‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 18 sur 67 · JÉSUS APPARAIT EN J.'ABSENCF. DK THOMAS AUX APÔTRES · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT EN J.'ABSENCF. DK THOMAS AUX APÔTRES

crédules, afin de leur prouver qu'il avait un corps animé ; car la manducation est la fonction propre d'un corps vivant. Selon le Vénérable Bède (in Luc), si Jésus-Glirist daigna manger en présence des Apôtres, ce n'est pas qu'après sa Résurrection il eût besoin d'une nourriture matérielle, puisque nous-mêmes nous n'en aurons pas besoin après notre résurrection ; mais par ce fait il voulait montrer qu'il n'était point un pur esprit, qu'il avait une chair véritable, et que son apparition était réelle et non point imaginaire. — Ainsi donc, en cette occasion mémorable, le Sauveur garantit la certitude de sa Résurrection de trois manières différentes ; par les sens de la vue, du toucher et du goût, c'est-à-dire en se faisant voir, se laissant toucher et daignant manger lui-même. — Selon le sens mystique, ils voient Jésus ressuscité, ceux qui méditent sur sa gloire ; ils le touchent en quelque sorte,ceux qui s'unissent à lui par la charité ; ils lui présentent comme un poisson grillé, ceux qui, pour son honneur, supportent avec patience les flammes de la tribulation ; et ceux qui exercent envers le prochain les œuvres de miséricorde lui offrent comme un rayon de miel. Quant à lui, il admet en son corps mystique afin de les associer à son repos éternel ceux qui subissent pour Dieu l'ardeur des afflictions temporelles, et qui soupirent après la douceur des joies célestes.

Lorsqu'il eut maiigé devant ses disciples, il leur remit ce qui restait, afin qu'ils reconnussent de leurs propres yeux qu'il avait absorbé l'autre partie (Luc. xxiv, 43). Il signifiait de la sorte qu'il leur laissait à imiter sa Passion, amère par la douleur qu'elle lui avait causée, mais suave par la gloire qu'elle lui avait méritée. Puis pour confirmer de plus en plus la vérité de sa Résurrection, il ajouta (Ibid.

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44): C'est là ce que je vous annonçais, lorsque je demeurais avec vous en ce monde avant ma Passion ; car ainsi devait s'accomplir tout ce qui avait clé écrit à mon sujet dans la Loi de Moïse ^ dans les Prophètes et dans les Psaumes. Ces trois parties de l'Ancien-Testament ont efTectivement rendu témoignage à Jésus-Christ de quelque façon. Par ces paroles prononcées d'une manière sensible et opportune pour rappeler ce qu'il avait dit, il prouvait qu'il possédait comme auparavant le même corps doué d'une âme sensitive et intelligente. Alors, par sa grâce intérieure, il ouvrit leur intelligence, fermée jusqu'à ce moment, afin qu'ils entendissent les Écritures (Ibid. 45). Auparavant, il avait prouvé la vérité de sa Résurrection relativement à sa divinité même ; car il n'appartient qu'à celle-ci proprement d'éclairer tout à coup l'esprit des ignorants en leur donnant une parfaite connaissance des livres inspirés. De cette manière, après ?a Résurrection comme avant sa Passion, Jésus-Christ a montré qu'il était tout à la fois vrai Dieu et vrai homme.

Le Sauveur conclut ses instructions en disant (Ibid. 46) : // était ainsi écrit comme il est arrivé, et par conséquent vous devez croire à ce que vous voyez se réaliser en moi ; car il fallait que le Christ souffrit de la sorte sur la croix et qu'il sortît du tombeau le troisième jour. D'après le Vénérable Bède (in Luc), s'il n'était pas ressuscité véritablement, c'est en vain qu'il serait mort. Il était nécessaire, non point pour lui mais pour nous, que par sa Passion imméritée il nous délivrât des peines dues à nos forfaits, et que par sa glorieuse Résurrection il nous introduisît dans son royaume éternel ; c'est pourquoi le grand Apôtre disait (Rom. IV, 25): Le Christ est mort 'pour expier nos fautes, et il est ressuscité pour opérer notre justification. Alors donc,

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coiTime l'atteste l'Apooylypse (v), l'Agneau qui avait été immolé fut jugé digne de prendre le livre mystérieux, et d'en ouvrir les sept sceaux, c'esl-à-dire de révéler tout ce qui était écrit touchant les mystères de son incarnation, de son baptême, de sa prédication, de sa puissance, de sa Passion, de sa Résurrection et de son Ascension, Apprenons par laque nous ne saurions comprendre suffisamment les Saintes- Écritures, si Jésus-Christ par sa grâce ne nous en donnait l'inteUigence; car lui seul possède la clef de David qui peut ouvrir et fermer sans le secours d'une autre personne (Apoc.iii, 8).

