‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 20 sur 67 · JÉSUS APPARAIT ! N PRÉSENCE DE THOMAS AUX DISCIPLES · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT ! N PRÉSENCE DE THOMAS AUX DISCIPLES

siste à vivre constamment dans cette paix que produit l'amour envers Dieu et envers le prochain. Nous devons donc la rechercher avec empressement et la conserver avec soin. Prenons garde, dit saint Grégoire de Nazianze (Orat. de Pace), de négliger ou de perdre la grâce que le Sauveur a daigné nous accorder avant de nous quitter. La paix ! Oh ! que son nom est doux, et que ses fruits sont délicieuxl Elle est un don de Di(3u, et Dieu en est l'auteur, puisque l'Écriture dit tantôt pax Bel (Philip, iv, 7) et tantôt Deus pacis (II Cor. xiii, H) ; bien plus, la paix c'est Dieu même, selon cette parole : Ipse est pax ?io'5ira (Ephes. Il, 1-4). La paix est un bien précieux que tous réclament, mais, hélas ! que peu possèdent. Quelle en est donc la cause ? C'est -que la plupart des hommes, tourmentes par l'ambition ou la cupidité, courent éperdument après les richesses et les honneurs de ce monde ; c'est que beaucouD se laissent entraîner à la jalousie, à la haine, au mépris du prochain et à l'oubli du Créateur.

Jésus, s'adressant à Thomas, comme pour satisfaire à sa demande, lui dit (Joan. xx, 27) : Mets là ton doigt et voisines mains, ou en d'autres termes : Touche et vérifie toi-même. Ici le mot ro?r signifie sentir, comprendre; car la vue est souvent prise pour les autres sens. C'est ainsi que nous disons fréquemment : Entendez et voyez comme ces chants sont hdrmonieux ; sentez et voyez combien cette fleur est odorante ; touchez et voyez comme cette étoffe est moelleuse ; goûtez et voyez combien cette liqueur est agréable. Selon saint Augustin (Tract. 121 in Jo.ia.), la vue est prise nonseulement, pour les quatre autres sens, mais parfois même pour rinlelligence ; ainsi on dit : Ne voyez-vous pas, au lieu de dire : Ne comprenez-vous pas telle chose. — Suivant une autre explication, le Seigneur répond simplement à la

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protestation de Thomas qui voulait s'assurer de la Résurrecliou par la vue et par le toucher tout à la fois. Cet Apôtre avait dit : Si je ne vois dans ses mains la marque de ses clous, et si je ne mets mon doigt à V endroit des clous et ma main dans son oôtô, je ne croirai point (Joan, xx, 25). H\Ioiitrai)t sa science divine, Jésus prouva qu'il connaissait ces paroles prononcées en son absence corporelle ; car comme pour y répondre, il dit à l'incrédule (Ibid. 27) : Mets ton doigt ici à l'endroit des clous, et vois mes mains avec la marque des clous ; approche aussi ta main, et pose-la dans mon côté percé par la lance. Reconnais donc enfin que je suis bien ce même homme naguère suspendu à la croix. Oh ! combien large et profonde devait être cette plaie pratiquée dans le flanc sacré du Sauveur, puisqu'on pouvait y mettre non-seulement le doigt, mais encore la main tout entière ! — Le Seigneur ajouta : Ne sois j/lus incrédule, mais fidèle. En d'autres termes : Ne sois plus lent à croire, mais inébranlable dans la foi ; car par ton infidélité coupable tu me crucifies de nouveau, en renouvelant la cause de ma Passion. En effet, tant que Thomas refusait d'admettre la vérité de la Résurrection, il ne pouvait profiter des souffrances endurées par le Sauveur. Lorsque nous considérons l'incrédulité de ce disciple obstiné, dit saint Ghrysostôme (Hom. 86 in Joan.), admirons aussi la clémence de son divin Maître qui, pour sauver cette âme seule, daigne lui montrer ses plaies cicatrisées. Cet Apôtre n'a le bonheur de contempler Jésus ressuscité que huit jours après les autres, afin que leur commun témoignage lui fasse désirer davantage cette grande faveur et qu'après l'avoir obtenue, sa loi devienne plus ferme.

