‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 42 sur 67 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

Puisque l'occasion s'est présentée au chapitre précédent de parler des louanges dues à la majesté divine, étendonsnous un peu sur ce sujet important. 0 mon âme, les immenses bienfaits que tu as reçus de ton Créateur lorsqu'il t'a tirée du néant et façonnée de sa main, t'obligent à lui témoigner continuellement de la gratitude et de l'affection ; car c'est pour l'aimer et le louer toujours que, par une faveur toute gratuite, il t'a faite à son image et à sa ressemblance.

De là vient que saint Anselme s'écrie (in Méditât.) : a Réveille-toi, ô mon âme ; dédaignant et oubliant toutes les choses temporelles, ne pense plus et ne t'attache plus qu'aux choses divines et éternelles. Considère à quelle grandeur et à quelle dignité le Seigneur a voulu t'élever dès le commencement, et par conséquent avec quelle vénération et avec quel dévouement tu dois le servir. Certes, lorsque Dieu, créant et coordonnant tous les êtres visibles et invisibles, eut résolu de foriijer la nature humaine, il ne manqua pas de pourvoir avec un soin particulier à l'honneur de ta condition, qu'il voulait établir au-dessus des autres créatures de cet univers. Pour concevoir la noblesse de ton origine, rai^pelle-toi qu'au moment de te donner l'existence Dieu dit : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Si tu médites attentivement ces profondes paroles, tu comprendras quelle dette de reconnaissance tu as contractée envers ton suprême Auteur. Re-

marque d'abord qu'autre chose est l'image et autre chose la ressemblance. Par exemple, on trouve quelque ressemblance avec l'homme dans le cheval, le bœuf et les autres animaux de différentes natures qui mangent comme lui ; mais on ne trouve l'image de l'homme que dans les êtres identiques à sa propre nature. L'image est donc plus par- 1 faite que la ressemblance. Ainsi, nous pourrons avoir quelque ressemblance avec Dieu, si, en considérant sa bonté, sa miséricorde et sa justice, nous tâchons d'imiter ses excellentes qualités ; mais pour reproduire en nous son image voici comment nous le pouvons. Dieu ne s'oublie jamais, il se contemple, il s'aime perpétuellement ; donc, ô mon âme, si tu ne l'oublies point, si tu le contemples, si tu l'aimes continuellement, selon ta faible capacité, tu reproduiras en toi-même sa propre image, parce que tu t'efforceras de faire toujours ce qu'il ne cesse de faire luimême. De la sorte, l'homme doit appliquer sa vie tout entière à la pensée, à la connaissance et à l'amour de Dieu ; tel est le but vers lequel doivent être dirigées sa mémoire, son intelligence et sa volonté, pour correspondre d'une manière salutaire à sa destinée sublime ; car pour quelle autre fin Dieu l'aurait -il créé à son image par un privilège spécial, sinon parce qu'il le destinait à le louer sans cesse? »

tt 0 mon âme, continue saint Anselme, tu as donc été formée pour louer ton Créateur, de telle façon que sur la terre tu tendes incessamment vers lui par la justification, et qu'au ciel tu jouisses éternellement de lui par la béatitude ; car c'est eji le louant que tu mériteras la justification et que tu t'assureras la béatitude. Mais si lu veux le louer dignement, que ce soit de tout ton cœur et avec un amour sincère';; car voilà la règle que doivent suivre les Saints.

