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CHAPITRE LXXXIV

Act. ApOSt. II.

Au jour de la Pentecôte, qui est le cinquantième après sa Résurrection et le dixième après son Ascension, le Seigneur

(1) Voir la note IV à la fin du volume.

Jésus rappelle à son Père céleste la promesse qu'il a faite à SCS bien-aimés Apôtres de leur envoyer prochainement le Saint-Esprit. De concert alors, les deux premières personnes divines confient à la troisième la mission spéciale de descendre sur les disciples fidèles pour les consoler, les fortifier et les instruire, pour les remplir de grâces, les orner de

vertus et les combler de joie. Selon la remarque du Vénérable Bède, cette troisième personne accomplit de plein gré cette grande fonction, parce qu'étant égale et consubstantielle aux deux autres, elle a la même volonté et la même puissance. Ainsi le Saint-Esprit fut envoyé conjointement par le Père et le Fils , dont il procède pareillement. Il vint donc en la fête de la Pentecôle. C'était, avec celle de Pâques et celle des Tabernacles, une des trois principales dont la solennité durait sept jours consécutifs chez les Juifs. A cette fête, qui se célébrait cinquante jours après Pâques, on avait donné le nom grec de Pentecôte «vT>îzo(7r/j, qui signifie cinquante ; car les Israélites, dispersés parmi les nations, parlaient communément la langue grecque, qui était alors la plus répandue et en quelque sorte universelle.

Lorsque la solennité de la Pentecôte était commencée, les disciples étaient tous ensemble dans le même Heu, où leur divin Maître avait célébré sa dernière Cène, sur le mont Sion (Act. II, 1). C'est là que, réunies dans l'attente du divin Paraclet, cent vingt personnes environ de l'un et l'autre sexe continuaient de prier ; ainsi le nombre des disciples était déjà dix fois plus grand que celui des Apôtres (Ibid. i, 14 et 15). Vers l'heure de tierce, tout à coup on entendit venir du ciel comme le bruit d'un souffle violent, c'est-à-dire d'un vent impétueux, ou plutôt de l'Esprit-Saint lui-même qui faisait sentir son action véhémente; car il venait ainsi avec un bruit éclatant pour efîrayer les cœurs rebelles, et avec

un souffle puissant pour ranimer les pieux fidèles (Ibid. ii, 2). Ce vent impétueux remplit toute la maison où les disciples étaient assis ; ou mieux encore, le Saint-Esprit remplit tous ceux qui étaient assemblés dans le cénacle, selon la parole du Seigneur qui leur avait dit : Retirez^voiis dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut (Luc. XXIV, 49). Apprenons ici que Dieu ne communique ses dons surnaturels qu'aux Chrétiens unis par la charité et disposés par le recueillement à recevoir sa visite bienfaisante. Les assistants virent alors apparaître comme des langues de feu, c'est-à-dire des rayons de feu sous forme de langues, qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur la tête de chacun d'eux (Act. Il, 3). Ce n'est pas sans motif, dit saint Grégoire (Hom. 30 in Evang.), que le Saint-Esprit se manifesta sous la figure de flammées ; car dans tous les cœurs qu'il remplit, il dissipe l'engourdissement du froid et excite le désir ardent de son éternité. Suivant Origène, notre Dieu est un feu qui consume, tant qu'il trouve des vices à détruire- en nous, puis quand il les a fait disparaître, il est un feu qui illumine. Selon saint Jérôme (in Psal. 77), comme le feu a la double propriété d'éclairer et de brûlerj de même Dieu éclaire les justes et brûle les pécheurs qu'il châtie dans l'enfer. De plus, les sept dons que confère le Saint-Esprit sont convenablement signifiés par les sept efi'ets que produit le feu. Ainsi, comme le feu purifie les corps, liquéfie la cire, embellit les métaux, durcit la brique, soulève les vapeurs, éclaire les lampes et adoucit les aliments ; de même le Saint-Esprit purifie les cœurs par le don de crainte, les attendrit par le don de piété, les décore par le don de science, les afîermit par le don de force, les élève par le don de conseil, les éclaire par le don d'intelligence, et les adoucit par le don de sagesse.

Tous aussitôt furent pleins du Saint-Esprit, et commencèrent à jMrler diverses langues, selon qu'il leur en mettait Vexpression à la bouche (Act. ii, 4), car V Esprit qui souffle où il veut, comme Jésus-Christ le disait (Joan. m, 8), distribue SCS dons ainsi quil lui plaît, ajoute saint Paul (I Cor. XII, 11). Aussi, par la lumière resplendissante de la science, il les instruisit de toute vérité ; par l'ardeur inextinguible de sa charité, il les embrasa de toute dilection ; par la force invincible de sa puissance, il les confirma en toute vertu ; et de plus il leur communiqua la connaissance infuse de toutes les langues, selon cette prédiction de la Sagesse (i, 7) : L Esprit du Seigneur remplit le globe de la terre, et celui qui contient tout, c'est-à-dire l'homme, petit monde, abrégé de la création, possède la science de la parole. En d'autres termes : i'Esprit-Saint remplit le monde entier, en conférant aux disciples le don des langues afin qu'ils pussent parler le langage de tous. C'était un signe prophétique que l'Église chrétienne, d'abord contenue dans la Judée seule, devait s'étendre à toutes les nations dont elle parlait déjà les différents idiomes. Les premiers Chrétiens qui s'exprimaient ainsi dans toutes les langues marquaient que dans toutes ces langues il y aurait de fidèles croyants. Comme la langue est l'instrument de la parole, et comme le feu est un principe de lumière, de chaleur et aussi de solidité pour la terre qu'il durcit, le Saint-Esprit, en descendant sur les Apôtres sous forme de langue de feu, montrait d'une manière sensible ce qu'il devait produire en eux ; car il venait leur mettre les paroles à la bouche, éclairer leur intelligence, échaulier leur cœur et fortifier leur volonté.

