‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 44 sur 67 · CHAPITRE LXXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXVII

"~t!le que nous avons rapporté jusqu'ici est accompli déjà; il nous reste maintenant à parler de plusieurs choses qui doivent encore arriver, et surtout du jugement dernier. Il sera précédé des peines du purgatoire, des suffrages de l'Église et des persécutions de l'Antéchrist; il sera accompagné de la conflagration du monde et de la résurrection des corps; enfin il sera suivi des châtiments de l'enfer et des récompenses du paradis.

D'abord, quant au purgatoire, il faut remarquer qu'on y subit deux sortes de peines : celle du dam ^ ou privation de la vue divine ; et celle du sens, qui consiste dans les souffrances occasionnées par l'excès du froid, de la chaleur ou de toute autre douleur corporelle. Or, les moindres peines qu'on éprouve dans le purgatoire surpassent les plus cruelles qu'on endure sur la terre. C'est ce qui fait dire à saint Bernard : Un seul jour dans le purgatoire est plus terrible que tous les supplices des saints Martyrs. Si cette rigueur parait étonnante, en voici la raison : Gomme Dieu recherche l'amendement plutôt que le châtiment du coupable dans la pénitence, il estime moins l'intensité de l'affliction ressentie que la vertu de la bonne volonté. Voilà pourquoi, dans les balances de sa justice, une peine légère mais volontaire en cette vie a plus de poids qu'une peine considérable mais involontaire en l'autre vie , de même qu'aux yeux des hommes une pièce d'or vaut mieux qu'une masse de plomb. De là cette parole remarquable de saint Augustin (Serm. de

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Purgat.) : Une seule larme de repentir ici-bas efface plus de péchés que dix années de purgatoire ; car il faut qu'en ce dernier lieu l'intensité de l'affliction supplée au défaut de la volonté. Puis il ajoute : Comme la douleur doit être d'autant plus cuisante que la concupiscence était plus vive, on y est tourmenté d'autant plus longtemps qu'on était attaché plus fortement à des fautes vénielles ; et on y reste privé de la gloire éternelle jusqu'à ce qu'on soit lavé de toute tache, comme on l'était au baptême. Ne méprisez donc pas les petites infidélités qu'il faudra expier par de si grandes douleurs. Le même saint Docteur dit en outre : Les âmes fascinées en ce monde par les images corporelles des choses visibles sont après leur mort affligées par ces mêmes images; elles sont ainsi soumises à des souffrances sensibles, parce qu'elles ne sont point encore purifiées des affections sensibles qui les avaient souillées ; car en aimant la chair, elles ont contracté une certaine grossièreté. Appliquonsnous donc à nous dégager de toutes les inclinations terrestres, parce qu'en sortant de ce monde nous n'emporterons rien de m^atériel, et que la chair ne nous causera plus aucune délectation. »

Les suffrages de l'Église peuvent se réduire à quatre principaux auxquels se rattachent tous les autres ; ils sont plus ou moins utiles aux âmes du purgatoire, selon la diversité de leurs mérites précédents et aussi selon la charité de leurs amis vivants qui prient pour elles sur la terre. Les suffrages spécialement offerts pour certaines âmes sont sans doute plus profitables à celles-ci qu'aux autres; toutes néanmoins y participent de quelque façon. Les suffrages présentés pour toutes les âmes souffrantes en général leur profitent suivant leur capacité particulière ; ils sont pourtant plus avantageux à celles qui s'en étaient

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rendues plus dignes durant leur vie mortelle. Saint Grégoire dit à ce propos (Dialog. lib. 4, cap. 58 et 59) : « Les saints sacrifices profitent aux défunts qui en ce monde avaient mérité d'être secourus après la mort par les bonnes œuvres de leurs amis vivants ; mais la voie la plus sûre est d'accomplir par nous-mêmes ces bonnes œuvres pendant notre vie au lieu d'espérer que d'autres les feront pour nous après notre trépas. Ne vaut-il pas mieux éviter le purgatoire que d'en attendre la délivrance, lorsque nous y serons tombés? Le sacrifice alors ne sera offert efficacement à Dieu pour nous que si précédemment nous nous sommes offerts à lui en sacrifice. J'ose môme dire que si, avant d'expirer, nous avons été victimes pour sa gloire, nous n'aurons point ensuite besoin de victimes pour notre salut. » Ainsi parle saint Grégoire. Ajoutons que les bonnes œuvres produites par un Chrétien en état de péché mortel ne sont point cependant perdues ; car si elles ne peuvent contribuer à son propre salut, Dieu les fait servira celui des autres;demêrae les biens d'un homme mort sont transférés a ses proches et à ses frères qui deviennent ses héritiers et successeurs. Lorsque l'Antéchrist sera venu dans le monde, il emploiera quatre moyens principaux pour séduire les hommes ; il s'efforcera de les pervertir par ses insinuations perfides et ses œuvres prodigieuses, par les promesses de biens temporels ou les menaces de tourments horribles. C'est ainsi qu'il en fera tomber un grand nombre dans ses filets ; il entraînera les méchants par l'appât des récompenses, les bons par la terreur des supplices, les simples et les ignorants par ses beaux discours et ses prestiges étonnants ; il aura pour lui les rois et les princes, comme aussi les devins et les magiciens. C'est de l'Antéchrist que saint Jean veut parler quand il dit dans l'Apocalypse (xin, l): Je vis s'éle-