DES LOUANGES DmNES 239

L'Écriture en effet dit du juste : // a loué le Seigneur de tout son cœur, et il a aimé Celui qui Va fait (Eccli. xlvii, 10). 11 loue Dieu à la vérité, mais non point de tout son cœur, l'homme que la prospérité porte à le bénir, mais qui s'en laisse détourner par l'adversité; et il n'aime pas Dieu celui qui, en le louant, cherche autre chose que Dieu même. Pour louer le Seigneur d'une manière digne de lui, rapporte à sa gloire toutes tes pensées, tes intentions, tes affections et tes œuvres, autant que le comporte ta faiblesse. Qu'aucun succès ni qu'aucun revers ici-bas ne t'empêchent de lui rendre ce devoir ; n'attends de lui d'autre récompense que lui-même, afin qu'il soit l'objet de tes désirs, le salaire de tes travaux, ta consolation en cette vie passagère et ton héritage en la vie éternelle. Tu as donc été tirée du néant pour le louer sans cesse. Voilà ce que tu comprendras parfaitement le jour oii, admise à le voir face à face, tu reconnaîtras que tu dois à sa pure bonté d'avoir été créée, choisie, sanctifiée et glorifiée pour posséder cette félicité sans égale. Cette contemplation béatifique t'inspirera un amour infatigable pour louer sans fin le Dieu de qui, par lequel, et en qui tu trouveras la jouissance complète des biens immuables, w Ainsi parle saint Anselme.

Non-seulement les bienfaits que ton Créateur et Seigneur t'a conférés, mais encore et surtout les grâces que t'a prodiguées ton Rédempteur et Sauveur t'invitent et t'obligent, ô mon âme, à louer Dieu de mille manières ; car lorsque tu étais perdue, il t'a rachetée et sauvée, souvent même il t'a visitée et sanctifiée. Applique-toi donc à le glorifier par tous les moyens qui sont en ton pouvoir ; car c'est pour célébrer ses louanges et pour lui rendre grâces que tu as reçu des facultés spirituelles et corporelles. En effet, selon saint Chrysostôme (in Psal. 143), Dieu ►nous a*donné des membres,

des yeux, des oreilles et une bouche, afin que nous employions à son service ces différents organes ; car tout ce que nous entendons et ce que nous voyons, comme aussi toutes nos paroles et nos actions doivent contribuer à le bénir et à le remercier, de manière à purifier notre conscience de toutes souillures.

Ame chrétienne, pour être mieux disposée à louer Dieu, commence par t'humilier beaucoup devant sa majesté suprême, en lui disant du fond du cœur avec dévotion et humilité : Père des miséricordes, au lieu de vous louer avec des lèvres impures, misérable pécheur que je suisj'edevrais plutôt rester prosterné à terre en votre sainte présence pour implorer avec larmes et gémissements le pardon de mes péchés, Mais plein de confiance en votre infinie bonté et en votre douce charité, je vous supplie comme mon Seigneur et mon Dieu de ne pas me rejeter, quoique je ne sois devant vous qu'un cliétif vermisseau, un chien mort, m cadavre infect. Les puissances du ciel ne peuvent vous louer dignement, combien plus n'en sera-t-il pas incapable l'homme fragile, ce ver de terre, amas de pourriture ? Sans doute iwui n'avez pas besoin de mes biens, mais vous nous faites connaître d'autant mieux votre miséricorde et votre clémence que vous daignez condescendre à nos infirmités et nous combler de vos grâces, par un pur effet de votre indulgente libéralité. Ce serait vouloir saisir l'ombre et poursuivre le vent que de prétendre vous louer dignement; essayer de le faire pleinement ce serait tenter l'impossible. Il ne faut pas néanmoins s'abstenir de louer le Créateur, car c'est un devoir pour moi comme pour toutes les autres créatures ; aussi il n'en est aucune qui ne s'empresse, de remplir ou qui du moins ne porte à remplir cette obligation naturelle envers son souverain Auteur. Je n'ignore pas que,

selon la parole du Prophète (Ps. xxxii, 1), il appartient aux justes de louer le Seigneur convenablement, et que, d'après la maxime du Sage (Eccli. xv, 9), la louange 7i'a point de valeur dans la bouche du pécheur. Ainsi, malheur à moi ! dois-je m'écrier, parce que je n'ai rien à répliquer ; et coupable comme je suis, que pourrais-je alléguer? Si en effet j'entreprenais de me justifier, je serais condamné par mes propres lèvres. Mais, Seigneur, est-ce que je ne dois point vous louer, parce que je me reconnais coupable? Est-ce que les grenouilles immondes, en coassant dans les marais où elles sont engendrées, ne souhaitent pas de vous louer comme leur Créateur, autant qu'elles le savent et qu'elles le peuvent? Si elles ne savent pas chanter aussi agréablement que l'alouette et le rossignol, si elles ne peuvent pas non plus vous connaître comme l'homme doué de raison, elles font au moins ce qui fournit aux êtres intelligents un juste ^sujet de vous louer.

