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CHAPITRE LXXXVIII

Le jugement dernier sera suivi des joies du ciel et des peines de l'enfer, qui les unes et les autres dureront toute l'éternité.

Quant aux réprouvés d'abord, comme leurs crimes ont été différents, leurs supplices le seront aussi. Sur la terre, le pécheur se détourne du Créateur pour s'attacher à la créature, il néglige le bien suprême pour rechercher quelque futil plaisir, et il abandonne la droite raison pour suivre sa volonté déréglée ; pour ces divers motifs il sera châtié de diverses manières. Ainsi, parce qu'il s'éloigne du Créateur, il sera privé de la vision béatifique ; parce qu'il se prostitue à la créature, il sera tourmenté par un feu matériel ; parce qu'il se passionne pour de faux biens et qu'il s'abandonne

à des inclinations vicieuses, il sera livré à de nombreuses afflictions et accablé de maux très-cruels. Les damnés en effet ressentiront tous les excès du froid et de la chaleur ; ils seront environnés de ténèbres et de fumée; au milieu des serpents et des dragons, ils entendront les insultes et les menaces de leurs affreux bourreaux, les plaintes et les gémissements de leurs criminels associés ; sans cesse, ils seront infectés par l'odeur du soufre, rongés par le ver de leurs consciences, déchirés de remords et couverts de confusion à cause de leurs infâmes désordres dévoilés à tous les yeux ; prisonniers et enchaînés, ils seront en proie à la faim et à la soif, à toutes les privations et anxiétés, à l'envie et à la rancune, à la fureur contre eux-mêmes et contre les autres, et tout cela sans aucun espoir de salut ni de consolation. Ils se verront les uns les autres, non point pour se soutenir mutuellement, mais pour se tourmenter réciproquement. Selon saine Grégoire (Moral, lib. ix, c. 48), les flammes qui les brûleront les éclaireront en même temps de manière à augmenter leur supplice, au lieu de l'adoucir ; car dans ceux qui sont maintenant les objets de leurs coupables affections, ils reconnaîtront les compagnons de leurs propres châtiments ; et alors ils sentiront leurs peines aggravées, en les voyant imposées pareillement à ceux qu'ils ont préférés à Dieu. A la lueur sinistre de l'immense incendie qui les enveloppera, dit saint Isidore, les misérables damnés n'apercevront rien qui puisse les soulager et qui ne doive au contraire les affliger davantage. Aussi, d'après saint Jérôme, leurs douleurs seront si violentes qu'elles absorberont toutes leurs pensées.

L'existence môme, dont toutes les créatures sont si jalouses, paraîtra insupportable aux malheureux réprouvés, et ils désireront vivement leur destruction qu'ils n'obtiendront

jamais; car ceux qui ont ofTensé Dieu jusqu'à leur dernier soupir seront punis durant toute l'éternité, a N'est-il pas juste, dit encore saint Grégoire (Moral, lib, iv, c. 44), qu'après avoir voulu pécher toujours, ils soient condamnés à soulïrir également toujours ? Et puisqu'ils' ont refusé de mettre un terme à leurs crimes, n'est-il pas équitable qu'ils ne puissent trouver un terme à leurs supplices ? En effet, les impies obstinés ne cessent de pécher que parce qu'ils cessent de vivre ; et ils consentiraient à vivre sans fin, s'il était possible, pour pécher aussi sans fin; car ceux qui ne craignent pas de mourir dans l'impénitence montrent qu'ils souhaitent rester à jamais en cet état. C'est donc avec raison que Dieu inflige des châtiments perpétuels aux coupables endurcis, » Suivant la maxime de saint Augustin (de Givit. 1. xxi, c. 12), l'homme dépravé qui fait périr en lui-même le bien souverain qu'il pouvait posséder éternellement est digne de subir éternellement le souverain mal. C'est pourquoi si un damné versait seulement chaque jour la moindre larme, dans la suite des siècles ces larmes quotidiennes finiraient par remplir tous les vases de ce monde ; que dis-je ? elles rempliraient tous les fleuves et toutes les mers avant que ses peines fussent terminées. 0 épouvantable éternité de cruelles souffrances ! Pensons-y sérieusement ; efforçons-nous promptement de prévenir de si terribles malheurs, tandis que nous en avons le loisir et le pouvoir. Ahl si un seul de tous ces instants que nous perdons avec tant d'indifférence sur la terre était laissé à la disposition de quelque réprouvé, comme il s'empresserait d'en profiter pour faire pénitence ! Mais hélas ! par un juste jugement, cet espoir même d'obtenir le moindre moment ne lui est pas accordé. Pour nous former quelque idée de cet affreux état, nous sommes forcés de recourir à des hy-

