‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 5 sur 67 · JESUS APPARAIT D'ABORD A SA MÈRE · texte numérisé non relu

JESUS APPARAIT D'ABORD A SA MÈRE

était demeuré dans le sépulcre, voulaient l'embaumer conformémgnt à l'ancien usage, afin de le préserver de l'infection, de la pourriture et des vers ; mais elles se trompaient grossièrement, car le corps sacré uni inséparablement à la divinité ne pouvait être assujéti à la décomposition, fût-il resté dans la tombe plus de dix mille ans. Or la Sainte-Vierge savait qu'il était déjà ressuscité immortel et incorruptible ; c'est pourquoi elle ne voulut point aller où il n'était plus. Depuis qu'elle avait vu son Fils unique déchiré par une sanglante flagellation et cloué sur un gibet infâme, les sanglots et les angoisses, les veilles et les jeûnes, auxquels elle s'était livrée, avaient accablé son esprit et son corps, de façon qu'elle préférait rester seule retirée chez elle pour gémir et pleurer plus librement.

Pendant que Notre-Dame était ainsi plongée dans la , tristesse et absorbée dans la méditation, voilà que tout à coup apparaît devant elle le Seigneur Jésus, tout éclatant de gloire et de beauté, décoré des vêtements splendides de sa Résurrection triomphante ; il vient en ce magnifique appareil, avec un visage radieux, réjouir et consoler sa Mère si aimante et si affligée. A cette vue, elle se prosterne et l'adore profondément ; puis elle se relève et l'embrasse afîecLueusement, ayant les larmes aux yeux ; dès lors tous ses chagrins s'évanouissent et sa douleur se change en allégresse. Tous deux s'étant assis, elle contemple avec admiration la face de Jésus, et considère avec attention les cicatrices des blessures dont le corps sacré avait été couvert ; elle s'assure et se convainc qu'il n'éprouve plus de peine ni de souffrance. 0 de quelle jubilation fut remplie la bienheureuse Mère, lorsqu'elle vit en sa présence son divin Fils, désormais impassible et ressuscité non-seulement pour vivre durant toute l'éternité, mais encore pour

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régner avec une puissance absolue sur le ciel et la terre comme Maître souverain de toute créature ! Ils prolongent leur suave entretien, e', célèbrent ensemble avec amour et bonheur la première fête de la Pâque chrétienne. Jésus apprend alors à Marie comment il a délivré des enfers ou limbes les âmes des justes et des patriarches ses ancêtres, comme aussi tout ce qu'il a fait pendant ces trois jours d'absence. Voilà donc maintenant la Pâque par excellence. Bien que les Evangélistes n'en fassent pas mention, on croit néanmoins que le Sauveur ressuscité favorisa de sa première visite la bienheureuse Vierge Marie. Gomme ce sentiment est très- conforme à la piété, avant de rapporter les autres apparitions, j'ai raconté celle-ci telle qu'on la trouve clairement exposée dans une respectable légende. Ne convenait-il pas que Jésus-Christ se manifestât à sa très-digne Mère, avant de se montrer à tout autre? N'étaitil pas juste qu'il consolât et réjouit d'abord par sa glorieuse apparition Celle qui l'avait chéri et regretté davantage, Celle qui était la plus affligée de sa mort douloureuse et qui seule attendait sa prochaine Résurrection? L'Eglise même de Rome semble confirmer ce sentiment ; car dès le matin de Pâque elle fait sa première station à Sainte- Marie-Majeure, comme pour indiquer Celle à qui Notre- Seigneur se fit voir en premier lieu après être sorti du tombeau. Du silence des Evangélistes on ne peut rien conclure contre cette croyance; car saint Jean assure qu'il n'ont point consigné toutes les actions de Jésus-Christ (xxi, 25). D'ailleurs, si on refusait de croire à cette apparition, parce que les Auteurs inspirés n'en parlent point, on devrait supposer que le Sauveur ressuscité ne s'est aucunement manifesté à la Sainte-Vierge en particuUer, puisqu'aucun d'eux ne marque ni le temps ni le lieu de cette manifes-