Remarquons que le Saint-Esprit est descendu deux fois ostensiblement sur les Apôtres, ainsi que sur Jésus-Christ

auparavant. Il descendit sur Jésus-Christ, à l'époque du Baptême, sous forme de colombe ; puis au moment de la Transfiguration, sous forme de nuée transparente ; la raison, en est que le Saint-Esprit devait communiquer la grâce du Rédempteur au moyen des sacrements, figurés par la colombe qui est un oiseau fécond, et au moyen de la doctrine, représentée par Ja nuée lumineuse d'où sortit cette voix céleste : Voici mon Fils bien-aimé, écoutez-le (Mattli. XXII, 5). Il descendit aussi sur les Apôtres, en premier lieu sous forme de souffle, pour indiquer l'effusion de la grâce dont ils devaient être les ministres ; ce fut lorsque le Seigneur leur dit, en soufflant sur eux : Recevez le Saint- Esprit, les péchés que vous remettrez seront remis (Joan. xx, 22 et 23). Il descendit en second lieu sur tous les disciples, sous forme de langues de feu, pour marquer la diffusion de la grâce par la doctrine dont ils devaient être les prédicateurs ; ce fut lorsque, tous remplis du Saint-Esprit, ils commencèrent à parler en diverses langues. Ainsi, comme le fait observer saint Grégoire (Hom. 30 in Evang.), les Apôtres reçurent le Saint-Esprit deux fois manifestement après que le Sauveur fut ressuscité ; d'abord quand Jésus-Christ leur apparut encore sur la terre, puis quand il fut monté au ciel. Cette communication réitérée du Saint-Esprit signifiait le précepte de la charité répandue dans les cœurs par sa grâce ; car de même que la charité est une et comprend deux préceptes, de même aussi le Saint-Esprit est un et vint néanmoins deux fois. Jésus-Christ, étant sur la terre, le donna pour inspirer l'amour du prochain, ensuite il l'envoya du ciel pour exciter l'amour de Dieu ; mais s'il ne l'envoya du ciel qu'après l'avoir donné étant sur la terre, c'est parce que l'amour du prochain doit nous conduire à l'amour de Dieu, selon celte maxime de saint Jean (I Epist, iv, 20) : T. vu. 13

Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ?

Avant la Passion du Sauveur, les Apôtres avaient déjà reçu deux fois le Saint-Esprit ; d'abord pour purifier leurs âmes, quand ils furent baptisés -, puis pour opérer des miracles, quand le Seigneur les envoya prêcher dans la Judée en leur disant : Guérissez les malades, ressuscitez les morts, chassez les démons (Matih. x, 8). Saint Jérôme dit à ce propos (Quœst, 9 ad Hedibiam) : « J'ose affirmer que, depuis le moment où ils ont cru en Jésus-Christ, les Apôtres ont toujours eu le Saint-Esprit, et que, sans sa grâce, ils n'auraient pu accomplir aucun prodige ; mais ils ne l'avaient reçu que dans une faible mesure selon leurs dispositions imparfaites. Au jour de Pâques, le Seigneur ressuscité le leur conféra de nouveau, afin qu'ils pussent administrer les sacrements; et au jour de la Pentecôte, il le leur envoya plus spécialement, pour qu'ils fussent capables d'évangéliser toutes les nations. » — « Il est certain, ajoute saint Léon (Serm. 2 de Pentec), qu'en remplissant les Apôtres au jour de la Pentecôte, le Saint Esprit n'a point alors distribué ses premiers dons, mais plutôt qu'il a répandu ses nouvelles largesses. En effet, il avait déjà dirigé et sanctifié les Patriarches et les Prophètes, les prêtres de l'ancienne loi et tous les justes des premiers siècles ; il n'y eut jamais de sacrements institués, ni de mystères célébrés sans sa grâce^ de telle manière que ses secours ont toujours été également nécessaires, bien que ses faveurs n'aient pas toujours été aussi largement accordées. »

Remarquons encore que le Saint-Esprit se communique aux hommes de deux manières, visiblement ou invisiblement. Il s'est manifesté visiblement par cinq espèces de signes extérieurs : sous forme de colombe au |Baptéme du

Seigneur, sous forme de nuée en la Transfiguration du Sauveur, sous forme de souffle le jour de Pâques, sous forme de feu et de langue le jour de la Pentecôte. Il se donne iavisiblement, lorsqu'il descend dans les cœurs purs pour les sanctifier, selon cette parole de Jésus-Christ : rEsprit souffle où il veut ; mais vous ignorez cVov. il vient et où il va. On ne doit pas en être surpris ; car, comme le dit saint Bernard (Serm. 74 in Gant.), il ne pénètre dans l'âme ni par les yeux puisqu'il n'a point de couleur, ni parles oreilles puisqu'il n'a point de son, ni par les narines puisqu'il n'est point aérien, ni par la bouche puisqu'il n'est point matériel ; il n'est susceptible ni d'être mangé ou bu, ni d'être touché ou palpé. Si ses voies sont étrangères aux sens extérieurs, comment puis-je savoir qu'il demeure en moi ? Par le mouvement du cœur je découvre sa présence véritable; parla fuite des vices j'éprouve sa vertu puissante; par l'examen et la désapprobation de mes secrètes pensées je comprends sa profonde sagesse ; par un certain amendement de mes mœurs je ressens sa bonté miséricordieuse ; par la forme et la rénovation de mes sentiments je perçois son admirable beauté ; par l'ensemble de toutes ces observations intimes je reconnais sa merveilleuse grandeur. » Ainsi parle saint Bernard.

