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CHAPITRE LXXXIX

Nous avons écrit avec le plus de soin qu'il nous a été possible cette Vie du Sauveur, que nous offrons humblement aux pi3ux lecteurs. Les hommes qui gémissent sous le poids de leurs misères et de leurs fautes découvriront là les

«ÎONCLOSION DE CE LIVRE 3tt

plus puissants motifs de consolation et d'espérance ; car ils y verront que notre Sauveur miséricordieux a voulu naître parmi les pauvres et converser avec les pécheurs, qu'il a daigné même prier et mourir pour eux sur la croix. Ainsi, Chrétien fidèle, vous trouverez en ce livre une source féconde d'instructions spirituelles pour produire et accroître les fruits excellents de l'amour divin dans votre cœur, en y excitant de saintes affections et de vertueux désirs qui feront couler de vos yeux les larmes de componction et de dévotion. Puissent ces larmes salutaires devenir votre pain quotidien jusqu'à ce que le souverain Maître vous introduise dans ses tabernacles et vous reçoive dans ses bras avec tendresse I Vous pourrez alors vous écrier avec allégresse comme l'Épouse des Cantiques (ii, 16, i, 12) , Mon Bien-aiméest à moi et je suis à lui... Il reposera sur mon sein désormais, ou plutôt il demeurera dans mon cœur éternellement. En attendant cet inestimable bonheur, observez la recommandation de saint Bernard : « Aux appas funestes d'un monde perfide opposez les charmes si suaves du Seigneur Jésus, afin de surmonter la douceur du premier par celle du second, de même qu'on chasse un clou par un autre, suivant l'adage. »

Accueillez donc avec joie et respect l'histoire évangélique de Celui que vous devez étudier et copier sans cesse et sans relâche ; car le tableau de sa Vie doit être le modèle de la vôtre. C'est sur ce fondement que vous pourrez construire l'édifice de votre salut, et c'est par ce chemin que vous pourrez atteindre le sommet de la perfection. En effet, l'histoire de Jésus-Christ fournit une douce nourriture à l'âme fervente qu'elle dispose à une nourriture encore plus exquise ; car il est très-bon assurément de considérer Notre-Seigneur selon la chair et dans son humanité, mais

il est beaucoup plus excellent de le considérer selon l'esprit et dans sa divinité ; néanmoins la connaissance de ses actions extérieures conduit à la connaissance de ses dispositions intérieures. Voilà pourquoi il faut s'attacher sur la terre à la méditation de l'Evangile comme à une échelle mystique pour s'élever à la vision de Dieu dans le ciel. Ceux-là rnêmes qui sont parvenus à un sublime degré de contemplation ne doivent point renoncer entièrement à la lecture édifiante de cette Vie ; ce serait de leur part orgueil et présomption que de ne pas vouloir s'y appliquer en temps et lieu. Aussi, comme nous l'avons fait remarquer dans le Prologue de cet ouvrage^ saint Bernard, quoiqu'il fût sans nul doute un Docteur très-spirituel, ne cessa jamais de se représenter les œuvres et les souffrances de l'Homme-Dieu ; car c'est dans ce souvenir fréquent et afîectueux que l'on puise la plus solide confiance et la plus pure jouissance sur la terre.

Saint Anselme, qui avait fait l'heureuse expérience de cette même vérité, s'exprime de la sorte (in Méditât.) : « Bon Jésus, combien vous êtes doux pour le cœur qui vous recherche et qui vous chérit i Mais d'oiî vient que vous lui semblez plus doux comme incarné que comme Verbe, dans vos humiliations terrestresque dans vos célestes grandeurs? Je ne saurais le dire, parce que je ne puis le comprendre parfaitement. Oui, il est beaucoup plus délicieux pour l'âme dévote de vous considérer naissant d'une Mère immaculée dans le temps qu'engendré du Père éternel avant la création, expirant sur le gibet en face des Juifs que dominant au ciel sur l'assemblée des Anges, soumis aux derniers mortels que commandant à l'univers entier, subissant nos pénibles infirmités qu'exerçant vos forces infinies, rachetant ceux qui périssaient que créant ceux qui n'exis-

