CHAPITRE LXXI
LES SAINTES FEMMKS ET DEUX APOTRES COURENT AU TOMBEAU Dr SEIGNEUR.
MalLli. XXVIII, Marc, xvi, Luc. xxiv, Jean. xx.
Marie-Madeleine, Marie-Cléophas et Marie-Salomé, portant les parfums qu'elles avaient préparés, se rendirent au sépulcre le soir du sabbat, selon saint Matthieu (xxviii, 1), c'est-à-dire en prenant la partie pour le tout, dans la nuit qui suivit le samedi; carie même Évangéliste ajoute immédiatement que déjà commençait à luire le lendemain du sabbat, ou le premier jour de la semaine, lequel maintenant est qualifié de dimanche.
Remarquons ici que les païens donnaient aux jour? de la semaine le nom de leurs divinités ou des planètes ; ils appelaient ainsi lundi le jour consacré à la lune, mardi celui qui était dédié à Mars, et de même pour les autres jours. Pareillement, les Juifs nommaient chaque jour de la semaine selon son rapport avec le sabbat qu'ils honoraient comme le jour principal, desliné spécialement au culte re-
ligieux ; ainsi pour désigner le premier et le second jour de la semaine, ils disaient le premier et le second d'après le sabbat (imavel prima sabbati, etsecunda sabbati), et semblablement pour les jours suivants. Nous autres Chrétiens, nous regardons comme jour principal de chaque semaine le dimanche, où la solennité du sabbat a été transférée, en mémoire de la Résurrection dominicale qui est par-dessus tout la cause de notre sanctification et de notre joie comme aussi l'objet de notre foi et de notre vénération. En outre, conformément à un antique usage des Romains, l'Église nomme les différents jours de la semaine fériés ; ainsi, supposant que le dimanche est la première, elle compte le lundi pour la seconde, le mardi pour la troisième et ainsi de suite jusqu'au samedi exclusivement. Ce mot férié vient soit de feriare, cesser, soit de ferire, immoler ; en appliquant ce même terme aux différents jours, l'Eglise nous fait entendre qu'en tout temps nous devons nous abstenir du péché et nous sacrifier à Dieu. ~ Les saintes femmes vinrent au sépulcre de grand matin, comme les Évangélistes l'affirment unanimement, quoique de différentes façons: ainsi, selon saint Jean (xx, 1), les ténèbres n'étaient pas encore dissipées ; d'après saint Luc (xxiv. \), c'était dès le point du jour ; suivant saint Marc (xvi, 2), le soleil était drjà levé. Cette contradiction apparente des Écrivains sacrés est facile à concilier quant au sens littéral ; car on peut dire que les saintes femmes partirent au moment où l'obscurité régnait encore, que durant leur marche l'aurore se montra, et qu'à leur arrivée le soleil se levait. Ce n'est point sans une raison profonde que le Saint-Esprit a permis cette divergence de langage ; car nous voyons indiqués par là les trois états où sont, relativement à la vie spirituelle, les élus que représentent les
trois Marie, comme il a été expliqué dans le chapitre précédent. Selon le sens mystique, en effet, l'obscurité n'a point encore cessé pour ceux qui débutent dans lapénitence, mais l'aurore paraît bientôt pour ceux qui progressent dans la vertu, et le soleil est déjà levé pour ceux qui sont arrivés à la contemplation ou à la perfection.
Ainsi, les fidèles qui désirent sincèrement trouver le Sauveur ne doivent être ni paresseux, ni turbulents ; mais il doivent venir, dès le matin et aussitôt après le sabbat, c'est-à-dire sans négligence et toutefois avec calme, pour chercher Jésus dans le sépulcre, qui est leur propre cœur. On peut efîectivement comparer à un sépulcre le cœur des Chrétiens qui se livrent soit au deuil salutaire de la pénitence, soit au soin charitable d'ensevelir les morts, soit à la sainte quiétude de la contemplation. Mais pour pénétrer dans ce sépulcre de leur cœur, les uns et les autres rencontrent des obstacles qu'ils doivent écarter, afin de produire les actes de la vie spirituelle qui leur sont propres. C'est ce que figurait la pierre roulée devant le tombeau de Gethsémani et renversée par un Ange du ciel, comme nous le verrons bientôt. Or, la pierre qui arrête dans l'accomplissement de la pénitence, c'est l'inclination au mal ; dans la pratique de la vertu, c'est la difficulté du bien ; et dans l'exercice de la contemplation, c'est la matérialité des objets sensibles. L'obstacle particulier de chaque état est ordinairement levé par la grâce du Saint-Esprit, sur le simple désir de l'âme appliquée à chercher son Seigneur. Heureuse cette âme pieuse qui, comme une autre Marie, vient le visiter par une méditation assidue, le pleurer par une tendre compassion, et l'embaumer par une fervente dévotion. A l'imitation des saintes femmes, comme l'explique saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.), allons avec un affectueux empressement porter
à notre divin Maître les aromates des bonnes œuvres, les essences des vertus chrétiennes et les parfums de nos prières; toutefois cherchons-le non plus dans le tombeau d'où nous savons qu'il est sorti triomphant, mais dans le ciel où nous croyons qu'il est monté pour régnera jamais.