pothèses purement imaginaires. Supposons, par exemple, une meule de moulin assez étendue pour occuper toute la circonférence des cieux ; si, tous les cent mille ans, un petit oiseau venait détacher de cette masse une parcelle égale à la dixième partie d'un grain de millet, en sorte qu'au bout d'un million d'années il en eût ôté la grosseur d'un grain entier, eh bien I les damnés seraient consolés s'ils pouvaient penser que leurs maux cesseraient enfin quand cette meule serait entièrement détruite ; mais, hélas 1 cette espérance même leur est refusée.

La plus grande peine des damnés^ c'est la séparation éternelle de Dieu ; cet éloignem.ent du bien suprême les afQige plus que la douleur de tous les autres maux. « Plusieurs ignorants, dit saint Ghrysostôme (Hom. 47 ad pop. Antioch.), s'imaginent qu'il leur suffirait d'éviter les flammes de l'enfer; pour moi, je crois qu'il importe encore davantage de ne point perdre les joies du ciel. La simple pensée d'être exclus à jamais du bonheur infini préparé pour les Saints cause aux réprouvés un regret si déchirant qu'elle les rendrait souverainement malheureux, lors même qu'ils seraient exempts de toutes les souffrances extérieures; car cette douleur est la plus cruelle qu'on puisse concevoir. Beaucoup d'hommes cependant ne considèrent et ne craignent que la peine sensible du feu, comme si elle était la seule ou la principale ; assurément elle est horrible et intolérable ; néanmoins elle est toujours jointe à une peine spirituelle, beaucoup plus amère et plus intense ; car celui qui est brûlé dans l'enfer est en même temps chassé du ciel sans retour. Or rien de plus navrant et de plus lamentable que d'être banni perpétuellement de la bienheureuse patrie et de la gloire céleste, d'exciter la colère et la vengeance de uotiebon Sauveur, de l'eulendre fulminer contre

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nous une funeste sentence, de le voir détourner de nous son adorable visage, et de sentir que notre présence lui est insuppoi table. Fils unique du Très-Haut, ne permettez pas que nous éprouvions un si affreux supplice ! » Selon saint Augustin pareillement (de Civit. lib. xxii), il n'y a point de malheur comparable à celui d'être repoussé par Dieu même de son royaume et de sa société, d'être privé de sa béatitude et de sa vie. — Mais, direz-vous peut-être, si la peine la plus grave est de ne pas jouir de Dieu parfaitement, comment le même saint Augustin a-t-il pu dire que les petits enfants morts sans avoir été baptisés sont soumis à une peine très-douce ? On répond que cette soustraction du souverain bien peut être considérée en deux conditions différentes, selon qu'on a ou qu'on n'a pas la conscience de l'avoir méritée par sa propre faute : dans le premier cas, cette peine est la plus accablante ; et dans le second, elle est très-mitigée, comme il arrive pour les petits enfants qui n'ont pas été baptisés avant de mourir. Malheur donc à nous, si nous oubHons les châtiments épouvantables réservés aux pécheurs dans les enfers, et si, indifîérents à notre salut, nous nous exposons de gaîté de cœur à la damnation !

Parlons maintenant des joies du ciel ; elles sont si nombreuses, si étendues, si excellentes que personne en ce monde ne saurait ni les compter, ni les expliquer, ni les concevoir ;car, suivant le témoignage de l'Apôtre (I Epist.ad Cor, II, 9), l'œil n'a jamais vu, l'oreille n'a jamais entendu, le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu a préparé pour ceux qui V aiment. Les Saints trouveront de tous côtés des sujets continuels de jubilation: au-dessus d'eux, dans la vision intuitive du Seigneur; au-dessous d'eux, dans la beauté physique des créatures matérielles ; au-de-