Dans les premiers temps du christianisme, dit saint Augustin (Serm. 2 de Adventu Spir. S.), le Saint-Esprit descendait sur les fidèles, et il leur apprenait à parler des langues qui leur étaient inconnues jusqu'alors. Ces miracles étaient alors très-opportuns ; car il fallait que le Saint-Esprit se manifestât dans toutes les langues, au moyen desquelles le divin Evangile devait être prêché dans tout l'univers. Mais lorsque ce but eut été rempli, ces miracles ont cessé. Voulez-vous savoir comment le divin Paraclet atteste sa

présence aujourd'hui, et comment vous pouvez connaître si vous l'avez reçu véritablement? Interrogez votre cœur ; si vous y trouvez l'amour sincère envers le prochain, soyez assuré que le Saint-Esprit habite en vous ; car cette dilection surnaturelle ne peut venir que de la grâce céleste, comme l'Apôtre le déclare en disant : La divine charité a été répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom. v, 5). Saint Chrysostôme ajouté (Hom. 3 in Marc.) : Si nous ne désirons rien que le bien, sachons que l'Esprit-Saint demeure en nous ; mais il s'est retiré de nous, si nous voulons le mal. De ce qui précède concluons que, si la présence du Saint-Esprit dans une âme n'est pas visible en elle-même, elle le devient par ses efîets extérieurs. Nous ne pouvons reconnaître avec certitude la présence du Saint-Esprit en une âme quelconque, parce que nous ne savons ni dîoù il vient ni où il va, comme Jésus-Christ le disait à Nicodème (Joan. m, 8). Cependant, d'après les efîets extérieurs qu'il produit ordinairement, nous pouvons conjectuier avec plus ou moins de vraisemblance qu'il existe ou agit en telle ou telle personne. Ces effets qui sont les signes probables du Saint-Esprit varient suivant les trois états de la vie spirituelle ; car il n'opère point de la même manière en tous les hommes; il souffle ou respire (^/^im^) en ceux qui débutent, il habite en ceux qui progressent, et il remplit les parfaits. Or, selon saint Bernard (Serm. 74 in Gantic), il y a trois signes particuliers pour distinguer si l'Esprit-Saint inspire vraiment les commençants ou pénitents. Le premier est la douleur d'avoir commis le péché ; car le Saint-Esprit, qui déteste toute souillure, ne peut diriger une personne vicieuse encore livrée à l'iniquité. Le second signe est le ferme propos de ne plus commettre le péché ; car nul ne peut former de lui-même cette salutaire résolu-

tion, si sa propre faiblesse n'est aidée par la grâce efQcace du Saint-Esprit. Le troisième signe est une prompte disposition à faire le bien ; car, selon saint Grégoire (Hom, 30 iu Evang.i, l'amour divin que produit le Saint-Esprit n'est jamais oisif, et il accomplit de grandes choses partout où. il est.

Quant aux âmes plus avancées et déjà vertueuses, il y a pareillement trois signes pour discerner si le Saint-Esprit habite vraiment en elles. Le premier est un exact et fréqnent examen de sa propre conscience, non-seulement à l'égard des péchés mortels, mais encore à l'égard des fautes vénielles ; car, de même que le Saint-Esprit est opposé aux péchés mortels, ainsi la charité fervente qu'il excite est ennemie des fautes même vénielles qu'elle s'empresse de proscrire pour ne pas lui déplaire. Le second signe est la diminution de la concupiscence, parce que plus la charité s'accroît dans un cœur, plus la cupidité s'y affaiblit à l'égard des choses temporelles. Le troisième signe est l'observation fidèle des préceptes divins, parce que sans elle il n'y a point de véritable charité. Selon la remarque de saint Augustin, ne serait-ce pas se moquer que de dire : J'aime l'empereur, mais je déteste sa loi ? Si donc vous aimez Dieu sincèrement, gardez ses commandements.

Quant aux parfaits, trois autres signes peuvent nous indiquer s'ils sont vraiment remplis du Saint-Esprit. Le premier est la manifestation divine ; comme l'Esprit de Dieu est essentiellement un Esprit de vérité, il ne saurait posséder une âme sans l'instruire et lui communiquer sa doctrine ; aussi révèle-t-il des secrets particuliers à ses amis privilégiés comme à d'intimes confidents. Le second signe consiste à ne craindre que Dieu seul, non point d'une manière servile, mais filiale, qui n'a rien de pénible ; car la

charité parfaite chasse la crainte^ que ressent un esclave à l'égard de son maître (Joan. I Ep. iv, 18) ; voilà pourquoi l'Apôtre disait (Il Cor. m, 17) : OU est l'Esprit du Seigneur, là est aussi la liberté^ qui porte l'homme à se conduire envers Dieu comme un enfant à l'égard de son père. -Le troisième signe est le désir même de la mort ; car celui qui est embrasé de l'amour divin souhaite d'être délivré de la vie présente pour être réuni à Jésus-Christ. Heureuse l'âme qui éprouve ce généreux sentiment, à l'exemple de saint Paul ! elle peut très-justement présumer qu'elle est remplie du Saint-Esprit ; car lui seul peut ainsi la détacher de toute affection terrestre.