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ver de la mer une bête qui avait sept têtes et dix cornes. Les sept têtes désignent tous les puissants de ce monde qui seront ses principaux auxiliaires, et les dix cornes marquent les ennemis acharnés du Sauveur qui attaqueront les dix commandements de la loi divine. L'Antéchrist naîtra de parents avancés en âge, dans la ville de Babylone et de la tribu de Dan. De même qu'en Jésus-Christ réside la plénitude de la divinité, ainsi s"ra dans l'Antéchrist la plénitude de l'iniquité ; il se nommera fils de perdition, parce qu'en lui habitera l'esprit malin, chef de tous les impies. Entre les deux époques de sa naissance cachée et de sa manifestation publique, avant qu'il commence ses prédications et ses persécutions, Élie et Enoch apparaîtront sur la terre pour combattre ses erreurs et détromper ses adeptes. A cause de l'onction divine qu'ils posséderont et de la lumière céleste qu'ils répandront, ils sont figurés par les deux oliviers que signale le prophète Zacharie (iv) et par les deux candélabres qu'aperçut l'apôtre saint Jean (Apoc. I). Ils prêcheront pendant douze cent soixante jours, c'est-à-dire durant trois ans et demi, comme l'a fait Jésus-Christ ; et revêtus du cilice, ils annonceront la pénitence dont ils donneront l'exemple. Tous ceux qui voudront connaître et confesser le vrai Dieu, renonceront aux fausses doctrines pour s'attacher à ces deux témoins fidèles ; car ils parcourront tous les pays où le fils de perdition aura propagé ses enseignements impies ; et par la vertu du Saint-Esprit ils opéreront de grands miracles qui, en excitant l'admiration et la joie des bons Chrétiens, détruiront lus funestes effets des faux prodiges. Néanmoins, l'Antéchrist les fera mourir dans la ville même de Jérusalem ; et leurs corps y resteront sans sépulture durant plus de trois jours et trois nuits, parce que nul n'osera les ensevelir par crainte de leur per-

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sécuteur. Mais ensuite, ils ressusciteront et, portés sur les nuages, ils monteront dans les deux. Après leur mort, l'Antéchrist dominera encore pendant quinze jours, de sorte que son règne aura duré trois ans et demi. Alors Noire-Seigneur le fera périr sur la montagne des Oliviers, à l'endroit même d'où le Sauveur s'est élevé dans le ciel. Le Juge suprême ne viendra pas encore immédiatement après ; il laissera un délai de quarante-cinq jours, afin que les justes se reposent un peu de la persécution précédente et que les pécheurs se convertissent par une sincère pénitence. Mais combien de temps s'écoulera depuis ces quarante-cinq jours jusqu'à la fin du monde ? nul ne le sait. Après la prédication d'Enoch et d'Élie, les Juifs embrasseront la foi chrétienne ; et dans les derniers jours la sainte Église jouira d'une paix complète, parce que la puissance de Satan contre elle sera anéantie.

Quant à la conflagration du monde, voici ce qui aura lieu (II Pet. ni; 10-12). Le dernier avènement du souverain Juge sera précédé par un embrasement général, que la toute-puissance divine formera, en réunissant les feux répandus dans l'univers entier. C'est pourquoi cefeu nouveau possédera les difîérentes propriétés qui appartiennent à quatre autres : il servira, comme celui de l'enfer, à châtier les méchants de ■ leurs crimes ; comme celui du purgatoire, à purifier les bons de leurs taches ; comme celui de la terre, à consumer les corps qu'elle produit ; comme celui du ciel, h dissoudre les éléments pour préparer leur restauration. TJn immense incendie ravagera la surface du globe, de sorte que la figure de ce monde disparaîtra, comme il arriva jadis au temps du déluge universel. Ainsi, dans un premier jugement, Dieu fit périr le monde par l'eau, en le submergeant pour y éteindre l'ardeur de la concupiscence ; dans

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le jugement dernier, au contraire, il fera périr le monde par le feu, en l'embrasant pour punir le refroidissement de la charité.