dans d'eux-mêmes, dans la glorification complète de leur âme et de leur corps ; autour de leur personne, dans l'harmonieuse réunion des Anges et des hommes. Chacun se réjouira du bonheur d'autrui comme du sien propre. Tous se connaîtront intimement les uns les autres, de manière à pénétrer mutuellement leurs pensées ; car, selon saint Grégoire (Dial. lib, iv), nul sentiment ne sera caché pour les élus. La considération des récompenses des justes excitera leur jubilation, tandis que la connaissance des supplices des damnés augmentera leur reconnaissance envers Celui qui les a préservés d'un semblable malheur. Au ciel, nous verrons Dieu en lui-même, en nous et dans les créatures ; nous verrons aussi les créatures en Dieu, comme nous nous verrons en lui. Ainsi, suivant l'expression de l'Apôtre (I Cor. xv, 28), Dieu sera tout en tous ; c'est-à-dire, d'après l'explication de saint Augustin (de Civit. I. xxii, c. 30), tous trouveront en Dieu tout ce qu'ils désirent, la vie, le salut, l'honneur, la paix~a\'ec tous les autres biens. Selon saint Grégoire (Moral. 1. xvm, c. 19) la beauté de Dieu est si merveilleuse que les Anges eux-mêmes, ces esprits d'un éclat si ravissant, ne cessent de l'admirer toujours davantage, sans se lasser jamais. En outre, selon saint Augustin (loc. cit.), nos sens intérieurs seront rassasiés par la contemplation de la divinité, et nos sens extérieurs par la présence de l'humanité de Jésus-Christ ; car il s'est incirné pour béatifier l'homme tout entier. Dieu donc, devant être l'objet de tous nos sens, les remplira d'une délectation spirituelle inefîable. Il sera pour les yeux plus transparent qu'un miroir, pour l'ouïe plus mélodieux que la harpe, pour le goût plus suave que le miel, pour l'odorat plus exquis que tout parfum et pour le tact plus charmant que toute fleur. Au ciel encore seront réunis tout à la fois les

splendeurs ^ de l'été, les agréments du printemps, l'abondance de l'automne et le repos de l'hiver; on y jouira de la béatitude complète qui, d'après saint Augustin (Lib, de Vita beata), consiste en deux choses indispensables, la possession de tous les biens et l'absence de tou^ les maux. Enfin, coinme s'accordent à le proclamer ces deux illustres docteurs, saint Augustin (de Givit. 1. xxn) et saint Grégoire (Moral, 1. xvtii, c. 19), le ciel renferme tant de merveilles et de perfections, procure tant de bonheur et de gloire que, dût-on n'y demeurer qu'un seul Jour, pour y parvenir on devrait sacrifier des jours innombrables, passés en ce monde parmi tous les plaisirs et toutes les richesses de la terre. Aussi, ce n'est point sans juste raison que le Prophète s'écriait tout transporté d'admiration : 0 mon Dieu, un seul jour dans vos tabernacles vaut mieux que des milliers d'autres jours partout ailleurs ! (Ps. lxxxiit, U.)

Cette vie éternellement bienheureuse consiste surtout dans les qualités glorieuses dont seront revêtus le corps et l'âme. Trois prérogatives de l'âme constituent la récompense essentielle des justes, savoir : la claire connaissance qui succédera à la foi ; la pleine jouissance qui succédera à l'espérance ; et la dilection consommée ou charité qui, au lieu d'être détruite comme l'espérance et la foi, sera élevée à son suprême degré. Quatre prérogatives du corps forment la récompense accidentelle des justes, savoir : la clarté, l'impassibilité, la subtilité et l'agilité.

La première prérogative de l'âme glorifiée est la claire connaissance ou vision intuitive, par laquelle les élus contemplent l'essence diviae dans toutes ses perfections, sans pénétrer jusque dans ses intimes profondeurs, parce qu'elle est infinie. Les uns et les autres la verront d'une façon plus ou moins claire, stlon qu'ils auront reçu une lumière

