DEUXIÈME GENRE. — LE CRITIQUE
cinq SOUS-GENRES : A , U Critique oe la vieille rtfdje. — B, le jeune Critique blono. — C, le granïi Critique. — D, le ifeuilletuniste. — E, les petits Journalistes.
Les caractères généraux du critique sont essentiellement remarquables, en ce sens qu'il existe dans tout critique un auteur impuissant. Ne pouvant rien créer, le critique se fait le muet du sérail, et parmi ces muets , il se rencontre par ci par là un Narsès et un Bagoas. Généralement le Critique a commencé par publier des livres où il a pu peut-être écrire en français, mais où il n'y avait ni conception, ni caractères ; des livres dépourvus d'intérêt.
Autrefois, l'instruction, l'expérience, de longues études étaient nécessaires pour embrasser la profession de critique; elle ne s'exerçait que fort tard; mais aujourd'hui, comme dit Molière, nous avons changé tout cela. 11 y a eu des critiques qui se sont constitués critiques du premier bond , et qui, comprenant les règles du jeu sans pouvoir jouer, se sont mis à professer. Le jeune homme de vingt ans juge à tort et à travers (voyez le jeune critique blond). Aussi la critique a-t-elle changé déforme. H ne s'agit plus d'y avoir des idées, on tient beaucoup plus à une certaine façon de dire les choses qui se résout en injures. La critique du jour a été parfaitement rendue par Bertrand dans la terrible farce intitulée Robert Macaire. Quand monsieur Gogo, l'actionnaire, demande des comptes, Bertrand se lève, et dit : « Et d'abord , je ferai observer que monsieur Gogo est une canaille ! » On commence aujourd'hui par où finissaient, hélas î quelquefois les érudits des temps passés. 11 paraît que de tout temps une injure a paru la meilleure raison de toutes les raisons. Aujourd'hui que tout va se matérialisant , la Critique est devenue une espèce de douane pour les idées, pour les œuvres, pour les entreprises de librairie. Acquittez les droits, vous passez!... Charmante à l'égard des stupidités et des niaiseries, la critique ne prend son fouet à lanières, elle n'embouche sa trompette à calomnies, elle ne met son masque et ne prend ses fleurets que dès qu'il s'agit des grandes œuvres. Elle n'est pas dénaturée , elle aime son semblable : elle caresse et choie la médiocrité. Les critiques de toute espèce tiennent surtout à passer pour a. 22
être de bons enfants, ils ne font pas le mal par spéculation, mais parce que le public aime à ce qu'on lui serve chaque matin trois ou quatre auteurs embrochés comme des perdrix et bardés de ridicule. Ce que le critique trouve éminemment drôle et de haut goût est de vous serrer la main, de paraître votre ami, tout en vous piquant avec les aiguilles empoisonnées de ses articles. S'il fait de vous un éloge dans un journal de Paris, il vous assassinera très bien dans un autre journal à Londres.
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La critique aujourd'hui ne sert plus qu'à une 'seule chose : à fair e vivre le critique.