talent point. 0 Sauveur débonnaire, combien il est doux de se rappeler tout ce que vous avez bien voulu faire et endurer pour notre amour ! D'abord, la très-pure Marie vous a conçu et enfanté sans perdre sa virginité ni ressentir de douleur ; puis vous avez été enveloppé de pauvres langes et couché en une crèche grossière ; vous avez supporté avec résignation tous les outrages et les affronts ; vous avez lavé et essuyé de vos propres mains les pieds de vos disciples ; vous avez prolongé votre prière dans la nuit suprême, où vous avez versé une sueur de sang ; vous avez été vendu pour trente deniers par l'infâme apostat, qui vous trahit au moyen d'un baiser hypocrite; vous avez été saisi et garrotté par une vile soldatesque, qui vous traîna devant des tribunaux où vous fûtes accablé de calomnies ; vous avez été déchiré par les verges et couronné d'épines, indignement soufleté et conspué, frappé sur la tête à coups de poing et de roseau, revêtu d'un manteau d'écarlate c~bmme un roi de théâtre et affublé d'une robe blanche comme un insensé, adoré par dérision et condamné à mort ; au milieu d'injustes accusations et parmi les mauvais traitements, vous êtes resté muet comme un innocent agneau sans faire entendre ni plainte ni excuse ; conduit au supplice comme un scélérat, vous avez été chargé d'une lourde croix, à laquelle vous fûtes suspendu avec des clous aigus ; vous avez demandé grâce pour vos cruels bourreaux, qui cependant vous présentèrent du vinaigre pour breuvage et du fiel pour nourriture; vous avez répandu votre sang précieux par cinq larges plaies ; enfin, après avoir remis votre très-sainte âme entre les mains du Père, vous avez incliné la tête et exhalé l'esprit, en vous offrant comme une victime de propitiation pour notre salut. Toutes ces considérations doivent

produire et augmenter en nous la confiance, l'allégresse, la T. vu. 18

consolation, l'amour et le désir ; car comment ne pas se réjouir et se féliciter de ce que le Créateur a daigné non-seulement s'incarner mais encore souffrir et mourir pour sa créature ? Peut-on méditer rien de plus suave, et goûter rien déplus doux? Est- il réflexions plus utiles et plus agréables? Je le demande, qui pourra me ravir une place dans ce royaume où règne avec une souveraine puissance Celui qui est devenu mon frère et mon semblable? Quel événement me jetterait dans la désolation, lorsque mes espérances reposent sur des garanties aussi certaines ? Quelle tristesse pourrait jamais ébranler celui que des pensées si . salutaires ne cessent d'occuper? s Ainsi parle saint Anselme.

Cherchez donc à converser intérieurement avec le divin Sauveur, et appliquez-vous à méditer habituellement sur sa vie évangélique, parce que vous goûterez en lui seul le repos véritable. Les cinq lettres qui composent le nom de Jésus n'indiquent-elles pas qu'il procure tout à la fois la joie, l'éteraité, la suavité, l'union et le salut? « Parcourez le monde à droite et à gauche, dit saint Bernard (in Cantic. Serm. 15), tournez et retournez de tout côté, nulle part vous ne trouverez de calmo'Ct de satisfaction, si ce n'est en Jésus. Voulez-vous donc posséder la paix ? mettez-le comme un cachet sur votre cœur ; car la tranquillité règne partout où il règne lui-même. ■» Aimons par conséquent un Dieu qui nous a tant aimé le premier ; ne cessons de louer avec reconnaissance Celui qui a commencé par nous bénir avec tendresse ; c'est là l'unique moyen de jouir d'un bonheur continuel. — « 0 Jésus, s'écrie encore saint Anselme (in Méditât.), anathème à qui ne vous aime pas 1 qu'un tel ingrat soit abreuvé de chagrin ! Seigneur, votre amour est pudique et n'admet rien de souillé, il est suave et n'a rien