Outre les signes précédents, trois autres qui conviennent aux différents états induisent à croire que le Saint-Esprit agit ou existe vraiment dans une âme. Le premier est l'abondance des larmes pieuses, le second est le pardon des injures, et le troisième est le désir des biens célestes. Ces trois signes sont représentés par les trois formes sous lesquelles le Saint-Esprit a paru. En effet, sur Jésus-Christ transfiguré il est descendu sous forme de nuée ; et comme les nuées se résolvent en pluies au souffle du vent du midi, de même aussi à l'approche du Saint-Esprit les âmes se répandent en larm.es. De plus, sur Jésus-Christ baptisé il est descendu sous forme de colombe ; et comme cet oiseau n'a point de fiel, il est l'emblème de la mansuétude qui doit régner dans lé cœur du Chrétien. Sur les Apôtres assemblés, il est descendu sous forme de feu ; et comme cet élément tend toujours en haut, il est l'image du Saint-Esprit qui porte toujours les cœurs vers le ciel.

Il \j avait alors à Jérusalem des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel (Âct. ii, 5) ; car les Hébreux, que leurs différentes captivités avaient dispersés de toutes

parts, s'étaient réunis par une dispositionprovidentielle pour célébrer la solennité de la Pentecôte. Au bruit de ce qui s'était passé, ils accoururent en grand nomhre au lieu où les disciples étaient assemblés ; et ils furent fort surpris de ce que chacun d'eux les entendait parler en sa propre langue (Ibid. 6). D'autres cependant se moquaient des disciples, en affirmant qu'ils étaient pleins de vin nouveau, c'est-à-dire qu'ils étaient plongés dans une ivresse extrême; car celle qui vient du vin nouveau est la plus violente. Quoique ces incrédules parlassent ainsi par ironie, ils disaient vrai de quelque façon ; car les disciples étaient pleins, non point de ce vin vieux qui jadis avait été servi aux noces de Gana, mais de ce vin nouveau dont le Sauveur disait : On ne met point le vin nouveau en de vieux vaisseaux (Luc. v, 37).

Pierre, se levant à la tête des Apôtres, prouva qu'ils n'étaient point ivres, comme on le prétendait, puisque, selon l'usage, ils n'avaient ni bu ni mangé avant cette heure-là, qui était la troisième du jour ou neuvième du matin ; il montra qu'ils étaient plutôt remplis du Saint-Esprit, ainsi que l'avait annoncé le prophète Joël (ii, 28). Jésus-Christ en efîet, après être monté dans les cieux, venait de distribuer ses dous aux hommes, en leur envoyant le Saint-Esprit qui est la source de tous nos biens. Il avait ainsi accompli en ses disciples ce qu'il leur avait promis avant sa Passion, quand il leur disait (Joan. xvi, 7) : Si je ne m'en vais points le Consolateur ne viendra point à vous ; mais si je m'en vais, je vous renverrai. En d'autres termes : Vous ne pouvez recevoir pleinement le Saiut-Esprit, tant que je suis avec vous en la chair, parce que vous m'aimez d'une manière trop humaine. Aussi, après avoir reçu le Saint-Esprit, l'Apôtre disait (II Cor. v, IG) : Si nous avons connu Jésus- Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons

plus de la sorte. A ce propos voici comment s'exprime saint Bernard (Serm. 3 de Ascens.) : « Si les Apôtres, encore attachés à l'humanité du Sauveur, quoiqu'elle fût très-sainte comme appartenant au Saint des saints, ne pouvaient être remphs de son divin Esprit avant d'être privés de sa présence visible, à plus forte raison, étant liés et collés à votre X3ropre chair qui est souillée et infectée par des imaginations impures, vous ne pouvez recevoir l'Esprit sanctificateur à moins que vous ne tâchiez de renoncer à toute consolation sensuelle. Il est vrai que vous éprouverez d'abord de la peine, mais si vous persévérez en cette abnégation, votre tristesse se changera en joie; car lorsque votre affection sera purifiée et votre volonté renouvelée, vous exécuterez avec beaucoup de facilité et de ferveur des choses qui vous paraissaient auparavant difficiles et impossibles même. » Si donc vous désirez goûter les délices spirituelles, vous devez rejeter les voluptés charnelles ; car selon saint Grégoire (Hom. 30), il faut refuser au corps les plaisirs qui le flattent pour procurer à l'âme les douceurs qui la char:nent. Mais aujourd'hui, hélas I même parmi les personnes dévotes ou religieuses, combien peu savent préférer les jouissances divines aux délectations mondaines I

L'Apôtre distingue deux classes d'hommes bien opposés, quand il dit '.Ceux oui sont charnels aiment les choses de la chair, ceux au contraire qui sont spirituels aiment les choses de fesprit (Rom. viii, 5). Dans la pratique, on reconnaît un homme vraiment spirituel d'après plusieurs signes particuliers, par exemple : s'il ne montre pas moins d'ardeur pour fuir les dangersoupour rechercherlesremèdesde l'âme que ceux du corps; car autant celle-là l'em.porte sur celui-ci, autant on doit soigneusement éviier ce qui pourrait la blesser et employer ce qui pourrait la guérir. En outre, de