Pour exprimer les sentiments des cœurs envers vous. Seigneur, puissent tous les suaves instruments de musique, d'accord avec les harmonies du ciel et avec les mélodies de l'univers, former un si doux concert de louanges qu'elles plaisent à votre souveraine majesté et qu'elles remplissent d'une joie ineffable votre cour céleste 1 Mais que dirai-je moi même ? Reconnaissant que je suis indigne de vous louer, je supplie les autres créatures qui l'emportent en dignité de suppléer à mon impuissance. Je souhaite donc sincèrement que les planètes qui roulent dans l'espace, que les étoiles qui scintillent au firmament, que les plantes ombragées de leur verdoyant feuillage, que les fleurs ornées de leurs vives couleurs, que les affections de la plus ardente charité, et que les désirs des âmes les plus dévouées ne cessent de vous bénir et de vous glorifier dans les siècles

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des siècles. Je souhaiterais môme de tout mon cœur que, si ma jeunesse trop promptenient écoulée eût duré aussi longtemps que la vie entière du patriarche Mathusalem, chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque heure, chaque minute de cette longue existence eussent concouru à vous Jouer de ma part avec autant d'ardeur et de dévotion que jamais aucun des esprits bienheureux aurait pu vous louer T^end'dnUontecenemèmedmée, au milieu des splendeur s des saints. Enfin je souhaiterais avoir réuni en ma propre personne tous ces actes excellents de louange divine, à tel point que leur multitude incalculable surpassât toutes les espèces de nombres possibles.

Que pourrai-je ajouter encore ? Faites de moi ce qu'il vous plaira ; quoiqu'il m'arrive, je ne cesserai de vous louer tant que je continuerai de vivre. A l'heure même de la mort, quand je n'aurai plus la force de parler et quand une extrême faiblesse ne me permettra plus de prononcer le doux nom de mon Jésus, je demande qu'au moins le mouvement de mes yeux ou de mes doigts soit comme le renouvellement et la confirmation de toutes les pieuses affections, paroles et actions passées et futures que je voudrais vous offrir avec le plus parfait dévouement jusqu'au jour du jugement, si je pouvais vivre aussi longtemps. En outre, ô mon Bien-aimé, j'ose vous demander avec un amour sincère que, quand mon corps enfermé dans le sépulcre sera réduit en poussière, de chaque grain le plus petit de cette poussière très-fine s'élève une voix agréable qui, pénétrant lapierredutombeau,montedans leshauteurs des cieuxpour proclamer votre gloire jusqu'au moment de la résurrection, enfin que depuis ce temps mon corps et mon âme réunis de nouveau vous louent de concert pendant toute l'éternité. En attendant ce bonheur suprême, je ne me lasserai point

de vous bénir tant que je serai prisonnier en cette chair mortelle. De même que dans les bois assez souvent, parmi le doux ramage des petits oiseaux, nous entendons'se mêler au chant du rossignol le croassement du corbeau qui veut également servir le Créateur à sa manière, comme il l'a appris ; de même aussi,quoique pécheur, je veux louer Dieu, autant que j'en suis capable, selon mes faibles moyens. Or rien ne me semble plus consolant à redire en son honneur sinon que le Seigneur est bon envers tous, et que ses miséricordes s'étendent à tontes ses œuvres (Ps. cxmv, 9). Deus meus, misericordia mea (Ps. cxliii, 2) ! Ces suaves paroles réjouissent mon cœur, relèvent ma conscience et font tressaillir tous mes os d'une vive allégresse ; aussi mon âme trouvera son plaisir à les répéter jusqu'à la fin des siècles comme l'harmonieux refrain des esprits célestes.

