‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 17 sur 67 · JÉSUS APPARAIT E:< L ABSKNCF, DE THOMAS AUX APÔTRES · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT E:< L ABSKNCF, DE THOMAS AUX APÔTRES

tromper, Jésus leur dit : Pourquoi tremblez-vous ? et pourquoi vos cœurs faibles et chancelants s' abandonnent-ils à ces pensées vaines et fausses ? Regardez mes mains et mes pieds qui ont été transpercés; c'est moi-même qui ai souffert. Comme s'il disait: Par ces cicatrices vous pouvez reconnaître que je suis ressuscité avec le même corps qui a été crucifié. Puis il ajouta: Pour vous convaincre par vos yeux et par vos doigts mêmes, touchez et considérez ; car un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai (Ibid. 38 et 39). D'après cette expérience sensible, vous pourrez juger que je possède un corps réel et non point fantastique. Ainsi le Seigneur avait voulu conserver en son corps les traces de ses plaies, afin de guérir en leurs âmes les plaies qu'y avait faites l'incrédulité. Il leur montra donc ses mains pour exciter leur courage, son côté pour provoguer leur affection, et ses pieds pour les porter efficacement à la persévérance (Ibid. 40 et Joan. ix, 20). 11 semblait leur dire par là : Ces mains qui ont été blessées prouvent que j'ai vaillamment combattu pour vous; combattez aussi pour moi, parce que je ferai siéger le vainqueur avec moi sur mon trône (Apoc. m, 21). Ce côté qui a été entr'ouvert atteste que je vous ai beaucoup aimé ; aimez-moi pareillement. Ces pieds ont été fixés naguère sur l'arbre de la croix, afin d'affermir vos pas dans la pratique de la vertu. Que les sollicitations et les menaces, non plus que les succès ou les revers, ne vous détournent jamais de mes préceptes, ni même de mes conseils, si vous avez promis de les suivre.

Or, remarquons-le bien ici, dans la vie spirituelle il y a cinq grandes tentations contre lesquelles nous devons lutter avec énergie. La première est la concupiscence vicieuse, c'est-à-dire l'amour excessif des richesses, des plaisirs et

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des honneurs qui fait oublier à un grand nombre d'hommes le bonheur souverain de la céleste patrie. La seconde est le désespoir ou découragement de ceux qui, n'attendant point le secours et la grâce de Dieu, regardent comme impossible ou trop difficile de se soutenir dans la pratique delà pénitence et de la vertu. Les insensés»! ils ne pensent point qu'ils s'exposent par leur négligence et leur lâcheté à des peines incomparablement plus longues et plus terribles qu'ils souffriront dans l'enfer durant toute l'éternité, La troisième tentation est la douleur ou le regret qu'on éprouve en renonçant aux jouissances de la chair et aux vanités du siècle. 0 aveugle créature ! cserais-tu donc préférer la maladie à la santé, la mort à la vie, la tristesse à la joie, des supplices interminables à une gloire immense ! La quatrième tentation est le respect humain ou la fausse honte qui empêche beaucoup de cœurs faibles de faire le bien, par exemple de jeûner ou de prier, dans la crainte d'être méprisés, raillés, tournés en ridicule. La cinquième tentation est la présomption des imprudents qui font le mal par l'espoir du pardon, en se disant: Le Seigneur qui est tout miséricordieux ne saurait nous condamner à des châtiments éternels ; Dieu ne nous a pas créés pour nous perdre ; puisque nous sommes chrétiens nous serons sûrement sauvés. 0 funeste présomption qui conduit à une confusion inévitable ! Prenons garde de nous tromper nous-mêmes ; car la véritable espérance chrétienne consiste à attendre avec certitude la vie bienheureuse, si nous travaillons à la mériter ; autrement, noas ne pouvons y prétendre sans folie.