Lorsque les corps auront été réduits en cendres, les morts ressusciteront afin que le Juge suprême rende à chacun ses œuvres. Puisque chacun mérite ou démérite à l'aide de son âme et de son corps, il est juste qu'il soit récompensé ou puni en ces deux parties de lui-même. Aussi tous les hommes , bons ou méchants , ressusciteront en même temps, mais non point de la même manière. Plus les justes auront acquis de mérites considérables ou nombreux, plus aussi leurs corps seront beaux et brillants. Les petits enfants eux-mêmes auront des corps sept fois plus éclatants que le soleil l'est maintenant ; les autres personnes dix, cent ou mille fois plus saintes qu'eux auront en conséquence des corps dix, cent ou mille fois plus lumineux ; et comme Notre-Seigneur est infiniment plus saint que tous les autres, son corps aussi sera infiniment plus lumineux. Les réprouvés, au contraire, ressusciteront avec un corps difïorme et passible, si affreux et si repoussant que leur âme contrainte de le reprendre frémira d'horreur en le voyant ; elle préférerait même le retrouver dans l'état où il était quand les vers avaient déjà commencé à le ronger. Tous cependant, tant les bons que les méchants, ressusciteront avec des corps incorruptibles et complets, dans leur intégrité naturelle, sans retranchement d'aucun membre, et dans leur stature convenable, selon la mesure de l'âge parfait de Jésus Christ ; mais les bons seuls posséderont une impassibilité absolue et une immortalité glorieuse. Saint Augustin dit à ce propos (De Civit. Dei, lib. 22, c. 15): « Si Jésus-Christ est ressuscité en la même stature qu'il est mort, on ne peut supposer qu'au jour de la résurrection

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générale sa taille sera plus haute de manière à égaler celle des plus grands. On ne peut supposer non plus que tous les corps, ceux des plus grands comme ceux des plus petits, doivent être réduits à la taille du Sauveur ; car alors beaucoup de corps perdraient de leur stature antérieure, et pourtant le Seigneur lui-même a déclaré que nous ne perdrions pas même un cheveu de notre tête. Reste donc à penser que chacun reprendra la taille qu'il avait en sa jeunesse, s'il est mort vieux, ou qu'il aurait eue à cet âge, s'il n'était pas mort auparavant. Aussi saint Paul (Ephes. iv, 13), dit que nous parviendrons tous à la mesure, non point de la taille même, mais de l'âge parfait de Jésus-Christ ; par conséquent les morts ressusciteront dans la vigueur de la jeunesse à laquelle Jésus-Christ est arrivé, comme nous le savons. » Ainsi s'exprime saint Augustin.

La résurrection, en laissant aux corps leur nature, corrigera dans elle trois sortes de vices; elle en fera disparaître les défauts, tels que ceux des membres tronqués ou mutilés, puis les superfluités comme celles des ongles ou des cheveux, et les altérations ou anomalies dans la constitution et la forme des difTérents organes. Après la résurrection, les corps seront les mêmes qu'avant leur mort, c'està dire qu'ils seront formés de la même matière ; ainsi, en quelque lieu que leur poussière ait été dispersée par les vents, elle sera réunie par la volonté divine à la même âme qui leur communiquera la vie comme précédemment. Les corps qui avaient été réduits en cendres ressusciteront delà sorte non-seulement avec leurs principaux membres, mais encore avec les parties accessoires qui, comme les cheveux, leur servaient d'ornements; c'est-à-dire qu'ils ressusciteront avec leur nature propre dans son intégrité et sa beauté spéciales. Cette résurrection générale se fera, comme

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Je déclare saint Paul (I Gor. xv, 52), en "un seul instant, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette, c'est-à-dire au bruit de la grande voix qui retentira dans l'univers entier à ce moment suprême. En effet, selon la parole même du Seigneur (Matth. xxv,6), un grand cri s' est fait entendre au milieu de la nuit, lorsque tous les hommes étaient ensevelis dans le sommeil de la mort : Voici V Époux gui vient ; sortez à sa rencontre. Celte voix puissante sera celle de l'Archange dont parle l'Apôtre (I Thés., iv, 15), ou bien celle de Jésus-Christ lui - même qui apparaîtra soudain d'une manière imprévue, en ordonnant aux morts de quitter leurs sépulcres. Ce signal éclatant delà volonté suprên e est justement appelé la trompette de Dieu (Ibid.); car le Fils de Dieu viendra sonner la victoire définitive qu'il remportera sur ses ennemis, en appelant tous les hommes devant son tribunal redoutable.

