémi ; toutes les puissances de l'enfer, de la terre et des cieux ont fléchi le genou devant le Christ qu'elles ont reconnu pour leur souverain Maître. Aujourd'hui donc l'univers entier triomphe avec nous, et les différents chœurs des esprits bienheureux célèbrent avec nous cette auguste fête. Le notre côté nous tâchons d'imiter leurs harmonieux concerts, en répétant ces cantiques célestes que des voix terrestres ne peuvent reproduire parfaitement. — Réjouissons-nous donc dans le Seigneur, mais toutefois avec une certaine crainte, sans nous abandonner à une fausse sécurité. Ainsi , quoiqu'il eût bondi d'allégresse dans le sein de sa mère, Jean, le bienheureux précurseur du Christ, n'usa cependant d'aucune boisson enivrante, comme l'avait prescrit l'ange Gabriel. Quant à nous qui sommes faibles, buvons sobrement sans jamais dépasser les bornes, de peur que le dérèglement de notre corps ne vienne troubler la sérénité de notre âme ; car ce ii'est que par le calme de la tempérance que nous aborderons heureusement au port du salut. Après avoir cor.quis la palme du jeûne quadragésimal, n'allons pas perdre par quelque excès la victoire de la solennité pascale; car le Seigneur Jésus qui a combattu pour nous eu sa
Passion, si lions savons être modérés, nous rendra vicLorieiix en sa Résurrection, de telle sorte que nous puissions redire avec lui ce chant de triomphe : La mort a été déiruite par une complète victoire. Alléluia ! (I Corin. xv, 54). En ce jour glorieux, le Rédempteur a brisé le glaive flamboyant qui défendait l'entrée du paradis, ce que nul autre avant lui n'avait pu faire ; alors accompagné du larron pénitent, il a pénétré en ce lieu de délices, en disant aux Anges : Ouvrez-moi les portes de la justice; et une fois introduit, je louerai le Seigneur (Ps. civii, 19). Depuis la mort du Sauveur ces portes sont restées ouvertes aux uns et fermées aux autres; ouvertes aux justes et aux vrais chrétiens, mais fermées aux incrédules et aux pécheurs impénitents, — De même que Marie, la glorieuse Mère du Sauveur, surpasse toutes les autres femmes; de même aussi l'illustre fête de Pâques domine toutes les autres solennités dont elle est comme la mère; car elle a vu finir la Synagogue juive et naître l'Eglise chrétienne. Aussi, tous les privilèges réservés jadis au sabbat ont été transférés au dimanche qui, chaque semaine, nous rappelle la Résurrection du Seigneur, Durant le sabbat, les Juifs ne se livraient point aux œuvres serviles, et le dimanche également nous nous abstenons des travaux manuels. Ils ne sortaient point de leurs maisons pendant le sabbat, et nous passons le dimanche dans l'église qui est la demeure de Dieu notre père. Ils n'allumaient point de feu le sabbat, mais le dimanche au contraire nous devons allumer en nous celui dont Jésus- Christ a dit : Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que désiré-je sinon de le voir brûler (Luc, xii, 49) ? Le Sauveur ne souhaite donc rien tant que de vous voir embrasés des ardeurs du Saint-Esprit et consumés des flammes de la divine charité. De plus, la victime offerte chez les Juifs était
un houe OU un agneau ; chez nous c'est le Christ lui-même. Au souvenir des merveilles qui ont été accomplies et des faveurs qui nous ont été octroyées le dimanche, mes frères, chantons encore une fois de concert ; Voici le jour que le Seigneur a fait, livrons-nous à la joie et tressaillons d'allégresse. » Ainsi s'exprime saint Augustin.
A propos du chant le plus ordinaire pendant le temps pascal, le même saint Docteur ajoute : « Ne nous lassons point de chanter Alléluia, qui signifie : Louez le Seigneur. Oui, mes frères, louons le Seigneur tout à la fois de cœur et de bouche, par notre conduite et notre vie ; car pour que V Alléluia soit agréable à Dieu, il faut qu'il n'y ait aucune discordance entre nos mœurs et nos voix. 0 heureux Alléluia qui retentit au ciel, où les Anges sont le temple de Dieu I Là règne un parfait accord de volontés et de sentiments, parce qu'il n'y a jamais aucune révolte de la chair contre l'esprit et que jamais aucune rixe de cupidité ne compromet le triomphe de la charité. Sur cette terre, malgré de continuelles sollicitudes, ne laissons point déchanter le joyeux Alléluia, afin que nous puissions le chanter au ciel, en toute sécurité, lorsque notre corps, maintenaot passible et mortel, sera devenu incorruptible et immortel, et que nous serons à l'abri de toute tentation. 0 combien harmonieux sera Y Alléluia dans cette vie éternellement paisible, où l'on ne trouve aucun adversaire et où l'on ne perd aucun ami 1 Ici-bas, Dieu est loué au milieu de nombreuses inquiétudes par des hommes périssables que l'espérance seule soutient dans leur triste exil; mais là-haut il est loué avec une pleine assurance par les élus à jamais sauvés qui possèdent la récompense éternelle dans la bienheureuse patrie. Chantons, mes frères, non pas afin de jouir du repos présentement, mais afin de nous encourager