0 mon Dieu, quand je songe à ce que j'étais autrefois, à combien de dangers vous m'avez arraché, à combien de maux vous m'avez soustrait, je reconnais que vous avez brisé mes liens funestes et que vous avez guéri mes plaies corrompues ; quand je me rappelle ainsi les secours que vous m'avez accordés et les biens dont vous m'avez comblé si géuéreusement, je sens mon cœur pénétré d'une profonde gratitude et enflammé d'un ardent amour. En efTet, combien de temps vous m'avez attendu avec patience, moi pécheur si souvent rebelle ? Combien de fois vous m'avez repris charitablement, tantôt avec douceur et tantôt avec sévérité, en me prévenant de vos célestes bénédictions, sans même que je le remarquasse? Comme un tendre père, vous êtes accouru au-devant d'un enfant prodigue, chargé de crimes et dépourvu de vertus ; malgré ses égarements continuels, vous n'avez point refusé de le voir et de l'accueillir, toujours et partout vous avez paru compatissant et libéral. Mais,

hélas ! ce qui de ma part est souverainement déplorable, c'est qu'à tant d'affectueuses sollicitations je n'ai répondu que par de nouvelles infidélités; néanmoins, ô Clémence inépuisable, vous ne m'avez point délaissé, jusqu'à ce qu'enfin vous m'ayez attiré suavement à vous. Au souvenir de tant de grâces pourrai-je m'empêcher de vous louer, Bonté suprême ? Non certes jamais, ô Dieu rempli pour moi de miséricorde ! Deus 'meus, misericordia mea! En retonr de vos immenses et innombrables bienfaits, je souhaite et je désire vous louer avec ferveur et allégresse, soit comme les esprits bienheureux, quand au premier aspect de votre infinie majesté ils s'applaudirent de vous être inséparablement unis tandis que les démons étaient repoussés éternellement, soit comme les âmes saintes, quand au sortir du purgatoire elles paraissent tout d'abord devant votre face glorieuse pour en contempler l'admirable beauté, soit enfin comme tous les élus assemblés dans la Jérusalem céleste après la résurrection générale, quand les bons séparés des méchants s'accorderont à remercier Dieu sans fin de leur béatitude à jamais consommée.

0 très-aimable Sagesse, infinie Bonté, chaque matin à l'aurore, dès que mes yeux s'ouvrent à la lumière, faites que mon âme s'ouvre aussi afin de vous bénir, en laissant jaillir vers le ciel une flamme d'amour qui croisse comme la splendeur du jour et comme l'ardeur du feu. Que la vive expression de ma reconnaissance charme votre cœur paternel, comme un harmonieux concert de musique dilate le cœur épanoui du jeune homme; qu'elle monte jusqu'à votre trône céleste, comme une vapeur odoriférante de parfums composés de myrrhe, d'encens et de tous les plus précieux aromates ; qu'elle vous soit agréable, comme le sont au printemps les fleurs brillantes quiémaillent la prairie de

couleurs variées, etcommeles arbres touffu s qui embaument la campagne de suaves odeurs. Que l'incendie de la charité allume en moi un foyer continuel de louanges divines qui s'exhalent de mon cœur par de ferventes méditations, de ma bouche par de pieuses paroles, et de ma vie entière par toutes sortes de bonnes actions. Qu'en vous oSrant sans cesse ce tribut d'hommages affectueux, je puisse plaire à votre suprême mnjesté et réjouir la cour céleste, repousser tous mes ennemis et acquérir des grâces nombreuses, obtenir une sainte mort et mériter une vie bienheureuse, afin qu'après avoir fini de vous bénir sur la terre je commence à vous glorifier éternellement dans la patrie.

Pour louer plus parfaitement le Seigneur, âme chrétienne, détachez vos pensées de ce monde et dirigez vos affections uniquement vers le ciel. Considérez donc combien les Saints goûtent en Dieu de paix, de joie et de bonheur, efîorcez-vous alors d'entrer dans leurs sentiments, et criez de tout votre cœur avec saint Anselme (in Méditât.) : « 0 mon Dieu, qu'ai-je trouvé de plus excellent, de plus aimable que vous en ce monde pour me séparer et m'éloigner de vous ? Pourquoi ai-je chéri et convoité dans toute ma vie antre chose que vous, ô Seigneur Jésus ? Pourquoi ai-je différé, cessé un seul moment d'appliquer à vous mon esprit, mon cœur et ma volonté ? Pourquoi n'ai-je pas tourné vers vous toutes mes pensées, mes affections et mes résolutions ? Où étais-je quand je n'étais pas uni à vous ? Où s'en étaient allés mes désirs quand vous n'en étiez pas exclusivement le terme? Maintenant, ô mes désirs, revenez tous avec empressement vers Celui qui doit être votre objet ; ne manquez pas au rendez-vous, et accourez pour réparer le temps perdu. Vous cherchez, Jésus le Nazaréen crucifié. Depuis qu'il est ressuscité, il n'est point resté ici-bas ; et

