K) LES RÉVERBÈRES
En remontant plus haut, nous ne trouverions plus de réverbères que dans les principales rues de la ville, dans les quartiers qui ii voisinaient le séjour habité par la cour ; tout le reste de Paris était dans l'obscurité, et alors il n'était pas prudent de sortir de chez soi sans s'être muni d'une lanterne.
Vers le commencement du seizième siècle , pour tâcher de mettre fin aux nombreux brigandages qui avaient lieu dans Paris , la police avait ordonné aux habitants de cette ville de placer des lanternes allumées devant leur maison.
C'est à M. de la Keynie, lieutenant du prévôt de Paris, que l'on est redevable de rétablissement des lanternes. D'abord elles n'étaient garnies que de chandelles; la chandelle était alors dans tout son éclat , dans toute sa puissance!... L'huile vint ensuite.
Les véritables réverbères furent inventés par l'abbé Matherot de Preguey et Bourgeois de Chàteaublanc. Ce fut vers l'année 1774 que Ton commença à employer dans Paris ce mode d'éclairage.
L'allumeur de réverbères est un être à part, et d'autant plus à part, qu'étant presque toujours imprégné d'huile de la tête aux pieds, il trouve peu de personnes disposées à lui faire compagnie. C'est presque toujours un petit homme, dont on ne saurait deviner l'âge sous l'huile qui couvre sa ligure : il doit avoir de trente-cinq à soixante ans ; son costume n'a point de couleur ; l'étoffe de son pantalon et de sa veste semble être une grosse toile d'emballage; il a aussi un petit tablier attaché derrière lui ; tout cela est tellement gras, qu'on en fuit le contact encore plus vite qu'on ne se gare d'un charbonnier ou d'un maçon.
Du reste, l'allumeur de réverbères fait sa besogne fort tranquillement et sans jamais s'occuper de ce qui se passe autour de lui; il ne fait pas même attention aux voitures; mais ce sont les voitures qui doivent se garer de lui quand il est au beau milieu de la rite dans l'exercice de ses fonctions.