En se laissant toucher par ses disciples, Jésus-Christ opérait un nouveau miracle, parce que son corps devenu incurruptible et immortel ne pouvait plus être touché na-

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turellement par des hommes encore sujets à la corruption et à la mort. Selon saint Grégoire, en effet (Hom. 26 in Evang.), c'est d'une manière merveilleuse et ineffable qu'il l'a rendu palpable pour établir notre foi et qu'il l'a montré incorruptible pour exciter notre espérance ; s'il le faisait paraître en même temps palpable et incorruptible, c'était afin de prouver qu'il avait conservé sa nature précédente mais qu'il avait acquis une gloire nouvelle. Ainsi, dans la manifestation de sa propre Résurrection Jésus- Christ nous a donné une image sensible de la résurrection générale, dans laquelle nos corps devenus subtils comme le sien pourront néanmoins être touchés par d'autres semblables ; car alors noire chair sera pour toujours affranchie delà mort en cette même substance qu'elle avait auparavant. Le Vénérable Bède dit à ce propos 'in Luc): Non content de se découvrir aux regards de ses disciples, Jésus- Christ leur permit de le toucher de leurs mains, afin que dans l'état réel de sa Résurrection présente ils trouvassent le modèle certain de notre résurrection future. En effet, ajoute saint Grégoire (Moral, lib. 14, c. 29), nos corps ressuscites et glorieux ne seront point tellement impalpables qu'on ne puisse les toucher, ni tellement subtils qu'ils puissent être emportés au gré des vents, comme l'a supposé Eutychès ; mais ils seront subtils par une vertu spirituelle et palpables de leur propre nature. Suivant la remarque de saint Augustin (lib. 22 de Civil.), Jésus-Christ possédait la clarté qui rendra les justes resplendissants comme le soleil dans le royaume de Dieu leur Père ; cependant lorsqu'il apparut à ses disciples après sa Résurrection, il voila à leurs faibles yeux cette éblouissante clarté qu'ils n'au raient pu contempler, de manière à le reconnaître.

Malgré ces preuves évidentes de la Résurrection, les dis-

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ciples ravis d'étoiinemeat et de joie hésitaient encore à croire; pour les mieux convaincre Jésus leur demanda s'ils n'avaient rien à lui donner à manger. Alors ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel (Luc. XXIV, 41 et 42). Ce n'est point sans raisons mystiques que ces deux objets lui furent offerts préférablement à bien d'autres ; car par la souffrance que son humanité avait endurée, n'était-il pas lui-même comme le poisson rôti ? et par la douceur que sa divinité avait conservée, n'était-il pas aussi comme le rayon de miel ? De jjîus ce rayon, dans lequel le miel se trouvait joint à la cire, signifiait l'union de la nature divine avec la nature humaine en la personne de Jésus-Christ. Aussi voulut-il justement qu'on lui servît pour nourriture un rayon de miel en même temps qu'un poisson rôti. Lui-même, en effet, avait daigné être comme un poisson plongé dans les abîmes et agité par les flots de ce monde, puis saisi dans les filets de la mort, brûlé par les feux de la tribulation et cuit sur le gril de la croix. Après avoir été comme un poisson rôti dans sa Passion, il est devenu pour nous dans sa Résurrection comme un trèssuave rayon de miel. Voilà pourquoi ceux qui croient également à sa Passion et à sa Résurrection lui présentent en quelque sorte un poisson rôti et un rayon de miel. Ces deux espèces d'aliments sont aussi les symboles de ce que nous devons offrir au Sauveur, savoir la mortification delà chair i' jurée par le poisson rôti, et la dévotion de l'âme signifiée par le rayon de miel. En outre, d'après saint Théophile (in Luc), le poisson rôti est l'emblème delà vie active, qui par des œuvres ferventes consume les faiblesses humaines ; et le rayon de miel est l'image de la vie contemplative, qui fait goûter d'ineffables délices dans les divines oraisons. Le Seigneur ressuscité mangea devant ses disciples in-

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