Ce même passage de l'histoire évangélique est susceptible d'une autre interprétation mystique, donnée par le Vénérable Bède (in cap. ultimum Marc). Ainsi, le sépulcre où nous devons surtout chercher le Sauveur, c'est le sacrement de l'Eucharistie et l'autel même du sacrifice où le corps de Jésus-Christ est présent en réalité comme mort spirituellement. Nous devons en approcher le lendemain du sabbat^ c'est-à-dire avec cette paix de la conscience que figure le jour du repos ; de grand matin, c'est-à-dire avec ]e grand désir qu'inspire un ardent amour ; dès le moment de Vaurore, ou en d'autres termes, aussitôt que la lumière de la grâce commence à chasser de notre âme les ténèbres des vices ; nous devons y apporter en même temps les aromates odoriférants des actions vertueuses et les suaves parfums des ferventes oraisons. Quiconque oserait se présenter à l'autel comme au tombeau du Seigneur sans ces dispositions «convenables, devrait craindre d'y trouver son jugement et sa condammation.
En voyant ici les généreux exemples que donne la femme, remarquons comment elle prend alors pour le bien, l'initiative qu'elle avait prise autrefois pour le mal. Elle, qui avait commencé à perdre notre race, commence maintenant à solliciter son pardon ; elle, qui dans le paradis de délices avait montré sa perfidie avant l'homme, manifeste avant lui sa foi au sépulcre du Rédempteur ; elle, qui la première avait puisé la mort à la source de la vie, est aussi la première qui vient chercher la vie dans le sein même de la mort.
Comme le Sauveur était déjà sorti du tombeau avant que les saintes femmes y fussent arrivées, on demande quand est-ce qu'il ressuscita ? Il est bien certain que ce fut le lendemain du sabbat au matin, comme l'assure saint Marc (xvi, 9). Quant au moment précis, selon saint Augustin (de consensu Evang. 1. 3, c. 24), ce serait à l'aube du jour {diluculo), c'est-à-dire avant le lever du soleil, qui en ce temps de l'équinoxe commence à briller vers six heures du matin. Ainsi, comme le pense ce saint Docteur, le corps du Seigneur resta trente- six heures enseveli dans le sépulcre, depuis le soir du vendredi jusqu'à l'aurore du dimanche; et il demeura quarante heures séparé de son ame bienheureuse, en comptant les quatre heures de la journée du vendredi qui précédèrent sa sépulture, depuis l'instant où il expira sur la croix, entre sexte et none, vers deux heures de l'après-midi. Saint Jérôme parait adopter une opinion contraire (in cap. 16 Marc.) ; car, selon cet illustre Père, Jésus-Christ serait sorti du tombeau vers le milieu de la nuit, de même qu'autrefois vers minuit Samson était sorti de Gaza où il était prisonnier, enlevant les portes de cette ville jusqu'au sommet d'une montagne. Pierre le Chantre, célèbre théologien de Paris, prétend concilier les deux explications, en disant que le Sauveur est ressuscité dans l'intervalle de minuit au jour naissant. L'Église semble suivre ce sentiment, puisqu'elle fait célébrer le matin vers l'aurore les laudes en l'honneur de la Résurrection dominicale.
Cependant, lorsque les saintes femmes, allant au sépulcre, eurent franchi les portes de Jérusalem, elles repassaient en leurs cœurs tout ce que leur bon Maître avait souffert en ces derniers jours ; et dans chacun des lieux marqués par quelques circonstances douloureuses, elles
s'arrêtaient, puis fléchissant les genoux, elles baisaient la terre qu'elles arrosaient de leurs larmes. C'est ici, disaientelles avec des soupirs et des sanglots, que nous l'avons rencontré portant la croix sur ses épaules et qu'en le voyant ainsi, sa sainte Mère est restée à demi-morte ; c'est là qu'il s'est retourné vers nous afin de nous consoler ; c'est sur cette pierre qu'il s'appuya pour se reposer un peu ; c'est en cet endroit, qu'épuisé de fatigue, il tomba sous le fardeau, tandis que ses bourreaux impitoyables le forcèrent par leurs cruels traitements de se relever aussitôt et de marcher plus vite; voici le lieu où ils le dépouillèrent de tous ses vêtements, et oiî ils le clouèrent au gibet infâme sur lequel il expira. Alors elles redoublaient leurs gémissements et leurs larmes ; elles se prosternaient avec respect et embrassaient avec vénération la croix encore teinte du sang précieux dont elle avait été inondée naguère. S'étant relevées, elles poursuivaient leur chemin ; mais songeant à leur propre faiblesse et à la masse énorme qui fermait l'entrée du sépulcre, elles se disaient l'une à Vautre : Qui nous ôtera la pierre posée devant le tombeau ? Car elle était fort grande, au point qu'il fallait plusieurs hommes pour la mouvoir (Marc. XVI, 3 et 4), Quoique convaincues de leur insuflB.sance pour écarter cet obstacle, elles continuaient néanmoins leur route, dans la persuasion que ce qui était impossible à la nature humaine était facile à Dieu. Comme elles approchaient du tombeau, elles s'aperçurent que la pierre était enlevée (Luc. xxiv, 2) ; car un Ange, descendu du ciel, pour annoncer que le Christ était déjà ressuscité, avait renversé cette pierre, sur laquelle il s'était assis, en dehors du monument (Matth. xxviii, 2).