même que le corps trouve son plaisir et sa force dans la nourriturematérielle, l'âme en doit trouverpareillement dans la nourriture spirituelle que lui fournissent l'oraison, la prédication, l'Ecriture sainte, la lecture pieuse, l'adorable Eucharistie et l'office divin ; aussi quand l'âme est privée de sa réfection accoutumée, elle n'en doit pas éprouver moins de peine que le corps quand il est privé de la siennepropre. On reconnaît encore d'une manipre générale les hommes spirituels, quand ils. veillent à tous les besoins de l'esprit avec la même sollicitude que les hommes charnels à ceux de la chair. Or les hommes charnels s'empressent de pourvoir en temps convenables à leurs diverses nécessités pour le vivre ou le vêtement, pour le froid ou le chaud ; l'homme spirituel doit également songer aux vertus et aux grâces qui lui sont nécessaires dans l'adversité ou la prospérité, par rapport à ses amis- et à ses ennemis ; il doit aussi examiner attentivement sa conduite envers Dieu dans les exercices religieux, et envers le prochain dans ses relations sociales. Mais où rencontra^ celui-là pour lui décerner nos éloges? CEccli. XXXI, 9.) De nos jours on en voit encore plusieurs qui font le bien, mais ils ne le font qu'en partie; car s'ils se montrent généreux, ils sont en même temps voluptueux ; si au contraire ils sont chastes, ils ne sont pas toujours désintéressés ; ceux-ci témoignent de la douceur, mais par faiblesse de caractère ils tombent souvent dans la pusillanimité ; ceux-là oublient les injures qu'ils pardonnent sans difficulté, mais, en ne veillant point assez sur leur cœur, ils provoquent des rixes par lenr emportement ; les uns se glorifient des dons qu'ils ont obtenus de la miséricorde divine, comme s'ils les avaient acquis par leur propre industrie; les autres se condamnent à des macérations, à des jeûnes et à des veilles, mais ils s'abandonnent h différents vices,

T. YJI 13.

à l'orgueil, à l'avarice ou à l'envie; beaucoup même déchirent la réputation d'autrui par leurs détractions. Aussi on peut dire avec le Prophète (Mich. vri, 4) : Le meilleur d" entre eux est comme une ronce ^ et le plus juste comme l'éjjine cVune haie ; ils piquent et blessent tout ce qui les approche et les touche.

Quiconque veut tendre à la perfection et plaire à Dieu dans la vie spirituel^ doit suivre avant tout les règles suivantes : î" Il doit avoir une connaissance claire et complète de ses défauts et de ses faiblesses ; 2° combattre avec courage et constance ses mauvaises inclinations ou passions; 3" trembler en pensant aux graves et nombreux péchés qu'il a commis, parce qu'il n'est pas certain d'en avoir fait une pénitence suffisante ni même d'en avoir obienu le pardon ; 4'* il doit craindre beaucoup que sa propre fragilité ne l'entraîne en de nouveaux péchés, aussi grands ou même plus considérables que les précédents; 5" garder avec soin et mortifier avec énergie ses sens corporels pour assujétir tous ses membres au service de Jésus-Christ ; 6» fuir avec empressement, comme on fuirait un démon de l'enfer, toute personne, toute créature qui porte au péché ou même à quelque imperfection de la vie spirituelle ; 7° il doit rendre au Seigneur de continuelles actions de grâces pour les bienfaits dont il l'a comblé jusqu'à présent et qu'il lui prodigue encore chaque jour ; 8" prier nuit et jour; ■9" enfin porter sans cesse la croix du Sauveur, en pratiquant les quatre prescriptions du Sauveur qui sont comme les quatre bras de cette croix, savoir : la mortification des vices pernicieux, l'éloignement des biens terrestres, le renoncement aux affections charnelles et le mépris de soi-même.

Après que le Saint-Esprit les eut éclairés de ses lumières, embrasés de ses feux, fortifiés de son secours et de sa puis-

sauce, remplis de joie et de consolation, quelques hommes simples, c'est-à-dire les Apôtres, ébranlèrent le monde entier et le soumirent du moins en grande partie à la loi du Seigneur, Par la vertu de leurs paroles enflammées, de leurs sublimes exemples, de leurs admirables prodiges, ils établirent en tout l'univers l'Église chrétienne. L'Esprit- Saint la purifia, l'instruisit et la perfectionna de telle sorte que, par la variété de ses dons et de ses ornements, elle devint la glorieuse fiaucée, l'épouse chérie du Roi céleste, et en même temps terrible aux légions infernales comme une ariuée rangée en bataille. Les Apôtres, premiers chefs de cette nouvelle armée, n'allèrent faire la conquête du monde qu'après la Pentecôte, comme leur divin Maître l'avait ordonné ; et même lorsqu'ils eurent reçu le Saint- Esprit, ils restèrent encore douze années dans la Judée pour y annoncer l'Évangile. Partis enfin, ils se dispersèrent parmi les difTérentes nations ; et ils frêchèrent partout ce qu'il fallait savoir, croire, accomplir et désirer. Le Seigneur^ sans lequel ils ne pouvaient rien, soutint leurs efforts et confirma leurs paroles par les signes qui les accompa^ gnaient (Marc, xvi, 20) ; car en invoquant le nom de Jésus, les disciples commandaient à toutes les créatures et à toutes les maladies. Les miracles étaient alors nécessaires pour accréditer les vérités qu'ils publiaient ; et des mystères incompréhensibles à la raison devaient être prouvés au commencement par des merveilles supérieures à la nature. Saint Grégoire dit à ce propos: Au commandement du divin Maître répondit l'obéissance des disciples fidèles qu'il récompensa par des opérations étonnantes. « Maintenant encore, selon saint Théopliil'^, tons les prédicateurs, à l'exemple des Apôtres, doivent confirmer leurs enseignements évangéliques par des signes caractéristiques qui sont

prjncipaleirient leurs bonnes œuvres. Accordez-nous donc, Seigneur Jésus, de garantir aux hommes par notre louable conduite votre excellente doctrine que nous sommes chargés de leur communiquer ; faites ainsi qu'avec votre coïicours efficace nous soyons parfaits en tous nos discours et jios actes; car nous devons contribuer à votre gloire souveraine par nos paroles et nos œuvres, puisque vous êtes la force et la sagesse même de Dieu dans les siècles des siècles. y>