de gloire plus ou moins forte ; et cette difîérence vieii Ira du côté des élus qui ne seront pas également doués, mais non point du côté de Dieu qui, à cause de sa simplicité absolue, n'admet en lui-même aucune diversité. Or, relati'/ement à la connaissance de Dieu, il y en a trois sortes, suivant que l'on croit son existence, que l'on voit son essence, et que l'on comprend son infinité. Il est connu de la première manière en cet exil par les méchants eux-mêmes ; il sera connu de la seconde manière dans la patrie par les bons seuls, comme l'atteste saint Jean, quand il dit: Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons comme il est en lui-même (I Ep. ni, 2). Il ne peut être connu de la troisième manière ni par les méchants ni par les bons, ni en cette vie ni en l'autre, mais par lui seul ; parce qu'aucun être fini ne peut comprendre dans ses conceptions bornées l'Être infini d'une manière adéquate. — La seconde prérogative de l'âme est la dilection consommée. Cette dilection'^ ou charité n'est pas la même en tant que vertu et en tant que prérogative : comme vertu, elle est cette qualité surnaturelle qui rend les élus dignes d'être admis à l'état de gloire ; et comme prérogative, elle est un douaire excellent que le divin Epoux accorde à l'âme privilégiée au delà de ses propres mérites, en l'introduisant dans l'éternel séjour. Là, tandis que la foi et l'espérance cesseront, la charité ne cessera point ; mais elle changera de mode, en se dégageant de toute imperfection. En efîet, comme l'explique saint Augustin (Serm. 53 de tempore), la foi sera remplacée par la réalité que nous contemplerons, l'espérance par la béatitude que nous obtiendrons ; mais la charité, bien loin d'être remplacée, sera augmentée. — La troisième prérogative de l'âme est la pleine jouissance ou xjossession inamissible de la Vérité

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qu'elle voit clairement et de la Bonté qu'elle aime souverainement ; car les élus qui embrassent ainsi la Divinité comme l'unique objet de leur intelligence et de leur affection s'y attachent avec une complète satisfaction et avec une confiance assurée comme au bien suprême et éternel qu'ils ne perdront jamais.

Parmi Tes quatre prérogatives des corps glorifiés, la première sera la clarté, qui peut s'entendre de deux manières. Ainsi l'on dit qu'un objet est clair, soit quand il est transparent comme le verre à travers lequel on aperçoit les autres corps, soit quand il est brillant comme les étoiles qui scintillent au firmament. Tout corps glorifié réunira ces deux sortes de clarté, de manière qu'il sera diaphane et lumineux en même temps. Chacun resplendira pour le moins sept fois autant que notre astre du jour; et l'âme, revêtue de son corps, étincellera sept fois encore plus que lui à travers tous les membres, comme le soleil à travers le cristal. La clarté des corps glorieux ne sera pas égale pour tous, mais elle sera proportionnée en chacun à la sainteté des âmes bienheureuses auxquelles ils seront joints. — La seconde prérogative des corps glorifiés sera l'impassibilité ; elle procédera de la force même de l'âme qui, par sa puissance, dominera tellement le corps que nul objet extérieur ne pourra ni l'altérer ni la blesser, en sorte que si un corps glorifié était placé en enfer il n'en ressentirait aucun mal. — La troisième prérogative de^ corps glorifiés sera la subtilité ; produite par la victoire de l'âme sur la matière, cette qualité enlèvera au coips la grossièreté provenant de la combinaison des éléments qui le coiijposent. Néanmoins, deux corps glorifiés, pas plus que s'ils n'étaient point glorifiés, ne peuvent être simultanément eu uu même lieu; parce que si i un pouvait agir et entrer dans l'autre, celui-

ci re pourrait résister à celui-là. Mais un corps glorifié peut bien être simultanément en un lieu avec un corps qui n'est pas glorifié ; car il peut le pénétrer, de manière que l'un et l'autre conservent leurs dimensions respective s — La quatrième prérogative des corps glorifiés sera l'agilité qui, comme la clarlé, sera proportionnée à la sainteté des âmes bienheureuses. Selon saint Augustin (de Givit. 1. 22, c. 30), l'agilité sera si grande que le corps sera aussitôt où l'âme le voudra ; car la nature sera totalement soumise à la volonté, de sorte que le corps sera mu suivant l'impulsion de l'esprit. Toutefois, dans les Saints, la volonté sera toujours conforme à la droite raison, de manière qu'ils ne désireront jamais rien d'inconvenant ni pour le corps ni pour l'âme.