Ce monument funéraire peut représenter l'Écriture, où le Messie futur était jadis caché sous de nombreux symboles ;
mais après qu'il fut ressuscité, l'Ange du grand conseil, qui n'est pas autre que lui-même, dissipa l'obscurité de l'Ecriture. En effet, selon le Vénérable Bède (in cap. 16 Marc), la loi ancienne, gravée sur des tables de pierre, était justement signifiée par cette pierre sépulcrale, dont l'enlèvement miraculeux figurait la révélation des mystères chrétiens, contenus sous l'enveloppe des termes légaux. De plus, selon le même interprète, comme pour montrer que Notre- Seigneur, par sa propre vertu, avait détruit les barrières des enfers, un Ange était assis sur la pierre qu'il avait renversée à l'ouverture du tombeau. Dans un sens moral, la grosseur de cette pierre marque la difficulté de la pénitence, dont la première vue effraie les pécheurs désireux de se convertir au Seigneur ; ils craignent d'abord de ne pouvoir accomplir la réforme de vie qu'ils veulent commencer, et ils semblent dire en gémissant : Qui nous ôtera la pierre mise à l'entrée du sépulcre, c'est-à-dire à la porte du cœur dans lequel Jésus-Christ souhaite d'être enseveli ? Mais qu'ils ne perdent point confiance et qu'ils n'abandonnent pas leur bonne résolution ; à l'exemple des saintes femmes, qu'ils marchent toujours avec courage, et bientôt ils verront avec joie que l'obstacle a disparu ; car l'Ange du Seigneur ou plutôt la grâce du Saint-Esprit descendra sur eux et leur rendra facile ce qu'ils jugeaient naturellement irapraticable. Le Sauveur eu effet n'a-t-il pas dit lui-même (Matth. II, 30) : Mo7i joug est doux et mon fardeau est léger ^ quand on est aidé du secours divin ?
Cependant les pieuses femmes pénétrèrent par le côté oriental dans le monument^ c'est-à-dire dans la grotte où était le tombeau; là, elles virent un jeune homme assis du côté droit et revêtu d'une robe blanche ; elles en furent stu^ péfaites d'admiration (Marc, xvi, 5;, Sous cette forme ex-
36 LA GHANDE VIK DE JÉSIISCHHISI
térieure d'un jeune homme, l'envoyé céleste, différent du précédent, représentait l'immortalité de la résurrection bienheureuse, par laquelle la jeunesse de l'homme se renouvelle comme celle de l'aigle sans subir jamais les atteintes de la vieillesse. Il était placé du côté droit, c'est-àdire vers la partie méridionale de ce lieu où l'on avait déposé le corps du Sauveur, en mettant sa tête à l'occident et ses pieds à l'orient, par conséquent sa droite vers le midi et sa gauche vers le nord ou septentrion. De là, chez les Chrétiens l'ancien usage d'inhumer les corps couchés dans une position semblable. La droite oii se tient l'Ange signifie la vie éternelle, et l'éclat de son vêtement indique la splendeur de la solennité qui cause sa joie comme la nôtre. Car, par sa Résurrection, dit saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.), Jôeus-Christ a reconquis pour les hommes l'immortalité qu'ils avaient perdue, et a comblé parmi les esprits célestes les places qui étaient restées vacantes par la chute des démons. Dans la blancheur de la robe que portait le messager de la Résurrection on peut encore voir un emblème de l'innocence ou de la pureté que l'on doit conserver, après avoir reçu le Sacrement de la régénération ; voilà pourquoi l'Église revêt les nouveaux baptisés d'une robe blanche, en signe de la glorieuse résurrection à laquelle ils sont destinés.