Alors fut réalisé l'oracle du Prophète royal qui avait dit : Leur voix a retenti pa7' toute la terre, et leur parole a pénétré jusque dans les plus lointaines contrées (Ps. xviii, 5). Les effets salutaires et les fruits abondants que la prédication des Apôtres a produits montrent avec quelle allégresse et avec quelle ferveur nous devons solenniser la Pentecôte. « Mes frères, dit saint Grégoire (Hom. 30 in Evang.), après l'Incarnation du Verbe divin, une des plus grandes fêtes est celle où nous honorons la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres. Dans l'Incarnation, Dieu, restant ce qu'il était aupa.ravant, s'est fait homme par nature ; et à la Pentecôte, les hommes eux-mêmes sont devenus dieux par adoption. Quel grand jour que celui où le Créateur vint établir son habitation dans ses créatures! Qu'il se purifie donc avec soin de toute souillure celui qui prépare une demeure au Très-Haut en son propre cœur ! >> Mais pourquoi Jésus-Christ envoya-t-il l'Esprit-Saint aux Apôtres dix jours précisément après la triomphante Ascension ? Ce fut d'abord pour qu'ils pussent se disposer par le jeûne et la prière à cette importante visite, puis pour signifier que quiconque veut attirer le Saint-Esprit doit observer les dix commandements. En outre, pourquoi le Saint-Esprit est-il descendu ostensiblement cinquante jours après la glorieuse Résurrection ?

C'était afin que, comme le peuple juif avait reçu la loi de crainte cinquante jours après avoir été délivré de l'Egypte, le peuple chrétien pareillement reçut la loi d'amour cinquante jours après avoir été racheté de l'enfer. De plus, comme en chaque cinquantième année, qui était celle du jubilé, les Juifs recouvraient leur liberté, s'ils l'avaient perdue, et leur patrimoine, s'ils l'avaient aliéné, de même au cinquantième jour après Pâques, nous autres Chrétiens nous sommes rentrés en possession de la grâce dont nous avions été privés et du paradis dont nous avions été bannis. ^Ainsi, la fête de la Pentecôte, que l'Église célèbre, avait été figurée par celle que la Synagogue célébrait, suivant l'ordre de Dieu : en ce jour mémorable, de même que le Seigneur était descendu sur le mont Sinaï, parmi les flammes et les tonnerres, pour graver le Décalogue sur des tables de pierre, de même aussi il est descendu sur le mont Sion, sous forme de feu et au bruit de la tempête, pour imprimer l'Évangile dans le cœur des fidèles. Cette solennité de la Pentecôte avait été signifiée encore par le prodige opéré en faveur d'une pauvre veuve, dont il est parlé au troisième livre des Rois (xvii). Le prophète Elisée touché de compassion obtint par ses ferventes prières que Dieu soulageât la misère de cette femme, en multipliant le peu d'huile qu'elle avait conservé. Cette veuve indigente représente la sainte Éghse, qui était restée sur la terre dans un triste isolement, après avoir vu son divin Epoux monter au ciel ; mais le Seigneur ému de pitié lui envoya l'Esprit-Saint pour la consoler par l'onction abondante de ses grâces merveilleuses. Entre autres dons qu'il lui accorda, celui de parler et d'entendre diverses langues était devenu très-utile depuis qu'elles avaient été créées à la tour de Babel ; car autrefois pour confondre les hommes orgueilleux, d'une

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seule langue Dieu en avait formé plusieurs ; et au moment de la Pentecôte, il donna l'intelligence do toutes à chacun des disciples, pour confondre les Juifs rebelles ; mais il n'aurait pas effectué ce dernier miracle, si lui-même n'avait déjà produit le premier.

Dans cette solennité de la Pentecôte louons le Seigneur de toutes nos forces, parce qu'elle a été le principe de grâces insignes pour nous tous Clirétiens, et aussi l'occasion de grandes joies pour Notre-Dame la glorieuse Vierge Marie, comme le remarque saint Anselme (de Excellentia B. Virg.). « En effet, dit-il, aussitôt que le Saint-Esprit fut descendu sur les premiers disciples, la divine Mère fut ravie de voir qu'à leur prédication une nombreuse multitude s'empressa d'embrasser la foi clirélienne. Elle reconnut alors par une heureuse expérience que son cher Fils n'avait pas souffert la mort iLiuIilement, puisque la foi à cette mort opérait efficacement en ceux mêmes qui en avaient élo les auteurs. La conversion immédiate des hommes réunis de différentes contrées lui montra d'une manière sensible le genre humain appelé réellement au salut, pour L-quel Jésus-Christ s'était incarné en son sein et avdit expiré sur la croix. Comme elle s'applaudit alors d'être témoin de cet événement merveilleux qu'elle espérait depuis longtemps I De concert avec leur douce Maîtresse, les fidèles se félicitent en ce jour d'avoir recouvré au centuple les précieux avantages qu'ils avaient perdus, et d'être devenus les frères et les enfants du souverain Seigneur dont ils étaient auparavant les serviteurs ou plutôt les esclaves révoltés. » Ainsi parle saint Anselme.