En outre, plusieurs Saints recevront une auréole distinctive, qui consistera dans une joie spéciale de l'âme et dans une beauté particulière du corps, à cause de quelque œuvre excellente et privilégiée, comme le martyre, la virginité et la prédication. Ainsi l'auréole qui resplendira principalement dans l'âme rejaillira sur la chair comme un reflet éclatant. Remarquons qu'il existe une différence notable entre la couronne, l'auréole et la palme. La couronne est la gloire essentielle qui répond à la charité comme à la racine du mérite ; cette récompense rend l'homme participant de la nature divine et par conséquent de la dignité royale ; aussi la perfection qu'elle suppose est figurée par la forme ronde de la couronne. L'auréole est la gloire accidentelle qui est décernée pour quelque œuvre excellente aux martyrs, aux docteurs et aux vierges, comme l'indique ce vers latin :

Aureolam Martyr, Doctor, Virgoque meretur.

La palme est aussi une gloire accidentelle qui est accordée jjour quelque acte héroïque de la simple volonté. Ainsi les serviteurs de Dieu qui, comme l'illustre saint Martin, ont désiré le martyre, en obiiendront la palme, quoiqu'ils n'en aient pas soulîert la peine, parce qu'ils n'ont pas été mis à mort par quelque persécuteur.

Parmiles biens que posséderont les élus, saint Anselme en distingue sept pour l'âme et autant pour le corps (in I Ep. ad Cor,). Ceux du corps sont la beauté, la célérité, la force, la liberté, la santé, la volupté et l'éternité.— «1° La beauté des élus, dit l'illustre Docteur, égalera celle du soleil qui sera pourtant sept fois plus éclatante que maintenant ; aussi Jésus-Christ lui-même a dit (Matth. xiii, 43) : Les justes alors brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père. — - 2° Leur célérité sera si grande qu'elle ressemblera cà celle des Anges qui vont du ciel sur la terre et de la terre au ciel aussi vite que la parole. Nous voyons un exemple de cette rapidité dans les rayons du soleil qui, dès le lever de cet astre à l'orient, parviennent jusqu'aux extrémités de l'horizon à l'occident ; et pourtant il y a d'ordinaire moins de promptitude dans le mouvement des corps inanimés que dans celui des êtres animés. — 3" Les Saints seront doués d'une force supérieure, au point que rien ne pourra leur résister; et tout ce qu'ils voudront faire changer d'état en le transportant ou renversant ne tardera pas à céder. Pour obtenir un pareil résultat, il ne leur faudra pas faire un plus grand effort que nous n'en faisons pour remuer nos yeux. Sous ce rapport^^comme sous les autres, ils seront tellement semblables aux Anges qu'ils seront capables de produire les mêmes effets. — 4° Ils jouiront aussi de la même liberté que les purs esprits. Gomme ceux-ci ne rencontrent rien qui les arrête, les embarrasse et les con-

traigne, de manière qu'ils pénètrent tout très-librement comme ils le veulent ; ainsi leurs célestes concitoyens ne trouveront point d'obstacle qui les retarde, point d'enceinte qui les retienne, point d'élément qui ne leur obéisse facilement. — 5° Quant à la santé des bienheureux, qu'y a-t-il de mieux à dire que cette parole du Psalmiste : Le salut des justes vient du S'ei^newr (Psal. xxxvi, 39)? Or quelle infirmité pourra jamais altérer la santé provenant d'un tel principe? On doit croire et affirmer qu'elle sera continuelle et inviolable, au point de remplir l'homme entier d'une certaine douceur sensible et d'un bien-être ineSable ; car elle repoussera tout ce qui présenterait quelque danger de vicissitude ou de lésion, — 6° Les bons seront enivrés d'une volupté inestimable, et tous leurs sens seront pleinement rassasiés par une suave abondance ; car Dieu les comblera des richesses de sa maison en les abreuvant au torrent de ses déhces. — 7° Quand l'homme possédera ces avantages réunis, que pourra- t-il désirer en outre pour la satisfaction de son corps, sinon ce que tous ne cessent de souhaiter, comme nous le savons, c'est-à-dire la perpétuité de la vie ? Or il est certain que ce dernier avantage ne lui manquera pas ; car, comme l'assure la Sagesse (v, 16) : Les justes vivront éternellement.