Ce fut pour rendre un témoignage irrécusable à la Résurrection du Sauveur que deux Anges apparurent ainsi aux saintes femmes ; car, d'après le principe de la loi que rappelle saint Paul (ii Cor, xni, 1), on doit tenir pour véritable tout ce qui est confirmé j^ar la déposition de deux ou trois témoins. Déjà s'était fait sentir le tremblement de terre qui accompagna la Résurrection du Seigneur, et luim^e s'était retiré du tombeau en le laissant scellé, ainsi
que le soir de ce même jour, en laissant les portes closes, il pénétra dans la maison où ses disciples étaient réunis. Ce fut seulement après l'événement que l'Ange renversa la pierre, afin de montrer que le sépulcre était vide, et que Celui qui naguère y était renfermé s'en était échappé de lui-même ; car pour s'affranchir des liens de la mort, il n'avait pas besoin d'être aidé par les esprits célestes, lui qui, par sa propre puissance, avait brisé les portes de l'enfer. Pourquoi donc, dit saint Chrysostôme (Hom. 84 in Joan.), un Ange vint-il enlever la pierre tumulaire après la Résurrection ? Ce fut à cause des femmes, afin que, ne trouvant plus dans le tombeau le corps qu'elles y avaient vu déposé, elles pussent croire qu'il était vraiment ressuscité. Le Vénérable Bède dit également (in cap, 16 Marc.) : « Tin Ange ôta la pierre du sépulcre, non pour livrer passage au Sauveur avant qu'il en fût sorti, mais pour montrer aux hommes qu'il en était déjà sorti ; car Celui qui, en naissant mortel, avait pu entrer dans le monde sans ouvrir le sein de sa Mère, ne pouvait-il pas, en ressuscitant immortel, s'élancer hors du monde sans lever la pierre de son tombeau ? » Cependant, comme nous l'avons déjà remarqué, il y a une différence notable entre ces deux faits ; car Notre- Seigneur naquit ainsi d'une façon miraculeuse, tandis qu'il ressuscita de la sorte avec un corps glorieux auquel rien de matériel ne pouvait faire obstacle.
En cherchant le Sauveur avec leurs parfums, les saintes femmes méritèrent de voir les Anges, dit saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.) ; de même les âmes fidèles qui tendent à Dieu par de pieux désirs, en lui offrant la bonne odeur des vertus chrétiennes, se rendent dignes de participer à la société des esprits célestes. L'Évangéliste (Matth. xxviii, 3) représente TAnge assis près du sépulcre avec un
visage éblouissant comme Tcc/a/r pour terrifier les méchants, et avec un vêtement blanc comme la neige pour rassurer les bons, en portant les uns et les autres à croire à la Résurrection du Seigneur ; car la crainte et l'amour doivent incliner l'esprit vers la foi. Si l'éclat éblouissant du visage était propre à inspirer la frayeur, la douce blancheur du vêtement était un signe de la joie que devait causer le triomphe du Sauveur ; car les habits de cette couleur servent en Palestine pour les jours de fête, et l'Eglise a conservé cet ancien usage pour la solennité pascale. Cependant, à la vue de l'Ange, les gardes furent saisis d'effroi, parce qu'ils n'avaient point la confiance de la charité, et ils devinrent comme frappés de mort, parce qu'ils rejetaient la vérité de la Résurrection, comme l'explique Raban- Maur (in cap. xxvni, 4, Matth,). Ces soldats veillaient sur le tombeau du Sauveur, non point par zèle ou piété, mais par haine et malice, ajoute saint Sévérien ; faut-il s'étonner s'ils n'ont pu rester calmes, eux qui étaient agités par les remords d'une conscience coupable? — Apprenons ici à distinguer dès le principe les bons Anges des mauvais. Les bons, s'ils effraient d'abord par leur splendeur extraordinaire, rassurent bientôt par de suaves discours et réjouissent enfin par de salutaires consolations ; les mauvais, au contraire, épouvantent d'abord par leur affreux langage, trompent ensuite par de fallacieuses promesses, et affligent enfin par de cruelles déceptions.
Voulant tranquilliser les saintes femmes qu'il voyait effrayées, l'Ange leur dit : Quant à vous, n'ayez point peur (Matth. xxviii, 5). Selon saint Grégoire (Hom.21 in Evang.), c'est comme s'il disait ouvertement : Qu'ils craignent ceux qui n'aiment pas la présence des célestes habitants I qu'ils tremblent ceux qui, se laissant séduire par des désirs char-
nels, désespèrent de participer à leurs joies éteruelles I Mais vous, que pouvez-vous redouter en voyant les serviteurs de Celui que vous cherchez, c'est-à-dire vos concitoyens et vos frères ? Voilà comment les bienheureux esprits se montrent doux envers les bons et terrible à l'égard des méchants. C'est ainsi qu'après la résurrection générale, Jésus-Christ appelé Y Ange du grand conseil se montrera formidable aux réprouvés et aimable aux justes; car, aux uns il dira avec indignation: Retirez-vous de moi, maudits^ allez dans le feu qui ne s^éteindra jamais ; et aux autres il dira avec bonté: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, entrez en possession du royaume qui vous est préparé de toute éternité. Pareillement, le prélat ou le pasteur, qui veut paraître aussi l'ange du Dieu des vertus, doit traiter avec rigueur les pécheurs obstinés, mais user de miséricorde vis-à-vis des coupables repentants. Par conséquent, deux conditions ou qualités doivent se trouver réunies dans les prêtres et les prédicateurs qui sont les anges ou ministres du Seigneur: il faut qu'ils tâchent d'inspirer l'horreur du péché par l'appréhension des châtiments, et l'amour de la vertu par l'espérance des biens éternels.