Nous devons louer Dieu de la sorte non-seulement dans les fêtes solennelles qui nous rappellent ses bienfaits principaux, mais encore à tous les instants parce que toutes les

créatures nous représentent ses perfections admirables, comme le dit saint Grégoire. Mais pour remplir ce pieux devoir, la gruce divine nous est absolument nécessaire. Aussi, d'après saint Bernard (Serm. de Dedicatione), quiconque est négligent à bénir Dieu prouve par là qu'il ne l^ossède point en lui-même l'Esprit-Saint; car cet hôte adorable nous excite à gloriûer Dieu partout où il habite. Invoquant donc le Paraclet qui nous a été promis, ne cessons de louer le Seigneur, puisqu'il nous a créés pour remplir cette fin sublime durant toate l'éternité. Voilà l'unique occupation des citoyens célestes, dont la vie entière est une fête permanente, consacrée à glorifier le. Très-Haut par des chants continuels d'allégresse et de reconnaissance. De là vient que le Prophète royal s'écriait : Bienheureux, Seigneur, ccuœ qui demeurent en votre maison; ils vous loueront dans tous les siècles! (Ps. lxxxiii, 5). Ce que les Anges font dans le ciel, dit saint Jérôme (in Psal. 115), les moines le font sur la terre, en psalmodiant nuit et jour ; et ils doivent être purs comme les saints Martyrs, puisqu'ils sont martyrs eux-mêmes. Suivant saint Bernard, il n'y a point ici-bas d'état plus semblable à celui des chœurs angéliques que celui des religieux fervents, toujours occapés à louer Dieu,

Si nous désirons goûter un bonheur éternel dans le service dn souverain Maître, ne nous lassons point de soupirer de tout cœur après la possession de la céleste patrie. Soyons tristes en ce monde de nous voir éloignés du Seigneur, tant que nous sommes enchaînés à notre corps ; mieux vaudrait assurément pour nous sortir de cette prison terrestre pour nous réunir à Jésus-Christ. Ne nous complaisons point en cette chair corrompue qui nous retient captifs loin du Bien suprême ; disons plutôt avec saint Paul (Rom. vu, 24) :

Malheureux homme que je suis, qui m'affranchira de ce corps- mortel? Souhaitons et demandons continuellement une pareille délivrance que nous devons attendre de Dieu seul, sans en accélérer le moment définitif. Pour nous y préparer du moins, mourons au monde présent, à ses , j)Ompes et à ses convoitises ; renonçons avec une constante fermeté aux choses caduques et aux consolations sensibles, qui sont pour nous des occasions de vices pernicieux et des obstacles aux vertus chrétiennes. En eJQ'et, suivant saint Grégoire, celui qui recherche les biens visibles perd les biens invisibles ; et selon saint Chrysostôme, rien n'est plus nuisible aux forces morales que les voluptés corporelles. Aussi, d'après saint Léon (Serm. de Jejunio), c'est surtout en aimant les objets extérieurs que l'homme corrompt ses qualités intérieures, et son âme est d'autant plus épurée que sa chair e?t plus mortifiée. Pour estimer le Créateur seul, dit saint Augustin, il faut mépriser toute créature. En effet, comme l'atteste l'Apôtre (Rom. viii, 20), la créature est sujette à la vanité, de telle sorte qu'elle y assujétit également ses amateurs, en trompant beaucoup d'imprudents. Heureux donc celui qui ne se laisse point séduire par la frivolité du monde présent, si funeste à un grand nombre 1 C'est principalement aujorird'hui qu'il convient de répéter: Vanité des vanités, et tout n'est que vanité (Eccles. i, 1). « Si les puissants comprenaient bien celte sentence, dit saint Chrysostôme (Serm. in Eutropium), ils l'inscriraient sur toutes les murailles et sur leurs propres vêtements, ils la graveraient sur les portes d'entrée et de sortie, mais surtout ils l'imprimeraient au fond de leurs consciences, pour n'en jamais perdre la vue et la pensée. Puisque les hommes sont continuellement assiégés de fausses images et souvent abusés par des figures trompeuses, ils devraient se rappeler

les uns aux autres daus leurs repas et leurs réunions cette profonde maxime : Vanité des vanités^ et tout n'est que vanit\ y>

Youlons-nous donc être sages, transportons aux choses incorruptibles l'amour que nous prostituons aux choses périssables; et puisque nous sommes destinés pour le ciel, ne demeurons point courbés vers la terre. Réjouissons-nous uniquement de ce qui réjouit les Saints ; pleins d'une louable émulation, souhaitons et tâchons de parvenir avec eux à la gloire et à la félicité qui ne finirom. jamais ; imitons maintenant leur générosité, afin de partager éternellement leur dignité. Soutenus par cette espérance, efforçons-nous de répondre au Seigneur qui nous appelle de toutes manières ; car, selon la remarque de saint Augustin, afin de nous ramener à lui, il s'est élancé du haut des cieux comme un géant dans la carrière qu'il a parcourue sur la terre, en nous invitant à le suivre par ses paroles et ses actions, par sa vie et sa mort, par son Incarnation et son Ascension. S'il a disparu à nos yeux, c'est pour qu'en réfléchissant sur nos souvenirs nous le trouvions plus parfaitement. L'esprit et le cœur toujours attachés à ce divin Chef, ne cessons point de combattre vaillamment, parce que cette vie entière est une guerre incessante. En effet, la prospérité et l'adversité, la ferveur et la tiédeur, rabondance et l'indigence, le sommeil et la veille, la sollicitude et le désœuvrement, le deuil et la joie, le repos et le travail, la santé et la maladie, la douleur et la volupté, ainsi que tous les divers accidents temporels, nous suscitent tour à tour des difficultés et des dangers. Et comme nous rencontrons partout des adversaires disposés à nous attaquer, notre volonté doit toujours être prête à leur résister, en songeant que la lutte sera courte tandis que la récompense sera éternelle. Ne déposons

jamais les armes ; car quelque victoire que nous aA'ons pu remporter, il nous en reste toujours d'autres à gagner. oc Quoique Dieu accorde chaque jour à ses fidèles serviteurs la grâce nécessaire pour triompher, dit saint Léon (Serm. de Pentec), néanmoins il ne leur enlève point toute occasion de combattre ; car par un effet de sa miséricorde, en daignant nous protéger, il nous laisse lutter constamment, de crainte que notre nature inconstante ne s'enorgueillisse d'avoir surmonté toute opposition. » Saint Chrysostôme dit également : Les Saints, étant des hommes spirituels, ne peuvent être vaincus par la chair, mais ils peuvent en être troublés, parce qu'ils sont des êtres corporels.