Faisant connaître le but, la fin de sa mort et de sa Résurrection, le Sauveur ajouta (Luc. xxiv, 47) : Il fallait de plus quau nom du Christ la pénitence et la rémission des péchés fussent préchées parmi toutes les -nations, en commençant par Jérusalem. Il déclarait ainsi qu'il voulait l'unité de son Eglise, sans faire acception des personnes ; car, selon saint Théophile, il ne voulait plus que le genre humain fût divisé en deux peuples opposés, comme l'étaient jusqu'alors les Juifs et les Gentils. Ainsi la pénitence, annoncée précédemment dans un seul pays par le divin Maître et par son saint Précurseur, devait être désormais annoncée dans le monde entier par les Apôtres et leurs successeurs. Jérusalem, étant située au centre de la ierre habitée, fut convenablement choisie pour être le berceau de cette prédication universelle que les disciples du Seigneur devaient propager jusqu'aux extrémités de l'univers. D'après le Vénérable Bède (in Luc.}, si l'Evangile fut promulgué piemicrement à Jérusalem, ce n'est point que les Juifs fussent seuls destinés à conserver le dépôt de la sainte parole et a recevoir la gloire de l'adoption divine ; mais c'était afin que les Gentils plongés en

diverses erreurs pussent mieux espérer la rémission de ï. vu 7

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leurs péclif^s, envoyant que, par nu ordre miséricordieux de Jésus-Christ, le pardon était offert d'abord à ceux mêmes qui l'avaient crucifié. Que nul donc, quelque coupable qu'il soit, ne désespère d'obtenir la grâce de Dieu, puisqu'elle a été promise avant tout aux habitants de Jérusalem qui, par leurs mains cruelles et leurs criminelles sollicitations, avaient répandu le sang précieux du Rédempteur. En outre, dit saint Ghrysostôme (Hom. 70 in Matth.), de peur que plusieurs ne refusassent de croire en Jésus-Christ, sous prétexte qu'il ne s'était point manifesté à des compatriotes mais à des étrangers, les Apôtres commencèrent à produire les preuves de sa Résurrection devant les auteurs de sa mort, dans cette capitale où avait été consommé le sacrilège attentat ; aussi la foi de ces meurtriers convertis rjndit le plus éclatant hommage à la divinité du Sauveur ressuscité.

Avant sa Passion, Jésus avait dit à ses disciples : Je vous verrai de nouveau, et votre cœur se réjouira (Joan. xvi, 22). II accomplit maintenant sa promesse ; car à la vue du Seigneur, les disciples furent ravis d'allégresse (Joan. xx, 20). Ils étaient naguère tristes et consternés, ils sont alors consolés et contents. Qui pourrait n'être pas rempli d'admiration et de joie en voyant Celui qui est la source de toute miséricorde et féUcité ? Il leur montre ses mains qui sur la croix avaient été percées de clous pour le salut du monde, ses pieds qui s'étaient souvent fatigués à courir après les brebis égarées d'Israël, son côté sacré d'oiî avaient jailli les sacrements de notre rédemption ; dans toutes ces parties de son corps il conservait les marques brillantes de ses plaies, afin de guérir les cœurs déchirés par les incertitudes. A ce merveilleux spectacle, les Apôtres ravis se sentirent délivrés des poignantes inquiétudes que leur avaient causées

Jli:.sLS APl'AlUIT EN l'absence b\-. THOMAS AUX APÛTF.liS lll

Iri mort douloureuse de Josus et la persécution irr.minente des Juifs. Désormais qu'avaient-ils à regretter ou à redouter ? N'avaient-ils pas retrouvé Celui qu'ils avaient perdu ? Et puisqu'il avait pu se ressusciter lui-même, ne pouvaitil pas les protéger eux-mêmes ? — // leur dit doyic de nouveau: La paix soit avec vous {Ihid. 21). Par cette même salutation deux fois répétée, il recommande les deux préceptes de la charité, soit envers Dieu, soit envers le prochain ; car quiconque veut jouir d'une double paix doit posséder en son cœur un double amour. Il enseigne aussi de cette manière qu'il a rétabli la paix dans le ciel et sur la terre ;car en mourantsur la croix, il a réconcilié les hommes non-seulement avec leurs semblables, mais surtout avec leur Créateur et avec ses Anges. Selon saint Chrysostôme (Hom. F5 in Joan.), par cette déclaration réitérée de la paix le Sauveur montre la merveilleuse efficacité de sa Passion, qui nous a affranchis des maux éternels et comblés de biens spirituels.