L'Ange ajouta : Vous cherchez Jésus, le Nazaréen crucifié (Marc. XVI, 6). Par la qualification de Nazaréen, le céleste messager indique la patrie terrestre de l'Homme-Dieu, afin de le distinguer des autres personnages qui ont porté ce même nom de Jésus; puis par le titre de Crucifié, il rappelle le bienfait de la Passion que nous ne devons jamais oublier, suivant cette recommandation de saint Paul (Hebr. xii, 3) : Souvenez-vous de Celui qui a souffert une si grande contradiction de la part des pécheurs insurgés contre lui. Les saintes femmes sont justement louées de ce que, sans respect humain, elles s'attachaient encore au Sauveur, même
/(O LA GRANDE VIE DE JÉSUS-CHRtST
après SU mort ignominieuse. Combien au contraire cher= chent Jésus comme sauveur mais non point comme crucifié ! car ils ne veulent point le suivre sur la croix qui est la seule voie pour arriver jusqu'à lui. C'est là ce qui fait dire à saint Ghrysostôme (Hom. 90 in Matth) : Beaucoup cherchent le divin Rédempteur dans son triomphe et sa gloire, mais peu le cherchent dans ses humiliations et ses souffrances ; néamoins on ne peut le trouver sur le trône, si on ne l'a suivi préalablement sur le Calvaire. Maintenant, continua l'Ange, il 71'est pins ici, du moins avec sa chair et son corps, bien qu'il soit présent partout quant à sa divinité et à sa majesté. Il est ressuscité comme homme, lui qui comme Dieu est immuable; et il est sorti du tombeau, ainsi que lui-même l'avait annoncé avant sa Passion (Matth. xxviii, 6). A présent venez et voijez Vendroit où était déposé le Seigneur (Matth. XXVIII, 6). C'était dire équivalemment: Voulezvous être certaines de sa Résurrection, regardez vous-mêmes avec attention la place où il avait été mis ; vous voyez bien qu'elle est vide. Si donc vous ne croyez pas à mes paroles, rapportez-vous-en du moins à vos propres yeux. En efîet la pierre qui fermait le tombeau avait été renversée, dans le but de montrer que le corps sacré n'y était plus renfermé. Ce même corps est ici désigné sous le nom de Seigneur, parce que, selon saint Chrysostôme (loc. cit.), la divinité n'en fut jamais séparée un seul instant par la mort. S'adressant toujours aux mômes personnes : Hâtez-vous leur dit le député du Seigneur, allez annoncer à ses disciples et spécialement à Pierre qu'il est ressuscité. Voilà qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, commeilvous l'a déclaré avant sa Passion. Ne tardez donc pas à le suivre au rendez-vous qu'il vous a donné (Matth. xxviii, 7). C'était dire en d'autres termes : La joie que vous procure une
semblable nouvelle, vous ne devez pas la concentrer dans le secret de votre cœur ; empressez-vous plutôt de la communiquer aux amis de votre Maître, non point aux amateurs du monde mais aux disciples du Christ. Or, selon saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.), ils ne sont pas véritablemeiit disciples du Sauveur ces Chrétiens indiflérents qui refusent de célébrer la Pâque avec lui, ni les inconstants qui après leur conversion regardent en arrière, ni ceux qui se laissent entraîner par de vaines sollicitudes, ou captiver par les charmes de la volupté, ou arrêter par les épines du scandale. Jésus voulut précéder les siens en Galilée, afin que cette contrée, la première favorisée des merveilles de sa grâce, devint aussi la première témoin des splendeurs de sa gloire ; c'était encore pour manifester d'une manière éclatante la vérité de sa Résurrection dans le pays où il avait opéré la plupart de ses miracles, où il avait séjourné plus longtemps et où il était mieux connu. Si l'Ange recommande à des femmes de notifier aux Apôtres la Résurrection du Sauveur, c'est en réparation de ce que le démon persuada jadis à Eve de porter à Adam le fruit de mort ; car de même que la première tentation de ruine générale fut suggérée par le démon à Eve et par Eve à Adam, de même aussi la première assurance de vie nouvelle devait être transmise par un Ange à des femmes et par des femmes aux Apôtres. — Cette heureuse annonce devait être faite principalement à Pierre pour plusieurs raisons ; soit à cause de sa prééminence sur les autres disciples, soit pour qu'il ne désespérât point d'obtenir le pardon de sa criminelle apostasie, soit afin qu'il ne redoutât pas de paraître avec ses collègues en présence du Seigneur ; car suivant saint Jérôme (in cap. 16 Marc), depuis sa chute il se regardait comme indigne de l'apostolat. Après avoir renoncé
son Maître, dit saint Grégoire (Hom. 21 inEvang.), il n'eût jamais osé se joindre aux disciples, si l'Ange ne l'eût expressément désigné ; c'est donc de crainte qu'il ne fût découragé par son triple reniement, qu'il est ici appelé par son propre nom. Concluons de là, avec le môme saint Jérôme (loc. cit.), que les péchés passés ne sauraient nous nuire si nous cessons de les aimer.