Aussitôt après la résurrection, le jugement aura lieu d;,ns cette vallée de Josaphat, dont le nom signifie jugement de Dieu. Elle est située vers l'orient, entre la ville de Jérusalem et le mont des Oliviers, dans le pays très-célèbre que Dieu a rendu pour ainsi dire commun à toutes les nation?^ eu y accomplissant l'oeuvre de notre rédemption au milieu de la terre. C'est aussi là que tous les impies seront rassem.blés pour y être condamnés. Les justes ne descendront point en cette vallée ; mais, comme l'assure saint Pai 1 (l Thés. IV, ]&), ils seront emportés sur les nues pour aller au-devant du Seigneur dans les airs. Car Jésus-Christ ne descendra point jusqu'à terre ; mais environné de toutes les armées célestes, il placera son trône dans l'air pardessus cette montagne des Oliviers, d'où il s'est élevé à la droite de son Père au jour de son Ascension. Les impies alors glacés d'effroi ne verront partout que des sujets de

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terreur : sur leurs têtes, un juge irrité, prêt à les châtier ; à leurs pieds, uu gouffre béant prêt à les engloutir. Intérieurement, ils seront déchirés par les remords de leurs consciences coupables ; extérieurement, ils seront entourés par les ruines du monde embrasé. D'un côté, leurs péchés les^^Guseront ; et de l'autre, les démons les réclameront comme leur proie. De toutes part, les bons Anges les précipiteront dans les abîmes de l'enfer où les attireront les esprits mauvais. Tous les Saints qui seront présents approuveront la sentence dn Juge; et tous les méchants en même temps que les bons connaîtront les crimes des damnés. Jésus-Christ, aimable pour les justes, paraîtra si torrible pour les pécheurs que, dans leur elïroi et leur désespoir, ils diront aux montagnes et aux rochers : Tombez sur nous^ et dérobez-nous aux regards de Celui qui est assis s tr le trône et à la colère de l'Agneau (Apoc. vi, 16). Afin de convaincre les coupables de leur ingratitude, il leur montrera les marques des blessures qu'il a reçues pour eux ; puis il fera briller à leurs yeux les instruments de sa douloureuse Passion, la croix, les clous, la lance et la couronne d'épines.

Sans doute la sainte Trinité tout entière jugera le monde avec une autorité absolue ; néanmoins Jésus-Christ seul, investi d'une juridiction déléguée en tant qu'homme, prononcera la sentence. Nefaut-il pas, en effet, qu'unjuge soit vu (le tous ceux qu'il doit juger ? Or, au jour du jugement, le Seigneur, en tant que Dieu, ne se rendra point visible à tous les hommes assemblés, parce que tous alors seraient bienheureux ; car la béatitude parfaite consiste dans cette vue de la divinité, qui est promise exclusivement aux cœurs purs. Voilà pourquoi Dieu le Père a remis tout pouvoir judiciaire à Jésus-Christ, en tant qu'homme, afin que tous,

bons et méchants, puissent l'apercevoir de leurs yeux corporels (Joan. V, 22 et 27). Saint Augustin dit à ce propos (Serm. 64 de Verbis Domini) : « Jésus- Christ jugera le monde en cette même nature que le monde l'a jugé luimême ; et c'est ainsi qu'il condamnera justement ceux qui l'auront injustement condamné. Si le jugement dernier n'avait lieu que pour les justes, Jésus-Christ s'y montrerait avec sa divinité pour leur plus grande consolation ; mais comme ce jugement aura lieu également pour les impies, auxquels ce bonheur doit être refusé, le Seigneur s'y manifestera seulement dans son humanité, pour être vu tout à la fois de ceux qu'il récompensera et de ceux qu'il réprouvera. »

Alors les élus seront rangés à la droite et- les réprouvés à la gauche du souverain Juge. Parmi les élus, les uns seront sauvés sans être jugés ; les autres seront jugés et néanmoins sauvés. Les premiers sont les Chrétiens parfaits qui, se jugeant eux-mêmes avec rigueur, ne se seront point contentés d'observer les préceptes nécessaires, mais se seront en outre appliqués à pratiquer les conseils évangéliques et spécialement la pauvreté volontaire. C'est à eux que Jésus-Christ dit autrefois en s'adressant à ses Apôtres (Matth. xix, 28) : Quant à vous qui, ayant tout quitté, m'avez suivi, lorsqu'au jour de la régénération le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa majesté, vous serez pareillement assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Ces fervents disciples jugeront les autres hommes en approuvant et confirmant la sentence que le souverain Juge a seul le droit de porter ou de prononcer. Ils seront placés dans un lieu éniinent avec Jésus-Christ, dont ils seront les glorieux assesseurs ; les méchants au contraire resteront abaissés sur la terre qu'ils ont tant

aimée. — Les autres (31us seront les Chrétiens moins parfaits qui néanmoins se seront efforcés de laver les souillures de leur vie dans les larmes de la pénitence, et de réparer les désordres de leur conduite par les œuvres de miséricorde, pour couvrir ainsi le mal par le bien aux yeux du Juge suprême. Aussi il leur dira (Matth. xxv, 34, 36) : Venez, vous gui êtes hcnis de mon Père; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde Car f ai eu faim^ et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; fai eu besoiîi de logement, et vous m'avez accueilli ; fai été nu, et vous m'avez revêtu; fai été malade, et vous m'avez visité ; fai été e7i prison, et vous êtes venus me voir.