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désormais il vit en sécurité comme Bien-aimé du Très- Haut, sans craindre qu'aucun mal vienne fo^idre sur sa demeure. Par sa propre vertu, il est monté plus haut que les cîeux et s'est élevé au-dessus des Anges ; il est allé s'asseoir sur un trône de gloire incomparable, à la droite du Fère auquel il est coéternel et consubstantiel. C'est là qu'en sa qualité de Fils unique il règne environné d'une lumière divine, couronné d'un honneur suprême, rayonnant d'une joie inaltérable, armé de la toute-puissance, et Maître de l'univers entier. Aussi tous les esprits augéliques, tous les innombrables citoyens de la sublime Jérusalem l'adorent humblement; tous les cœurs des justes se réjouissent de sa radieuse présence, tous les yeux des élus se repaissent de son aspect admirable, tous les désirs des Saints se concentrent sur lui ; à lui se rapportent toutes les jubilations, les louanges et les félicitations de la cité céleste que ses sjjlendeurs illuminent et enrichissent. 0 Sio?}., tressaille et applaudis, parce que le Dieu d'Israël habite magnifiquement au milieu de toi ! »

4 Grâce à ce même Seigneur, continue saint Anselme, des millions de purs esprits le servent dans le sanctuaire des cieux, où, sans se fatiguer jamais, ils contemplent face à face l'essence de la Majesté infinie, et chantent un hymne harmonieux à l'honneur de l'ineffable Trinité. Grâce à lui également, des myriades d'Anges parcourent sans cesse les routes de la terre et du ciel pour accomplir avec un joyeux empressement les ordres secrets de Dieu le Père ; messagers fidèles, ils sont toujours prêts à exécuter sans le moindre retard les volontés supérieures, comme des abeilles diligentes qui volent de leurs ruches aux fleurs, en disposant toute chose avec suavité. Ce sont eux qui négocient les affaires importantes do notrp salut et qui nous transmettent

les souverains décrets d'en haut; ils veillent aussi à la santé des hommes, à la prospérité des royaumes, à la tranquillité des empires. Nous connaissons entre tous les autres l'illustreprince de la miUce céleste, Michel, qui porte l'étendard devant l'armée du Très-Hauf, et qui brandit le glaive du combat efi faisant tonner contre les esprits révoltés ce cri formidable de guerre : Qui est semblable à Dieu ? »

« Illustres patriarches, ajoute le même saint Docteur, réjouissez-vous dans votre noble descendant, parce qu'en sa personne tonte votre attente est réalisée ; car, ainsi que l'avait promis la parole divine, toutes les nations seront bénies en lui, c'est-à-dire en ce rejeton de votre race qui est grand par-dessus tout.— Réjouissez-vous en Jésus comme dans le Prophète par excellence, vous Prophètes de la vérité ; car vous voyez le merveilleux accomplissement de tout ce que vous aviez annoncé de lui d'après l'inspiration divine, et il a prouvé par les événements que vous étiez fidèles dans vos prédictions. — Réjouissez-vous dans le Seigneur votre bon maître, bienheureux Apôtres, illustres princes de son Église ; oui, je le répète, réjouissez-vous avec le Christ, comme membres principaux de sa famille. En efïet. Celui que vous avez vu au milieu de vous supportant la faim, la suif, les fatigues et les infirmités de la chair, réprouvé de ses compatriotes et rangé parmi les scélérats, voyez de quelle manière il a triomphé, comment il règne sur l'univers entier ; maintenant il vous associe à sa joie et à sa gloire, vous qui avez partagé ses soulîrances et ses humiliations. Adorez aujourd'hui ces genoux sacrés qui s'abaissèrent devant vous jusqu'à terre, pendant que vous demeuriez assis à la dernière Cène ; adorez ces mains bénies avec lesquelles le lloi des rois daigna laver et essuyer la poussière de vos pieds. — Réjouissez-vous en .Jésus le chef de