Examinons avec saint Augustin (de consensu Evang. 1. 3) pourquoi le Seigneur avait prédit à ses disciples qu'après sa Résurrection il les devancerait en Galilée, où ils le verraient, comme si là seulement ou premièrement il devrait se montrer aux siens, tandis qu'il a daigné se manifester à eux plusieurs fois ailleurs et même auparavant. Selon le même saint Docteur, cette promesse de Jésus-Christ et du messager céleste doit s'entendre d'une façon prophétique et mystique tout à la fois, selon la double étymologie du mot Galilée qui signifie transmigration et aussi révélation. Selon le premier sens, il vous précédera en Galilée, c'est-àdire : Dans la transmigration que vous ferez en passant des Juifs chez les Gentils, il marchera devant vous en préparant les cœurs à écouter vos prédications. Cest là que vous le verrez ; car parmi ces Gentils qui vous accueilleront favorablement, vous trouverez les membres qui composent l'Église, son corps mystique. Selon le second sens, il vous précédera en Galilée, c'est-à-dire : Dans la jouissance de la nature divine qui lui appartient, non comme à un simple serviteur, mais comme au Fils consubstantiel du Père éternel, il vous préviendra, parce qu'il disposera vos âmes à en recevoir la glorieuse participation au ciel. C'est là que vous le verrez; car, comme l'assure saiut Jean (I Ep. in, 2), lorsqu'il apparaîtra, nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est. Telle sera la révélation parfaite à laquelle
nous conduira une heureuse transmigration de cet exil à l'éternelle patrie, si nous suivons les traces et si nous observons les préceptes du Sauveur. — Puisque le nom de Galilée signifie transmigration ou passage, ajoute saint Grégoire (Hom. 21 in Evang.), c'est avec une juste raison que le Seigneur a fait annoncer qu'il se manifesterait aux siens en Galilée. Il est effectivement passé d'une vie corruptible et mortelle à une autre incorruptible et immortelle ; et ceux qui désirent le contempler en ce nouvel état de bonheur et de gloire doivent auparavant passer du vice à la vertu, de l'amour du monde à celui de Dieu, en évitant le mal pour accomplir le bien, et en renonçant aux choses de la terre pour s'attacher à celles du ciel. — C'est là que vous le verrez. 0 quelles immenses promesses renferment ces courtes paroles ! s'écrie saint Jérôme (in cap. 16 Marc), car c'est là que nous trouverons la source d'une joie inépuisable et le principe du salut éternel ; c'est là que seront réunis les fidèles jusqu'alors dispersés et que les cœurs affligés seront parfaitement consolés.
Stupéfaites à l'apparition insolite des esprits célestes, les pieuses femmes n'osèrent pas trop croire aux nouvelles extraordinaires qu'elles entendaient de la part de ces personnages inconnus ; et elles demeurèrent toutes désolées de ne point rencontrer le corps sacré qu'elles venaient visiter. Déçues dans leur espoir, elles retournèrent en gémissant vers les Apôtres pour chercher, ou du moins pour pleurer avec eux le Maître qu'elles avaient perdu. Madeleine qui les conduisait courut donc trouver Pierre et Jean ; et sans parler des Anges qu'elles avaient vus, ni des avertissements qu'elles avaient reçus, elle se contenta de dire : On a enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où on Va mis (Joan. xx; 2) A cette nouvelle, Pierre et Jean sortirent
44 LA GRANnE VIE DE JÉSUS-CHRIST
aussitôt, poussés par le désir de connaître k vérité ; car leur amour ardent était pareil à un feu dévorant dont on ne peut comprimer l'activité. Us allèrent au sépulcre avant tous les autres, parce qu'ils étaient les plus attachés à Jésus-Christ ; et comme ils étaient aussi plus étroitement unis entre eux, ils couraient tous deux ensemble. Toutefois, Jean, plus jeune et plus agile que Pierre, arriva le premier au monument ; il se baissa pour regarder dans l'intérieur ; mais il n'entra point, par considération pour Pierre, supérieur en âge et en dignité, qu'il attendit avec respect (Ibid. 3-5). Après eux, Madeleine et ses compagnes se dirigent promptement vers le tombeau ; tous s'empressent de chercher Celui qui faisait l'unique objet de leur regret et de leur désir. La vitesse avec laquelle ils marchent, témoigne de leur fidélité et de leur affection. Quant à vous, admirez et imitez le zèle et le dévouement qu'ils montrent à l'égard du divin Maître ; suivez-les ou plutôt courez vous-même avec eux, afin de trouver comme eux la consolation et la joie. Lorsqu'ils furent arrivés au sépulcre, saint Pierre y pénétra d'abord, puis saint Jean qui lui avait cédé le pas comme à son chef. Ici, selon saint Grégoire (Hom. 22 in Evang.), Jean représente la Synagogue et Pierre figure l'Église ou la Gentilité convertie. La Synagogue, en effet, vint la première au tombeau du Sauveur, mais elle n'y entra point alors ; car bien que, initiée d'avance aux prophéties de l'Ecriture, elle refusa d'abord de croire aux mystères de la Passion du Sauveur. La Gentilité vint ensuite et entra tout aussitôt; car dès qu'elle connut le Christ mort en tant qu'homme, elle crut qu'il était le Dieu vivant.Toutefois, en pénétrant à la suite de Pierre dans le sépulcre du Rédempteur, Jean montra par là qu'à la fin du monde les Juifs se réuniront aux Gentils dans la même foi du christianisme.