Parmi les réprouvés, les uns seront jugés et condamnés ; les autres ne seront point jugés et néanmoins seront condamnés. Les premiers sont les Chrétiens lâches qui, négligeant de conformer leur conduite à leur foi, auront cru les mystères de la religion sans pratiquer les œuvres de miséricorde. C'est contre eux que le souverain Juge portera cette terrible sentence (Matth. xxv, 41 44) : Retirez-vous de moi, vous qui êtes maudits ; et allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car fai eu faim., et vous ne m'avez pas donné à manger; fai eu soif, et vous ne rnavez pas donné à boire ; fai eu besoiîi de logement, et vous ne m avez point accueilli ; j'ai été nu, et vous ne m'avez point revêtu ; j'ai été malade et prisonnier , vous ne m'avez point cependant visité. — Les autres réprouvés sont les incrédules qui auront refusé d'embrasser la loi chrétienne, ou qui, après l'avoir reçue, l'auront abandonnée en se rendant coupables d'apostasie. C'est eu parlant d'eux que Notre-Seigneur a dit : Quiconque ne croit pas est déjà jugé (Juan, m, 18) ; saint Paul ajoute : Ceux qui ont

péché sans avoir reçu la loi périront saijs être jugés par la loi ; et le Psalmiste déclare que les impies ne ressusciteront point pour le jugement, mais pour le châtiment (Ps. i, 5'. « Ainsi, comme le fait remarquer Pierre-le-Chantre, il n'y aura point de discussion et d'examen pour celui qui, manquant de foi, n'aura point reconnu Jésus-Christ comme son propre Roi ; ne voulant point être serviteur de Dieu, il sera nécessairement l'esclave du démon ; et, sans qu'il faille une sentence préalable, il sera précipité dans les flammes éternelles. Celui qui- reconnaît au contraire Jésus- Christ pour son Roi, sera cité comme son sujet ; et sa cause sera débattue avant que sa condamnation soit prononcée. » «En effet, dit saint Grégoire (Moral, lib. 26, cap. 25), le prince qui gouverne un état ne punit pas de la même manière le citoyen du dedans qui commet quelque délit et l'ennemi du dehors qui attaque son pouvoir ; il consulte les lois qu'il a portées avant de châtier le premier, mais non point avant de combattre le second. »

Le jugement dernier ne durera pas longtemps, parce que les mérites ou démérites des uns et des autres seront en même temps discutés et discernés ; car le livre de vie sera ouvert, c'est-à-dire que toutes les consciences seront dévoilées publiquement. Les dispositions de tous, qui étaient auparavant secrètes, seront manifestées aux yeux de tous avec une certitude si évidente qu'il ne restera plus aucun moyen de s'excuser ni de se défendre ; nul ne pourra éluder ou récuser la sentence de la vérité que Jésus-Christ prononcera suivant l'aveu même de la conscience coupable. Par un effet de la toute-puissance divine, dit saint Augustin (de Civit. lib. 22), chacun rappellera dans sa mémoire et verra dans un instant tout le bien ou le mai qa'il aura fait, et il se rendra témoignage à lui-même sans pouvoir

^oG l,A GUANOl' VIE DE JÉSUS-CHRIST

user de dissimnlalion. Alors se fera la séparation des bons et des méchants, eu sorte que tous recevront selon leurs œuvres la gloire ou l'ignominie, les récompenses ou les peines éternelles. D'après saint Augustin (loc. cit.), le nombre des hommes sauvés égalera celui des anges déchus ; mais, d'après saint Grégoire, il y aura autant d'hommes'êlus qu'il y a d'anges fidèles. Suivant quelques interprètes, la Jérusalem céleste comprendra comme une double enceinte de personnes, l'une formée par les anges et l'autre par les hommes ; les vierges répareront les itrèches que les démons ont faites à la première, et la seconde contiendra autant d'hommes sauvés que l'autre renfermera d'anges et de vierges réunis ensemble.