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tation. Mais gardons-nous de penser qu'un tel Fils ait montré tant d'indifférence pour une pareille Mère, lui qui nous recommande d'honorer nos parents. On peut justifier la réticence des Ecrivains sacrés à ce sujet, en disant que, dans le récit de la Résurrection, ils ont voulu seulement signaler les témoignages irrécusables aux yeux de tous. Or convenait-il à cette fin d'alléguer la déclaration de la Sainte -Vierge en faveur de Jésus-Christ ? Si les dépositions des autres saintes femmes furent taxées de rêveries par ceux qui les entendirent, n'auraient-ils pas attribué au délire l'attestation de la Mère en l'honneur de son propre Fils?

Au reste, le fait que les Evangélistes ne nous ont point appris par l'Ecriture, ils nous l'ont enseigné d'une manière certaine par la tradition. Ainsi, d'après saint Ignace d'Antioche, disciple des Apôtres, le Seigneur ressuscité apparut d'abord à sa Mère bien- aimée pour la consoler, et cette vue la jeta dans un tel ravissement qu'aussitôt elle oublia toutes les douleurs qu'elle avait éprouvées durant la Passion. Selon saint Ambroise (de Virginibus 1. 3), la Vierge Marie fut la première qui vit le Sauveur ressuscité et qui crut ; Marie-Madeleine le vit ensuite, quoiqu'elle doutât encore. Sédulius, poète chrétien du cinquième sièle, dit également : Avant d'apparaître à aucun autre, le Seigneur s'offrit tout brill'ant de lumière aux regards de Celle qui demeurait toujours Vierge. « Si vous me demandez, ajoute saint Anselme (de Excellentia B. Virgiuis, c. 6), pourquoi les Evangélistes n'ont point écrit qu'après sa Résurrection Jésus-Christ se présenta tout d'abord et principalement à sa très -douce Mère pour dissiper ses amers chagrins, je vous répondrai ce que j'ai entendu de la bouche d'un sage docteur auquel on avait adressé cette même question. Le

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récit évangélique possède la plus grande autorité, parce qu'il ne renferme rien d'inutile ou de superflu. Or, si on y lisait que le divin Rédempteur sortant du sépulcre apparut à sa glorieuse Mère, à notre souveraine Maîtresse, comme il le fit à plusieurs autres personnes, pour lui certifier la vérité de sa Résurrection, cette relation ne semblerait-elle pas superflue ? car la Reine du ciel et de la terre serait ainsi mise au rang des différentes personnes, hommes ou femmes, qui ont été favorisées d'une apparition semblable. En outre, l'Esprit-Saint, qui avait établi en Marie sa demeure de prédilection, lui révélait clairement toutes les actions de son divin Fils ; elle-même détermina plus tard aux Évangélistes les faits et les circonstances qu'ils devaient consigner en leurs livres canoniques. »

De toutes les autorités et observations précédentes on doit conclure qu'en disant que Jésus ressuscité se manifesta d'abord à Marie-Madeleine, saint Marc (ivi, 9) entend parler de la première apparition faite aux personnes qui pouvaient rendre un témoignaga constant ; car le Sauveur s'était montré auparavant à la sainte Vierge, non point pour lui donner une preuve de sa Résurrection, mais uniquement pour la combler de joie par sa présence radieuse.

Prière.

0 Marie, auguste Mère de Dieu et Vierge pleine de grâces, vraie consolatrice de tous les affligés qui implorent votre assistance, je vous en conjure par cette vive allégresse dont vous fûtes remplie en voyant le Seigneur Jésus ressuscité impassible d'entre les morts le troisième jour; ayez pitié de ma pauvre âme; et au dernier jour, quand je sortirai du tombeau pour rendre un compte rigoureux de toutes mes

actions, daignez me défendre auprès du Fils unique de Dieu qui est aussi le fruit béni de votre chaste sein. Par votre puissante intercession, ô tendre Mère et Vierge clémente, faites que j'évite la formidable sentence de la damnation éternelle, et que, dans la bienheureuse compagnie de tous les élus^ je goûte les célestes délices de la résurrection glorieuse. Ainsi soit-il.

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