de pénible ; car il convertit en douceurs les amertumes de ce monde dont il rend fades tous les plaisirs. Dans les angoisses il n'est point accablé, ni oppressé dans les épreuves; il ne périt pas sous le poids de l'indigence, et ne succombe point sous le fardeau de la tristesse ; il est patient au sein des travaux, et tranquille au milieu des menaces ; il demeure invincible parmi les tourments, et reste vivant jusque dans les bras de la mort. De même que l'avare se réjouit de son trésor et que la mère se complaît en son fils unique, ainsi l'âme qui vous cbérit, ô Jésus débonnaire, met dans cette affection son contentement et sa délectation. La douceur du miel, la suavité du lait, la saveur enivrante du vin, les plus flatteuses délices sont moins agréables au palais de ceux qui les goûtent que votre charité au cœur de ceux qui vous aiment. »

Après avoir entendu parler ainsi saint Anselme, nous ne pouvons mieux terminer ce livre, rempli tout entier par le nom de Jésus, qu'en écoutant saint Bernard commenter cette parole du Cantique (1, 2) : Oleum effusum nomen tuum, votre nom est une huile répandue. « Le nom du divin Epoux a sans doute quelque analogie avec l'huile ; car le Saint-Esprit n'aurait point comparé l'un avec l'autre sans raison. Or, à moins que vous ne découvriez mieux, je la trouve dans les trois propriétés de l'huile qui sert pour éclairer, nourrir et oindre ; elle entretient la flamme, alimente la chair, calme la douleur, de sorte qu'elle est tout à la fois lumière, nourriture, remède. Voyez s'il n'en est pas ainsi relativement au nom de Jésus ; quand on le publie, il illumine ; quand on le médite, il soutient ; quand on l'invoque, il console. D'où vient, en efîet, que la clarté de la foi s'est propagée si rapidement dans tout l'univers, si ce n'est de ce que le nom de Jésus y a été annoncé ?

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N'est-ce pas par la prédication de ce nom béni que Dieu nous a appelés en son admirable lumière ? Voilà pourquoi saint Paul disait justement aux premiers Chrétiens : Vous étiez jadis aveuglés, et vous êtes maintenant illuminés dans le Seigneur (Ephes. v, 8). — Le nom de Jésus n'est pas seulement lumière, mais encore nourriture. Toutes les fois qu'il vous revient-àrla mémoire, ne vous remplit-il pas de force ? Quel souvenir satisfait autant l'esprit ? Qu'est-ce qui pareillement répare les sens affaiblis, consolide les vertus chrétiennes, maintient les bonnes mœurs, produit les actions honnêtes et excite les chastes affections ? Tout aliment spirituel est sec, lorsqu'il n'est pas détrempé de cecte huile ; il est insipide, lorsqu'il n'est point assaisonné de ce sel. Quand vous écrivez, votre récit n'a pour moi nulle saveur, si je n'y lis le nom de Jésus ; quand vous discutez ou conférez, votre entretien n'a pour moi aucun intérêt, si je n'y entends le nom de Jésus. Jésus est un miel à ma bouche, une mélodie à mon oreille, une jubilation à mon cœur ; de plus, il est un remède. — En effet, quelqu'un de vous est-il saisi de tristesse ? Que Jésus vienne en son cœur et de là passe en sa bouche ; aussitôt tout nuage s'enfuit et la sérénité reparait. Quelqu'un tombe-t-il dans le crime ? court-il même à la mort où l'entraîne le désespoir ? S'il appelle Jésus à son aide^, il retournera promptement à la vie. Après avoir prononcé ce nom salutaire, quel est celui qui persévérera, comme font tant d'autres, dans un funeste endurcissement, dans une lâche torpeur, dans une rancune inflexible et dans une langueur fatale ? Tous ceux qui invoquent ce nom puissant et illustre ne chassent-ils pas la crainte au milieu des périls où ils palpitaient et tremblaient, ne recouvrent'ils pas la certitude parmi les doutes où ils étaient ballottés et flottants, ne reprennent-ils pas en-

