‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 126 sur 135 · L'HOTEL DES COMMISSA1RES-PRISEURS · texte numérisé non relu

L'HOTEL DES COMMISSA1RES-PRISEURS

JJar Charles 6allari>.

Habitués de l'Hôtel des Goiuiuissaires-Priseurs. — Origine du genre — Coup d'oeil sur l'édifice — Quelques chiffres. — Droits perçus. — De l'éloquence du cominissaire-priseur. — Fascination dangereuse dts son regard. — Les roueries de l'affiche. — D'aphe,s et par. — Le fameux M. K... — Les loupeurs. — Un Monsieur décoré. — La lutte s'engage.-^ Belles manœuvres du fameux M. K... — Défaite du père Grimoud. — Malheureuse destinée d'un cheval arabe. — Un vieillard à tête blanche — Le petit bossu et Y allumeur. — Le brocanteur. — Le revideur. — L'étqleur. — Le rapiéceur. — La femme île ménage. — Les amazones de l'encan — Succursale de la rue des Jeûneurs. — Conclusion.

Le jour où le gouvernement fit fermer les maisons de jeu, il jeta sur le pavé plusieurs centaines d'individus qui ne surent plus où trouver un gîte de midi à minuit. Je ne parle pas ici des tailleurs, croupiers, employés de la chambre, et autres, qui vivaient d'un salaire connu, régulier, légitime ; je parle de ces misérables hères, sans état, sans famille, sans avenir, âgés de quarante à soixante ans, qui, — après avoir humé chaque matin l'atmosphère poudreuse du Palais-Royal, avoir lu les papiers publics, avoir flâné une heure ou deux sous les tilleuls, en dissertant gravement des erreurs du pouvoir, s'être reposés quelque temps sur les bancs de pierre qui bordent les galeries, avoir assisté, les jours de soleil, à la détonation du canon, — s'en allaient, au dernier coup de midi, prendre place autour d'un tapis vert, et là, une pelote et un carton devant eux, une épingle à la main, se mettaient à piquer douze heures de suite sans boire ni manger.

Pour ceux-là, la maison de jeu était littéralement une salle d'asile, un hospice, un réfuge. Depuis qu'on leur en a fermé les portes, que sont-ils devenus? Hélas! ils ont abandonné le Palais-Royal, ils se sont dispersés, disséminés. Chacun d'eux s'est mis en quête d'un toit qui pût abriter de nouveau son oisiveté, sa vieillesse, ses infirmités, et

l'hôtel des commissaires-museurs.

sa misère. Ceux-ci, émigrant vers le Palais de Justice, sont allés demander à la cour d'assise ou à la police correctionnelle, un poêle, des distractions et l'amitié du greffier, autant de bienfaits que n'eussent pu leur accorder les dieux ! Ceux-là sont allés grossir la galerie de certains estaminets, donner leur avis sur un carambolage, et par réminiscence du bon temps, risquer à de rares intervalles, un modique enjeu sur une bille ; d'autres enfin, et ce sont les artistes, les gens comme il faut de la bande, se sont dirigés place de la Bourse, vers l'hôtel des ventes mobilières ; c'est là que nous les retrouverons, assidus à l'encan comme ils l'étaient au trente et quarante, occupant les meilleures places, appelant les garçons de salle par leur nom, familiers avec le crieur, connaissant chaque commissaire, chaque clerc, chaque amateur, chaque marchand; donnant leur avis à tout propos, faisant des réflexions, des plaisanteries, et quelles plaisanteries! Approuvant, blâmant, mais, règle générale, se gardant bien d'enchérir, encore moins d'acheter. Ce ne sont ni des compères, ni des connaisseurs, ni- des curieux, ce sont tout bonnement des habitués, des amis de la maison, souvent incommodes pour le public , mais dont la présence a le mérite de faire nombre et de donner à certaines ventes une physionomie plus animée.

L'Hôtel des commissaires- priseurs, Situé à l'angle de la place de la Bourse et de la rue Notre-Dame des Victoires, n'a guère que onze ans de date; il fut achevé en 1832.

L'ensemble de l'édifice est satisfaisant, la distribution des salles faite avec intelligence ; mais ce qui frappe à la première vue , ce sont l'exiguïté et l'insuffisance de l'emplacement. Toutes les pièces, moins une ou deux, manquent d'air et d'espace; le nombre en est aussi trop restreint; enfin la circulation à l'intérieur devient souvent difficile, faute de dégagements convenables.

Frappé de ces inconvénients, qui peuvent leur être préjudiciables dans certains cas, plusieurs commissaires-priseurs se sont réunis et ont fondé à leurs frais, rue des Jeûneurs, une succursale dont nous parlerons plus loin.

Le nombre des commissaises-priseurs , pour Paris, est fixé a quatre-vingts ; leurs charges sont transmissibles comme celles de notaire, d'avoué, d'agent de change, etc. Lu titre nu de connnissaire-priseur est estime 80,000 francs environ, prix plus élevé qu'au-

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cun autre <le même espèce; mais qui ne paraîtra pas exorbitant quand on saura que la compagnie a consacré et qu'elle met en pralique Le principe de la bourse commune. Cette bourse est formée de la moitié des droits perçus sur toutes les ventes faites par les membres de la société, et cette moitié est répartie, tous les deux mois, par égales portions entre chacun d'eux. Or, le chiffre des sommes versées dans la bourse commune s'élevant annuellement de 300 à 530,000 francs, il en résulte que chaque commissaire, avec ou sans clientèle, peut compter sur un revenu de 4,000 francs. Un titre nu acheté 80,000 francs, représente, comme on voit, les intérêts d'un capital placé à cinq.

Les droits perçus par le commissaire-priseur dans les ventes confiées à son ministère sont de deux sortes : droits perçus sur le vendeur, droits perçus sur l'acheteur . Les premiers ne donnent aucun bénéfice. Ils ne se composent que du remboursement des avances faites pour le compte du client, et de la perception du tarif affecté à la location des salles de l'hôtel ; tarif qui varie de 10 fr. a 30 fr. par vacation, et destiné spécialement à couvrir des frais d'entretien assez considérables.

Quant aux droits perçus sur l'acheteur, ils consistent dans un prélèvement de cinq pour cent en sus du prix d'adjudication ; d'où il suit que le commissaire-priseur est intéressé à vendre le plus et le mieux possible. Mais vendre quoi? vendre tout ce qui est vendable et même tout ce qui ne l'est pas ; vendre des objets qui valent dix, vingt, trente mille francs, et des objets qui ne valent pas cinq centimes. Un homme meurt, sa garde-robe est à vendre, le commissaire-priseur vend la garde-robe; un créancier est autorisé par juge ment à faire vendre les meubles de son débiteur, le commissairepriseur vend les meubles du débiteur; une' petite maîtresse veut renouveler sa livrée, un bibliomane se débarrasser de sa bibliothèque, un beau-tïls ruiné, réformer son attelage, un ménage en dé tresse faire argent des trois chaises qui lui restent; chaises, attelage, ameublement, bibliothèque sont vendus par le ministère du commissaire-priseur. C'est le commissaire-priseur qui a vendu dernièrement les ours, l'âne, le taureau et les boules-dogues qui firent si long-temps les délices de la barrière du Combat. Tout lui est bon, tout est de son domaine, tout, excepté les immeubles, les marchandises neuves et les individus appartenait à l'espèce dite hu-

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