Réfléchissons souvent au dernier avènement du souverain Juge. Cette pensée fréquente, nous pénétrant d'une crainte salutaire, nous pressera de pleurer les fautes passées et nous empêchera de commettre de nouveaux péchés. Imitons l'exemple de saint Jérôme qni disait : Il me semble toujours entendre retentir à mes oreilles le son éclatant de la terrible trompette qui crie : Morts, sortez du tombeau et venez au jugement. Quand nous éprouvons quelque sentiment de joie temporelle, dit saint Grégoire (Hom. 11 in Evang.), ne perdons pas le souvenir du jugement suprême qui sera si rigoureux. Par la considération de ses conséquences éternelles excitons-nous à la pratique des bonnes œuvres, afin que nous puissions paraître avec confiance devant le tribunal de Jésus Christ. C'est à quoi nous exhorte saint Augustin (Serm. 67 de tempore) en ces termes : a Ne vaut-il pas mieux souffrir maintenant de légères amertumes et savourer un jour des douceurs inaltérables, que de goûter sur la terre quelques trompeuses consolations, puis de subir dans l'enfer des supplices sans fin ? 0 mes

très-chers frères, si nous nous rappelions continuellement les immenses bienfaits dont Dieu nous a comblés sans aucun mérite de notre part, nous ne tomberions pas dans le péché, ou si par malheur nous y succombions, nous en sortirions promptement par la pénitence. Qai pourrait en efïet, je ne dis pas raconter, mais simplement concevoir toutes les attentions de Dieu à notre égard? Quand nous n'existions point encore, il nous a créés ; et lorsqu'ensuite nous périssions, il nous a sauvés, ""^our nous racheter, il a subi une mort douloureuse et il a versé son sang précieux jusqu'à la dernière goutte. Afin de nous arracher à la mort éternelle, il n'a pas craint de descendre jusque dans les enfers ; il a même promis de nous récompenser dans les cieux. Qui pourrait penser à tant de faveurs et à tant de grâces sans être pénétré d'amour et de reconnaissance pour un si bon Maître ? Ne rendons pas le mal pour le bien ; efforçons-nous, autant que nous le pouvons, d'accomplir ses volontés et de garder ses commandements, afin qu'ils soient pour nous une cause de justification et non point de condamnation. Car hélas ! mes frères, que deviendronsnous au jour formidable du jugement dernier, lorsque les Anges, sonnant de la trompette fatale, convoqueront Je monde effrayé devant le tribunal suprême ? Tous les hommes, sortant de leur commune poussière, viendront rendre compte de leur vie passée, d'après le témoignage sincère de leur propre conscience, pour recevoir la rétribution du bien qu'ils auront produit ou la punition du mal qu'ils auront commis. Assis alors sur un trône de gloire, le souverain Juge, environné des célestes phalanges, oubliera sa miséricorde pour ne consulter que sa justice; et il reprochera aux pécheurs l'ingratitude avec laquelle ils ont méconnu sa bonté. »

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« 0 homme, dira le Seigneur à chaque coupab.e, de mes proprés mains j'ai formé du hmon ton corps que j'ai uni à une âme raisonnable ; puis, après t'avoir créé à mon image et à ma ressemblance, je t'ai placé dans un jardin délicieux. Mais bientôt méprisant mes ordres salutaires, tu as préféré à la voix de ton Dieu celle d'un perfide séducteur. Chassé du paradis terrestre, tu languissais sous l'esclavage inévitable de l'ennemi infernal, lorsque, pour t'en délivrer, je suis descendu dans le sein d'une Vierge, où, sans violer son intégrité, je me suis revêtu de ta nature. Né dans une étable, j'ai été déposé dans une crèche et enveloppé de langes comme le plus pauvre et le plus chétif des enfants ; je me suis assujéti à toutes les infirmités et misères de l'humanité, afin que, me rendant semblable à toi, tu te rendisses semblable à moi J'ai enduré volontairement les calomnies et l3S affronts, les soufQets et les crachats ; j'ai été déchiré par les ibuets et couronné id'épines ; j'ai été abreuvé de fiel et de vinaigre, accablé de coups et criblé de blessures; enfin suspendu à un gibet infâme, j'ai expiré dans les plus affreux supplices pour te soustraire à des châtiments éternels. Regarde toimême les marques des clous dont mes pieds et mes mains ont été percés ; considère mon côté qui a été ouvert pour Ion amour. J'ai ainsi voulu souûrir et mourir comme toi, afin que tu pusses participer à ma gloire et à ma félicité. J'ai aussi été couché dans le sépulcre, afin que tu fusses oxalîé dans le ciel. Ingrat, pourquoi as-tu perdu les fruits de ma Passion ? et pourquoi as-tu dédaigné ces gages de ta rédemption ? Je ne me plains point précisément de ce que tu as causé ma mort ; mais rends-moi ta vie pour laquelle j'ai sacrifié la mienne ; rends-moi ta vie que tu as détruite sans cesse par de nouveaux péchés. Pourquoi as-tu souillé par des vices honteux, par d'impures voluptés cette âme