fin patience et courage dans les adversités qui causaient leur défiance et leur défaillance ? Car ce sont là les infirmités et maladies de l'âme auxquelles remédie le nom de Jésus. — Il sufîirait d'alléguer en preuve la promesse que le Seigneur a faite lui-même en ces termes : Invoque-moi au jour de la tribulation ; je t'en délivrerai et tu m'honoreras (Ps. xLix, 15). Il n'est pas de meilleur moyen pour arrêter l'emportement de la colère, dissiper l'enflure de l'orgueil, fermer la plaie de l'envie, comprimer les débordements de la luxure, éteindre les flammes de la convoitise, étancher la soif de l'avarice et bannir toutes les démangeaisons des passions déréglées. Faut-il s'en étonner ? puisqu'on nommant Jésus, je me représente un homme doux et humble de cœur, bienveillant, sobre, chaste, miséricordieux, rempli de toute pureté et sainteté ; il est de plus lui-même un Dieu tout-puissant qui me guérit par son exemple, et me conforte par son assistance. — Voilà ce que rappelle à mon esprit le nom de Jésus. Je trouve en lui un modèle en tant qu'il est homme et un soutien en tant qu'il est Dieu ; avec son secours, je me sers de ses exemples comme d'herbes médicinales pour préparer une mixtion telle que nul médecin n'en saurait faire de semblable. Ainsi, Chrétien, tu possèdes un excellent antidote, caché comme en un vase, dans ce nom de Jésus ; car il est assurément d'une efficacité souveraine contre tout mal. Qu'il soit donc toujours en ton sein et toujours à ta main, de sorte que tous tes sentiments et tous tes actes soient dirigés vers Jésus. Enfin appuie-toi sur lui sans crainte, selon que lui-même t'y exhorte, en disant : Place-mol comme un sceau sur ton cœur, commeim sceau sur ton bras (Cant. viii, 6). De cette manière ton bras et ton cœur seront garantis de

toute blessure; car par le nom de Jésus, tu pourras corri- T. vu. IS.

ger OU perfectionner tes actions, comme aussi purifier tes affections ou les préserver de toute souillure. » Ainsi parle saint Bernard.

Ici, notre pieux Auteur nous présente comme bouquet spirituel le gracieux cantique, d'où l'Eglise romaine a extrait trois hymnes propres à la fête du saint Nom de Jésus. Sur le témoignage d'anciens manuscrits, quelques érudits modernes ont prétendu que cette Prose latine avait été composée par une religieuse bénédictine du xiv" siècle. Mais si leur sentiment était vrai, notre vénéré Père Ludolphe aurait-il attribué une pièce récente, qui venait de paraître, à saint Bernard, qui vivait deux siècles auparavant ? Voici la traduction de ce cantiqjie, tout rempli de la mystique douceur qui convient à l'illustre docteur justement appelé MelUfluus.

« Jésus, votre douce souvenance suffit à réjouir le cœur, et votre suave présence est pi éf érable à toutes les délices. — Il n'y a point de chant plus harmonieux, de parole plus agréable, de pensée plus consolante que votre nom, ô Jésus, Fils de Dieu. — Jésus, espoir des pénitents, que vous êtes compatissant pour ceux qui vous implorent et bon pour ceux qui vous cherchent 1 mais que n'êtes-vous pas pour ceux qui vous ont trouvé? — Jésus, source de vie, onction des cœurs et lumière des esprits, il n'est point de joie que vous ne puissiez surpasser, ni de désir que vous ne puissiez combler. — La langue ne saurait dire, ni l'écriture exprimer quel bonheur c'est d'aimer Jésus ; celui qui l'éprouve peut seul le croire. — Fermant la porte de mes sens, je chercherai Jésus sur ma couche ; je le chercherai avec des soins assidus en particulier et en pubhc. — Dès le matin comme Madeleine, je veux aller à son tombeau ; je ne cesserai de le chercher non point extérieurement, mais spiri-