tt Outre ces biens précieux pour le corps, continue saint Anselme, il en est d'autres non moins inappréciables pour l'âme qui les a goûtés. Ils sont également au nombre de sept : la sagesse, l'amitié, la concorde, la puissance, l'honneur, la sécurité, la joie. 1° Dans la vie éternelle, la sagesse des bons sera si grande qu'ils sauront tout ce qu'ils voudront ; car rien ne leur sera caché de tout ce qui peut être découvert dans les œuvres de Dieu, tant parmi les choses présentes que parmi les choses futures

de ce monde. Tous se connaîtront les uns les autres ; et personne n'ignorera ce que chacun a fait durant la vie, comme aussi quelles furent sa patrie, sa nation, sa race. — 2° Leur amitié mutuelle sera tellement étroite qu'ils seront unis ensemble comme des membres entre eux ; ils se regarderont Jpus comme formant un seul corps avec Jésus- Christ, leur chef commun, qui est l'auteur de la paix. Chacun donc aimera tous les autres comme soi-même. Il vous semble peut-être que votre dilection sera à l'apogée quand vous serez en cet état ; cependant regardez plus haut et contemplez Celui qui est pour vous le principe de cet amour. Vous remarquerez alors qu'il aura pour vous incomparablement plus d'affection que vous-même et que tous les autres ; aussi, avec une suavité ineffable, vous aurez pour lui beaucoup plus d'affection que pour vous-même, — 3° C'est pourquoi entre tous régnera une telle concorde que vous ne trouverez en aucun d'eux un sentiment différent du vôtre sur quoi que ce soit ; car au ciel nous composerons tous l'Eglise triomphante, cette Epouse irréprochable de Jésus-Christ. Entre nous donc il n'y aura pas plus d'opposition qu'il n'y en a maintenant entre les divers membres d'un même corps. Comme dans le mouvement des yeux, l'un se tourne immédiatement du même côté que l'autre, ainsi dans la réunion des Saints toutes les volontés inclineront simultanément du même côté que la vôtre. Que dis-je ? La volonté divine elle-même ne différera pas de la vôtre ; mais comme vous voudrez les mêmes choses que Dieu, lui aussi ne voudra pas autre chose que vous; car comment la tête pourrait-elle ne pas s'accorder avec le corps qui lui est complètement soumis ? — 4° Puisque tous les Saints dans le ciel seront en parfaite harmonie de sentiments avec le souverain Maître, vous ne voudrez

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assurément rien que vous ne puissiez. Votre volonté sera toute-puissante de la sorte, parce qu'en toutes choses le Tout-Puissant lui-même s'y conformera. — 5° A ce grand pouvoir dont les élus seront investis ne manquera pas de correspondre uc tionneur convenable. Lors donc que vous posséderez heureusement tous les biens que nous venons de signaler, est-ce que vous ne serez pas satisfait ? Oui, sans doute, dites-vous. — 6° Que sera-ce donc quand vous jouirez de ces avantages durant toute l'éternité, avec une pleine assurance de ne les perdre jamais? Trouvant alors une sécurité perpétuelle, vous ne craindrez point que quelque adversaire veuille vous causer quelque dommage. — 7° Mais comment un simple mortel sur la terre pourrait-il concevoir la joie immense que goûteront les chœurs iU" nombrables des élus réunis dans une commune béatitude, avec Tintime persuasion que chacun d'eux s'applaudit du bonheur d'autrui comme du sien propre ? En outre, se voyant aimé de Dieu qu'ils aimeront plus qu'eux-mêmes, et comprenant qu'il s'aime lui-même infiniment davantage, ils prendront part à sa gloire suprême dans un ravissement continuel de jubilation inénarrable. »

Saint Anselme ajoute : « Tandis que les élus seront comblés de biens inestimables, les damnés seront accablés de maux affreux. Ainsi la beauté, la célérité, la force, la liberté, la santé, la volupté rempliront les justes d'une vive allégresse, au lieu que la laideur, la pesanteur, l'inertie, la servitude, la langueur et la douleur rempliront les impies d'une profonde tristesse. Suivant que la perpétuité de la vie rendra leur bonheur impérissable ou leur malheur interminable, les uns embrasseront avec une souveraine délectation cette éternité que les autres subiront avec une rage implacable. Quant à lasagesse ou à la science, les Saints