LES SAINTES FEMMES ET DEUX APOTRES COUIŒNT AU TOMBEAU i5
Quand les deux Apôtres se furent avancés jusque dans l'intérieur du tombeau, ils n'y trouvèrent point le corps qui y avait été déposé, mais ils virent seulement les linges dont il avait été enveloppé. Le suaire de la tête était séparé du linceul et plié dans un endroit à part, comme à dessein (Joan. XX, 7). Tout semblait disposé de la sorte pour attester que JésuS'Christ était vraiment ressuscité. Néanmoins ils crurent tout le contraire ; et saisis de stupeur, ils se retirèrent conv-aincus que, comme les femmes l'avaient déclaré, le corps avait été furtivement enlevé ; car ils n'avaient point encore l'intelligence de l'Ecriture qui annonce la Résurrection du Seigneur. Ce qu'ils avaient observé aurait dû naturellement suffire pour leur prouver que son corps n'avait point été dérobé. « En effet, selon la remarque judicieuse de saint Ghrysostôme (Hom. 84 in Joan.), des voleurs ne l'auraient point dépouillé pour l'emporter nu, mais ils l'auraient pris simplement tel qu'ils le trouvaient enveloppé. La myrrhe, avec laquelle le Sauveur avait été embaumé, a pour propriété spéciale de coller les bandelettes aux membres qu'elles entourent ; or des hommes pressés de consommer leur larcin en cachette auraient-ils perdu le temps à les arracher les unes après les autres, puis à plier les linges avec soin et à les placer séparément en des endroits divers ? de pareilles gens n'ont point coutume de prendre ainsi des précautions minutieuses pour des choses qui leur semblent superflues. »
Dans un sens moral, le tombeau ouvert, où l'on ne retrouve plus le corps du Sauveur mais seulement les linges avec lesquels il avait été enseveli, est l'image du monastère relâché, où l'on ne conserve plus de la religion que les apparences et l'habit sans les vertus ni l'esprit intérieur. Ainsi, ceux qui cherchaient David en son lit n'y découvrirent que
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SOU simulacre ; et Jacob qui redemandait Joseph n'en retrouva que la robe. On ne rencontre plus là que des sépulcres blanchis, et des loups déguisés sous la peau de brebis.
Saint Grégoire (Hom. 22 in Evang. nous fait admirer ici la mystérieuse conduite de la Providence divine à l'égard des disciples du Sauveur : elle les remplit d'ardeur pour le rechercher, et cependant ne leur accorde point la consolation de le recouvrer aussitôt. En les faisant passer pc:r de douloureuses épreuves, elle voulait purifier leurs dispositions imparfaites, afin qu'ils fussent mieux préparés à le recevoir, et qu'après T avoir trouvé, ils fussent plus vigilants pour ne pas le perdre de nouveau. Sachons compatir à l'extrême désolation des Apôtres et des femmes pieuses qui s'afQigent de n'avoir point obtenu le résultat espéré de leurs anxieuses perquisitions ; les uns et les autres ignorent de quel côté désormais ils doiventdiriger leurs pas incertains. N'osant rester plus longtemps auprès du sépulcre à cause des Juifs ennemis, les disciples s'en retournèrent chez eux, tout chagrins (Joan. xi, 10) ; et sans savoir d'une manière certaine ce que leur Maître était devenu, ils revinrent se renfermer dans la maison d'où ils n'étaient sortis que pour courir à son tombeau.