tuellement, par les soupirs et les cris da cœur. — J'arroserai son sépulcre de larmes ; et je remplirai son monument de mes pleurs ; je me prosternerai à ses pieds, et je les tiendrai étroitement embrassés. — Jésas, roi magnifique et triomphateur insigne, votre bonté est sans bornes et votre beauté sans égale I — Restez avec nous, Seigneur, et répandez sur nous votre lumière ; chassez les ténèbres de notre âme, et couvrez le monde de vos bienfaits. — Quand vous visitez notre pauvre cœur, il découvre la splendeur de la vérité ; il méprise la vanité du monde, et la charité l'enflamme. — Rien assurément de plus doux et de plus suave que l'amour de Jésus ; il procure mille fois plus de grâces qu'on ne saurait le publier. — C'est là ce que prouvent la Passion qu'il a souJÏerte et le sang qu'il a versé pour fournir le prix de notre rançon et nous mériter la vue même de Dieu. "- Reconnaissez tous votre Sauveur ; suppliez-le, conjurez-le d'allumer en votre cœur le feu sacré qui ne cesse de l'embraser toujours davantage. — Aimez Celui qui vous aime tant, et sachez le payer de retour ; courez après ses parfums et répondez à ses vœux. — 0 Jésus, votre clémence souveraine nous inspire une joyeuse confiance ; et les dons excellents de votre providence font les plus chères délices de mon âme. — Maître débonnaire, faites-moi ressentir la grandeur de voire miséricorde et contempler la gloire de votre présence. — Ne pouvant vous bénir comme vous le méritez, je ne me tairai point cependant ; l'amour me rend audacieux, parce qu'en vous seul je trouve mon plaisir. — Votre dilection, ô Jésus, est pour le cœur uneexqîiise réfection; jamais elle n'engendre le dégoût, elle entretient toujours l'appétit. — Ceux qui vous goûtent ont encore faim ; ceux qui vous boivent ont encore soif; ils ne savent que soupirer après Jésas, objet de leur

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afiection, — Celui que votre amour enivre peut seul apprécier votre générosité ; et celui que vous daignez rassasier n'a plus rien à désirer. — Jésus, ornement des cieux, vous êtes pour l'oreille une ravissante mélodie, pour la bouche un miel délectable, et pour le cœur un nectar merveilleux. — Je ne me lasse point de vous désirer et de vous appeler, ô mon Jésus ; quand viendrez- vous me réjouir et me contenter en vous donnant à moi? — L'amour dont je brûle pour vous sans cesse est pour moi un principe continuel de langueur salutaire et un fruit savoureux de vie éternelle. — Jésus, votre extrême bénignité me transporte d'une prodigieuse allégresse; votre incompréhensible bonté me presse d'une étroite charité. — Mon bonheur c'est de chérir Jésus sans chercher autre chose, et de renoncer entièrement à moi-même afin de vivre pour lui seul. — Très-doux Jésas, espoir de l'âme haletante, nos pieuses larmes vous implorent, nos profonds gémissements vous réclament. — A tout instant et en tout lieu, je veux avoir Jésus avec moi ; quelle joie, quand je le trouverai ! quelle satisfaction quand je le posséderai ! — Alors je jouirai de ses embrassements et de ses caresses que je préfère à toutes les voluptés du monde. Oh ! quelle félicité de m'unir alors au Christ ! mais ici-bas une telle faveur n'est que passagère. — Maintenant déjà je vois ce que je cherchais, je tiens ce que je convoitais ; au cœur de Jésus mon cœur cède, et se fond en saints désirs. — Lorsque l'amour pour Jésus est aussi ardent, il ne s'éteint pas et ne se ralentit plus ; mais il s'étend et s'accroît toujours davantage. — Sa flamme est incessante et sa douceur admirable ; ses charmes sont irrésistibles et ses jouissances incomparables. — Comme un feu envoyé du ciel, il pénètre jusqu'à la moelle de mes os et brûle jusqu'au fond de mes entrailles ; il consume mon cœur entiè-