VOS vaillantes légions, ô Martyrs victorieux, qui possédez comme récorapense éternelle ce même Fils de Dieu pour lequel vous avez sacrifié votre ^ie temporelle, — Piéjouissez-vous en Jésus la Vérité par essence, vous ses dignes Confesseurs et Docteurs ; car Ccilui-là même que vous avez reconnu devant les hommes par vos pieux enseignements et vos iDormes œuvres, vous reconnaît à sou tour devant son Père, en présence de ses saints Anges. — Réjouissez-vous en Jésus le modèle et l'auteur de toute chasteté parfaite, ô vous Vierges nobles émules des purs esprits ; car Celui que vous avez uniquement affectionné et choisi, Celui que vous avez recherché et désiré si ardemment, Celui pour l'amour duquel vous avez dédaigné tous les époux mortels et tous les charmes mondains, à présent vous le contemplez et vous le possédez ce Fils du grand Roi; vous jouissez de ses caresses et de ses faveurs, sans crrindie qu'il puisse vous être ravi par la violence ou la trahison. »

« Mais plus que tous les autres habitants du paradis, vous devez tressaillir d'allégresse, ô Marie, Vierge admirable entre les vierges, rose mystique d'une beauté incomparable, étoile brillant d'un éclat supérieur à tous les astres du firmament ! Réjouissez-vous avec une complaisance sans pareille en votre très-doux Fils Jésus; car Celui que vous avez conçu dans votre chaste sein et nourri de votre lait virginal, vous l'adorez de concert avec tous les Anges et les Saints comme le Dieu vivant et véritable. Réjouissez-vous, ô Mère la plus fortunée ! Celui que vous avez vu tristement attaché à l'arbre de la croix, vous le voyez régner glorieusement au sommet de i'empyrée; tous ses superbes ennemis tombent à ses pieds^ et devant sa majesté s'abaisse toute hauteur soit au ciel, soit en la terre, soit aux enfers. 0 Marie, réunissez en vous seule toute la joie des bienheureux, de

même que vous ronfermcz en votre personne toute la sainteté des élus ! — Céleste Jérusalem, notre mère, qui êtes la cité d'en haut, célébrez sans fin une fête solennelle dans la pacifique vision de votre Jésus, auteur de votre délivrance. Enfin, ô mon âme, élève-toi avec toute l'énergie possible pour t'associer à ces millions d'âmes qui se réjouissent dans le Seigneur Jésus ; sur les ailes delà foi et de l'espé- 1 mce monte jusqu'à l'éternelle séjour; par l'ardeur de la charité fixe ta demeure là où le Christ siège à la droite de Dieu ; considère avec les yeux de l'esprit les splendeurs de son visage ; contemple et baise avec allégresse et dévotion chaque marque de ses plaies glorieuses, d'où a coulé la liqueur salutaire du sang précieux par lequel le Fils unique de Dieu t'a rachetée et t'a sanctifiée pour la vie éternelle. » Ainsi parle saint Anselme.

Prière.

Grâces et louanges à vous, Seigneur mon Dieu qui, dans votre infiniemiséricorde,avezdaignémecréer et me racheter, me conduire à la connaissance de vos sublimes enseignements et m'admettre au nombre de vos enfants adoptifs,en me purifiant par le bain de la régénération. Je vous bénis et je vous glorifie de m'a voir délivré de nombreuses tribulations et de fréquents périls, comme aussi d'avoir souvent attendu ma conversion lorsque j'étais tombé en des fautes graves. Je vous remercie de tous les biens spirituels que vous m'avez prodigués jusqu'à présent ; veuillez les perfectionner de plus en plus, et ne cessez de me diriger dans la voie du salut éternel jusqu'à ce que je sois parvenu an bonheur de vous contempler face à face. Ainsi soit-il.

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