que j'avais choisie pour ma demeure, ce corps que j'avais consacré comme mon temple ? Par tes crimes réitérés, chaque jour tu m'as crucifié plus indignement que je ne l'avais été autrefois par les mains des bourreaux ; car les nombreux outrages que tu m'as fait subir sans profit jjour toi m'étaient plus insupportables que tous les tourments que j'avais consenti à souflrir sur la croix pour toi. Quoiqu impassible et immortel par nature, je m'étais rendu passible et mortel par miséricorde. Mais tu n'as point reconnu Dieu dans l'homme, tu as préféré ta perte à ton salut, tu as négligé ta conversion durant ton pèlerinage, tu n'as point demandé pardon à ton Juge, tu n'as point recherché la grâce et la vie que je t'avais méritées par ma Passion et par ma mort. Eh bien! puisque tu n'as pas voulu recourir à la pénitence comme au remède efficace contre tous tes péchés, tu t'es rendu indigne d'échapper à la terrible sentence que je vais prononcer contre les réprouvés. » Telles sont les paroles que saint Augustin met dans la bouche de Jésus-Christ.

Aussitôt le jugement terminé, le même feu qui avait embrasé le monde entier exécutera la fatale sentence; car il enveloppera tous les pécheurs à la fois en les précipitant dans les profonds abîmes. Ainsi le feu le plus ardent non-seulement précédera mais encore accompagnera et suivra l'avénement du squverain Juge, qui en fera l'instrument de ses vengeances implacables. « En ce jour suprême, dit saint Grégoire (Hom. 2 in Ezech.), lorsque notre divin Rédempteur, entouré des légions angéliqaes et assisté des vertus célestes, se montrera dans un formidable appareil, l'antique serpent, ce perfide ennemi du genre humain qu'il a séduit, sera traîné captif en présence de tous les élus, et il sera condamné dans la compagnie de tous les réprouvés qui

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doivent partager dans l'enfer le supplice de leur chef ; car c'est contre lui et contre eux également que le Seigneur fulminera cet arrêt irrévocable : Retirez-vous loin de moi, maudits ! allez dans les flammes éternelles qui ont été préparées pour le diable et pour ses suppôts (Mattli. xxv, 41). Oh ! de quel spectacle les élus seront témoins, quand, de leurs propres yonx, ils considéreront cette bête très -cruelle qui leur eût inspiré une trop grande frayeur, s'ils l'avaient vue au temps de la lutte. Par une secrète disposition de la Providence divine, ceux qui maintenant, avec le secours de la grâce, ont le courage de combattre ce monstre horrible peuvent le vaincre sans l'apercevoir ; mais un jour ceux qui auront eu le bonheur d'en triompher pourront l'apercevoir sans le redouter aucunement. Alors aussi les justes reconnaîtront avec évidence qu'ils sont redevables de leur délivrance à la protection que le Seigneur a daigné leur accorder ; car en remarquant la force de ce dragon furieux qu'ils ont terrassé malgré la faiblesse de leur propre nature, ils comprendront que, sans le secours d'un puissant défenseur, ils n'auraient pu échapper à la férocité d'un adversaire aussi supérieur. » Ainsi parle saint G-régoire.

« Après le jugement, dit saint Augustin (Serm. 67 de tempore), Jésus-Christ triomphant emmènera tous les justes pour qu'ils demeurent perpéluellement avec lui comme les membres avec leur chef ; et à leur tête, il ira présenter au Père céleste, comme une conquête illustre^ les élus qu'il a rachetés par son sang précieux. Jusque-là il n'avait montré à tous les hommes que sa forme humaine, visible pour les damnés eux-mêmes ; mais alors il manifestera son essence divine aux seuls élus. « Quand tous les impies auront disparu comme indignes de contempler la gloire infinie du Très-

Haut,alors,dit saint Anselme (in Matth.), se formera cette admirable procession, dans laquelle tous les Saints seront rangés selon leurs mérites particuliers parmi les difïérents ordres des esprits bienheureux. Tous, composant un même corps avec Jésus-Christ, s'élèveront joyeux à sa suite vers le trône de l'Éternel pour prendre possession du royaume qui leur a été destiné dès le commencement du monde ; à partir de ce moment Dieu régnera en eux et ils régneront en Dieu pendant tous les siècles des siècles. »

Lorsque tous les pécheurs auront été bannis à jamais de la terre et relégués dans l'enfer, le monde visible sera parfaitement purifié et renouvelé ; car le feu très-intense qui l'embrasera tout entier produira ce double effet sur les divers éléments. D'abord il les épurera, en les débarrassant de combinaisons grossières et de propriétés malfaisantes; puis il les restaurera, en leur procurant plus d'éclat et de subtilité. Les éléments, fondus et dissous par l'extrême chaleur, seront raffinés et éclaircis comme l'or et l'argent qui ont passé par le creuset dans une fournaise ardente. C'est ce que l'on doit conclure des paroles remarquables de saint Pierre (II Ep. m, 10-13). — Toutefois les corps célestes, n'ayant pas besoin d'être purifiés comme les corps terrestres, seront simplement renouvelés par le feu général, de telle sorte qu'ils perdront leur mobilité continuelle et qu'ils acquerront une clarté plus parfaite. La raison de cette double modification, c'est que les corps célestes ont été disposés originairement de deux manières pour l'usage de l'homme, et d'abord pour la nécessité de l'état où il est soumis aux lois de la génération et de la mortalité. Par conséquent, lorsque cet état de l'homme cessera, le mouvement du ciel cessera aussi ; car le déplacement et le changement successif des corps et des éléments n'ont été