rement et ravit merveilleusement mon esprit. — Quel heureux incendie! quel zèle dévorant! il n'est point de rafraîchissement plus agréable que d'aimer le Fils de Dieu.

— Jésus, fleur de la Vierge-Mère, objet de notre plus tendre affection, à vous louange suprême, honneur divin et règne à jamais prospère. — Venez, Monarque suprême ; venez, excellent Père ; faites briller plus vivement votre splendeur à l'âme qui souhaite recevoir plus souvent votre visite. — 0 Jésus, plus radieux que le soleil et plus odoriférant que le baume ! Rien au monde n'est plus que vous plein d'attrait et digne d'affection. — Celui dont le goût délecte et dont l'odeur récrée aussi parfaitement, Celui qui captive aussi fortement tous mes sens suffit seul à l'homme qui le chérit. — Vous êtes la jubilation de l'âme et la consommation de l'amour ; vous êtes le sujet de ma gloire, ô Jésus, salut de l'univers. — Je veux vous suivre partout, et je ne pourrai plus vous perdre, quand vous serez maître de mon cœur, ô Jésus, l'honneur de notre race 1 — » Retournez mon Bien-aimé, remontez à la droite du Père ; maintenant que vous avez terrassé l'infernal ennemi, jouissez en paix du royaume éternel. — Accourez, habitants de la patrie ; ouvrez les portes du ciel, accueillez Jésus triomphant et saluez le grand Monarque. — Roi tout-puissant, Roi glorieux, vous avez remporté une victoire éclatante ; Jésus, distributeur généreux de la grâce divine, agréez les hommages empressés de la cour céleste. — Vous êtes l'océan de la miséricorde et le soleil de la patrie ; dissipez tout nuage de tristesse et communiquez-nous la vraie lumière de gloire.

— Les chœurs angéliques proclament vos grandeurs et redisent vos louanges, parce que vous avez rempli de joie l'univers en nous réconciliant avec Dieu. — Jésus fait régner la paix qui surpasse tout sentiment ; mon âme

avide de la goûter est impatiente d'en voir l'Auteur.— Jésus donc est revenu vers son Père, il est rentré dans son royaume ; aussi mon cœur a L[uitté la terre pour accompagner Jésus. — Désormais ne cessons d'adresser à Jésus nos hommages, nos hymnes et nos prières ; conjurons-le de nous admettre en sa sainte présence dans ses demeures éternelles. » Ainsi soit-iL

Prière.

Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, malgré notre indignité, nous vous rendons grâces pour toutes les vérités que nous croyons, comme nous devons, relativement à votre personne adorable ; et en cette considération, nous vous supplions humblement de nous offrir vous-même à Dieu le Père au nom de tous les êtres qui vivent au ciel, sur la terre et dans les enfers, afin de le louer dignement de toutes les œuvres admirables accomplies par la suprême Trinité, afin de le remercier pleinement pour tous les bienfaits octroyés à chaque créature, afin de réparer parfaitement tous les maux commis depuis l'origine des temps, afin de compenser suffisamment tous les biens omis dans la suite des siècles, afin d'assurer la béatitude de tous les élus, la grâce de tous les justes, la pénitence de tous les pécheurs, le soulagement de tous les défunts qui souffrent dans le purgatoire, comme aussi afin de procurer à tous les hommes qui militent en ce monde les secours nécessaires pour le corps et pour l'âme. Ainsi soit-il.

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