Thomas, touchant alors les cicatrices du Sauveur, nonseulemeut crut de cœur, mais encore confessa de bouche,

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comme il est nécessaire pour le salut ; car il répondit par ce cri sublime : Mo7i Seigneur et mon Dieu! (Joan. xx, 28). Comme s'il disait : Oui, désormais je reconnais sans hésitation votre Résurrection et je proclame avec certitude votre immortalité ; vous êtes vraiment mon Seigneur, celui qui m'a conquis et racheté de l'enfer par son sang très-précieux ; vous êtes aussi mon Dieu, celui qui m'a créé et tiré du néant par sa bonté toute-puissante. Telle est ma croyance sincère, et j'en fais en ce moment à vos pieds une profession irrévocable. 0 bienheureux Apôtre ! quelle insigne faveur vous avez reçue de votre divin Maître! Jusqu'à quelle intime familiarité il daigna descendre en vous permettant de sonder de votre propre doigt ses blessures adorables! Quel honneur privilégié il vous octroya en vous faisant mettre la main dans ce côté sacré, d'où sont sortis le sang et l'eau qui nous ont déhvrés de terribles châtiments, purifiés de nombreuses souillures, m.érité la grâce de la régénération spirituelle et la gloire de la vie éternelle! — Les deux états différents où se trouva Thomas avant et anrr s cette apparition du Sauveur sont indiqués par les deux significations de soii nom qui veut dire Didyme et abîme. En effet, il est justement appelé Didyme, c'est-à-.iire jumeau ou double, à cause du doute qui paitagea son cœur en deux sentiments, et abîme, à cause de la foi par laquelle il découvrit la divinité sous les voiles de l'humanité.

Le Sauveur lui-même loua la foi véritable de l'Apôtre converti, en disant : Parce que tu as vu, Thomas, tu as cru (Joan. XX, 29). 1 es choses qu'on voit ne sont pas proprement l'objet de la foi: car, selon saint Paul (Heb. xi, 1), la foi est la conviction des cJwses qu'on ne voit ijoint. Saint Thomas cependant produisit un acte de foi excellent ; car lorsqu'il vit en Jésus-Christ l'humanité ressuscitée, il crut en lui la

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divinité cachée qu'il ne voyait pas. Quand il s'écria : Duminus oneus, il confessa que cette humanité était maitresse souveraine de toute créature ; et quand il ajouta : Deus meus, il proclama que cette divinité était la cause première de toute existence ; il déclara de la sorte que le même Jésus-Christ était en môme temps vrai Dieu et vrai homme. Après avoir touché les plaies sacrées du Sauveur, dit saint Théophile (in Joan.), d'infidèle qu'il était, Thomas devint un parfait théologien; car il reconnut l'union hypostalique des deux natures dans la seule personne de Jésus- Christ.

Pour nous consoler de n'avoir pas été témoins de ses apparitions, le Sauveur ajouta (Joan. xx, 29) : Heureux eux qui ont cru sans avoir vu ! Par ces paroles il prédit le salut des Chrétiens à venir; car c'est comme s'il disait : Vous êtes heureux d'avoir cru, Thomas, mais heureux aussi et plus heureux encore ceux qui, sans me voir corporellement, croiront spirituellement. Kn efîet, selon saint Augustin (Tract. 121 in Joan,), Notre-Seigneur emploie ici la forme du prétérit, pour marquer la certitude avec laquelle il parle; car aux yeux de Dieu, les choses futures sont aussi claires et aussi manifestes que si elles étaient déjà passées. Aujourd'hui peut-être, dit saint Chrysostôme (Hom. 26 in Joan.), plusieurs Ghrélieus envient le sort des Apôtres, en disant : Plût au ciel que j'eusse vécu de leur temps pour être spectateurs des miracles opérés par le Sauveur; mais qu'ils se rappellent cette parole prononcée par sa bouche divine : Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu! Selon saint Grégoire (Hom. 26 in Evang.), cette parole doit bien nous réjouir; car elle s'applique spécialement à nous qui croyons de cœur en lui-même, quoique nous ne l'ayons point vu dans la chair. Mais pour que nous soyons

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