trouveront de la joie et de l'honiieur dans tout ce qu'ils connaîtront ; les pécheurs au contraire ne rencontreront que chagrin et confusion dans tout ce qu'ils sauront. L'amitié qui accroîtra la félicité des bons ne fera qu'augmenter le supplice des méchants; car ces derniers seront d'autant plus affligés qu'ils verront leurs amis plus tourmentés. Les réprouvés seront en désaccord avec toutes les créatures, comme aussi elles seront toutes en opposition avec euxmêmes. Ils seront réduits à une telle impuissance qu'ils ne pourront absolument rien de ce qu'ils voudront, et qu'ils ne voudront rien de ce qu'ils auront. Leur extrême dégradation sera proportionnée à la sublime exaltation des Saints. Et comme les amis de Dieu ne craindront point d'être privés jamais de leurs biens, les ennemis de Dieu au contraire désespéreront entièrement d'être délivrés jamais de leurs maux. Au lieu de la jubilation éternelle qui sera le partage assuré des élus, une désolation irrémédiable sera l'héritage forcé de tous ceux qui, après avoir persévéré dans l'impénitence de leurs crimes, seront flxés dans la compagnie des démons. » Ainsi parle saint Anselme.

A propos de cette déclaration de Notre-Seigneur, dans la maison de mon Père il y a de nombreuses derneures^ saint Chrysostôme s'exprime de la sorte : En enfer, comme au ciel, il y a de nombreuses demeures ; c'est-à-dire, il y a différents degrés de supplice pour les méchants, ainsi qu'il y a différents degrés de récompense pour les bons. Tous les damnés cependant subiront la peine éternelle, comme tous les élus recevront la vie éternelle, figurée par ce même denier que le Père de famille donnera à tous ceux qui auront travaillé h sa vigne. Cette vie éternelle consiste en la possession de Dieu, dont tous les Saints jouiront ensemble mais inégalement, parce qu'ils ne seront pas glorifiés de

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la même façon. Eu elièt, suivant la comparaison employée par l'Apôtre (1 Cor. xv, 41), comme entre les étoiles l'une est 'plus éclatante que Vautre^ ainsi parmi les justes l'un sera plus glorifié que l'autre, soit pour l'âme soit pour le corps. Ils contempleront la Majesté divine d'une manière plus immédiate et plus parfaite les uns que les autres ; et ces différences dans la vision intuitive constituent ce que nous appelons des degrés. Au ciel donc il n'y a qu'une seule maison représentée par le denier commun de la parabole, mais il y a de nombreuses demeures ; c'està-dire, il y a difîérents degrés de gloire dans l'étal collectif de la béatitude que procure le souverain Bien, principe de vie pour tous les élus. » — Sur ce même sujet que saint Chrysostôme vient de traiter, saint Augustin dit aussi (de Civit. 1. 22, c. 30) : e Nul doute que, selon la diversité des mérites, il y aura diversité d'honneur. Alors paraîtra un magnifique spectacle ; car dans la bienheureuse cité chacun sera content de ce qu'il aura reçu sans être jaloux de celui qui sera plus élevé, de même que dans le corps humain le^ doigt n'envie point la place occupée par l'œil. Ainsi, quoique tous les élus ne doivent pas posséder les mêmes avantages, ils n'en souhaiteront pas de plus considérables que ceux dont ils jouiront. »

: Par les difîérentes demeures célestes dont parlait Jésus- Christ, on peut aussi entendre les différents chœurs angéliques, pour le recrutement desquels le genre humain a été créé. De chaque chœur effectivement sont déchus des Anges ou purs esprits, assez nombreux pour composer un dixième chœur ; et c'est à réparer les pertes éprouvées par les neuf autres que sont destinés les Saints, élus d'entre tous les hommes.

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Prière.

Seigneur Jésus, à cause de ma fragile nature, tandis que je vis de corps sur la terre parmi les diverses jouissances de cette vie, faites que je descende parla pensée dans l'enfer pour y considérer les peines terribles réservées aux pécheurs impénitents ; et par cette méditation salutaire détournez-moi efficacement de tout péché, de peur qu'après ma mort je ne descende forcément en cet horrible séjour pour y subir des châtiments sans fin. De plus, Seigneur mon Dieu, faites que, parmi les nombreuses amertumes de cet exil, j'aspire aux douceurs de la patrie, que je soupiré après les joies de l'éternité, que, fixantau ciel mon esprit et mon cœur, je m'attache à vous sans partage et sans retour; accordez-moi de n'aimer et de ne désirer que vous ici-bas, en attendant que je ne cesse de vous contempler et de vous posséder là-haut comme mon Bien unique et suprême. Ainsi soit-il.

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