Les trois Marie restèrent là cependant, occupées à considérer comment avait été renversée l'énorme pierre qui fermait l'entrée du sépulcre. Comme elles étaient consternées de voir que le corps si digne de vénération avait disparu, elles aperçurent tout-à-coup devant elles deux hommes aveo des habits éclatnnts (Luc. xxiy, 4). C'étaient des Auges qui se présentaient deux ensemble pour confirmer d'une façon plus solennelle la Résurrection triomphante du Seigneur; et comme ils se montrent toujours en la forme convenable à leur mission et à notr^ instruction, ils apparaissaient alors
rerêtus de robes brillantes^ symbole de la joie et de la gloire qu'ils venaient proclamer. Le Vénérable Bède dit à ce sujet (in cap. 24 Luc.) : « Comme on lit que des Anges se teraient près du sépulcre où avait été enseveli naguère le corps du Sauveur, de même aussi on doit croire qu'au temps de la consécration ils se tiennent près de l'autel où ce même corps adorable est oSert ; c'est pourquoi l'Apôtre recommandait aux femmes chrétiennes (I Cor. xi), de ne point venir à l'assemblée des fidèles sans y porter un voile sur la tête par égard pour les Anges.» Celles dont nous parlons ici baissaient les yeux à terre, parce qu'elles étaient saisies de crainte à l'aspect inaccoutumé des messagers célestes (Luc. xxiv, 5). Mais ceux-ci tâchèrent de les rassurer en leur certifiant la Résurrection de Jésus-Christ. Pourquoi, dirent-ils avec douceur, pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est vivant? Comme s'ils disaient : Ne pensez pas trouver dans le tombeau, séjour de la mort, Celui qui en est sorti plein de vie. // n'est point ici, ajoutent-ils ; ou en d'autres termes : Il n'est plus dans le sépulcre avec son corps Celui qui est partout avec sa divinité. Il est ressuscité par sa propre vertu. A l'appui de cette déclaration, rappelez-vous comment il vous parlait, lui qui ne peut ni mentir ni tromper ; quaîid il était encore dans la Galilée, il vous disait que le Fils de l'homme devait être livré entre les mains des pécheurs, et qu après avoir été crucifié, il devait ressusciter le troisième jour (Ibid. 5-7). Puisque ces événements vous ont été d'avance annoncés, ne soyez donc point surprises d'apprendre qu'ils sont accomplis : carie souvenir des prédictions que vous avez entendues doit vous porter à croire plus fermement les faits aujourd'hui réalisés. Le "Vénérable Bède dit encore ici (loc cil). : « Prenant pour modèles ces femmes qui lurent si dévouées au Sei-
48 Lk GRANDE VIE DE JÉSUSI-GHRIST
gneiir Jésus, toutes les fois que nous pénétrons dans le lieu saint ou que nous participons au divin sacrifice, nois devons être remplis d'une humilité profonde et d'une religieuse terreur, tant par respect pour la présence des esprits célestes, que par révérence pour la célébration des sacrés, mystères. Or nous nous courbons devant les Anges, lorsque, contemplant leur gloire et leur félicité, nous reconnaissons que nous sommes cendre et poussière comme le patriarche Abraham le confessait de lui-même devant le Seigneur (Gen. XVIII, 27). Remarquons, ajoute le même interprète, qu'en cette circonstance solennelle, à la vue des sublimes envoyés, les pieuses femmes ne se prosternent point mais s'inclinent seulement. De là vient l'usage suivi dans l'Eglise de ne point fléchir le genou mais de pencher la tête pour prier publiquement chaque dimanche, comme aussi durant tout le temps pascal. t>
Cependant les trois Marie, qui cherchaient uniquement le Seigneur des Anges et non point ses illustres messagers, ne firent pas attention à leurs avertissements et ne ressentirent aucune consolation de leurs visites. Bien plus, terrifiées et éperdues, deux d'entre elles, savoir Marie Cléophas et Marie Salomé, quittèrent prompfement le sépulcre et se retirèrent à quelque distance où elles s'assirent avec une douloureuse anxiété (Matth. xxviii, 8). La vue des Anges et des gardes les avait plongées dans une telle consternation et stupeur, qu'elle n'osèrent rien dire à ceux-ci et rien répondre à ceux-là (Marc, xvi, 8) ; et c'est alors qu'elles se tinrent dans le plus complet silence, comme le fait observer saint Augustin (1. m de consensu Evang. c. 24).
Prière.
Seigneur Jésus, Fils unique du Très-Haut, vous qui,
après avoir été enseveli dans le tombeau, aviez inspiré à plusieurs personnes pieuses le désir de vous clicrcher, mais qui, pour accroître leur ferveur, ne leur avez point accordé sans quelque délai le bonheur de vous trouver, et qui de plus leur aviez promis par vos saints Anges Ja faveur de vous voir en Galilée, je vous en supplie, malgré mon indignité, ô doux Sauveur, faites aussi que je vous cherche avec ardeur, que je vous trouve avec joie, que passant alors du vice à la vertu et de l'amour dn monde à celui de vous-même, je mérite de passer un jour de cette triste vie à la bienheureuse éternité ; daignez ainsi me réunir àvos élus dans la véritable Galilée, afin que je puisse vous contempler face à face comme le Dieu des dieux en la céleste Sion. Ainsi soit-il.