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ordonnés que pour rendre complet le nombre des élus. Donc après le jugement général, quand ce nombre sera complet, il n'y aura plus ni changement ni déplacement, parce que tout moyen devient inutile quand la fln est pleinement atteinte. Le mouvement du ciel ayant cessé, le temps qui en est la suite cessera pareillement, selon cette parole de rApocalypse : Tempus non erit amplius (x, 6)» Delà vient que le dernier jour sefa celui de la résurrection commune, comme Job l'a reconnu en disant : Et in novissimo die de terra surrecturus sum (xix, 25). En outre, les corps célestes ont été faits pour l'ornement de la création, afin que le spectacle de leur beauté élevât l'homme à la connaissance de Dieu. C'est pourquoi leur lumière, au lieu de cesser, ne devra qu'augmenter après le jugement ; car tous les astres, qui précipitent maintenant leur course sans s'arrêter un instant, finiront par trouver un repos permanent, quand ils seront revêtus d'une splendeur ineffable. C'est alors, dit Haymon (in Matth.), que s'accomplira cet oracle d'Isaïe (xxx, 26) : La lumière de la lune égalera celle du soleil, et la lumière du soleil sera septuplée comme celle de sept jours ensemble.

Ainsi, comme Jésus-Christ le déclare (Matth. xxiv, 35), le ciel et la terre passeront, non point toutefois quant à leur substance, mais quant à leur forme. Nous ne croyons pas, dit saint Augustin (de Civit. lib. 20, c. 15), que le ciel et la terre seront détruits absolument, mais plutôt qu'ils seront parfaitement rétablis ; car c'est la figure du monde, et non point sa substance, qui doit périr. Suivant l'explication que donne saint Grégoire (Moral, lib. 17, c, 5), le ciel et la terre perdront l'image ou l'apparence extérieure qu'ils ont maintenant, mais ils conserveront éternellement leur essence ou nature intrinsèque. Voilà pourquoi le Psal"

miste disait au Seigneur (Ps. ci, 28) : Vous les changerez comme un vêtement, et ils seront changés. Par conséquent, ils ne seront point anéantis, mais bien transformés. Aussi, comme l'atteste le Prince des Apôtres (II Pet. m, 13), nous attendons de nouveaux deux et une nouvelle terre, selon que le Seigneur Va promis, en disant par la bouche d'Isaïe (lxv, 17) : Voilà que je crée des deux nouveaux et une terre nouvelle. — Trois raisons nous font comprendre pourquoi le monde matériel doit être renouvelé et amélioré. 1» Gomme il faut que les éléments soient purifiés après avoir été infectés par le péché de l'homme coupable, il faut aussi qu'ils soient renouvelés pour la glorification de l'homme justifié, afin de participer à sa réhabilitation définitive. 2° Il faut aussi que toutes les créatures physiques soient récompensées des services nombreux qu'elles ont rendus à l'homme, en l'aidant à opérer son salut et à honorer leur Auteur. 3° Comme l'univers entier est destiné à nous représenter la majesté divine, il faut que ce grand miroir aujourd'hui détérioré soit enfin réparé pour mieux refléter les perfections du Créateur. Toutefois cette restauration du monde ne sera point une nécessité, afin que nous acquérions la connaissance de Dieu par le moyen des créatures, comme maintenant ; mais elle sera un agrément, afin que la délectation causée par la vision sensible vienne se joindre à la béatitude produite par la vision intellectuelle de la divinité.

Prière.

0 Jésus, Sauveur débonnaire, qui avec une patience miséricordieuse attendez mon amendement, faites qu'en ce monde je m'examine et me condamne moi-même comme

un misérable pécheur; puis accordez-moi la grâce d'éviter tout ce qui vous déplaît et d'accomplir tout ce qui vous plait. Qu'ainsi vous devenant agréable, je mérite d'être rangé à votre droite parmi les bienheureux élus au jugement dernier; et qu'alors \ous trouvant favorable, je puisse obtenir le royaume réservé à vos fidèles serviteurs, afin de jou^îi" éternellement de votre aimable présence, ô Jésus très-clément, l'unique objet de mes aflections et de mes désirs, vous qui devez être ma récompense et ma vie. Ainsi soit-il.

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