Jésus ajouta : De même que mon Père m'a envoijé pour annoncer la véritable foi dans la Judée, j'e vous envoie aussi pour la répandre dans l'univers (Joan. xx, 21). En d'autres termes, je vous établis mes représentants, je vous transmets mes fonctions, je vous communique mes pouvoirs pour enseigner, prêcher, baptiser, procurer la gloire de mou nom et "celle de mon Père. En parlant ainsi, Jésus-Christ se déclare médiateur ; car si son Père l'envoya prendre notre nature, lui-même à son tour envoya les Apôtres publier son incarnation. Par ces paroles : Je vousenvoie comme monPère m'a envoyé, Jésus-Christ semble dire à ses Apôtres, d'après saint Grégoire (Hora. 28inEvang.) : Mon Père qui m'aime parfaitement m'a envoyé souffrir et mourir pour le salut des hommes ; de même, quoique je vous aime spécialement, je

VOUS envoie subir toutes sortes d'IiaiiiiliafiO'iS ot de persécutions pour l'honneur de mou Père. — Mais l'homme ne saurait remplir une pareille mission, s'il n'était aidé par la grâce puissante de l'Esprii-Saint. Voilà pourquoi, aussitôt après les derniers mots adressés à ses disciples, Jésus souffla sur eux, en disant : Recevez le Saint-Esprit (Joan. xx, 22). Il leur conféra i'Esprit-Saint en soufflant sur eux, pour montrer que c'était lui-môme qui avait répandu un souffle de vie sur le visage du premier homme (Gen. ii, 7). Selon saint Augustin (de Trinit. 1. m, c. 20), le souffle du Sauveur sur les Apôtres n'était pas le Saint-Esprit, mais il en était un symbole convenable; car il signifiait que cedivin Esprit ne procède pas seulement du Père, mais aussi du Fils, comme le souffle corporel qui sortait de sa poitrine sacrée. De là vient dans l'Église la coutume que le prêtre souffle sur le visage des catéchumènes avant de les baptiser, pour indiquer qu'ils vont être régénérés par la grâce vivifiante du Saint-Esprit.

Le fruit principal du Saint-Ksprit, c'est la justification, qui lui est spécialement attribuée comme l'œuvre de sa bonté suprême. Aussi, après avoir donné le Saint-Esprit à ses Apôtres, Jésus-Christ leur dit : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joan. xx, 23). Par ces paroles, il conféra à ses Apôtres le pouvoir de lier et de délier ceux qu'ils jugeraient devoir absoudre ou ne pas absoudre, pourvu toutefois que leur jugement fût conforme à celui de Dieu. Il les établit ainsi non point précisément les auteurs mais les ministres du pardon ; car comme l'explique saint Augustin (tlom. 23 lib. 50 homil.), s'ils peuvent remettre ou retenir les péchés, ce n'est point par l'effet de leurs mérites personnels, mais par la vertu du Saint-Esprit

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qui, étant Dieu même, réside en l'Église comme dans son peuple. Quoique Dieu seul principalement par sa propre autorité remette les péchés, les prêtres secondairement y coopèrent par leur ministère légitime dans l'Eglise, comme ayant reçu le pouvoir des clefs afin d'ouvrir ou de fermer le royaume des cieux. Mais les péchés ne sont véritablement remis qu'à ceux qui sont membres de l'Église par l'unité de la foi. Déjà le pouvoir de consacrer le corps de Jésus'-Christ avait été communiqué aux Apôtres la veille de la Passion, quand le Seigneur leur avait dit dans la dernière cène : Faites ceci en mémoire de moi. Mais le pouvoir des clefs qui avait été promis à saint Pierre, et en lui à ses collègues, ne leur fut concédé qu'au jour mêine de la Résurrection. C'est alors aussi qu'ils furent ordonnés évoques. Personne ne doute, dit saint Augustin (Tract. 121 in Joan.), que Jésus-Christ n'ait conféré la consécration épiscopale à ses Apôtres au moment où il souffla sur eux, en disant : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remisa ceux à qui vous les remettrez.