dans le travail. Imitons les voyageurs qui chantent en marchant pour alléger les fatigues de la route. Ne nous ahandonnons point à la paresse; mais tant que nous sommes en ce monde, progressons toujours dans le bien. Avançons en chantant; prenons garde de nous égarer, de reculer ou de nous arrêter dans le chemin de la vertu. » Ainsi parle saint Augustin. — Sur ce même sujet le Vénérable Bède dit (Hom. I inter sestivales) : « Après avoir surmonté toutes les épreuves de ce monde, les fortunés habitants du ciel ne cessent de bénir Dieu pendant toute l'éternité; aussi, afin de nous rappeler que telle doit être notre douce occupation dans le séjour de la béatitude, nous aimons à chanter plus fréquemment le joyeux Alléluia pendant cinquante jours depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte. Alléluia est un terme hébreu que nous traduisons par ces mots: Loues Dieu; c'est pourquoi dans le chant des Psaumes quand nous disons : Laudate Dominum, les Hébreux disaient autant de fois : A Ueluia. Tel est le refrain mélodieux que saint Jean l'Evangéliste entendit répéter par les chœurs angéliques, comme lui-même l'atteste dans son Apocalypse (xix). Le saint vieillard Tobie, éclairé d'une lumière prophétique, décrit en ces termes mystérieux la splendeur de la céleste Jérusalem et la gloire de ses heureux habitants : Les jjortes seront construites de saphirs et d'émeraudes, ses murailles d'enceinte seront bâties de pierres précieuses, ses places seront pavées d^or pur et ses rues retentiront du chant de l'A Ueluia (Tob. xiii, 21, 22), » Ainsi parle le Vénérable Bède,
En voyant ton Sauveur sortir du tombeau, ô mon âme, quitte aussi le sépulcre infect du péché où tu es comme ensevelie ; élève- toi par l'espérance de la résurrection glorieuse et de la bienheureuse éternité qui t'est promise. Par
le renoncement volontaire, Chrétiens, mourons à la vie présente, afin qu'après la résurrection générale nous jouissions de la vie éternelle ; car si nous mortifions notre chair pour l'amour de notre divin Rédempteur, nous entrerons dans la félicité de son royaume céleste. « Nous célébrons maintenant les fêtes pascales, dit saint Grégoire (Hom. 22 in Evang.); vivons de telle sorte que nous méritions de parvenir aux fêtes éternelles. Toutes les solennités présentes passent; ayons soin de ne pas nous rendre indignes des so-lennités futures qui dureront toujours. Que nous servirait d'avoir assisté aux premières avec les hommes, si nous ne devions point être associés aux secondes avec les Anges ? Nous n'avons que l'ombre de laPâque céleste dans la Pâque terrestre ; aussi, nous ne célébrons celle-ci qu'une fois par an, afin de soupirer après celle-là que nous célébrerons sans fin. Par conséquent chaque fois que l'époque de l'une arrive, ravivons le souvenir de l'autre ; c'est ainsi que le retour périodique des joies transitoires de ce pèlerinage excitera dans notre cœur l'ardent désir des joies permanentes de la patrie. » Telles sont les paroles de saint Grégoire.
Considérons de quelle manière la Résurrection de Notre- Seigneur avait été surtout figurée dans l' Ancien-Testament. Samson, doué d'une force prodigieuse, entra dans Gaza où il dormit durant la nuit ; les Philistins, habitants de cette ville, enfermèrent et gardèrent les portes avec soin dans l'espoir de saisir au matin et de mettre à mort leur plus redoutable adversaire ; mais Samson s'élant levé pendant la nuit, enleva les portes sur ses épaules et se retira tranquillement sur une montagne. De même, Jésus-Christ pénétra par sa puissance souveraine dans la cité de ses ennemis, c'est-à-dire dans l'enfer, et après en avoir brisé les portes,
il eu sortit triomphant avant la lumière du jour. Nous trouvons une autre image de Jésus ressuscité dans le prophète Jonas, qu'un monstre marin engloutit tout entier en son ventre et qu'il vomit sain et sauf sur le rivage, après trois jours et trois nuits. Nous trouvons encore un symbole frappant de cette même Résurrection dans la pierre mystérieuse follement rejetée par ceux qui construisaient la maison de Dieu. L'édifice était comme terminé ; car il ne s'agi^'^nit plus que de poser la clef de voûte pour réunir les murailles opposées ; mais on ne rencontra point de pierre mieux adaptée à cet usage que la précédente écartée avec dédain. De même le Christ qui avait été répudié durant sa Passion devint en sa Résurrection la pierre angulaire de l'Eglise ; car c'est lui qui, des deux peuples sépaiés, des Juifs et des Gentils, forma une seule société spirituelle ; et pour construire cet édifice qui est la maison du Seigneur, il employa comme ciment son sang précieux et comme pierre son corps sacré. Il accomplit ainsi dans sa personne la prophétie exprimée par le verset 22™^ du Psaume cxvir, que nous chantons pour ce motif le jour même de Pâques (Lapidem qucm reprobaverunt œdificantes hic factus est in caput anguli.
Prière.
Seigneur Jésus, source inépuisable de grâces, vous qui, après avoir rompu les liens de la mort, avez glorifié votre très-saint corps en le ressuscitant avec une ineffable splendeur, je vous en prie et je vous en conjure par votre triomphante Résurrection, faites sortir ma pauvre âme du tombeau des vices où elle gît comme déjà morte. Accordezmoi de produire les fleurs fécondes de toutes les vertus.
JÉSUS APPARAIT d'ABOP.D A SA MÈRE 17
afin que, menant une vie nouvelle, je cherche et je goûte les choses du ciel et non celles de la terre. Par la vertu puissante de vos clartés et de vos perfections admirables, purifiez mon âme des ténèbres du péché, puis au grand jour de la résurrection générale revêtez ma chair des prérogatives de la gloir8, afin que, dans les deux parties constitutives de mon être, je participe éternellement aux joies de votre bienheureuse humanité. Ainsi soit-il.