En conséquence, lorsque s'offre à nous quelque agrément ou quelque déboire passager, considérons-le aussitôt comme déjà passé, et dirigeons notre attention vers ce qui dure toujours ; car tout ce qui est dans le monde disparait promptement comme une ombre, de sorte qu'il est bientôt oubhé comme s'il n'avait jamais existé. Ainsi les joies et les douleurs ne sont que transitoires en cette vie, au lieu que dans l'autre elles sont permanentes ; et tout ce que nous pouvons faire ou endurer sur la terre n'est rien en comparaison de ce que nous espérons obtenir ou éviter après la mort. Aussi, selon saint Bernard, les tribulations temporelles n'ont point de proportion avec les péchés que nous avons commis, avec les bienfaits que nous avons reçus, avec les peines infernales que nous avons encourues, avec les récompenses célestes que nous attendons. Les biens futurs surpassent tellement les maux présents que quiconque les apprécierait à leur juste valeur préférerait être tourmenté par les plus violents supplices durant de nombreuses années, pour ne pas perdre la moindre partie des précieux avantages qui lui sont réservés pendant toute l'éternité ;

car l'épreuve finira bientôt, tandis que la rémunération ne cessera jamais. « 0 mon âme, s'écrie saint Augustin (in Speculo), si, pour contempler la gloire du Sauveur et partager la compagnie des Saints, il nous fallait auparavant soulîrir chaque jour en ce monde ou même brûler longtemps dans l'enfer, ne devrions-nous pas nous résigner à toutes les afflictions afin de mériter les jouissances éternelles ? Ainsi donc, que les démons me dressent des embûches et m'assiègent de tentations ; que les uns m'outragent et que les autres me tourmentent, que mon corps soit exténué par les jeûnes, desséché par les veilles, accablé de travaux, transi de froid et consumé de chaleur ; que ma lête se brise, que ma poitrine s'échaufîe, que mon estomac s'irrite, que mon visage se décompose et que tous mes i^iembres s'épuisent ; que mes années se passent dans les gémissements et que ma vie s'éteigne dans la douleur ; que la pourriture pénètre jusque dans mes os et la corruption dans mes chairs; qu'importe tout cela, pourvu qu'au jour formidable du jugement je sois introduit dans le lieu du repos et admis au bonheur de la patrie pendant tous les siècles des siècles. »

De là la conclusion que saint Chrysostôme exprime en ces termes (Hom. 63 adpopulumAntiochenum): « Mettonstouten œuvre pour ne pas être frustré de la gloire qui nous est promise. 11 n'est point impossible ni môme difficile d'atteindre ce but suprême, pourvu que nous le voulions et que nous y tendions. En efTet, selon la doctrine de l'Apôtre (11 Tim. ii, 12) : Nous régnerons o^vec le Christ, si nous souffrons avec lui, c'est-à-dire si nous supportons courageusement les tribulations ou les persécutions, et si nous marchons jusqu'à la fin dans la voie étroite ; quoique laborieuse, cette voie nous semblera douce, si nous la suivons dans l'espoir de

parvenir an céleste royaume. Tenons nos regards fixés sur cet heureux terme, pour ne jamais perdre de vue les trésors qui nous sont réservés. Si nous ne cessons point de les estimer et de les désirer, nous ne ressentirons plus ni volupté ni tristesse, mais seulemenc de l'indifTérence ou du dédain à l'égard des objets présents ; rien ne pourra désormais nous abattre de chagrin ni nous enfler d'orgueil ; tout ce qui est temporel ne nous paraîtra que comme un fantôme, une vaine image, un rêve. Alors nous répéterons avec saint Paul (Rom. viii, 35) : Qici pourra tious enlever l'amour de Jésus-Christ? Sera-ce la tribulation ou Vangoisse ? Il ne dit pas : Sera-ce l'argent, la richesse ou la beauté, qui sont, des choses viles et méprisables? mais il dit: Sera-ce la faim, la persécution et la mort, qui semblent des choses redoutables et effrayantes? Sans craindre tous ces maux temporels, préférons sur la terre les joies derâme aux voluptés du corp?, afin de posséder au ciel les biens

éternels.

Prière.

Source inépuisable de tous les dons, miséricordieux Jésus, qui avez fait descendre l'Esprit- Saint sous forme de feu sur vos disciples réunis, je vous en supplie et vous en conjure, malgré mon indignitr^, faites-moi participer pour mon salut aux largesses dont vous les avez comblés si libéralement. Daignez répandre sur nous tous vos serviteurs, cet Esprit de charité, de paix et de dilection, afin qu'il vienne en nos âmes les purifier de tout vice et les orner des différentes vertus, les unir ensemble par le lien d'une affection fraternelle, les éclairer par la lumière de votre connaissance et les enflammer par l'ardeur de votre amour; enfin après nous avoir délivrés de tout péché, accordez-nous la vie éternelle. Ainsi soit il.

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