Dans cette soirée de la Résurrection qu'il faisait bon demeurer sur la montagne de Sion I Par sa présence et par sa parole le Seigneur y remplit ses heureux disciples de lumières et de grâces inouïes jusqu'alors. Mais comme la nuit était avancée, il resta peu de temps en leur compagnie. Les instances qu'ils firent pour le retenir ne pouvaient assurément lui déplaire ; néanmoins il ne tarda point à se retirer après leur avoir donné sa bénédiction. Il avait dispara, lorsque Thomas rentra dans cette même maison. Les autres disciples, ravis de lui apprendre la bonne nouvelle, lui dirent: Nous avons vu le Seigneur; c'est ainsi qu'ils appelaient leur Maître avant la Passion (Joan. XX, 25). Thomas leur répondit qn'il ne cioirait point

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avant d'avoir vu et même touché les cicatrices des plaies, afin que, s'il était trompé par ses yeux, il fût détrompé par ses mains, 11 voulait constater la vérité de la Résurrection par la vae et par le toucher ; car ces deux sens sont moins sujets à l'erreur, lorsque leurs témoignages sont réunis. Cependant; après que le Sauveur les eut quittés, les autres disciples restèrent affamés et altérés de sa divine présence; car accoutumés qu'il étaient à vivre familièrement avec lui, ils soupiraient sans cesse après le bonheur de le contempler de nouveau.

Les nombreuses apparitions que nous avons signalées jusqu'à présent ont toutes eu lieu le jour même de la Résurrection ; mais l'Évangile signale seulement les cinq qui eurent successivement pour témoins, d'abord Marie-Madeleine, puis les saintes femmes, ensuite saint Pierre, plus tard les deux disciples d'Emmaiis, et enfin dix Apôtres assemblés. En mémoire de ces cinq apparitions du Seigneur ressuscité, le prêtre, qui Je représente dans la célébration de la messe, se tourne cinq fois vers les lidèles assistants. La troisième fois seulement il se tourne en silence pour signifier l'apparition faite à saint Pierre d'une façon plus mystérieuse, sans qu'on en connaisse aucune circonstance; les autres fois il se tourne en disant à haute voix: Dominus vobiscum. Vous avez entendu cette parole, mais vous n'en avez peut-être pas senti la réalité, parce que vous n'avez point compati aux souffrances du Sauveur. Si vous désirez jouir de sa divine présence, vous devez vous y disposer par le recueillement habituel. Chaque dimanche surtout vous éprouveriez les heureux effets de sa Résurrection, si le vendredi et le samedi vous méditiez les douleurs salutaires de sa Passion; car comme l'assure saint Paul (II Cor. 1,7), nous n'aurons part aux consolations de Jésus-

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Christ qu'autant que nous aurons participé à ses peines. Après avoir pris congé de ses disciples bien-aimés, le Seigneur retourna vers les saints Pères qu'il avait laissés, comme nous l'avons dit, dans le fjaradis terrestre. De concert avec les esprits célestes, ils s'empressèrent de lui témoigner leur respect et ieur amour en exaltant ses perfections et célébrant ses triomphes. Oh ! comme ils faisaient éclater leur reconnaissance et leur joie par des hymnes et des cantiques harmonieux ! Chrétiens fervents, associezvous à ces bienheureux personnages en les félicitant de leur bonheur; apprenez par leur exemple à louer le Seigneur ressuscité ; com.me eux, rendez-lui grâce pour les bienfaits dont il vous a comblés ; ne vous lassez point de tendre de toutes vos forces vers ce séjour de délices, oiî^ en la noble compagnie des élus, vous contemplerez et chanterez éternellement la gloire de i'PIomme-Dieu.

Prière.

Illustre Fils de Dieu le Père, qui avez apparu à vos chers disciples sans ouvrir les portes de la maison où ils étaient réunis, je vous prie de tenir mes sens intérieurs et extérieurs fermés à tous les périls des tentations par la sainte crainte de votre suprême majesté ; captivez-les par les liens de votre douce charité, éclairez-les par les lumières de la foi divine, pour que je mérite d'être consolé par la vue de votre beauté ravissante. Sauveur miséricordieux, faites que je goûte ici-bas la paix du cœur et que je possède au ciel la paix de l'éternité, afin de vous bénir sans cesse d'accord avec lous les Anges et les Saints dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

-^ CHAPITRE LXXVIÏI.

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